‹ Les hommes de 1848Chapitre 13 sur 46 · M. LEDRU-ROLLIN · texte numérisé non relu

M. LEDRU-ROLLIN

a tuaire de it justice; que la politique avait absorbé la jus-

^ u lice; qu'une alliance aduUëre s'élail formée enlre la u justice et la politique, et que les plus hautes places de la u magistrature étaient devenues )a récompense des plus « serviles dévouements, des plus révoltantes apostasies. » M. Grémieux se faisait gloire, en même temps, d^avoir respecté religieusement Pintégrité de la magistrature et de tt n'avoir pas révoqué un seul magistrat assis. » Plus tard, dans Tenquête Quentin Banchart, M. Grémieoz disait : « quMl avait veillé snr la magistrature dont il se regardait « avec orgueil dans ces temps difficiles comme le protec- « teur nécessaire. » C'est ainsi que les anciens juges qui coudamnaient autrefois les républicains au nom de la mo^ narchie, allaient être appelés à condamner les monarchistes au nom de la république (i), et il n'y avait rien d'étonnani que, gardaot leurs secrèlus prédilections pour leurs amis

(1) La noie suivante de VIndépendnnt de rOuesi d onne un exemple liapjaiit de celle situation ; « G«' fat au mois d'oc- « lobre 18 ir> que nous comparûmes devant la Coui d'assises de la ff Mayenne, pour notre pranier p^oc^s, sous le règne de L uis- « Philippe. C'est au mois d'octobre i8i8 que nous devons compa- « ratlre devant la Cour d'assises de la Mayenne pour notre premier <t procès, sous la Bépublique. Kn 18i5, nous avons été poursuivi à « la requête de M. Grosbois, procureur du roi. En 1848 nous sommes « poursuivis k la requête de M. Grosbois, procureur de ïu Bépu- « blique. En octobre i845, la Cour d'assises de la Ifayenne était « présidée par IL Régnier, conseiller ^ la Ck>ur royale d'Aogets. « En octobre 1848, la Cour d'assises de la Moyenne sera présidée « par H. Régnier, conseiller à la Cour à* appel d'Angers. En 184$ « nous étions poursuivis pour délit d*excitation k la haine et au « mépris du gouTemement du roi, délit d'offense envers la Chambre « despairs^ etc., etc. En l8àB nous sommes poursuivis pour délit « d'excitation la haine et au mépris du gouvernement de la fié' « publique^ délit d'offense envers l'A^^md/^ nationale^ etc.» etc. m Avec tont le respect que nous devons à la magistrature, nous < nous permettrons de dire que le procès qui nous est foit anjoor- « d'bui a tout Vair d'une mauvaise plaisanterie, n

Les HOMMES OB iSHB

de la veillei îls prissent une sorle de plaisir raftlné à faire tomber sur les républicains eux-mêmes les foudres qu'ils avaient laissées dans leurs mains et à leur faire expier leur insolente victoire. Et l'imprévoyance du gc uvernement provisoire à cet égard fut si grande, que des troubles ayant éclalé à Rouen à 1 occasion des élections» on confia l'instruction de cette affaire délicate, provoquée peut-être par rhoslilité d'une partie de la population contre IMdée répu<* blicaine, h M. Franck-Carré, un des procureurs généraux de Louis-Piuiippe les plus décriés par son animosité contre les républicains !

Ce qui arriva & M* Delescluxe, commissaire à Lillei nous montre bien les inconvénients de cette fausse situation. Le président du tribunal de Lille, M. Dubois, très-peu sympathique au nouveau gouvernemeut, saisit une occasion qui pouvait dans une certaine mesure déconsidérer et compromettre quelques-uns des hommes qui le touchaient de plus près. C'était à la suite de la fameuse affaire de Risquons tout, dont on connaît les circonslances. Une colonne insarrectionnelie recrutée dans les faubourgs de Paris avait été dirigée sur la Belgique pour proclamer la république èi Bruxelles ; puis au dernier moment, ceux qui avaient pris rinitialive de ce mouvement, eiïrayes de la responsabilité qu'ils encourraient, avaient retiré leur concours à l'expédition qui était venue aboutir à une écbauffourée grotesque, dont le thé&tre, par une coïncidence singulière, fut un village nommé Risquons tout Or, M. Dubois, président du Iribunal de Lille, imagina d'ouvrir une instruction contre les auteurs de ces faits qui tombaient sous le coup des articles 84 et 85 du Gode péoali punissant tout individu qui» par. des actions hostiles non approuvées par le gouvernement, aurait exposé TÉtat à une déclaration de guerre. Ce procès n'était pas possible : M. Delescluze n'ayant pu vaincre par la persuasion Tobstination de M Dubois, mit

