‹ Les hommes de 1848Chapitre 10 sur 46 · V. LODB BLARC · texte numérisé non relu

V. LODB BLARC

se retiilît en corps au niinislère de la Justice pour demander le rappel des troupes. M. Grémieux promit qu*on obtempérerait aux voeux du peuple. On se sépara aux cris de : Vive ranyiée! et le gouvernemeril provisoire, qui avait enfin tronvfî l'occasion qu'il atlentîait depuis* lonL^lemps, piépara en rhcoueur de l'armée cette fameuse fêle de la Fraternité, dont oous avons* signalé plus haut le singulier curact(^re«

C'est ainsi que la Uévolulion fut jouéo par MM. de Lamartine, Marrast, Garnier-Pagès et Marie, et leur trahison fui secondée par la faiblesse ihcurable de MM. Louis 3lanc et Ledru-Boilio. Nous dirons dans le chapitre suivant la part prise à la réaction par ce dernier.

trouva ebez lui quelques mauvais fusils, et plus tardy il fut condamné b un mois de prison pour ce fait, qualifié de détention illégale d'armes de guerre.

En réalité, il est probable que la manifestation du 16 avril, si on l'eût laissée se développer paisiblement, se fût terminée pacifiquement comme celle du H mars. Il eût fallu rinitialive de M. Louis Blanc ou de M. Ledru-Ro!lin,ce qui n'était pas k craiiulro, pour lui donner un caractère agressif contre le gouverncmenu Les délégués des corporations rédigèrent le lendemain une déclaration d»ns laquelle ils protestaient contre les intentions mensongères qu'on lebr prétait, et pour affirmer qu'en se réuuissaut au Champ de Mars pour se rendre de là à l'Hôtel de-YiUe, leur but n'avait pas été autre que celui-ci : « !<> élire les quatre ouvriers devant « faire partie de Tétat-major delà garde nationale; 2** prouver m que les idées d'organisalion de travail et d'association sont les it seules idées du peuple, ci que, suivant lui, la révolution de Fé- « vrier serait avortée, si elle ne devait pas avoir pour etfet de « mettre un terme à Teiploitatinn de 1 homme par Thomme; a 3^ enlin offrir au gouvernement provisoire, après lui avoir ex- « primé nos vœux , l'appui de leur patriotisme contre les réac* « leurs. » Celle protestation se termine en ces termes : « Il faut n donc qu'on le sache bien, rien dans la journée d'hier n'était de « nature "a molivcr les alarmes. Le peuple sait qu'il est fort ; il lui « est permis de rester calme. Il est là \\o\\t défendre la Révolution

« telle qu'il la comprend ; sous sa sauvegarde elle ne périra pas. » •

LES nOMHES DE 1848

Vainemeni voudraient-ils abriter leur conduite sous un faux masque de générosité. Le gouvernement, en temps de révolution surtout, ne comporte pas ces ménageiiienls,

parce qu'il a des intérêts plus graves à sauvegarder que la politesse vis-à-vis des personnes. Quand on acceple celle responsabilité redoutable de prendre eif ses mains la direc* tion des destinées de son pays, il faut avoir, ce sont les pjeiuièies et les plus essentielles qualités, la bûreté du coup (l'œil et l'audace de la décision : il faut avoir la confiance en soi-même et la force d'imposer sa volonté ; on o*a ».pas le droit de s'effacer par une fausse nsodestie, car en ce !cas ce n'est pas soi-même que l'on sacrifie, on trahit l'idée que l'on représente; "^'abnégation personnelle n'est pas de mise dans une semblable situation. Personne n'est obligé d'accepter le gouvernement; quand on ne se sent pas la force dinteliigence et la foirce de caractère nécessaires pour ce rôle, on donne sa démission et on se retire. Mais quand une fois on a accepté celte responsabilité redoutable, on n'a plus Je droit d'en décliner les charges.

C'est à partir du 16 avril que se déchaîna ouverlement la réaction contre le socialisme (1)» et» derrière le socialisme, c'est là République elle-même qu'on voulait atteindre.

