L’ORDONNATEUR D’IDÉES
Sans doute, les traits du caractère intellectuel de M. Maurras commencent-ils à se préciser aux yeux du lecteur. Il est, à un degré éminent, éliminateur, utilisateur, et par-dessus tout ordonnateur d’idées.
Pour mieux comprendre sa méthode, examinez par exemple, comment il en a usé à l’égard de l’un des livres qu’il ait le plus vanté. Malgré l’opposition et le ressentiment de beaucoup de catholiques, M. Maurras a ressuscité d’un oubli très prolongé la Réforme intellectuelle et morale de Renan, livre admirable et qui pare de l’enchantement d’un style inimitable des idées abondantes, originales et justes. Or si vous comparez le contenu de ce livre aux références très nombreuses qui l’incorporent pour ainsi dire à la doctrine de M. Maurras, vous vous apercevrez que l’oeuvre a été lue
CHARLES MAURRAS
sage à page, contrôlée idée par idée, et que si es témoignages d’extrême admiration pour ce ivre sont nombreux et ardents dans l’œuvre le M. Maurras, il a cependant fait, dans cet msemble, un choix judicieux. 11 a adopté tout 'essentiel mais il a aussi éliminé en le taxant l’illogique ou d’erronné (avec preuves à l’ap- >ui) tout ce qui ne pouvait pas faire bloc, ‘agréger au corps de doctrine dont la Réforme ntellectuelle est un des éléments, mais dont 'auteur et l’éditeur responsable est tout de nême le seul M. Maurras.
Ainsi M. Maurras a-t-il procédé à l’égard le tous ceux qu’il appelle ses maîtres. 11 a nême appliqué cette méthode patiente aux crits authentiques des Rois et des Prétenants. Personne n’est infaillible. L’expérience pprend à se corriger. Quand il nomme le Parementarisme « l’erreur du seul Louis XVIII » u qu’il qualifie de « détestable » l’accession u trône de Louis-Philippe, il donne la mesure e son indépendance.
Ainsi se sont développées simultanément ans l’œuvre critique de M. Maurras une partie estructive et une partie constructive. Celle-ci
se compose d’éléments rassemblés de toutes parts mais qui constituent un édifice nouveau.
Une campagne royaliste.
Après ['Enquête sur la Monarchie, livre capital, une Campagne Royaliste au Figaro constitue un nouvel exposé de faits et de principes
Cette suite d’articles (D avait commencé er août 1901. Interrompue en janvier 1902, elk fut publiée en brochure en septembre 1902.
En voici un aperçu :
« Étant donné qu’il faut que la France soi; forte, où trouver les conditions réelles et pratiques de la force de la Patrie ?
— Ne suffirait-il pas de renverser le Ministère ?
— Oui, leur disait M. Jules Lemaître.
— Non, leur répondaient l’analyse et h réflexion.
— De voter des lois sociales ?
(1) Elle se compose de douze articles qui s’espacèrent de plu en plus jusqu’au jour où l’on signifia à l’auteur que c’e: était assez.
CHARLES MAURRAS
— Oui, déclaraient les démocrates chrétiens.
L’analyse et la réflexion répondaient encore que non.
— De décentraliser?
— Oui, disait M. de Marcèrc.
— Non, disait l’autre voix.
— De détruire ou de réduire le parlementarisme ?
— Oui, disait M. Déroulède.
— Non et non.
... Dans toute la force du terme, on n’a pu s’arrêter que le jour où l’on a reconnu que la France, comme autrefois la République de Pologne, était rongée d’un mal constitutionnel ; que ce mal s’appelait le régime électif ; que l’élection soumet un pays à trois princes anonymes et sans responsabilité : l’Administration, l’Opinion et l’Argent; que l’Etat politique devrait être placé au-dessus de l’argent, de l’administration et de l’opinion ; en somme, qu’à l’élection devrait être substituée l’hérédité. »
Citons encore quelques lignes :
« Un sentiment, un seul, est à peu près unanime en France, c’est le désir d’échapper aux
politiciens, c’est le dégoût, la lassitude de ces partis rivaux, qui font du bien public selon le mot de Montesquieu « une véritable dépouille ». Eh bien ! le Royalisme qu’on accuse partout d’être arriéré ou chimérique est aussi la seule opinion, la seule doctrine qui corresponde à cet instinct général du pays. »
Telle est en effet l’ambition des Royalistes. Ils ne veulent pas être un Parti. Ils ne veulent plus du gouvernement des partis.
Reste à savoir si la force des choses étant plus forte que leur volonté, ils ne se trouveront pas forcés, dans l’opposition, de constituer un Parti, et s’ils parviennent au Pouvoir de continuer...