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H. LBOR0*KOLLIN

d*aulonlé les prévenus en liberté; prolestalions Irès-vives de M. Dubois contre cet abus de pouvoir; M. Delescluze desliiue M. Dubois. Cette fois le scandale n'a pas de bornes, et VÉcho du Nordy qui n'était pas cependant un journal réaciioiinaire, dénonce la conduite de M* Delescluze à l'indignation publique : u II n'y a dans l'histoire de la jus- « tice, depuis cinquante ans, disait ce journal, qu'un seul (c fait semblable, et dont les contemporains de TEmpire se « souviennent encore, tant Tinipression fut douloureuse et

u profonde, n

M. Dubois n'accepta pas la décision arbitraire de Un le cotnmissaire du gouvernement et continua à siéger dans ses fonctions. Le ministre de la Justice dut donner raison aii président, et à quelques jours de là, pour npaiser réiuotion soulevée par cet incident, paraissait au Moniteur muq note déclarant « qu'aucune suspension ne serait prononcée di- « rectement à l'avenir contrela magistrature assise, par les «commissaires du gouvernement, et que les commissaires « n'avaient pas d'ailleurs reçu le pouvoir de révoquer les (( magistrats. »

Certes, ce ne fut pas M. Delescluze qui eut le beau r61e dans cette circonstance (1) ; et cependant on ne peut pas

(1) Il résulta de cet acte une telle impopularité pour H« Delescluze, qu'ayant voulu se présenter aux élections pour l'Assemblée constituante, malgré l'avis de M. Ledni-Rollin qui engageait les commissaires k s'abstenir de poser leurs candidatures, il n'obtînt qu'un nombre de voix dérisoire. Cet échec fut très-pénible à M. Delescluze : il voulut donner sa démission, et H. Ledru*Rollin dut Ini écrire pour le déierminer à rester. PJusieurs commissairrs, mieux inspirés" que M, Delescluze, refusèrent la candidature qui leur était oirerte sponianément par leurs concitoyens. Nous meniionnerons, G. Bordillon, d'Ângers, sur la vie duquel on peut consulter une notice très-intéressante par H, Ëlie Sorîn : h Vie politique en province^ et M. Pereira, d'Orléansquî exprima ce vœu 5 « Le nom d'aucun ouvrier ne figure sur la liste de vos candidats, « saisissez l'occasion de ma retraite pour réparer cette injuste

LES HOMHBS M 1848

dire non plus qu*il ait eu absolument tort. T a faute était toul entière à la fausseté de la situation. Et il appartenait à M. Ledru-RolUn de provoquer et d'exiger, au besoin, les me^ sures radicales que nécessitait cette situation. On peut en temps de révoîulion changer le principe d*une institution ; mais si on veut, en maintenant cette institution, transiger avec son principei on s'expose à encoorir la juste réproba* lion que provoque l'arbitraire.

Ces fautes, le gouvernement provisoire les multiplia, et M. Ledru-RoUin a une îrrande part dans leur responsabilité. C'est ainsi que Ton ne sut pas couper court dès le principe aux sollicitations basses et avides des hommes ébontés qui vinrent encombrer dès le premier jour les antichambres des ministres de la République, comme ils encombraient la veille les anticliambres des ministres de la monarchie (1).

K onussion. » L'invi talion faite par M. Ledru-flollin aux commissaires de s'abstenir de poser leurs candidal nresleur avait été adressée h la suite d'une rAsolulion du gouvernenu nt proTÎsoireainsi formulée :

Sur la proposition du citoyen Louis Blanc, approuvée par le nii- « nistre de rinlérieur, le Conseil décide qu'une cirenlaîre sera « adressée par le ministre de l'intérieur aux commissaires du gou- 0 vernement dans les départeraenls, pour leur recommander de ne « point user, dans rinlérôt de leur élection, d'une inlluence qui ne « doit servir qn'^» la ri nsdliilation de la République, cl d'attciulre tt sans le provoqutT, le vœu des populations. Les minisii esdu goua vernement provisoire s'élani abstenus de toute interveulion in- « léressée dans les élections, ils ont le di oit d'attendre la même « réserve des agents investis de leur eonliance. n

