‹ Les hommes de 1848Chapitre 12 sur 46 · V. LBORU*ROLLIN · texte numérisé non relu

V. LBORU*ROLLIN

« être pur des tradltiODs du passé. Que votre mot d^ordre t soit partout : Des hommes nouveaux, et autaat que possible « sortant du peuple. //

« Les travailleurs, qui sont la force vive de la nation, doiu vent choisir parmi eux ceux que recommandent leurintelli- « gence, leur moralité, leur dévouement : réunis à Télite des tf penseurs, ils apporteront à la discussion do toutes les If grandes questions qui vont s'agiter Tautorité de leur expé- « rience pratique. Ils continueront la dévolution et la cona tiendront dans les limites du possible et de la raison ; sans

• eux elle s'égarerait en vaines utopies, ou serait étouffée n sons l^effort d'une faction rétrograde.

)| i Eclairez les électeurs, et répétez-leur sans cesse que le « règne des hommes de la monarchie est fini.

¥ Vous comprenez combien ici votre tftche est grande.

• L'éducation du pays n'est pas faite, c'est à vous de le guitt der. Provoquez sur tous les points de votre département la « réunion de cofiaités électoraux, examinez sévèrement les « titres des candidata Arrêtez- vous à ceux-là seulement qui « paraissent présenter le plus de garantie à Popinion répu- « blicaine, le plus de chances de succès. Pas de transactions, « pas de complaisances. Que le jour de Téiection soit le ■ triomphe de la Révolution. »

Dans une dernière circulaire, en date du 8 avril, M. Ledru-Rollin traite plus spécialement la question délicale de Tallitude des commissaires du gouvernement aux élcclions :

« Nous touchons aux élections : encore quelques Jours et le « peuple français tout entier, usant de sa souveraineté si « glorieusement reconquise, va proclamer les noms de ses

« mandatairea A la veille de ce grand acte de sa toute-puis-

« sance, il est utile que le gouvernement de la Révolution, « chargé de conserver intacte et pure la victoire populaire, « expose une dernière fois sa pensée ù ceux qui le rcpi é-en- « tent et le défendent sur toute la surface de la r»épubiiqne.

• Déjà je vous Pal dit: des élections dépend Ta venir du « pays. Sincèrement républicaines, elles lui ouvrent une ère

LB8 HOMIIES DE iSi^S

« d*a venir et de paix ; réactionnaires ou mêmes douteuses, « elles le condamnent à de terribles déchirement*!. Votre « constant effort a donc été, doit être encore ireiivoyer à « l'Assemblée nationale des hommes honnêtes, courageux et « dévoués jusqu'à la mort à la cause du peuple.

« Mais ici se présente une question que les partis ont 41 dénaturée, et sur laquelle il convient de s^expliquer sans « faiblesse et sans réticence. Le temps des ruses et des. « fictions est passé : nous sommes assez forts pour être vrais.

« Le gouvernement doit- il agir sur les élections ou se « borner à en surveiller la régularité?

« Je n'hésite pas à répondre que sous peine d'abdiquer ou « môme de trahir, le gouvernement ne peut se réduire à « enregistrer des procès-verbaux et h compter des voix; il « doit éclairer la France et travailler ouvertement à déjouer « les intrigues de la contre-révolution, si, par impossible, elle tt ose relever la tète.

« Est-ce à dire que nous imitions les fautes de ceux que « nous avons combattus et renversés? l oin de là : ils domi- « naient pas la corruption et le mensouge, nous voulons a faire triompher la vérité; ils caressaient régoïsme, nous t faisons appel aux sentiments généreux ; ils étoufiaient Tlu- « dépendance, nous lui rendons un libre essor; Ils ache- <c talent les consciences, nous les affranchissons. Qu'y a-t-il n de commun entre eux et nous?,

« Mais c*est précisément parce que leurs odieuses pratî- « ques ont profondément altéré les mœurs des classes offiu cielles, qu'il est nécessaire de parler haut et ferme, et de M détruire les semences d'erreur et de calomnie répandues « par eux si longtemps.

