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L’AVENIR DE L’INTELLIGENCE

Écrit en 1903 et 1904, publié en 1905, ce livre se compose d’études sur des questions particulières, mais qui se rattachent à la question générale de l’Ordre en politique, en philosophie, dans la littérature et dans la presse. Il est divisé en quatre parties :

La dernière, « Mademoiselle Monk », nous

i (1) En veut-on un troisième ?

1 A ceux qui lui disent : Mais la noblesse s'identifiera au i régime nouveau et l’accaparera... M. Maurras répond : " Faites-vous royaliste. En grossissant le nombre de ceux qui ne veulent pas qu’il en soit ainsi, vous parviendrez à l’empêcher. » La réponse ne me paraît pas décisive.

met au courant d’une curiosité historique et qu’on peut résumer ainsi : Comment il se fit que M1Ie de Coigny fut mise à même de convertir au légitimisme M. de Talleyrand, et comment elle fut par conséquent l’artisan le plus utile de la première Restauration. C’est de la petite histoire, mais suggestive et finement contée. Elle tend à nous montrer que, dans les situations le plus inextricables, parfois une initiative obscure fait aboutir une solution réputée impossible.

La troisième partie relève de la critique littéraire : il s’agit du Romantisme féminin. C’esl une allégorie des sentiments désordonnés. La haine est clairvoyante. M. Maurras nous montre que le Romantisme, en donnant toute licence au sentiment (fût-ce le plus bizarre et le plus désordonné), ouvrait toute grande la carrière aux femmes et aux hommes qui ont une sensibilité de femme. Ce point de vue est de grande conséquence. Il est original, juste et divertissant. L’avoir trouvé fait grand honneur à uiï critique.

La deuxième partie est une étude sur Auguste Comte et le positivisme. On sait déjà

CHARLES MAURRAS

quelle influence eut ce philosophe sur la formation intellectuelle et morale de M. Charles Maurras.

La première partie enfin, est, à mes yeux, la plus curieuse. Elle étudie en quelques mots quelle fut autrefois la condition des gens de lettres. Au xvi° et au xvne siècle leurs œuvres étaient pour le lecteur un plaisir intellectuel, un divertissement. La répercussion de leurs idées sur les mœurs était indirecte et lointaine.

M. Maurras constate ensuite qu’au xviiic siècle les littérateurs devinrent quasi tout-puissants. Ils préparent la Révolution. Ils la font. Dans les idées, dans les mœurs et dans les faits, ils bouleversent tout. Ce sont des mécontents et qui apportent au monde un plan de reconstitution. Les noms de Rousseau et de Voltaire disent assez ce que fut « le pouvoir spirituel » à leur époque. Avec le règne de l’opinion s’établit le règne de ceux qui la font. Ils croient avoir changé la face du monde, et ils l’ont en effet profondément modifié. La Révolution et le Romantisme, qui n’ont pas cessé de développer leurs conséquences, furent en grande partie le résultat de leur effort. Cela fut-il un

bien? M. Malirras l’examine. On devine qu’il eût préféré que chacun restât dans le domaine de sa compétence.

11 constate enfin comment, de nos jours, la littérature étant devenue, grâce au journalisme et aux livres à grand tirage une industrie, la presse elle-même devient une entreprise industrielle, traitée comme une valeur. Elle se trouve en même temps dépréciée à cause de la surabondance des gens qui tiennent une plume, et asservie à cause de l’intérêt considérable que trouvent les possesseurs de l’or à s’assurer la propriété des journaux. Les journaux deviennent entre leurs mains l’instrument de certaines industries, de certains commerces et de la Finance. Les journaux reçoivent l’argent des particuliers, des collectivités, du Gouvernement national et même des Gouvernements étrangers. Ils peuvent se mettre au service de la Finance internationale. Rien ne les empêche de servir les étrangers qui les subventionnent. Le journaliste, dont la condition se rapproche de plus en plus de celle du salarié, n’a plus qu’à se soumettre ou à se démettre. En fait il se soumet presque toujours. Quand il se dé-

met, on le remplace facilement. Discrédité dans l’opinion, asservi par les possesseurs de l’or, telle est sa condition. Et le régime de la presse est à ce point désorganisé, anarchique, l’appel est si permanent à la cupidité des individus, à leurs ambitions, à leurs faiblesses et à leurs vanités, que les journaux peuvent se tourner, selon les circonstances, contre les intérêts généraux pour servir les intérêts particuliers, et contre l’intérêt national pour se mettre au service des intérêts étrangers. M. Maurras en cite des exemples qui ne paraissent pas contestables. Sa thèse peut se résumer en quelques mots : 1° Dans notre réjgime l’opinion publique est toute puissante. 2° L’opinion publique est faite par les journaux. 3° Les journaux appartiennent à n’importe qui.

« Heureux les peuples modernes, écrit-il en conclusion, qui sont pourvus d’un pouvoir politique distinct de l’argent et de l’opinion ! »

On peut juger par cette courte analyse de l’intérêt que présente le livre et des conclusions générales vors lesquelles il tend.

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