‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 83 sur 121 · DU COMTE DE LA TOURNELLE · texte numérisé non relu

DU COMTE DE LA TOURNELLE

Un jeune Cordelier, qui changeait de monastère, vint demander l'hospitalité au comte de la Tournelle, homme bienfaisant, qui gardait jalousement les vieilles traditions de ses ancêtres'.

Le Cordelier fut reçu avec toutes sortes d'attentions, et, comme le lendemain il se disposait à repartir, son hôte remarqua son teint pâle et sa figure défaite. Il avait eu la fièvre toute la nuit, elle ne tarda pas à augmenter et devint une fièvre putride et maligne.

Le comte l'empêcha de partir et le soigna comme son ami le plus cher. La convalescence fut longue. Pour refaire ses forces, le Cordelier montait tous les jours à cheval et prenait plaisir

I. La maison de la Tournelle, originaire de Bourgogne, était très ancienne. Au dix-huitième siècle, le fils du duc de la Tournelle épousa Marie-Anne de Mailly, qu'il laissa veuve, étant mort à vingt-deux ans, et qui devint la duchesse de Ghàteauroux.

à visiter les terres de son bienfaiteur. Celte terre était située dans le Morvan, sur les conQns de l'Auvergne et du Nivernais.

Un jour il remarqua une splendide foret en train de dépérir, il en parla au comte.

(( Que voulez-vous, dit-il, tous mes voisins ont assez de bois pour leur usage, je n'ai aucun moyen pour le transporter hors du pays et je me suis condamné à le voir dépérir sans pouvoir en retirer de profit.

— Mais, n'avez-vous donc pas, reprit le Cordelier, une rivière ou un canal pour y faire flotter ce bois ?

— Nous avons bien à quelques lieues d'ici un ruisseau qui se jette dans l'Allier, mais la grande difficulté serait de creuser un canal pour gagner le ruisseau. »

Le moine se lut, et le lendemain il fut reconnaître ce ruisseau. Les jours suivants il fut à la découverte des sources de la forêt. H avait quelques connaissances d'hydraulique, chercha le point central oii il pourrait réunir toutes les eaux des sources, calcula ce que leur réunion pouvait produire, et, après s'être bien assuré qu'elles pouvaient former un canal pour faire tlotter le bois, il fut trouver le comte.

Il lui dit ses découvertes, le persuade, et le comte n'hésite pas à confier au moine Texécutioii des travaux qn'W avait préparés, et il s'em-

pressa de demander à ses supérieurs l'autorisation de retenir le Gordelier, ce qu'on lui accorda sans difficulté.

Six mois après le canal était creusé et les eaux assez abondantes pour faire flotter le bois. On n'eut plus ensuite qu'à s'occuper de l'exploitation et de la vente.

Il en résulta un grand accroissement de fortune pour le comte de la Tournelle. Sa terre, qui ne valait que 12 ou lô.ooo francs de revenus, lui en produisit dès lors 80.000 ou 100.000.

Son fils épousa, grâce à cette fortune, M"' de Ventadour, héritière d'un duchés II eut donc riionneur d'être fait duc.

I. La seigneurie de \enladour, au passé militaire, fut érigée en duché-pairie en 1589 et échut à la maison de Rohan en iOq'i.

LM

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