« Quoi 1 nous sommes libres d'hier ; il y a quelques semaines « encore nous subissions une loi qui nous ordonnait avec ' « amende et prison de n*adorer, de ne servir, de ne nommer « que la monarchie ; la République était partout représentée « comme un symbole de spoliation, de pillage, de meurtres, « et nous n'aurions pas le droit d'avertir la nation qu'on Pa- « vait égarée 1 nous n'aurions pas le droit de nous mettre

H. LBDBU-IIOLLIN

(f pcrpétuellememt en communication avec ellfi pour luf « ouvrir les yeux ! IJommes publics, sans prévoyance et sans c foi politique, nous laisserions insulter notre drapeaa 1 nous « Dous exposerions à Tensaoglanter dans une guerre civile « pour n'avoir pas osé le déployer librement I

« Non, nous ne méconnaîtrons pas à ce point notre deroir. « Apôtres de la Révolution, nous la défendrons par nos actes, « nos paroles, nos enseignements. Vigilants et résolus contre « ses ennemis, nous lui conquerrons des partisans en la fai- « sant connaître à ceux-là seuls qui ne la comprenant pas « peuvent la redouter.

n Ces principes, citoyen commissaire, tracent la ligne de «r votre conduite. S*ll vous était possible de vous multiplier, « d^étre partout & la fois, de mettre à chaque heure votre « pensée en contact avec la pensée poblique, vous ne feriez « rien de trop. Digne missioinuiire des idées nouvelles aux- « quelles le monde appartient, vous prépareriez leur pacifique « avènement. Ce qu'il y a de pratique dans cette laborieuse « tâche doit être accompli par vous, par vos amis, par vos. M écrits, par vos discours. Répandez la lumière à flots. « Qu'à tous les yeux brille dans son éclat majestueux la « grande et noble figure de la République régénérant rhu<* «t manité par sa puissance morale, effaçant les distinctions « de classe, appelant tous les citoyens à la réalisation poli-^ K tique du dogme de la fraternité, dégageant le travail et ;< rintelligence des entraves qui Tétouffent, faisant enfin de « notre admirable France la plus libre, la plus heureuse, la a plus forte des nations l

tt Ainsi s'exercera votre influence* LMntimidation et lavio* «t lence provoquent les révoltes; la corruption dégrade et « ruine le pouvoir; renseignement viril est la seule arme « dont puissent se servir les chefs révolutionnaires du peuple; « elle leur suffit pour triompher de toutes les résistances.

M Mais afin que cet enseignement ^oli fécond, puisez vos « inspirations aux sources vraiment popuhiires; que partout « des réunions soient org-anisécs; que cliacun, même le plus u humble, soit mis on demeure d'y produire sa pensée. Dieu,

LES UOSIMES DE 1848

« qui seul a canna si longtemps les misères du peuple, seul

ft aussi connaît les trésors de bon sens et do moralité que re-

« cèlent les masses; brisez ia couche épaisse qui les enfuuit « encore.

« Ainsi profondément et pacifiquement remué, le pays, « malgré le peu de temps qui lui a été laissé pour se recueillir « et se reconnaître, pourra distinguer ceux qui méritent « rinaigne honneur de le représenter. Dans toutes les occa- « sfons où vous serez appelé à le guider, pénétrez^vous de « oelte vérité que nous marchons vers Tanarchie, si les portes « de TAssemblée sont ouvertes à des hommes d^une moralité u et d'un républicanisme équivoques.

« Ceux qui ont accepté rancienuti dynastie et ses trahi- « sons, ceux qui limitaient leurs espérances à d'insignifiantes u réformes électorales, ceux qui prétendaient venger les d mânes des héros de Février en courbant le front glorieux « de la France sous la main, d'un enfant, ceux-là peuvent-ils f être les élus du peuple victorieux et souverain, lesinstru- « ments de la Révolution?

