‹ Les historiettes du père BroussaillesChapitre 6 sur 25 · XII . QUAND ET COMMENT CONTAIT · texte numérisé non relu

XII . QUAND ET COMMENT CONTAIT

rent de continuer à s'entr'aider au travail et d'élever ensemble celle que la prière maternelle avait recoinmandée à leurs soins; mais autant l'un des deux frères aimait la terre qu'il cultivait, autant l'autre, né batailleur, éprouvait le désir d'aller chercher fortune dans ces beaux hasards de la guerre dont uu vieux routier, leur voisin, faisait Tunique sujet de ses entretiens. Parfois des soldats qui allaient faire campagne passaient par le pays. Tout enfant, le curieux de batailles guettait leur arrivée et soupirait à leur départ, n'osant pas les suivre ; la volonté du père le retenait. Plus tard, quand la mère se trouva veuve, ce fut son cœur qui le retint. Mais la mère ayant cessé de vivre, la promesse faite à son frère ne lui sembla plus être un obstacle assez fort contre son besoin de courir les grandes aventures. H suffisait que l'occasion vfnt le tenter pour qu'il se décidât à laisser au laboureur le double soin de cultiver l'héritage paternel et d'élever l'orpheline. — Il faut savoir que ceci se passait . au temps oîi le duc de Savoie inquiétait les Génois. — L'un des partisans qui recrutaient au loin pour la ré« publique de Gênes, s'arrêta un jour dans la petite ferme où vivaient les deux frères ; il y rencontra le jeune homme impatient de porter le mousquet^ ils eurent ensemble un moment d'entretien ; puis la pa^

LE PÈRE BROUSSAILLES. Xltl

trie des Doria compta un soldat de plus. Quand il revint pour la première fois, quelque douzaine d'années après son départ, un peu fatigué et très-vieîUi déjà, il retrouva son frère conduisant les bœufs au labour, et sa sœur, alors belle jeune flUe, soignant retable et le ménage. II avait beaucoup vu, beaucoup tué, beaucoup pillé, mais il ne ramenait pas avec lui la fortune. Presque tout le butin arraché par la violence, la violence le lui avait repris ; le reste s'était évaporé dans la fumée des orgies. De toutes les richesses qui avaient souillé ses mains, il ne rapportait qu'un petit morceau d'or fondu en forme de poire singulièrement allongée. Sa sœur, en examinant ce' morceau d'or que le soldat venait de lui offrir, fit cette remarque : « Cela ressemble à une des larmes « de la Madeleine de pierre qui pleure au pied de la « croix, dans notre église. » Â ces mots, surpris par un souvenir importun, le soldat sourcilla et se mordit la moustache ; quand le nuage fut passé il dit : « Avoue, mignonne, que tu voudrais bien en avoir « une autre toute pareille pour te faire deux beaux « pendants d'oreilles. » La jeune fille ne dit pas non. Quelques jours plus tard, le soldat, voyant qu'il ne pouvait pas encore se réhabituer à la vie des champs, dit, en montrant le joyau d'or à la sœur et au frère

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