LE PÈRE BROUSSAILLES. XV
de leur étable incendiée, allait bientôt, par son mariage avec la jeune fllle, remplacer de droit, dans la maison, l'absent qui bataillait toujours, quand il se vit contraint par la force de suivre un capitaine qui faisait des levées de troupes dans le pays. Au moment du départ, sa fiancée voulant qu'il emportât d'elle un souvenir qui fût aussi sa sauvegarde, fit bénir la larme d'or; on y souda un anneau; elle y traça profondément une croix avec la pointe de ses ciseaux, et à l'aide d'une mèche coupée dans toute la longueur de son opulente chevelure, elle suspendit la relique au cou du jeune soldat. A compter de ce moment, on eut deux absents à attendre chez le laboureur. Un seul des deux revint, vêtu de guenilles, mutilé, se traînant sur la route plutôt qu'il ne marchait, et à demi mort de lassitude et de faim. Xe laboureur semait le grain dans les sillons quand il vit arriver un soldat à la limite du champ paternel. Les deux frères, après tant d'années, eurent grand'peine à se reconnaître, et ce fut en hésitant qu'ils se demandèrent l'un à l'autre leurs noms. Celui qui avait vieilli dans le travail, mais qui gardait encore toute sa force, soutint jusqu'au seuil de la ferme celui que la guerre avait brisé. Quand les trois enfants de la veuve se furent assis devant la table de