« Yotre conscience a répondu : Quelle confiance peuvent- « Ils mériter ceux dont le cœur ne s'est point ouvert aux « souffrances du peuple, et dont l'esprit a si longtemps mé- « connus ses droits et ses besoins? Ne regarderaient- ils pas 0 eux-mêmes comme un défi à la Révolution, que des hommes « qui ont attaqué, calomnié la dévolution, devinssent aujour- « d'hui les organisateurs de la constitution républicainé?

a £h bieni puisque le choc impétueux des événements « leur a subitement dessillé les yeux, soitl quMls entrent « dans nos rangs, maïs qu'ils n'aspirent ni à nous commander» « ni à nous conduire ; quMIs marchent à Fombre du drapeau a du peuple, mais qu'ils ne songent pas à le porter. A la « moindre secousse, leur ùinG se troublerait, et, revenant w malgré eux aux engagements de leur vie entière, ils affaia bliraient la représentution nationale de toutes les iucertiu tudes, de toutes les transactions familières aux opinions « chancelantes et aux dévouements d'apparat. Que le peuple « s'en défie donc et les repousseï Mieux vaudrait des adver- « saires déclarés que ces amis douteux I

U. LEDAU-ROLLm

« Citoyen commissaire, ce qui fait la grandeur du mandat H de représentant, c'est qu'il investit celui qui en est revêtu ■ du pouvoir souverain d'interpréter et de traduire Pintéret « et la volonté de tous. Or, celui-là seul en usera dignement « qui ne reculera devant aucune des conséquences du triple « dogme de la liberté, de Tégalité, de la fraternité. M tf La liberté* c'est Texercice de toutes les facultés que nous « tenons de la nature, gouvernées par notre raison. L'égalité» ff c^t la participation de tous les citoyens aux avantages so« « ciaux, sans autre distinction que celle de la vertu ou du « talent La fraternité, c'est la loi d*amour unissant les « hommes» et de tous faisant les membres d'une même faa mille.

« De là découlent: raboîition de tout privilège, la répar« « tition de Timp^t en raison de la fortune» un droit proporft tionnol et progressif sur les successions» une magistrature « librement élue» et le plus complet développement de Tins- (I titution du jury, le service militaire pesant également sur « tous, une éducation gratuite et égale pour tous, Tinstru- « ment du travail assuré à tous, la reconstitution démocra- « tique de l'industrie et du crédit, Tassociation volontaire Il partout substituée aux impulsions désordonnées de Téft goïsmc. )| . /

« Quiconque n'est pas décidé à sacrifier son repos» son i avenir» sa vie au triomphe de ces idées; quiconque no sent V pas que la société ancienne a péri et qu'il faut en édifier tt une nouvelle, ne serait qu'un député tiède et dangereux. 0 Son ifilluence compromettrait la paix de la France.

« J'ose croire, citoyen commissaire, que ces pensées ^sont « les vôtres, et qu'elles trouveront en vous un interprète sûr « et dévoué. Laissez-moi vous dire que vous lyouterez à rau« « torité morale des résolutions qu'elles vous inspireront en « donnant l'exemple de l'abnégation personnelle et de la ré* « serve dans la recherche des suffrages, Ce serait bien mal « comprendre, ce serait abaisser votfe mission que de la « consacrer ù faire réussir votre candidature. Votre dignité « en souffrirait autant que le pouvoir de lu i;épubliqui\

11 V06 concitoyens viennent à vous, acceptes lear mandat ff comme la plus noble récompense de vos travaux; mais n gardez-vous de solHcfter ce qui cesserait d^avolr un prix le

« jour où on pourrait soupçonner que le commissaire a lait a le député. Le gouvernement vous tieiidi a compte du soin a avec lequel vous vous conformerez à cette partie de nos ins- « triictions. N'oiiblioz pus que nous nous devons tous au pays a qui attend de nous de grandes choses, et que l'heure est « venue d'élever notre âme au-dessus de toutes les préoccu- • pations de Tintérèt privé. »