(I ) 4f Après le 16 avril, le socialisme souleva contre lui toutes les M colères : ou l'avait vu, minorité imperceptible, toucher au gou« ff vemement. Ce qui fait que les partis se détestent, c'est bien « moins la divergence de leurs idées que leur tendance à se doit miner l'un Tautre; on se soucie peu des opinions; on n'a d'inu quiétude que du c6té du pouvoir. » (PKODDnov« Confmmis d*un révolutionnaire*) Cette observation de Proudbon rappelle un mot profond de fiérangcr, prononcé vers la même époque, — « Eh a bien ! cela no va guère? » disait-il a M. Marrast. — Que voulez- « lez-vous? la différence de nosopioions... DUes plutôt la reS" « semhlanee de vos ambitions* »

Los dénonciations pleuvaient ii la préfecture de Police en si grand nonnbre, qu'il semblait, a dit M. Gaussidière, que la moitié de Paris voulût faire emprisonner l'autre. La haine contre les clubs se manifesta par tant de violence que le gouvernement dut intervenir par une proclamation rédigée par M. Crémieux et modifiée par M. Louis Blanc pour rappeler les citoyens au respect de la liberté (1)... Par une autre proclamation, le gouvernement « déclarait « désapprouver de la manière la plus formelle tout cri « provocateur, tout appel h la division entre les citoyens, (' toute atteinte portée à l'indépendance des opinions pa (( cifiques. »

Mais le coup était ji^rté : les élections eurent lieu sous cette impression, et quand l'Assemblée constituante se réunit le /j mai, malgré ses protestations apparentes, la majorité avait déjà condamné au fond de son cœur non-seulement le socialisme, mais aussi la République. Ce fut M. Louis Blanc qui supporta le premier choc : on lui fit expier cruellement son imprévoyance, sa faiblesse, ou, s'il le veut, sa générosité intempestive.

Tous les membres du gouvernement provisoire vinrent successivement rendre compte h l'Assemblée de la gestion qui leur avait été plus spécialement confiée. De tous ces rapports, il n'y eut que celui de M. Louis Blanc qui fut froidement accueilli. Au lieu de lire comme tous ses collè-

(l) Voici les principaux passages de celle proclanialion : « Ci-

« loyens, la République vit de liberlé et de discussion. Les clubs

« sonl pour la République un besoin, pour les citoyens un droit...

« Le gouvernement provisoire protège les clubs... Citoyens, le

« gouvernement provisoire, fidèle à son principe, veut la sécurité

« dans l'indépendance des opinions. Il a déjà pris des mesures

« propres h la proléger ; il ne peut vouloir que les armes soient

« mêlées aux délibérations. Notre République, c'est l'union, c'est

« la fraternité, et ces sentiments excluent toute pensée de vio-

u lence. La meilleure sauvegarde de la liberlé, c'est la liberlé. »

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gaes un travail ))réparé iravance, M. Lonis Blanc improvisa à la li ibuae. Cela parut une aO'ectalion malséante , et 00 ne se fit pas faute de le dire ; M. Louis Blanc prétend quMl n'avait pas été prévenu et qu'il n'avait en conséquence pu se préi)arer. Caserait là un pelit procédé qui ferait peu d*lionneur à ses collègues.

La première question qui se posa à l'Assemblée, fut celle . de la constitution du pouvoir. Le maintien du gouvernement provisoire était à tout prendre la combinaison la plus simple et la plus satisfaisante, Mais elle lui écartée, « parce (( que méwe au sein du parti républicain, on voulait se dé- <( faire de certains hommes du gouvernement provisoire» <( notamment de MM. Louis Blanc et ^Imi^ qui représen* it latent plus particulièrement l'opinion socialiste (!}.» Il fut décidé que le pouvoir serait coiitie à une commission de cinq membres. Naturellement M. Louis Blanc fut écarté. La commission du pouvoir exécutif fut composé de MM. Arago, Garnier-Pagès, Marie» de Lamartine et Ledru-Roilin. Des portefeuilles furent confiés à MM. Flocon, Grémieux, Carnot, Bethmont. En réalité MM. Louis Bianc et Albert seuls des anciens membres du gouvernement provisoire furentexclus du nouveau gouvernement, Bs donnèrent immédia* tement leur démission de président et device*président de la commission du Luxembourg. M. Louis Blanc demanda îi • TAssemhlée de substituer à cette commission devenue sans objet un ministère de travail et de progrès (2). L'Assemblée

