MARIAGE DE COUR
Le marquis de la Roche-Aimoii n'avait qu'une fille qu'il voulait marier à la Cour. On lui proposa pour elle le fils aîné de M'"" la comtesse, depuis duchesse deNarbonne. Il était sourd mais honnête homme et fils d'une femme en faveur. C'en fut assez pour décider M. de la Roche- Aimon.
Lorsque sa fille eut vu le mari qu'il voulait lui donner, elle ne le trouva nullement à son goût, et se jette aux pieds de son père en le^^riant de ne pas la sacrifier.
M. de la Roche-Aimon était un homme entier. Il voulut être obéi et sa fille se soumit à ses ordres. On peut juger qu'un mariage fait sous de semblables auspices ne pouvait être heureux.
Le mari et la femme prirent bientôt le parti de se séparer, et cela se fit d'une manière si honnête que le public en fut à peine informé. Les deux
époux se rencontraient quelquefois dans le monde et se traitaient avec beaucoup de civilité.
La femme, très vertueuse, ne tarda pas à se retirer dans une de ses terres située dans la Marche, où elle fonda un établissement de Sœurs de la charité. Elle y était la première servante des malades et des pauvres et passa la vie à faire de bonnes œuvres. On m'a dit que la révolution avait épargné son établissement et qu'elle vivait encore en i83o.
Note. — Le nom des la Roche-Aimon était la Roche dans le principe, du nom de leur château situé sur une roche dans la Marche. Ai mon de la Roche ayant demandé au pape il y a trois ou quatre siècles la permission d'avoir une chapelle dans ce château, cette permission lui fut accordée, mais au lieu d'être expédiée pour Aimon de la Roche, on mit par erreur pour La Roche-Aimon. Ce gentilhomme ne voulut plus depuis porter d'autre nom. Il le transmit à ses descendants qui bientôt se prétendirent issus de l'un des quatre fils Aimon.