Quand on relit ces circulaires sans parti pris, on ne peut

s'empêcher de r- ndre lioiiimage à l'élévation du sentiment qui les a inspirées. Rarement les gouvernements ont parlé un langage aussi digne et se sont montrés aussi profondément pénétrés dn respect sincère de la liberté de tous. Il y a là des indications admirables que feraient bien de méditer les fonctionnaires de tous les régimes: « Autour de d vous s'eioveront des réclamations nombreuses et de toutes « natures : recueillez<-les avec soin. // serait dangereux de (I alarmer de quelques exagéraiiim inévitables et de quel'^ u ques doctrines erronées. C'est la compression oui AtriRE

« £T CORHOMPT LA PENSÉE iUliLlQUE; LA LIBEUTÉ l'ÉPURE

fc ET i'aggrandit. n Et encore : « On n* administre pas fc comme on se bat, » Sans doute le caractère révolutionnaire de la situation exige un grand zèie ; mais ce zèle comment doit-il se manifester? par les efforts faits pour

persuader et convaincro, en «'adressant h la mison seule, non h la force, eu s'atlacbant surtout à repousser d'iniàmes calomnies. Les commissaires de la République doivent être les missionnaires des idées nouvelles, a Ainsi s'exercera

« volro influence, dit M. Ledru-Rollin ; l'intimidation ei la u Violence provoquent les révolles; la corruption dégrade u et ruine le pouvoir; renseignement viril e9( la seule (( arme dont puissent se servir les chefs révolutimnaires du

H. LBDRU-ROLLIN

(( imiiiht ; elle leursullit pour triompher de toutes 1rs lésis- (( tances.» Certes on, ne peut mieux dire, et ii faut être bien égaré par Fesprit de parti pour prétendre qoe l'homme qui parle ud tel langage à ceux qui sont chargés d'exercer le pouvoir ait voulu les engager dans les voies de l'intimidaiion révolulionnaire.

M. Ledru-RoUin recommande de choisir les fonctionnaires dé la République parmi les hommes dévoués à la République ; mais c'est élémentaire! Il dit qu'il faut se méfier des a hommes {\ (loul lc visage qui, après avoir servi la (( royauté so (li sont les serviteurs du peuple. » Hélas 1 le plus grand tort de la République fut de ne pas suivre ^ssez fidèlement cette recommandation» M» Ledru-RollîD avait assurément raison ausâ quand il recommandait de choisir aux élections des représentants a t ajjahles de comprendre <( et d'achever l'œuvre du peuple. )> C'était une nécessité de la situation qui était comprise par tous les hommes de bonne foi. Un grand nombre d*anciens députés, de personnes influentes dans le parti conservateur ou libéral, renoocèreiU aux candidatures qui leur étaient offertes par ce sentiment de convenance politique. M. Paillard-Ducléré, beau-père de M. de Montalivet, proclamait tout haut Tintention d'appuyer l'élection de M. Ledru -Rollio. Le maréchal Bugeaud déclinait la candidature. M. Vivien, dans une lettre publiée par le journal La Somme, disait ; « Envoyoztt nous des républicains ; plus vous nous en enverrez, plus « les membres de TAssemblée nationale seront fermes et f( décidés dans leurs principes, plus vous aurez de chance « de préserver l'avenir de toute commotion nouvelle! C'est « par des républicains que In Ré;uiblique doit éfre consti- « tuée; c'est par eux seulement qu'elle peut être sauvée. » Un ancien député des G6les-du-Nord et du Morbihan, M. Bernant, conseiller à la Cour de cassation, s'exprimait ainsi dans une lettre à ses concitoyens : u Est-ce bien aux

164 LES HOMMES D£ lâ4d

(( députés qui ont soutena depuis huit ans la monarchie .« constitullonnelle, qu'il faut demander l'établissement de « la République ? Quelque sincère que fut leur concours, <( la défiance inspirée par leur nom ne les frapperait-elle « pas d'impuissance? Il importe, à mon avis, que l'Assem* . (( blée nationale, sauf un cerlain nombre d'orateurs et d'étt crivaÎDS éminents de oos deu^i anciennes chambres, soit n composée d'hommes nouveaux. » M. Odilon Barrot luimême, dans un premier mouvement de loyauté écrivait à M. Garnier-Pagès : a Je ne vois trop quelle espèce de con- « cours, moi qui suis en dehors de la solution adoptée^ je