(1) BABAUD-LARiBifcnr. nutoirc de V Assemblée amstituante,

(2) M. Louis Blanc tPijninail son discours par cette avertissomeiu, auquel riusuireclion de juin, quelques semaines plus lard, venait tristemenl donner raisou : a Oui, je crains que la société, « si on la laisse descei^dre la penle qu'elle deseend, ne marche ^ « nn ahinic^ ei je ne crois "pas que pou»' cesser de marcher a un « ahime, il suffise de choisir la nuii pour v marcher; il faut que « la lumière deseende sur la situalion. CVsl a vous à la laire des- « cendrCy et par là vous aurez conquis des droits immeusesj je ne

nccueillil dédaigneusement cette proposition, feignant d'y voir un inlérôt personnel, bien que M. Louis Blanc eut formellement déclaré son intention de rester étranger au pouvoir jusqu'au vote de la Constitution. Mais tout en se nionlrant hostile à M. Louis Blanc (l), l'Assemblée affectait une très-grande sympathie pour les idées sociales. Seulement disait M. Freslon, exprimant la pensée de ses collègues, (( il ne faut pas personnifier la question sociale dans « un système. » Et il faisait cette déclaration significative, qui ne devait laisser aucun doute sur sa sincérité : « L'As-

a dis pas seulemenl à la reconnaissaDce du peuple, mais k la ro « connaissance de la postérité ; et vous aurez conjuré des périls a dont souvent on ne comprend bien la portée que lorsqu'on les « louche de la main. On disait avant la révolution de Février : a Prenez garde à la révolution du mépris! Eh bienl c\*st h nous R k rendre impossihie, et cela se peut, la révolution de la faim. »

(4) Malheureusement M. Louis Blanc prêtait avec irop de faciliié le ilanc aux attaques. Il y avait dans ses paroles une personnalité excessive et presque maladive. 11 se montrait sensible au delà de toute mesure aux mécomptes qu*on lui avait fait subir, et il se posait sans cesse en victime, en martyr de son dévouement k la cause populaire : « Beaucoup d'ameriume est entrée dans mon cœur, « c'est vrai, disait-il, mais je m'attendais à tout ce qui s'est fait; je Il savais que l'on n'attaque pas impunément la force; je savais que « ce n'est pas impunément qu'on émet des idées nouvelles devant « des hommes pénétrés de la nécessité des idées anciennes. Je « savais que je me ferais beaucoup d'ennemis, que je soulTrirais « pour le (H uplel m Ces paroles faisaient éclater de vives réclamations. — Vous ne parlez que de vous! disait-on. Attendez donc In postérité ! Et les quolibets pleuvaient qui, quelque temps plus lard, devaient dégénérer en insultes. — M. Penpin, soi-disant ouvrier horloger, impatient de se concilier les sympathies de la majorité et qui ne larda pas a devenir l'entant chéri de la réaction, M. Peupin adressait à M. Louis Blanc cette parole d'autant plus cruelle qu'elle était juste en réalité : a Je ne dirai pas que la « commission du Luxeuibourg a été coupable, et cela par une « bonne raison, c'est que l'on n'est pas coupable quand on n'a « rien fait. »

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(( semblée oalipaaie qni est ici, posera nécessairemenl toules * (( les grandes bases de Forganisation du travail. Si elle ne

« le faisait pas, elle serait maudite par la postérité ï L4. « F&ANCE LA mIpbiserait. )) M. Sénai d donnait en termes non moins explicites la réplique ^ M. Fresion : « La Révo-n lutian de fémer est pav'demts tout um Révolution sociale^ <( tout le monde Ta dit hautement, tout le monde Ta senti. « Nous avons avant tout, h faire une série d'institutions so- (( claies qui substituent partout, dans les faits comme dans (c les mots» la liberté à l'oppression» Tégalité au privilège, il la fraternité à TégoIsme, » M. Démoslhènes Oll'ivierve- ^lait conlirmer ces tlisposilions : u Les discussions sur la / (( Constitution me paraissent prématurées. Il y a une néy u cessité pressante, un besoin urgent, brûlant, dirai-je, « c'est celui de nous occuper immédiatement et avant toute « discussion, avant toute délibération, du sort des travail* u leurs (1). )) L'Assemblée décida, séaiico teiianlo, la nomination d'une commission des travailleurs. Mais on ne devait pas tarder à voir combien étaient peu sincères toutes ces démonstrations!

