CHAPITRE IV M. LEDRU-ROLLIN
Sous la monarchie, à la Chambre des députés, M. Ledru- Rollin représentait la République, comme M. Berryer y représentait la légitimité. Tour à tour avocat au barreau de Paris et k la Cour de cassation, il avait constamment mis son éloquence au service de la liberté et de la cause po- ' pulaire ; il avait aussi défendu avec sa plume Jes victimes de îarueTransnonain, et il avait retracé, dans un Mémoire qui avait produit une grande sensation, les tristes scènes de cet horrible épisode de la guerre civile. M. Ledru-Rollin fut appelé en 1841 par les électeurs du Mans à remplacer Garnier-Pagès aîné. Dans sa profession de foi, il demandait la
à penser qu'il songeait k rentrer dans la vie politique active par la voie où il a débuté. Mais cet article est une simple réédition du programme du Nouveau-Monde de 1849. Deux légères corrections qui y ont été introduites par l'auteur indiquent, l'une surtout, que si ses idées se sont modifiées, ce n'est pas pour se rapprocher du mouvement socialiste contemporain, sur lequel du reste M. Louis Blanc a toujours gardé un prudent ou dédaigneux silence. En 18i9, il aftirmait le crédit gratuit : en 18G8, réconcilié avec le capital, il écarte sans discussion cet article que les travailleurs continuent cependant k mettre sur leurs programmes. Enlin, par une concession a ses amis libéraux, M. Louis Blanc a remplacé : « I'jétat qui doit M guider le peuple en marche vers la lumière et le bonheur, » par celte périphrase : « les plus intelligents et les meilleurs, »
M« LEOBU-ROLLIN
iàl
forme réptiblicaine et le suffrage iiniTersel, noo eomme but,
mais couHue moyen d'amener lasointion des problèmes sociaux : « Que serait le SutîrUj^e aniversel, disait-il, s'il « n'aboutissait qu'à une transformation du régime repréd sentatif? un vain mot» un chaDgemeot de gouvemaots et tt d^état-inajor I Le pays exige davantage. De redoutables « questions ont été posées et veulent être résolues; de a grandes soufifrances se sont révélées et demandent satis- ' « faction... Pour nous, le peuple c'est tout; il ne suffit pas > a de lui accorder des droits de suffrage; cequ'iifaut, c'est « faire disparaître de notre société les misères qui la « rongent, les inégalités qui la déshoiiorenl... Et les tena daocesqui distinguent le parti démocratique des autres u partis, c'est qu'il veut passer par la question politique « pour arriver aux transformations sociales (1)...» Après
(1) Bien qu'il ue soit pas, à proprement pai 1er, socialiste et quMl se soit môme plus d'une fois élevé cle fâcheux malentendus eniro lui et les socialistes , cependant il n'a cessé de professer des sentiments analogues. Dans le conipic rendu de ses actes comme membre du gouveruenient provisoire, présente le 6 mai 1848 à l'Assemblée constituanle, il disait : « Bien imprudent et bien coupable celui tt qui voudrait arrêter la llévolulion a la stérile conquête de formes a politiques. Les formes ne sont qu'un instnim^t de llberlé mis « aux mains de la nation, appelée désormais k se régit eUe*m6me» M Mais pour elle la voie est tracée, le but indiqué. C'est à réaliser tt dans l'ordre social le dogme de l'égalité et de la fraternité que M doivent tendre tous ses efforta » Et, au banquet du Chalet, pour fêter l'anniversaire de la proclamation de la République en 1792 le 22 septembre 18Z|8, il porte un toast: A la République cûnsMée jmr les imtitutitmt sociales! Il développe ainsi sa pensée : «Citoyens, je dissli la République consolidée par les îns* « titutions sociales; car, nous qui sommes ici, nous sentons que si « le législateur ne la fait pas pénétrer profondément dans les lois, « dans les mœurs, nous n'aurons encore que le mot sans la « chose. »... Ou dit:c*est du socialisme. Le socialisme 1 Quand « pour rendre k l'homme le noble exercice de toutes ses facultés, « nos pères ont eu la p< usée d'abolir les vœux monastiques, était-
