X , QUAND ET GOMMENT CONTAIT
verra ceux qu'elle a perdus. » D*abord les trois orphelines eurent grand'peur ; puis elles doutèrent de ce qu'elles avaient entendu ; la plus pressée de renouveler l'épreuve se hâta d'achever son aiguillée, et aussitôt elle fit tourner la merveilleuse bobine, qui articula plus distinctement encore ces consolantes paroles : « Quand tout le fil de la bobine aura passé dans vos doigts, — chacune de vous reverra ceux qu'elle a perdus. » Alors ce sera bientôt, se direntelles.' Comme le fil était alors à peine entamé, quelques jours devaient suffire pour en voir la fin. C'est du moins ce que supposaient les trois fillettes. Elles se trompaient. Les orphelines eurent beau lutter d'agilité à la couture, bien employer tous les jours de la semaine, multiplier à Tenvi les aiguillées, la bobine répétait sa chanson, et la quantité de fil ne diminuait pas. Les mois et les années se passèrent ; à l'âge voulu elles sortirent de l'asile, d'où on leur pernoit d'emporter la bobine qui ne chantait que pour elles. Elles s'établirent ensemble ouvrières en couture; elles se marièrent, mais sans se séparer ; elles furent mères ; leurs enfants grandirent, et le fil continuait à se dérouler sans laisser voir son dernier bout. Après bien des années encore, vieilles et tremblotantes, forcées d'avoir recours aux lunettes pour coudre les