La journée du 15 mai vint dispenser la majorité de tour

liis ménagements qu'elle avait cru devoir garder (r^ lioi d, et la République se trouva jetée promptenient en pleine réaction. En cette occasion M« Louis Blanc éprouva crueU lement les inconvénients d'une popularité sims autorité. Il

s'efforça vainement de persuader au peuple de se retirer : on applaudit sa personne, sans tenir aucun compte de ses

(1) M. Huches disait dans le discours inaugurant sa présidence de l'Assemblée : « Nous nous sommes eu^a^és, nous qui « sommes le^s élus de tous, k nous occuper de tons, et paritcuUè- <f rcment de celle classe, de cette portion pauvre, malheureuse de 4 la population, dont |amai8 personne ne s'était occupé. Nous ne « rcrons pas comme le pouvoir déchu, nous ne fermerons pas les « yeux , nous n'ajournerons pas les questions. Toutes ces qucs- « lions peuvent être résolues, n

paroles ; on Tassocia malgré lui à la manifestation en le portant en triomphe (1). M. Louis Blanc fût ainsi livré par le peuple aux soulïlels de ses ennemis. Et quand il revint prendre son poste à l'Assemblée, des gardes nationaux se précipitèrent sur lui, en proie à un incroyable accès de rage. Il fallut que plusieurs de ses collègues vinssent le proléger conlre ces furieux qui criaient : // n^est pas besoin de le mettre en accusation^ il faut le tuer, ce sera plus tôt fait. Il entra dans l'Assemblée ses vêtements en lambeaux ; mais au lieu trouver auprès de ses collègues les égard que commandait le seul sentiment de l'humanité, il ne ren contra que des dispositions hostiles. Ayant voulu monter î\ la tribune, il fut interrompu par des murmures violents, auxquels se mêlèrent les insultes les plus grossières, et il dut renoncer à dominer les bruyantes exclamations que chacune de ses paroles soulevèrent. Le lendemain il invita les auteurs des injures qui lui avaient été adressées à se faire connaître ; mais sa lettre, publiée dans les journaux, resta sans réponse.

Ces violences et ces avanies. ne suffisaient pas encore aux ennemis acharnés de M. Louis Blanc, qui essayaient conlre lui toute l'ardeur rancuneuse qu'ils allaient déployer bientôt contre la Révolution. Bien que le rôle réel de

(1) Voici comment s'exprime h ce sujet M. Louis Blanc luimême dans une noie justilicative distribuée à ses collègues : a J'eus « beau me débailre violemment, j'eus beau répondre à diverses « reprises aux acclamations passionnées qui retentissaient autour « de moi, que le seul cri vraiment digne du peuple était : Vive la « République, Je m'épuisai en elTorls inutiles. Dix fois je tombai a dans la foule qui m^enlratnait, dix fois des bras robustes me « soulevèrent. Il y eu avait qui se précipitaient sur moi pour a m'embrasser; d'autres criaient : Prenez garde de l'étouffer!, . «: CVst ainsi que, malgré moi, je fus porté dans l'Assemblée à H iraversla masse compacte des envahisseurs. Ceux qui ont assisté N h celte scène ont pu juger îi mon altitude si je n'ai pas tout fait « pour empêcher ce luncste éclat. »

iUl LES HOMMES DE 18/|8

M. Louis Blanc, au 15 mai, ne fûtdoultux pour personne, on songea à le mêler aux poursuites dirigées contre ceux qui avaient envahi l'Assemblée. Il était notoire au contraire que tous ses efforts avaient tendu à persuader aux envahisseurs de se retirer, et il n'avait consenti à intervenir auprès de la foule que sur les instances de plusieurs de ses collègues, et après en avoir obtenu l'autorisation officielle du président M. Bûchez qui, à la vérité, avait complètement perdu la tôle, et ne fut guère en étal plus tard de rendre compte (le ce qu'il avait fait et de ce qu'il n'avait pas fait. Dans un rapport plein de restrictions flatteuses, plein de fiel, chef-d'œuvre de perfidie savante et qui fut spirituellement ^gytiomparé par Ribeyrolles, dans la Réforme^ à une jalte de Init empoisonnée, M. Jules Favre conclut à l'autorisation des poursuites. La trame avait été artificieusenient ourdie, on avait répandu sourdement, parmi les représentants, le bruit que M. Louis Blanc était, le 15 mai, à l'Hôtel-de- Ville. M. Marrast avait dit conpflentieUement à quelques personnes qu'il l'y avait vu, que lui-Ujême avait protégé son évasion. C'était un odieux mensonge. Interpellé publiquement à l'Assemblée, M. Marrast dut le désavouer (1). Dès