1/|8 LES UOM!kIES DE 18A8
80D élection, le 2k juillet IS/il, il prononça^devant le collège qui ruvait nommé» un discours chaleureux quMl terminail
par ces paroles pi o})li cliques : a L'i peuple est l'Ercc homo a des temps modernes... mais soyez sûrs que sa résurreclioa c( est prociie i II descendra aussi de sa croix pour demander <f compte de leurs œuvres à ceux qui Tauront trop longn temps méconnu. »
M. Ledru-RoUin fonda et entretint avec sa fortune personnelle la Réforme^ qui voulait réunir dans un seul et grand faisceau les questions politiques et les questions sociales. Il s^attacha à donner à la campagne des banquets, enlic})iiso par M. Odilon Barrot au nom de l'opposilioii conslUulionnelle , une si[j;nifiration radicale qui devait puissamment contribuer à faire aboutir cette campagne, comme elle aboutit effectivement, au renversement de la monarchie. Nous avons cité son toast du banquet de Ghà* ions, dans lequel il avait revendiqué la date de 1793, au nom de la France, sauvée du joug des rois, ii faisait cette protestation au banquet de Dijon: « Nous sommes des c( ultra-radicaux, si vous entendez par ce mot le parti qui « veut faire entrer, dans les réalités de la vie, le grand
« ce du socialisme ou de la politique ? Quand, mettant la loi d'actt cord avec la nature, ils ont uniformisé la situation de tons les « enfants en faîsaot passer le niveau de la loi sur rinégalité des « successions, éiait-ce du socialisme ou de la politique V Quand, « malgré les déchaînements du clergé et de k noblesse, ils établis* «t saient l'égalité de Timpôt, et Dieu sait au milieu de quels obs- « taclesl faisaient-ils du socialisme ou de la politique? Quand ils Il ont fait cesser l'asservissemenl derindustrie, en brisant les liens « des vieilles maîtrises, étaitpcc du socialisme ou de la politique? « Quand ils ont divisé k l'infini la propriété cléricale» communale, « nobiliaire, pour faire de toutes ces parcelles, sous les pieds de « l'bomme, autant d'instruments de liberté, était-ce encore du so- « cialisme? C'était de la République! Quel est donc le législateur « assez insensé pour poser un principe politique auquel il ne donne « point une assise profonde dans les institutions sociales! »
U. L£X>aU-AOLLIIi
({ symbole de la liberté, de Tégaltlé et de la fraternité, sans
« se laisser annuler par les vieillis et les corrompus : oli î a oui, nous qui sommes ici, nous sommes des uUra-radi- <( eaux. Les mois n'effrayent que les enfants. D'autres ont <i glorifié le nom de gueux en le conduisant k la victoire; a peu nous importe celui qui nous y conduira, Et comme les (( vengeurs de la liberté balaye, d'un outrage, faisons un « drapeau (l).» {
On avu la pariqu'avait eue M. Ledru-RoUia dans la pro« clamalion de la République, qu'il avait plus que personne
contribué à préparer. La position parlemenlaire de M. Ledru-Rollin lui donna dès le principe, dans le gouvernement provisoire, cette grande autorité que ne put jamais parvenir à obtenir M. Loois-fiianc. Il avait réclamé le département politique le plus important, le ministère de l'Inlérieur, et on le lui avait cédé, parro qu'il était le seul bomme qui représentât d'une manière absolue au sein du gouvernement provisoire le principe triomphant. M. Ledru- Rollin confia à \!. Flocon, le rédacteur en chef de la Bé formé
