‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 88 sur 121 · CARACTÈRE DE M'^-^ DE BERTILLE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE M'^-^ DE BERTILLE

M"' de Berville était une enfant gâtée, lorsque très jeune elle perdit son père et sa mère. Ce fut bien pire encore lorsqu'elle tomba dans les mains de sa grand'mère, vieille joueuse, qui laissait sa pelite-fille entièrement maîtresse de ses volontés.

Il fallait que tout cédât à ses caprices. Son étourderie était de nature à cotnprometlre son honneur, sans que néammoins elle en franchît jamais les barrières. Elle s'était fait une telle réputation de légèreté et dégoût de domination, que, malgré son très joli minois et quatre-vingt mille livres de rente, il ne se trouvait point d'homme assez courageux pour l'épouser.

Lorsqu'elle eut vingt ans, il s'en présenta un qui parut lui convenir. Ils s'épousèrent. Elle trouva dans son mari un homme très complaisant, qui pendant trois mois la laissa vivre à son gré ; elle continua à se conduire selon ses caprices.

Un beau jour son mari lui dit : « Vous devez.

Madame, juger de ma bonlé pour vous puisque, depuis trois mois que nous vivons ensemble, je ne me suis pas permis une seule fois de vous contrarier. J'ai voulu bien étudier votre caractère; à présent que je le connais, je crois à propos de mettre des bornes à vos fantaisies. »

Elle voulut l'interrompre, mais il lui imposa silence et il ajouta : a Madame, prenez-en votre parti, si vous voulez être heureuse avec moi il s'agit de m'obéir et de n'avoir d'autre volonté que le mienne, ou d'avoir dans votre époux le plus cruel des persécuteurs. Désormais vous vous lèverez et coucherez à telle heure, vous ne sortirez que si cela me convient, etc..»

La jeune femme, persuadée qu'il plaisanlait, malgré son ton sérieux, ordonna au cocher de mettre les chevaux à la voilure ; le cocher objecta les ordres de Monsieur. Elle voulut sortir à pied, le concierge refusa d'ouvrir la porte.

Elle se retira fort en colère dans son appartement, mais, comme elle avait beaucoup d'esprit, elle comprit bien vite que son mari avait raison. Elle fut le trouver et lui dit : « Je me suis conduite comme une femme étant petite fille, il est bien juste que je sois traitée maintenant comme une petite fille. » Elle changea entièrement et ce couple fut toujours cité comme un modèle d'union conjugale.

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