LE PÈRE BROUSSAILLES. * IX
dant tour à tour du fil à la même bobine. Leurs pères, qui.avaienf été veufs tous trois, n'avaient pas dû survivre assez longtemps aux mères défuntes peur voir les pauvres petites arriver à l'âge où les enfants se suffisent à eux-mêmes. Le premier des trois veufs, brave éclusier, avait péri en luttant contre Tune de ces terribles débâcles du Abin et de la Meuse gui roulent des montagnes de glaces et crèvent les digues pour se faire passage jusqu'à la mer; les deux autres faisaient partie de l'équipage d'une barque qui avait sombré pendant une tourmente, au retour de la , grande pêche. Les orphelines, qui étaient de pieux enfstnts, pensaient souvent aux parents qui n'existaient plus, et tantôt l'une, tantôt l'autre, disait h ses compagnes : « Je voudrais bien revoir mon père. » Un jour que, soupirant ensemble, elles renouvelaient le même vœu, voilà que la bobine mobile, à qui Tune des ouvrières venait, par besoin d'une nouvelle aiguillée, d'imprimer le mouvement de rotation, au lieu de faire entendre le tic-tac accoutumé en tournant sur son axe, se mit à chanter distinctement, et sa chanson disait : a Remplissez avec courage votre tâche de chaque jour, — travaillez sans relâche, et je vous le promets, — quand tout le fil de la bobine aura pa^sé dans vos doigts, — chacune de vous re<>