(( peux vous apporter. Mais il faut que les bous citoyens « vous viennent en aide. »

M. Ledru*Bo1)in indiquait très-bien quelle devait être

Taltitude des membres des anciens partis disposés à adhérer sincèrement à la forme républicaine : u Qu'ils entrent (( dans nos rangs» mais qu'ils n'aspirent ni à nous com- « mander ni linous conduire. » D'ailleurs, il était le premier à faciliter l'entrée de l*Âsscmblée à ces hommes éminenls auxquels faisait allusion !\T. Bernard. Voici ce que le secrétaire général du ministère de l'intérieur, M. Jules Favre, écrivait le 18 mars à M. Emile Ollivier, commissaire de la République & Marseille : <f Je partage votre opi- (( iiion qii(j voLi - ne devez apporter aucun obstacle à la (( réélection du citoyen Berryer, qui, légitimiste seulement « dans la forme, est au. fond un patriote sincère, et dont Cl l'éloquence, comme vous le dites avec raison, est une a des gloires du pays (i). »

(1) M. Berryer, qui sous k mouarchie, pour faire opposition au gouvernement de Juillet, avait souvent professé des sentiments démocratiques, alors que ces protestations n^engageaient U rien, ne prit que peu de part aux discussions de TAssemblée constituante : il se sentait mal à l'aise dans rélémont révolutionnaire de cette Asseml)l('^e. Mais il soutint constamment do son vole toutes les proposi lions contre- révolutionaaires et toutes les lois de répression

M. LEDRC-ROLLIN

M. ile Girardin^qui n*est pas suspect, publiait le 18 mars dans la Presse ua fort remarquable article sur les élections

pour engager les conservateurs à laisser la voie large ouverle aux candidatures populaires, (i 11 est juste, disail-il, « que ceux qui oui été longtemps exclus aient leur tour, « il ne serait pas juste de leur obstruer le passage. C'est « le peuple quia fait la révolution du 2ft février; c'ef t à « lui de termiaer ce qu'il a commencé ; c'est lui qui a jeté 0 le trône par terre, c'est à lut à élever le fauteuil de la « présidence. L'œuvre sera rude : elle aura moiDS besoio tt de maios délicates que de bras robustes. Ce qui manquera

« au peuple en savoir, il y suppléera en bon sens Une

(( Assemblée des représentants du peuple tirée des rangs « les plus épais du peuple ne nous apparaît donc«pas « comme le danger de la situation. Où nous verrions un a danger, ce serait dans des élections qui partageraient (( l'Assemblée en deux classes : la classe autrefois exclue et « la classe présentement lUrhuc; (m nous verrions un péril, <( ce serait dans le chimérique espoir et l'impuissante ten^ « tative de changer ie caractère de la révolution du 2& fé-

contre le droit de réuaiou et ooDlrela liberté de la presse. Il vota une seule lois avec la gauche pour s'opposer au rétablissement du cautionnement. Il vota contre l'amendement Grévy, contre la réduction de l'impôt du sel, contre l'amnistie des transportés, et il persista dans son vole jusqu'au 20 mai, oU la proposition d'amnistie fut rejelée par quaire voix seulement. A la Législative il se sentit plus h l'aise, et prit une part active h l'expédiiion de Rome, k la loi du 31 niai, h la discussion sur la révision de la Constitution : il prononça dans celle discussion un niagniliquc cl éloquent discours contre la Uévolulion cl coîiirn In Tiépublique qui souleva ^ diverses reprises les applaudissements enthousiasies de la droite. Les exagérations de ces afiirmalions ayant provoqué quelques réclamaiions : — « N'init i rompez donc pas, dit le président Dupio, « ceux qui parlent bien et dont les paroles nous honorent, » — Pour tout dire en un mot^ M, Berryer fut l'àme du Comité de la rue de Poitiers.

