LE PLUS BRAVE NE L'EST PAS TOUJOURS
Le comte d'AchéS vice-amiral commandant Uescadre qui avait été envoyée au secours de Pondichéry-, combattit toujours avec la plus grande bravoure, mais non pas toujours avec ie même succès, contre Tescadre ennemie. Mais les ressources venant à lui manquer et ne recevant aucun fonds de la France pour Taire subsister son armée, il cherche vainement sur la côte de Coromandel et dans le Bengale à faire un emprunt pour le roi, mais telle était la considération que l'on avait pour lui personnellement dans l'Inde, que les négociants de ce pays-là se cotisèrent pour lui prêter sur ses simples billets la somme de 4oo.ooo francs.
De retour en France, après la mission terminée,
i. Clu'f d'escadre, qui commandait la flolle française d'Extrême-Orient lors de la jj^uerrc de Sept ans.
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il réclame le paiement de ces /ioo.ooo (Vancs, qu'il avait empruntés et employés pour le service du roi. Mais le ministre ne lui faisant que de belles promesses, et ne lui fournissant pas le moyen d'acquitter ses billets, ils furent protestés. Sa maison de Brest fut vendue, les meubles de M""' la comtesse d'Aché, son épouse, furent saisis, et l'on obtint contre lui un décret de prise de cor[)s.
Dans cette extrême position, le comte d'Aché reprocha fièrement au duc de Choiseul d'avoir compromis son honneur, et le ministre finit par lui faire compter les sommes pour lesquelles il s'était engagé, mais, aigri de l'espèce de menace qu'il lui avait faite et des propos qu'il avait tenus contre lui, il chercha à l'humilier, en faisant impliquer le comte d'Aché dans la malheureuse affaire du comte de Lally par une plainte toute dressée, qu'on fit signer à celui-ci sous prétexte que cela servirait utilement à sa cause, où l'on accusait le comte d'Aché d'avoir causé la perte de Pondichéry.
Le Parlement, sur cette plainte, asssigne le comte d'Aché pour être ouï. 11 se présente à la Grand'chambre du palais, l'épée au côté et décoré de son cordon et de sa plaque. Les huissiers lui demandent son épée et ont bien de la peine à lui persuader qu'il est dans la nécessité de se soumettre à cette formalité. Ce n'est pas tout. On
exige de lui qu'il boutonne son habit pour cacher son cordon, et qu'il ait soin de tenir son chapeau sur la plaque pour la couvrir. Rien ne pouvait lui être plus sensible, et cet homme, si brave au milieu des feux de l'ennemi, parait tremblant comme une feuille en présence du Sénat assemblé. Il a dit souvent, depuis, que rien ne lui avait jamais paru aussi imposant que cette nombreuse assemblée de magistrats en robes rouges et noires, au milieu desquels il était forcé de comparaître. Il en ignorait la cause.
On le questionne ; mais son embarras augmente, il balbutie et ne sait que répondre. Le Premier Président, qui était M. de Maupeou', n'avait pas eu de peine à démêler que cet honnête et brave marin était le jouet dune intrigue ministérielle et, souffrant pour lui de le voir dans une si étrange situation :
(( M. le comte d'Aché, lui dit-il, déboutonnezvous et faites-nous voir les décorations que vous avez si bien méritées. »
Ces paroles semblèrent rendre la vie au comte. Son visage s'épanouit, et, ayant pris une honnête confiance, il répondit avec beaucoup de justesse
I. ncné-Mcolas-Cliarlcs-Aiigiistedc Maupeou ( i7i'i-i792), chancelier de France, magistral courtisan et ambitieux sans scrupule, homme d'Etat ferme et habile, exila les l^arlements, fui te grand artisan de la perte de Lally- Tolendal.
et de présence d'esprit à toutes les questions qui lui furent faites.
M. de Lally parut en sa présence et déclare hautement qu'il n'avait aucun reproche personnel à lui faire, et que dans toutes les occasions il n'avait rien négligé de ce qui dépendait de lui pour la conservation de Pondichéry. En conséquence, il fut déchargé de toute accusation.
Ce brave marin, qui était véritablement un bon chevalier du Aieux temps, vécut depuis dans une intime liaison avec Mesdames de l^rance.