(1) M. E. Ti ulon, commissaire h Nîmes, prit un arrêté pour dire qu'il ne serait donné aucune suite aux demandes d'emploi : « Cou- M vaincu, disait M. Teulon, (Ht'uu ^uniple de solliciteurs ne saurait « élre un peuple vrainieni ii jmbHcain ; que les hommes les pbis *> capables de bleu remplir les places sont ceux qui ue les deuiau- « dent pas. n

La lettre smvante adtessée k un receveur particulier du Morbihan peut donner une idée de Timpudence de ces solliciteitn : « Paris 22 avril i848^ Monsieur, depuis VétablÎBsement de la

M. LEÛRU-IlOLLIlf

Le gouvernemenl tomba même daos le trafersde désigner à des fonctions fort peu républicaines de leur nature les

républicains qu*il voulait distinguer. C'est ainsi que M. Barbes fut noujiiié gouverneur du château du Luxerubourg» M. Félicien Maiieûlle, gouverneur du château de Versailles, M. A. Lncbeti gouverneur du cb&teau de Fon*

« République, vous avez demandé deux fois de ravaiicement. Dans « vos réclamations, vous faites valoir la constance de vos opi- « nions politiques, Taversion que vous iiis^iiait un gouvernement « de fraude et de déception , et enlin l'oubli délibéré où vous avez « été laissé par le gouvernement déchu, h cause de vos antécédents, « de vos relations et de votre inaltérable patriotisme. Vous ajoutez: « Je ne viens pas ici» monsieur le ministre, en imposer à votre « bonne foi, en faisant étalage de mon patriotisme ! Mon dossier Il fixera k cet égard votre opinion snr mon conipie. Gonformé-

• ment k vos désirs, monsieur, je me suis fait représenter votre « dossier, et voici ce que j'y trouve : Nommé en 1830 k la recette

* particulière de Bressuire, qui vant 9,000 fr« vous avez été en- « voyé en 1837 à Falaise, avec avancement En 1840, vous avez « été appelé k la recette de Péroune qui rapporte 16,000 fr. « En 1844, vous avez demandépour votre amwnance particulièref « la recette de... quoique d'un produit moindre, et vous avez ob- « tenu cette faveur. En 1840, vous aves été nommé membre de la 9 Légion d'honneur. EnBn, monsieur, vous n'avez cessé de solli- « citer de tous les ministres une meilleure position. Ce n'est pas « tout encore* Dans une lettre que vous avez adressée, le 30 no- « vembre dernier , à U. Martin, alors directeur du personnel, je lis : « Pénétré cqinme je suis, monsieur, de trouver en vous Thomme « toujours juste, je viens en appeler k cet intérêt que vous m'avez « tant promis, et vous dire que vous pouvez en ce moment réaliser « toutes les espérances d'un père, chargé d'une nombreuse famille, « qui s'est compromis dans les élecUons dernières par dévouement « pour le gouvernement qu'il sert et dont les efforts hélas l trop M avérés et sans réussite ont jeté sur lui une déconsidération que « je ne puis supporter plus longtemps» »

«I Le rapprochement de tous ces faits, monsieur, m^impose un « devoir; je l'ai rempli : -> Par un arrêté en date de ce jour j'ai « prononcé votre destitution* »

Signé Ddcleuc.

176 hta H0U1IE8 DE 18^8

tainebleau. M. Audry de Puyraveau, un des vétérans du parti républicain, que l'on avait voulu affubler du tilic de gouverneur du château de Gompiègne, refusa avec dignité en répondant « qu'il avait pris depuis longtemps la résolu- « tiori de n'exercer de fondions que celles qui lui seraient « déléguées par l'élection du peuple. » Ainsi, le gouverneinentproviso ire, qui pouvait réaliser d'importantes économies sur le budget en supprimant les fonctions inutiles, était tout disposé au contraire à en instituer de nouvelles pour pourvoir ses amis et surtout les inli iganls qui ne se rLipprocliaient de la République que pour mieux la déconsidérer et la trahir C'eût été au ministre de Tlntérieur à prendre l'initiative de toutes ces réformes ; mais M. Ledru- Rolliii, Circonvenu par des parasites d'un patriotisme douteux et d'une intelligence insuflisanle et cédant d'ailleurs à ses préjugés de gouvernementalisme, donna plus que tout autre prise à ses adversaires sur ces menus détails.