LBS HOHMSS DE 1868*

« vritir, — si d'une révolution sociale on croyait pouvoir (( en faire seuieirient une révolutioû politique ; ce qui est à « craindre^ ce n^est pas le radicalisme, c'est rcmtaganisme^n Ces prévisions étaieot remarquableraeot justes. On sait où raotagonisme Gondmsit la République de 18ftB. Et ie fameux 46* JJulletin de la République, tant reproché à M. I^edru-Roliio, et qui fut désavoué par tout le monde (1), ne faisait qu'exprimer après toutcette idée si profondément

juste» que, pour l'avoir méponnue, la République périt, et

(i) Le Bulletin de la Hcpublique, ïeuûie officielle desliaée à êlre affichée sur les murs, a Pariseï dans les Irenle-six mille communes de France, ùlait rdàhji' porM"* Georges Saud, cequi élail une collabo» ration assez sin|;uliL're,et placé sous la direction de M. Jules Favre. Le 16* bulletin fut désavoué par M. F.edru-UoUin et voici comment MM. Carteret et Jules Favi c secrétaires du mmistère de l'intérieur, expliquèrent le malentendu, dans leur déposition h l'enquc^le Quentin Bauchart. u Georges Saud avait envoyé trois bulletins à « choisir. Le chef du cabinet prit par unujanlc le plus ardent et « le lit ptd)lier. Le lendemain, on a cru que c'était un faux bul- « leiin. Je l'ai cru le prumitu, dit M. Carteret, mais après vérifi- « cations j'ai i)ieatôt reconnu ipi'il était officiel. Je m'en ex|tli([iiai rt avec M. Ledru-Rolliii (pii montra uue grande indignai li in euntrc « ce bulletin. Ordre fut donné de Farrôter a la poste, luais il était « trop laid. M — « Une foule de choses se faisaient ainsi », ajoute M. Carteret. C'est édlliant! (juand à M. Jules Favre sur qui retombe la véritable responsabilité de cet iucroyable désordre, il qualifie sans hésiter le bulletin à' Infâme, Il est vrai que M. Jules Favre n^était pas éloigné de donner la môme qualification aux cir* Cttlaires qu'il avouait toutefois avoir lui-inême rédigées. Mais c'est là un compte que nous réglerons en détail, au chapitre particulier que mérite M* Jules Favre et que nous lui avons, comme de droit, réservé. <— M* Garnicr-Pagès explique dans son Histoire de la révthlatim de 1848, commeat ce bnlleiîn avait échapité à ia surveillance ministérielle et avait été envoyé sans révision k rimprimerîe* M. Elias Uegnauli, qui était chargé de la surveillance et dn contrôle, ce jour-là, au moment où l'article lui parvenait, recevait en même, temps ta triste nouvelle que sa mfere allait succomber à la maladie et à la vieillesse»

M. LBDM-ROLLIN

la France, de mai ei de juin 18/i8 à décembra 1851, fut exposée aux plus épouvantables catastrophes. Ge bulletin est encore un de ces documents importants que nous avons le devoir de restituer à l*bistolre, afin de réduire à leur

juste valeur, par la publication des pièces authentiques, tous ces épouvaatails avec lesquels on voudrait nous rendre odieux le souvenir de la Képublique de 184B :

|( « Citoyens, nous n'avons pu passer du régime de la cor- « ruption au régime du droit dans un jour» dans une heure. « Une heure d'inspiration et d'héroïsme à suffi au peuple « pour consacrer le principe de la vérité. Mais dix-huit ans « de mensonge opposent au régime de la vérité des obstacles « qu*ua souffle ne renverse pas. Les élections» si elles ne font « pas triompher la vérité sociale, si elles sont Texpression « (les intérêts d'une caste, an\.L:li6e à la confiante luyauté

. « du peuple, les élections, qui devraient être le salut de la a République, seront sa perte, il n*en faut douter. Il n'y « aurait alors qu'une voie de salut pour le peuple qui a fait « les barricades : ce serait de manifester une seconde fois sa « volonté» et d'i^ourner les décisions d*une fausse représen- « tation nationala <|