(l) Il y avait dans ce passage une réminiscence de, Mirabeau, engageant les députés des communes k prendre le litre de Rcprésentants du peuple et répondant à ceux qui disaient que le mut peuple avait une signiGcation basse : n Oui, messieurs, s'écriait-il, <f c'est parce que le nom de peuple n'est pas assez respecté en « France, parce qu^il est obscurci, couvert de la rouille du préjugé ; « parce qu'il vous présente une idée dont l'orgueil s'alarme, et « doul la vanité se révolte; parce qu'il est prononcé avec mépris « dans les Chambres des aristocrates, c'est pour cda même que « nous devons nous imposer, non-seulement de le relever, mais « de Tannoblir, de le rendre désormais respectable aux ministres, « et cher à tous ks cœurs... Les amis de ta liberté choisissent le « nom qui les sert le mieux, et non celui qui les flatte le plus; ils Il s'appelleront les remontrants en Amérique, les pâtres en Suisse, « les gueux dans les Pays-Basi Ils se pareront des injures de leurs « ennemis,^ils leur èterout le pouvoir de les humilier avec des exu pressions dont ils auront su s'honorer. »
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pendant la lutte contre la monarchie, le poste de sotts-se-crétaire d'État pour le suppléer au besoin. Pour M. Flocon, membre du gouvernemeul provisoire, c'était déchoir; mais il était d'une haute importance de ne pas laisser tomber dans des mains ennemies ou faibles une position d'oii on pouvait exercer une action si puissante sur les destinées de ia République. Malheureusement, les fatigues du combat, des jours sans repos, des nuits sans sommeil, déterminèrent ohes M* Flocon, dès le mars, une maladie grave qui le retint au lit pendant six semaines et annula son action dans des moments où son concours eût été si utile. Le pouvoir qu'il avait voulu sauvegarder échut à M. Jules Favre, auquel M. Ledru-Roliin donna le titre de secrétaire-général. M. Jules Favre était un avocat distingué» mais il avait une personnalité ombrageuse, rancunière et jalouse, qu'il devait toujours faire passer avaiU les véritables intérêts de la République et il manquait complètement d'esprit politique. Nous verrons avec quelle fidélité et avec quelle sagesse il s'acquitta de ces graves fooctions.
Le premier acte de M. Ledru-Rollin fut l'envoi des commissaires dans les départements pour proclamer et organiser la République. Le choix de ces fonctionnaires, fait àia bâte et parmi les solliciteurs les plus pressants qui n'étaient pas toujours les hommes du plus grand mérite, pou* vait prêter à de nombreuses critiques, d'autant plus que la mission à remplir était des plus délicates. Au lieu d'envoyer des gens de Paris, qui avaient rinconvénieot d'être complètement étrangers au pays dont il fallait se concilier les sympathies, peut-ôtre eût-il mieux valu faire choix de citoyens de la localité dévoués de longue date aux idées républicaines; mais M. Ledru-Rollin, en agissant comme il le faisait, agissait en conformité avec l'idée centralisatrice de la démocratie autoritaire, à laquelle il appartenait. M» Ledru-Rollin, s'était beaucoup inspiré de l'histoire de
If. LEDRD-ROLLIN i51
Dotre première révolution : c'était un conventionnel transporté dans l'époque contemporaine, bien plus qu'un homme imprégné des idées nouvelles. Ce vieux ferment de jacobinisme nous donne la clef de toutes ses fautes et aussi de la stérilité de ses aspirations sociales, qu'il ne sut jamais concilier avec le grand courant socialiste qui eût Adt sa véritable force : mais elle nous explique aussi celte élévation, cette dignité constante des paroles et des actes qui font de AL Ledru-Roliin une si grande et si honorable personnalité réTOlutionnaire.
G*e8t à ces commissaires que M. Ledrn-Rollin adressa les fameuses circulaires, qui provoquèrent un si grand déchaînement des partis hostiles, et qui sont encore invoquées aujourd'hui comme un épouvantai! révolutionnaire. Ces documents appartiennent à rhistolre« et il importe avant tout examen de les faire passer sous les yeux des lecteurs qui les ont plus souvent entendu dénoncer que citer.