(1) 11 fallut pousst?r en quelque sorte h la tribune M. Marrast par les provocations les plus directes, pour lui arracher ce désaveu. Les termes mêmes qui consacrent ce souvenir si peu honorable mcriteni d'être rapportés : « Je n'aurais vu aucun inconvénient, dit-il, «< il répondre plus tôt a l'interpellation qui m'a été adressée, si « elle m'avait été faite dans les termes qu'a employé le dernier « orateur (M. lînynal); mais je n'aime pas les sommations et je n'ai « pas riiahitude d'y répondre; et toutes les fois qu'on manquera « vis-h-vis de moi aux choses de convenance, j'y répondrai par le « silence le plus absolu. Quant au fait dont il s'agit, j'ai cru, je . «c dois le dire, le premier jour seulement, que le citoyen Louis « HIanc était veuu b l'Ilôtel-de-Ville. Voici les raisons qui m'oiy. « porté a le croire. Pendant le temps que la foule éiait sur la « place de lilùlel-de-Ville, je l'ai entendu triîs-souvent crier h w plusieurs reprises : Vive Louis Blanc! Vive Albert! Vive

M. LODTS BLANC

lors tout Fécliafaudage sur lequel reposaient les calculs des ennemis de M. Louis Blanc s'écroula, et malgré le mauvais vouloir de l'Asseniblée, la demande en autorisation de poursuites fut rejetce (1). Mais ils devaient ressaisir la proie qui leur échappai!, et après les événements de juin, à la suite de l'enquête Quentin Bauchart dans laquelle on avait vainement essayé de compromettre M. Louis Blanc avec l'insurrection, TAssemblée se déjugeant, donna le 25 août l'autorisation de poursuite pour les événements du 15 mai qu'elle avait refusée le 3 juin (2).

« Barbes! Au moment où je suis sorti de rHôlel-de-Ville, un « citoyen qui était h mes côtés m'a aflirmé que le citoyen Louis o Blanc avait été à riIôlel-de-Ville, et qu'il avait favorisé son « évasion en le faisant sortir par une petite porte donnant sur la « rue Lobau. J'ai fait immédiatement toutes les recherches, d'une M part, pour retrouver ce citoyen, et d'un autre côté pour m'as- « surer si ces renseignements étaient exacts ; je dois dire avec la il môme sincérité, qu'après m'être assuré des citoyens qui étaient « placés dans l'escalier, par lequel Louis Blanc aurait pu sortir, et V (les dispositions qui avaient été prises dans l'intérieur, après « avoir interrogé ceux qui étaient entrés dans les ditlérentes salles « qu'on avait parcourues, il m'est resté la conviction la plus coma plète que jamais Louis Blanc n'avait mis les pieds a l'Hôiel-de- « Ville dans la journée du 15 mai. »> {Séance du 3 juin,)

(1) Voir au chapitre VllI consacré U M. Jules Favre, les circonstances qui accompagnèrent ce rejet, à

(2) Le 25 juin, M. Armand Marrast vota pour la demande en autorisation de poursuites, ainsi que M. le général Cavaignac. Or, M. de Girardin affirma que le général Cavaignac lui avait dit, dans la Presse: « Quant a M. Louis Blanc, ma conviction profonde est M qu'il n'est pas plus coupable que moi. » M. Jules Favre eut la convenance de s'absienir. — Du 9 juin au 25 avril, M. Louis Blanc ne prit que peu de part aux discussions de l'Assemblée : C( pendant il vola contre le bannissement de la famille de Louis- Philippe, tandis que M. Duvergier de Hauranne votait pour, et que &L Odilon Barrot, n'ayant ni le courage de la lidéliié, ni celui de la défection s'abstenait 11 prit la parole pour s'opposer à Texclusion du prince Louis- Napoléon, et eulin il parla contre le cautionnement des journaux.