« Ce remède extrême» déplorable» la France voudrait^lie c forcer Paris & j recourir? A Dieu ne plaise I non, la France « a confié à Paris une grande mission, le peuple français ne tf voudra pas rendre cette mission incompaUbie avec Tordre « et le calme nécessaires aux délibérations du corps consti- « tuant Paris se regarde avec raison comme le mandataire « de toute la population du territoire national ; Paris est le « poste avancé de l'armée qui combat pour Tidée républi* < caine; Paris est le rendez-vous, à certaines heures, de « toutes les volontés généreuses, de toutes les forces mo-

« raies de la France; Paris ne séparera pas sa cause de la « cause du peuple» qui souffre, attend^ et réclame d*une « extrémité & Tautre du pays!

« Si Tanarcbie travaille au loin, si les influences sociales

« pervertissent le jugeaient ou trahissent le vœu des masse»

LES H0HHE8 DE 18&8

« dispcfîsées et trompées par réloignement, le peuple de Paris « se croit et se déclare solidaire des intérêts de toute la na- « tioo.

« Sur quelques points, on abuse, on égare les populations; « sur quelques points la richesse réclame ses privilèges à « maia armée. Ceux qui agissent ainsi commettent ua « grand crime, et nous menacent de la douleur de vaincre « quand nous aurions voulu seulement persuader.

« Citoyens, il ne faut pas que vous en veniez a 6tre forcés « de violer vous-mêmes le principe de votre souveraineté l a Entre le danger de perdre cette conquête par le fait d'uae H Assemblée incapable, ou par celui d'un mouvement d'in- « dignation populaire, le gouvernement provisoire ne peut « que vous avertir et vous montrer le péril qui vous mc- « nace. 11 n'a pas le droit de violenter les esprits et de porter « atteinte au principe du droit public. Elu par vous, il ne « peut ni empêcher le mal que produirait Texercice mal n compris d'un droit sacré, ni arrêter votre élan, le Jour où, « vous apercevant vous-mêmes de vos méprises, vous voudriez « changer dans sa forme rexercice de ce droit.

« Mais ce qu'il peut, ce qu'il doit faire, c'est de vous « éclairer sur les conséquences de vos actes. Jadis les rcpré- « sentants du peuple sauvèrent la patrie en proclamant le a danger de la patrie... Eh bien! si la patrie n'est plus en « danger comme aux jours de notre première iiépubiique, si « l'ennemi n'est plus à nos portes, si la lutte matérielle « n'est plus établie dans vos propres rangs, il y a une lutte Il intellectuelle, un danger moral, qu*un grand courage moral « et une grande foi dans les idées peuvent seuls conjurer. « Citoyens, ayons ce courage..* Sauvons h tout prix la Réa publique. Il dépend encore de nous de la sauver sans con- « V ulsiocs et sans déchirements. » ^

M. Lcdru Rolltn dans ses circulaires tenait le vrai langage révolutionnaire : s'il y a un reproche à lui faire, c'est qu'il n'ait pas suffisamment conformé les «nctesaux pa« rôles. C'est là précisément le reproclie que lui adressait

LBORU-ROLLIN

M. deGirardin, dans la Presse : a Le tort de M. Ledni- « Rollin D'est point à nos yeux d'avoir des idées trop dé*

inocratiques» trop radicales» mais de trop se maintenir a dans les nuages. Il ne suffit pas de dire : Je veux la Ré- (( publique, — il faul ajouter comment on la désire, corn- « ment on la comprend. »

il y avait des changements radicaux à introduire nonseulement dans le personnel administratif, mais encore dans le mécanisme des instiluLiuiis : ce devait éUe la première chose à faire, et il fallait Taccomplir sans hésitation. :Siuou on tombait dans une inconséquence qui justifiait précisément les reproches d'arbitraire provoqués par des paroles qui choquaient des usages et des préjugés dont on consacrait en quelque sorte lu légitimité, en respectant sci upuieusemeiU leur existence. C'est ainsi que l'expression des circulaires qui produisit le plus malheureux effet, ce fut l'invitation à surveiller les magistrats. 11 y avait effective* ment dans une semblable indication quelque chose qui choquait profondément le sentiment de la justice, en tant que les magistrats existant alors pouvaient paraître la représenter, et qui menaçait réellement l'indépendance et la dignité de la magistrature (1). Il eût fallu réformer immé-