Voici la première circulaire qui porte la date du 8 mars :
« Citoyen commisaire, la République que nous avons inaii- « gurée n'est pas le résultat fortuit d'un mouvement pas- « slonné ; elle n'est pas davantage le fruit d'une sainte et lé- « gitime colère* sortie toute frémissante du combat inégal a engagé entre tout un peuple et une poignée d'insensés» « elle 8*était constituée lentement par les progrès de la raison « popuhiire. A mesure que la faction placée à la tète du « pouvoir devenait plus violente et plus oppressive, la nation « se foi ti il ait dans le sentiment de son droit et dans la réso- « lution d'en proclamer, à la première grande occasion, l'ir- « résistible souveraineté.
il Voilà pourquoi il ne s'est manifesté ni hésitation, ni dis- « sentiment. La France entière n'a eu qu*une seule voix, parce « qu^elle n'avait qu'uoe seule AmOt Tous nous nous sentions «r humiliés, abaissés aux yeux de TEurope par une monarchie « avilie et contre-révolutionnaire ; tous nous avons fièrement H relevé la tète le Jour où, tombée sous la réprobation du
a mépris, cette mouarcliio a fait place & un gouvernemeot « républicaio.
« Cette union de vues dans une môme pensée est le gage « le plus certain de la République. Elle doit aussi être la « source de la modération après la victoire. Votre premier « soin aura donc été de faire comprendre que la République
« est exempta de toute idée de vengeance et de réaction. « Toutefois, que cette générosité ne dégénère pas en fai-
• blesse. En vous abstenant de toutes recherches contre les « opinions et les actes politiques antérieurs, prenez comme « règle que les fonctions politiques, & quelque degré de la « hlérarcbie que ce soit» ne peuvent être confiées qu'à des « républicains éprouvés. Le pouvoir méprisable que le souffle « populaire a fait disparaître avait infecté de sa corruption « tous les rouages de Tadministration. Ceux qui ont obéi & u ses instructions ne peuvent servir le peuple. Au moment « solennel où recouvrant la plénitude de sa puissance il va tt descendre dans ses comices pour y désigner ses élus, il faut «I que ses magistrats soient profondément pénétrés de son es- « prit et dévoués de cœur îi sa cause. Le salut de la patrie « est à ce prix. Si nous marchons avec fermeté dans la voie « de la Bévolation» aucune limite ne peut être assignée à sa <i grandeur et & sa prospérité ; si nous nous attiédissons» tout ■ est & craindre. A ia tète de chaque arrondissement, de « chaque municipalité, placez doncdes hommes sympathiques « et résolus. Ne leur môna^^ez pas les instructions, animez
• leur zèle. Par les élections qui vont s'accomplir, ils tiennent « dans leurs mains les destinées de la France ; qu'ils nous dona nent une assemblée nationale capable de comprendre et fl d'achever l'œuvre du peuple* £n un mot, tous /lommes de li la veille et pas du lendemaiiu
« Moins de rigueur à Tégard des fonctionnaires dont le rôle « est purement administratif. Vous devrez maintenir ceux qui, a étrangers à toute action politique, ont conquis leur position u par des services utiles.
a Cherchant ainsi à demeurer ferme et juste vis-à-vis des « agents placés sous vos ordres, vous en exigerez un concours
M. LKDaU-ROLLIN
« actif et dévoué. Ce concours doit tendre à rassurer les es« « pritis timideS) à calmer lesimpatientSi Les uns s'épouvantent « de vains fantômes, les autres voudraient précipiter les évéa nements au gré de leurs ardentes espérances. Vous direz
a aux premiers que la société actuelle est à Tabri des coma motions terribles qui ont agité Texistence de nos pères; c< aux autres vous dii'ez qu'on n'administre pas comme ou se « bat. Le sol est débla^'é, le moment est venu de réédiiier.,...
H La France est prête à donner au monde ie beau spec- « tacle d'une nation assez forte pour faire appel à toutes les « libertés» assez sage pour en user pacifiquement. Dans ce « vaste mouvement des esprits si énergiquement entraînés « vers Tapplication des principes de fraternité et d*union, où « est le danger pour qui que ce soit? où rencontrent* on le u prétexte d'une crainte?