Ses amis ne tardèrent pas à avoir des reproches plus graves à.lui adresser. Tous les collègues de M. Ledru-Roilin, avaient désavoué à Tenvi ses circulaires, saisissant avec empressement cette occasion de le compromettre (2) . Gela

(1) « L'bôtel-dc-Villc et ] s ministères étaient encombrés de (t soUicilcurs; les plus implacables serviteurs de lo monarchie « remplissaient les colonnes du Moniteur du scandale de leurs « adhésions à la République. Cependant les détenus poliiiques, réfi cemment mis en liberté par le peuple, se tenaienl éloignés de it cette curée de places. Âu lieu de s'eniourer de ces hommes éner- M giques qui, coniin<; n^paration de leur long martyre, auraieni « accepté avec Joie le droit de se dévouer a l'organisation de la tt Répuhliqne, le gouvernement les laissa dans l'ombre et dans « Toubli* Quelques-uns reçurent seulement des gouvernoincnis île « châteaux et de parcs et autres sinécures destinées h annuler leur V influence. » L. Ménard, Prologue cVane révolution»

(2) En répondant le 15 mars ii une dépulaiion du club de la garde

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U. LSDRU-nOLLIN 177

eût dû loi ouvrir les yeux. En s'enteodant avec M. Louis*

Blanc el en s'appuyaot sur le peuple dont nous avons indi-

naiionale, M« de I^amartme avait fait pressentir <|ae ic gouvernement méditait de désavouer la circulaire de H, Ledru-Rollin. « Citoyens, avait dit H. de Lamartine, le gouvernement de la Répu- « blique éprouve le besoin de rassurer deux fois la conscience a publique, une fois dans ce dialogue que nous avons onsemble, « et bientôt par une proclamation à tous les citoyens de la France» » Celte proclamation fut publiée le 17 mars. H. Gamier-Pagès Tap* pelle un chef-d*OBiuvre« et ne tarit pas d'éloges. C'est un ve^rbiage brilbintfComme 11. de Lamartine sait écrire* En voici les principaux passages:

« Le gouvernement provisoire, lui, n'imitera pas les gouverne-* « nients corrupteurs de la souveraineté du peuple, qui corrompaient « les électeurs et qui acbetaient k prix immoral la conscience du « pays. A quoi bon succéder \ ces gouvernements si c*esi pour « leur ressembler? A quoi bon avoir créé et adoré la République, « si la République doit entrer dès lo premier jour dans les ornières « de la royauté abolie? Il considère comme un de ses devoirs de « répandre sur les opérations électorales cette lumière qui éclaire « les consciences sans peser sur elles. Il se borne It neutraliser « l'influence hostile de l administration ancienne qui a perverti et a dénaturé l'élection. Le gouvernement provisoire veut que la cons- « cience politique règne ! Il ne s'inquiète pas des vieux partis ; les ■ vieux partis ont vieilli d'un siècle en trois jours t... La République « les convaincra si elle est sûre et juste pour eux. La nécessité est Il un grand maître. La République, sachez-le bien, a le bonheur • d'être un gouvernement de nécessité. La réflexion est pour nous, <i On ne peut pas remonter aux royautés impossibles. On ne veut « pas descendre aux monarchies inconnues. On sera républicain M par raison. Donnez seulement sûrelé, lihrrté, respect h tous. « Assurez aux autres l'indépendance des sull rages que vous voulez « pour vous. Ne regardez pas quel nom ceux que vous croyez vos u ennemis écrivent sur leur bullelin, et soycA sûrs d'avance qu'ils « écrivent le seul nom qui peut les sauver, c'est-h-dire d'un répua blicain capable et probp. Sûreté, lil)"riA, respect aux consciences a de tous les citoyens électeurs: voila l'intention du gouvernement « répul)lieatn, voilU son devoir, voila le vAlre! voilh le salut du u peuple! Ayez conliance dans le bon sens du pays, il aura con- (• iiaih t en VOUS; doQOCz-lui la liberté, el il vous renverra la iiépu* « blique. » ^