(1) PlusieuTS jhagistrats donnèrent leur démission en protestant avec éclat. Une des plus vives proteslaiions fut celle de M, Hadier de Montjau père» qni rappelait qu'il s'était élevé déjà en 1820 contre la tyrannie de la Restauration^ et qui qualifiant la circulaire de *ht drapeau rouge imprimé, » adressait à If, Ledru-Rollin celle provocaiion : « Pour que vous ne demeuriez pas on imiiaieur débile « de la Terreur, «achez donner k vos dictateurs provinciaux un « exemple du triste courage auquel vous les exhortez. Faites donc « saisir parmi les mngistrals que semble protéger encore un fan- « tôme d'inamovibilité, faites saisir un vétéran de la liberté qui « a jeté sans hésitation l'anathème contre votre incendiaire procla- II mation. » Ufaut menlionncr ausslla proleslalion de XI. de Kéra« try qui donna sa démission de conseiller d'Elat. \i\w h l'Assemblée législative, M. de Kératry, qui était un ancien libéral de la Res-

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diatemeot cette magistralure doot riostituUou avait été viciée par riotemntîon du pouvoir royal et par les intrigues auxquels elle s'était prêtée, n fallait revenir an prin*

cipe de 1789, qui avait proclamé rélection liJ>re des juives, et effacer cette loi de T Empire qui avait souillé le sanctuaire de la justice en livrant ses représentants à l'influence do poiivœr exécutif. Ce fut là la grande faute de M. Grétnieux, le ministre de la lustice (1), qui tout en déclarant (dans son compte rendu à F Assemblée constituante) que « i impiété du gouvernement déchu avait violé le sanc-

Uuraiiou et da gouTernemeal de luillet, nuance Odilon Bamt, présida les premières séances comme doyen d'âge. Il débuta en rappelant ^ l'ordre un représeoUnt qui a?ait dit : Vive la BépU" blique sociale, La gauche prolesta en se levant tout entière aui cris de s Vive la République démocratique et sociale. Le représentant rappelé à l'ordre, qui avait donné ce signal, était le citoyen Pierre Bonaparte. Un autre incident plus grave, survenu le lende* main, obligea M. de Kératry k se démettre de sa présidence provisoire. U interrompit ^ diverses reprises M, Ledni-Rolfin et lui dit, faisant allusion au 15 mai, que lui et ses amis avaient violé l'Assemblée, M. Ledru-Koilin releva comme il le devait cette inconvenance ; mais M. de Kératry maintint et rt^ilcra son attaque eu criant : a Oui, vous et vos commissaires. » M. Ledru-IloUin déclara alors qu'il ne reprendrait pas la parole tant que M. de Kéialry occuperait la présidence, parce que la tribune n'était pas libre. La gauche entière s'associa h pelle protestation ; l'inconvenance parlementaire était telle que la droite dut inlervenir auprès du président, qui consentit enlin à retirer ses paroles il tut remplacé dans ses fondions par M. Dupin.

(1) Voici en quels lermes le Nalional s'exprimait a ce sujet : a II n'esl sans doule entré dans la pensée de personne que la « magihlraluro telle (pie notis l'onl faite MM. Marliu du Nord et <( Iléherl dùl Musivit^ a la iiinnaicliu-. A- - u k.-» a huiles les pasu ajons ei U tous les complois du liouv* i in iiinii royal coulie les « libiM lés du pays, elle avait perdu toule auloiilé morale sur la « eoiiscience puliliijiu j rniaiho\il»iiilé des juLKS a\ail donc péri « sur les barricades le même jour qui 1 luviulabililé du roi, dont « ils avaient été les courli!>aus cl leb complices. »

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