BONTE DE W^^' D'ANGERVILLE
Louis XV donnait à ses miuislrcs le mauvais exemple d'avoir des maîtresses. Il nest donc point étonnant que le ministre de la marine en eût une. Leduc de Praslin' entretenait une comédienne : M"' d'Angerville. Comme elle n'avait jamais eu d'autre amant, sa conduite fut très convenable et lui mérita l'attachement de ce seigneur et une estime relative de la part du public.
M. de Praslin lui servait 80.000 livres de rente. Elle tenait fort bonne maison, oii les officiers de marine étaient très bien reçus.
Un jour qu'elle était à sa toilette et causait avec un capitaine de vaisseau, entra une jeune
I. César-Gabriel de Ghoiseiil. duc de Praslin (171 3-1785), un de nos grands ministres de la marine. Militaire d'abord, ambassadeur ensuite, puis ministre des afTaires étrangères, et enfin de la marine: il fortifia Brest, fit lever la carte de la Méditerranée, augmenta considérablement la flotte, etc..
femme de chambre qui était à son service depuis peu. Le capitaine la fixa, et cette personne tomba aussitôt sans connaissance.
Après l'avoir soignée, M"" d'Angerville demanda au capitaine la raison de ce trouble.
(( C'est que, répondit-il, je viens de découvrir le secret de cette jeune fille. Elle est de ma province, fort bien née et bien élevée ; il y a près de trois semaines qu'elle a disparu sans que personne ne sache ce qu'elle est devenue.
Sans plus tarder. M" d'Angerville demanda le secret au capitaine. Elle fit de celte jeune personne son amie, la faisant manger à sa table. Elle la présenta ensuite à M. de Praslin, qui obtint pour elle une pension de loo pistoles, auxquelles on ajoutait discrètement lOO louis.
C'est cette jeune personne, dont la conduite fut toujours irréprochable, qui aida M"" d'Angerville à mourir très chrétiennement. A sa mort, cette comédienne remit à la famille de Praslin les 80.000 livres de rente qu'elle avait reçu du duc.
CHACUN A SA MONOYE
Le marquis de Villette', fils d'un fermier général, avait acheté une charge militaire qui lui donnait le grade de maréchal de camp et le droit d'assister au conseil de guerre.
Un jour on discutait sur un point d'attaque, et il soutenait avec chaleur qu'il y aurait plus d'avantage à passer par un chemin que par un autre. Pour donner plus de poids à toutes ses raisons, il finit par dire d'un air suffisant : « Je parie loo.ooo écus que cela est ainsi. »
Le marquis de Roquepine, qui soutenait avec raison le sentiment contraire, fut outré de tant de suffisance.
(( Morbleu! Monsieur, dit-il, chacun met en
I. Cliarlcs, marquis do Vilotlc (1736-1793), abandonna vite la carrière dos armes pour se lancer dans le monde et devint homme littéraire, (l'est le grand ami de Voltaire. 11 embrassa les idées nouvelles; député à la Convention, il fut du parti de la Gironde.
avant sa inonoye; mais pour moi qui n'ai pas loo.ooo cens, je parie ioo.ckjo coups d'épée ([ue cela est comme je le dis. »
Les rieurs ne furent pas pour M. de Yillette, mais il eut assez d'espril pour lire lui aussi, et il devint plus modesle dans ses paroles.