‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 91 sur 121 · RENTE ANNUELLE DE COUPS I) EPEE · texte numérisé non relu

RENTE ANNUELLE DE COUPS I) EPEE

Le marquis de Guerchy^ jouait et perdait son argent. Il maudissait la fortune et soupçonnait un de ses partenaires de le piper. Un jour, n'y tenant plus, il prend un grand couteau et en applique la lame sur la main de ce joueur au moment où il jetait les dés, en disant : « Si ces dés ne sont pas pipés, j'ai tort. » Les dés sont examinés, ils n'avaient rien d'irrégulier. Le voilà donc publiquement reconnu coupable, et son antagoniste brûle de laver l'injure dans le sang.

Il va trouver M. de Guercby, se bat avec lui et lui donne un coup d'épée dans le ventre. C'était un Périgourdin.

(( Monsieur, dit-il, en voilà assez pour une fois; mais l'année procliaine, à pareil jour, attendez-

I. Ciaiide-t'rançois-Louls Régnier de (luerchyf 1715-1767), lieutenant général, puis diplomate, et enfin ambassadeur à Londres.

vous à en recevoir autant. Je vous donne rendezvous ici et n'y manquez pas. »

On tint parole; l'année suivante, nouveau combat, autre coup d'épée pour M. de Guerchy. Cela dura plusieurs années. Chaque fois le marquis recevait la rente; mais la peur de passer pour lâche le rendait fidèle à l'échéance.

11 était fort ennuyé, lorsqu'un beau jour il reçut une lettre assez plaisante d'un inconnu, qui lui mandait qu'il croyait lui faire un grand plaisir en lui apprenant que son payeur de rente venait de décéder.

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