^né les sentiments chaleareusement manifestés, M. Ledru-RollIn eût pu diriger la République. [Mais par une

abdiculion inconcevable, au lieu d'affirmer son caractère, il s'attacha au coniraire à Telfacer et à s'immoier lui-même. Tandis qu'on lui reprochait de vouloir exercer une intimidation révolutionnaire sur les élections, il laissait MRi. Mar*

rast, Bûchez et les autres ourdir sous son couvert des macliinalions qui devaient écarter les républicains sincères de l'Assemblée et compromettre les destinées de la Répu* blique (i)* il livrait loi-même ses amis par son inconce-

(l) M. Mariàsi raLCord :\\cc. M. Marie, et aidé par MM. Biicliez tïi Ht ciiri eiiijilnya les mêmes manœuvres pour fausser los élections (juc lujus i'iivuus vu employer pour préparer la guerre civile. On devait passer le 21 avril une grande revue des ateliers nationaux. Mais M. Bûchez se ravise et écrit à M. Emile Tliomas : u Mon cher « Emile, la nuit porte conseil, j'ai pensé qu'une revue des ateliers M nationaux ressemblerait trop k une manœuvre électorale. Tai « communiqué celte crainte à Marrast et ^ Recurt : ils ont pensé m comme moî».« Emile Thomas insiste en disant que : « peu n Importe Timpiefisloii prodaîte, lorsqu'en définitive le bai sera « atteint au profit de la modération et de la sagesse* » Mil. Bûchez et Marrast goûtèrent ces raisons. Néanmoins la revue n'eut pas lieu. Hais H, liarrast fit imprimer aux frais de la mairie de Paris pour les distribuer ^ profusion, surtout dans les ateliera nationaux, des bulletins ob se trouvaient écartés les noms de Ledru<^Rollin« Flocon, Albert et Louis Blanc Le rapport de IL Ihicos k l'Assemblée constituante sur les comptes du gouvernement provisoire constate que H. Marrast entretenait des agents électoraux k cinq francs par . jour, aux frais de l'Etat, pour combattre les candidatures républicaines et notamment celles de ses collègues. — Bans les listes du Comité central formé sous l'inspiration du NaliomU toutes les can* didatores socialistes furent soigneusement écartées. Pierre Leroux, dans une lettre écrite k Cabet, raconte qu'il a voulu poser sa candidature k Limoges et qu'il a dû s'en désister parce que les représentants oificids du gouvernement républicain l'ont repoussé comme socialiste. « Il nous est venu k Limoges, comme commis- « saire central, ilii Pierre Leroux, un de mes plus anciens amis « politiques, Trélat. Pouvais- je ^croire que celui- Ik n'appuierait

M. LSOR0*HOI.Lin

vable aitilude, le 16 avril (1). £1 leigoaut de prendre au sé* lieux les insinaations soas lesquelles les réactionaaires, pour se venger de lamanifestatioa du 17 mars, s'efforçaieni

de déconsidérer le peuple, M. Ledru-Rollin faisait écrire dans le Bulletin de la République : « La population de Patt ris tout entière ne laisse échapper aucune occasion de « protesler éoergiquemeut de sou dévouement à la Révolu^ a tioD. A la moindre agitation, au moindre soupçon de dan- « ger, elle entoure le gouvernement et se iDoiiUe prèl à « frapper les eyinemis (h la liberté. » Ainsi donc, pour Al. Ledru-Rollin, les auteurs de la manitestation du 16 avril qui croyaient utile de protesler contre les efforts de la réaction et de rappeler au gouvernement provisoire que le peuple voulaiL la Ucpuhlique sociale ei l'organisation du iravaii, ces hoiumes étaient des ennemis de la liberté (2).

• pas ma candidalure? qu'il ne me donnerait pas même une « marque d'estime et de sympathie que je puisse opposer aux « grosâères calomnies répandues contre moi dans toutes les com- ' « muues du département? Eb bienl ce que je n'aurms jamais 0 soupçonné est arrivé. J'ai trouvé dans Trélat un. ennemi poli- « tique aveugle» intraitable* a — « On regarde le socialisme sons « toutes ses nuances comme un poison pour la République, ajoute, « Pierre Leroux. Les socialistes k leur tour se demandent comment « il est possible de faire une république sans idée sociale... Obi « que Tavenir est menaçant, puisqu'il y a dès aigonrd'hui deux « républiques en présence I a

(1) « Comment aurais-je pu prévoir que, par un malentendu k 9 jamais dépbrable, l'ordre de battre le rappel contre un second « 17 mars pariiraii du ministère de riniérieur? a LOUIS Blahc^ Pages d'histoire de la révolution de 1848.