M. Louis Blanc quilUi la France pour échapper à la détention préventive et alla se réfugier îx Londres, où il habite encore aujourd'hui. Pendant trois ans de 18/|9 ii 18.51 , il prit une part active à la polémique révolutionnaire. Il ne négligea aucune occasion de protester contre les calomnies \ auxquelles il était en butte, et surtout contre Taccusalion d'avoir fondé les ateliers nationaux, organisés par M. Marie,

1:orame on sait, et dans Tintenlion précisément de com- )attre Finfluence du Luxembourg et de M. Louis Blanc. Ses protestations sont contenues dans une brochure intiy lulée : Appel aux honnêtes gens. Dans les Pages d'histoire de la révolution de ft' tri er iSAS, il rétablit le caractère du rôle politique qu'il avait joué dans le gouvernement provisoire. Enfin il fit un journal mensuel de polémique socialisle sous ce titre : le Nouveau-Monde, dont le premier numéro parut le 16 juillet i8/|9 et dont la publication fut continuée jusqu*à la fin de l'année 1851. En somme, M. Louis Blanc fut de tous les hommes qui passèrent au pouvoir en 1848, celui qui fut le plus maltraité par la réaction. C'est qu'aussi aucun ne donna autant de prise à ses ennemis. 11 fut un instant, comjjpe nous l'avons dit, le maîlre de lu situation ; les destinées do la République furent dans ses mains; il disposait d'un pouvoir immense, il ne sut pas s'en servir : il appliqua tous ses efforls à neutraliser sa propre influence, à se confondre dans une solidarité complète avec ses collègues, dont les dispositions hostiles et anti-révolutionnaires n'élaient un mystère pour personne, en un* mol, h maintenir en équilibre les diverses forces de la société, suivant sa propre expression, ce qui était conserver le champ libre pour la réaction, provoquée ainsi à profiter des facilités qu'on lui ofl'rait. Mais alors M. Louis Blanc, objectif désigné des attaques révolutionnaires, ne se

U. LOUIS BLÂNC iUS

montra pas à la hauleor de la situation : au lieu de stimuler la force révolutionnaire qui pouvait encore se grouper k

sa voix, et d'engager [ranchement el courageuseraent la lutte y il se drapa dans son manteau dMiommc d'État iacompriSi épuisa ses efforts à se défendre, à se justifier, en se livrant lui-même h ses ennemis ; et ainsi il en arriva àcoraproraellre complètement sa propre dignité el jusqu'à celle du parti qu'il représentait. Si les destinées du socialisme eussent vraiment reposées sur sa tétc, comme il put le croire un instant et comme il ne cessa d'en être persuadé, c'en était fait du socialisme, qui fût tombé .avec lui sous l'impuissance et sous le ridicule. El i^ème, de l'exi!, tout entier à la préoccupation de sa propre personnalité, il ne sut faire entendre que des récriminations et des justifications fatigantes et stériles.

Depuis, M. Louis Blanc a renoncé à ses éludes socialistes; il a aban'loniié le rôle d'homme d'Étal qui convenait peu à son caractère ; il eût put rester le poëte et le littérateur du socialisme ; mais il s'est retiré de la presse démocratique, et il est devenu un des écrivains les plus distingués et les plus autorisés de la presse libérale et conser» vatrice(l). Le7V ///y}5,deParis,et tl^ toile Mge, de Bruxelles, publient chaque semaine depuis plusieurs années ses Let" fret de Londres toujours intéressantes et souvent remarquables.

Il a achevé son Histoire de la Révolution. Si M. Louis Blanc fut un pauvre homme d'Etat, c'est incontestablement un très-grand écrivain, et il a su se faire uue position dans l'opinion publique. Il jouit aujourd'hui d'une égale popularité auprès du peuple qui a conservé la légende de son passé socialiste et auprès des classes cooseï valiices qui, en admirant réciivain et en applaudissant à la modération de

(1) Dans un journal fondé lécemmenl, la Démocratie ^ on a publié un programme socialiste do M. Louis Diane qui a pu donner

LES HOMHES DE 1848

ses idées, ont oublié Tadversaiie contre lequel elles firent gronder autrefois tant de haines implacables.

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