« Ceux c\m se montrent inquiets pour la propriété ou la « famille sont peu sincères ou fort ignorants. Dépouillée de 41 son caractère de personnalité égoïste, garantie et limitée « par rintérôt et le droit de tous, la propriété devient le fruit « exclusif du travail? Qui oserait dès lors contester son in- « violafailité. De même» régénérée par une éducation corn- «f mune à tous les Jeunes citoyens, chaque famille est un . M foyer ardent d'où s'échappent autant de rayons de patrio- « tisma Sa destinée est liée celle do la société, dont elle tt est à la fois l'image et le modèle.....
«c Autour de vous s'élèveront des réclamations nombreuses « et de toute nature; recueillez -les avec soin, il est temps « que le peuple fasse librement entendre sa voix ; le gouver* « nement ne peut demeurer IndilTérent à aucun vœu. Si ft quelquefois Texpressîon en est ardente» ne vous effrayez « pas. H serait dangereux d'exciter les passions même légi- « times ; il le serait plus encore de s'alarmer de quelques (. exonérations inévitables et de quelques doctrines erronée?. « C'est la compression qui altère et corrompt la pensée pu- 41 blique; la liberté l'épure et l'aggrandiL....
« Vous avez dû vous entourer & votre arrivée des patriotes « les plus influents : leurs conseils auront toujours un grand
ibU L£S HOUMES D£ 1848
ff poids près de vous; mais n'oubliez pas que le meilleur «r moyen de les eonquérlr, et avec eux toute la population, « c^est d'imprimer à tous les services de Tadministratlon une
« infatigable activité. iN'ous sommes les serviteurs du peuple, « et par notre application et notre z(Me nous lui prouverons « que nous sommes dignus de sa confiance. Donnez donc par- « tout l'exemple de la vigilance et du travail ; que i)ar vos a soins aucun intérêt ne souttre do la perturbatioû momen- « taaée occasionnée par la chute d'un pouvoir détesté, et « vous aurez utilement rempli votre mandat
« Attachez-vous enfin à résumer avec précision et clarté « tout ce qui touche le sort des travailleurs de votre départe- H ment C'est par eux et pour eux que s'est fondée la Répu- « blique dont la mission est de faire cesser leurs souifhmces 0 et de coasacrer leurs droits. Si des nécessités urgentes vous « paraissent commander des mesures extraordinaires, référez m m'en sur-le-champ. Mais ici encore appliquez-vous à mé- « nager les transitions. IN'inquiétez pas des intérêts respec- « tables, dont le trouble pourrait nuire même à ceux que « vous voudriez protéger.
« Donner au mond9 l'exemple du calme, après une écla* « tante victoire, en appeler h la puissance des idées et de la M raison, accepter courageusement les rudes épreuves du • présent, s'unir pour les traverser et les vaincre, c'est là « vraiment ce qui caractérise, ce qui doit immortaliser une ft grande nation. Tel est le but de nos communs eflorts. « I^our que les miens aient quelque efficacité, j'ai besoin de <t votre concours, citoyen commissaire, et votre patriotisme a me permet d'y compter sans réserve.
(i Salut et fraternité.
« LEDRU-iiOLLIN. »
La seconde circulaire, en date du 11 mars, (\m conlenait des inslruclions plus précises et qui était destinée k rester secrète, mais qui fut aussitôt publiée par les soins des en-* ncmisde la République, lu éclater toutes les protestalious
qui avalent été éveillées déjà par la première ctrcalalre.
