‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 90 sur 121 · TRAIT DESPRIT DE M. DE SESMAISONS · texte numérisé non relu

TRAIT DESPRIT DE M. DE SESMAISONS

Le comte de Sesmaisons', héritier crunerorlunc de 80.000 livres de rente, et ayant obtenu fort jeune une compagnie de cavalerie, se rendit à son régiment.

Il mangeait avec ses camarades, et, comme il était plein d'esprit et de gaieté, il se permit un jour de plaisanter un vieil officier de fortune, qui, par ses seuls services, était parvenu de simple cavalier au grade de capitaine. Pendant tout le temps du repas, il amusa ses camarades aux dépens du pauvre homme.

Après le dîner, comme ils allaient au café, le vieux capitaine prit en particulier le jeune de Sesmaisons et le harangua comme il suit :

(( Vous êtes un sot et un fat; vous m'avez in-

I. 13"ui)e anrionno maison de l^relagno qui a donné, sous la licslauration , deux hommes politiques disling^ués. — Armes : de g^ucules à trois maisons ou châteaux d'or, 2 et I. ouverts, ajourés et maçonnés de sable.

suite sans raison cl maintenant j'exige réparation. Sur-le-champ mettez-vous en garde. »

Sesmaisons l'avait écouté sans sourciller; il lui dit ensuite :

(( Mon cher camarade, n'allons pas si vile; raisonnons un peu avant de nous battre. Vous comprendrez que je ne puis pas tirer Tépée avec vous, car entre nous tout n'est pas égal. Vous avez, si je ne me trompe, soixante à soixante-dix ans, et moi je n'en ai que vingt. Vous avez peutêtre déjà assez vécu pour être ennuyé de la vie ; il n'en est pas de même pour moi, qui ai eu à peine le temps d'en jouir. Vous n'avez ])our toute fortune qu'une pension de loo pistoles ou I.200 francs, et moi j'ai 80.000 livres de renie. Vous voyez bien que nous ne mettrions pas le môme enjeu.

— Voilà, lui dit le vieux soudard, le propos d'un lâche.

— Appelez-moi lâche, poltron, tant qu'il vous plaira, lui dit le jeune homme, je ne m'en fâche pas; je conviens que je vous ai insulté, il est juste que vous m'insultiez à votre tour. Désirezvous une justification ou une réparation devant nos camarades ? »

Le vieux officier vit bien qu'il ne foicerail pas le jeune homme à se battre. Il prit le parli d'attendre la réparation.

Sesmaisons lui tint parole; au moment du

souper, et lorsque tous les convives furent rassemblés: «Messieurs, dit-il, j'ai à vous conter ce qui vient (le se passer. » 11 dit les faits, mais d'un air de plaisanterie. En terminant, il changea de ton : (( Si je n'ai pas voulu me battre avec un homme respectable et pour qui j'ai une profonde estime, sachez. Messieurs, que je suis à la disposition de quiconque blâmera ma conduite. »

Ces paroles en imposèrent à l'assistance, et personne ne dit mol. M. de Sesmaisojis était-il un lâche? Il faut au moins convenir quil ne manquait ni d'esprit, ni de sang-froid.

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