XVIII QUAND ET COMMENT CONTAIT
pas h redouter la sévérité de la bise. Assis sur tin coussin capitonné, les jambes enveloppées dans une ample fourrure, il regardait au travers de la vitre d'une portière les flocons de neige qui tourbillonnaient en tombant. Ainsi que le premier passant, il aperçut la pauvresse et fut.ému de sa plainte. Aussitôt il ordonna à son cocher d'arrêter les chevaux, et tandis que d'une main il fouillait dans la poche de son gilet, de l'autre main il baissait la vitre de la voi-* ture. « Quel terrible froid I » dit-il, frissonnant au contact dé l'air. Il appela la vieille femme, qui s'empressa de répondre à sa voix. Comme il se disposait à lui jeter l'aumône prise au hasard dans sa poche, il voulut, avant de la laisser tomber, s'assurer de sa va^ l^ur ; ce n'était rien moins qu'une pièce d'or. « Dia- « ble 1 fit-il, ce serait beaucoup trop. » Il allait retirer sa main tendue vers la mendiante ; mais une bouffée de vent glacial lui cingla les doigts et lui fit lâcher prise. (( Allons, tant pis, reprit-il philosophique- « ment, je suis assez riche pour donner largement;» et il se hâta de relever la vitre et de se rejeter au fond du carrosse. Pendant que ce soi-disant généreux se glorifiait à part lui d'une telle aumône, comme s'il l'eût faite volontairement aussi magnifique, la mendiante fouillant des deux mains dans l'épaisse couche