Nous cûiiliuuûiis à Citer : aous examinerons ensuite :
« Dans plasienrs départements on m'a demandé quels « étaient vos pouvoirs. Le citoyen ministre de la Guerre s^en « est Inquiété en ce qui touclie vos rapports avec les chefs
« militaires.|Plusieurs d'entre vous veulent être fixés sur la « ligne de conduite à suivre vis-à-vis de la magistrature; « enfui la garde nationale et les élections, les élections sur- « tout, doivent être l'objet de votre constante préoccupation.
u § 1". Quels sont vos pouvoirs? — Ils sont illimités. Agent • d'une autorité révolutionnaire^ vous êtes révolutionnaire « aussi. La victoire du peuple vous a Imposé le mandat « de faire proclamer* de consolider son œuvra Pour rac< « complissement de cette tâche, vous êtes investi de sa sou- « veraineté, vous ne relevez que de votre conscience, vous « deves faire ce que les circonstances exigent pour le salut n public. Il
(1 Gruce à nos mœurs, cette mission n'a rien de terrible. M Jusqu'ici vous n'avez eu à briser aucune résistance sérieuse « et vous avez pu demeurer calmes dans votre force; il ne « faut cependant pas vous faire illusion sur Tétat du pays; « les sentiments républicains y doivent être vivement excités, u et pour cela il faut confier toutes les fonctions politiques « & des hommes sûrs et sympathiques. Partout les préfets « et sous-préfets doivent être changés. Dans quelques loc^* « lltés on réclame leur maintien. C'est *à vous à faire corna prendre aux populations qu'on ne peut conserver ceux qui « ont servi un pouvoir dont chaque acte était une corrup- « tion...
I' t( Vous pourvoirez aussi au remplacement des maires et « des acyoiuts. Si les conseils municipaux sont hostiles, vous « les dissoudrez, et de concert avec les maires, vous consti- M tuerez une municipalité provisoire; mais vous n^aures re- « cours à cette mesure que dans un cas de rigoureuse né- « cessité. Je crois que la grande majorité des conseils munl- « cipaux peut être conservée, en mettant à leur tète des M chefs nouveaux, \\
L£S IIOMUES DE 1848
(f « § 3» Vos rapports avec les chefs militaires ^ ¥000 exercez « les pouvoirs de Taotoritô exécuUve; la forée armée est m donc sous vos ordres. Vous la requérez, vous la mettez en « mouvement; vous pouvez même* dans les cas graves, sus-
« pendre un chef de corps en m'en référant immédiatement; « mais vous devez apporter de grands ménagements dans « cette partie de vos fonctions. Tout ce qui, de votre pnrt, M blesserait la juste susceptibilité des chefs de corps ou du « soldat, serait une fauto inexcusable, u
« L'armée a montré dans ces derniers événements une vive « i^mpatbie à la cause républicaine, il faut se la rattacher « de plus en plus. Elle est peuple comme nous» elle est la tt première barrière qui s^opposerait à une invasion. Elle va « entrer pour la première fois en possession de droits poH- « tîques. iionorez-la donc, et conciliez-vous les bons senti- « ments de ceux qui la commandent...
« § 3. Yos rapports avec la magùiraiure. — La magistrature « ne relève de l'autorité exécutive que dans le cercle précis « tracé par les lois. Vous exigerez des parquets un concours « dévoué : partout oû vous ne le rencontrerez pas, vous • m^en avertirez, en mMndiquant le nom de ceux que rett commandent leur droiture et leur fermeté ; j'en ferai im- « inédiatement part au ministre do ia Justice. Quant à la « magistrature inamovible, vous la surveillerez, et si quel- « qu'un de ses nieinbn s se montrait publiquement hiostlle, « vous pourriez user du droit de suspension que vous offre 41 votre autorité souveraine....
([ • § A* Les élections. ~ Les élections sont votre grande « œuvre; elles doivent être le salut du pays. C'est de la corn- « position de l'Assemblée que dépendent nos destinées. 11 « faut qu'elle aoU aniaiée de Tcsprit révolatiuiinaii-e, sinon « nous marchons à la guerre civile et à ranarcliie. A ce sujet tt metiez-vous en garde contre les intrigues di s hommes à « double visage qui, après avoir servi la royauté, se disent « les serviteurs du peuple. Ceux-là vous trompent, et vous « devez leur refuser votre appui. Sachez bien que pour bri- « guer rhonneur de siéger à TAssemblée nationale, il faut