(2) M. Lcdru lloUin persisiail dans ces sentiments lorsqn*!! présenta îi l'Assemblée naiioualc le compte rendu de son administration. Voici comment il s'exprime :

« Je me suis surtout inquiété de sauver la Révolution et l'ordre. « i'ai voulu conserver à la victoire populaire sa grandeur, sa pureié, « sa portée sociale j j'ai voulu aussi, en la défendant contre les « pié({es et les attaques de la réaction, la mettre a l'abri contre « les violences d'ambitions ou d'impatiences dangereuses. Ainsi,

ISO

LES HOMU£S DE 18Ù8

Poar rendre le trait encore plus direct, le Bulletin de la ^^pu^/t^tiefaisaitéchoàtoates les attaques contre lessocia* lisme, dans lesquelles on avait si souvent confondu M. Leâni*

RoUiii lui- môme: « Quant co?nmumsfes ^ coniia lestt quels se sont fait entendre des cris de réprobalion et de (c colère» ils ne valaient pas la peine d'une démoâstration : <c qu'un' petit nombre de sectaires prêchent le cbimériquè « établissement d'une égalité de fortune impossible, il ne (( laui ni s'en étonner, ni s'en efl rayer. A toutes les épo- (( ques, des esprits égarés ont poursuivi sans l'atteindre la 0 réalisation de ce rôve,.. »

Ainsi M. Ledru-Rollin, isolait M. Louis Blanc et prêtait à la réaction l'appui !e plus complet el le moins dissimulé (1). Celte erreur ne devait pas durer qu'un jour :

« lorsque, répondant à une démarche imprudente, ta population de « Paris toal entière est venue sans armes, presser le gouverne* a ment provisoire de ses flots pacifiques, je me suis associé sans « réserve & celte solennelle démonstration; mais le jour où quel* « qnes hommes ont essayé de pervertir le sens et le résultat d'une « manifestadon paidlle, je n*ai point hésité à les combattre « de front. C*€8t par mon ordre que le rappel a été batiUt et « que la garde nationale» qui maintenant est le pays, s'est levée K pour se confondre avec les citoyens qui n'étaient point armés el « protester contre tonte tentative violente. »

(1) Le ConslUuUonnel appréciait ainsi la journée du 16 avril : « Cette journée est une leçon donnée aux menaçants amis du com- « munisme, et nous disons du communisme sous toutes ses formes, n conséquent et inconséquent. » Le Journal des DébaU^ VA$mfi» blée nationale f VUfiion, tous les journaux de b réaction , célèbrent cette journée comme une victoire. D'autre pan le Représentant du peuple engage Mil. Ledm-RolUn et Louis Blanc a donner leur ' démission : « Rester plus longtemps les complices de la mauvaise « volonté ou de l'impuissance absolue de la fraction négative da « gouvernement provisoire, ce sérail s*exposer à une responsabilité « terrible**» » M* Garnter-Pagës lui-même fait cet aveu : « Depuis « lors, les mots socialisme^ sociale, couvcnables h touic dociriné « économique cl politique^ et celui de socialiste^ épithète si nato* 4t relie» applicable à tout penseur qui veut creuser le mystère dë

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U* LEDRU-AOLLIN

' elle se f^rolongea trop longtemps poor la Républiqneet pour

M. Ledru-Rollin , égaré par son préjugé gouvernemental, non moins que par la faiblesse de son caractère. C'est ainsi que nous Tavons vu faire tous ses efforts pour dissiper les méfiances du peuple contre Farmée; et se laissant aller comme cela lui arrivait souvent aux réminiscences de l'histoire révolulionnaire, il disait : :( Qui donc dans ces temps « de corruption el de houle que nous subissions naguère, ce conservait encore les traditions de l'iionneur? L'armée» « l'armée seule! N'est-ce pas elle qui représentait la vieille

^luii c de la 1 1 ance dans les plaines, dans les montagnes u de l'Afrique ? Sans elle on aurait pu croire que la France ' u était dégénérée? Donc, gloire à l'armée ! »

On devait donc s'attendre à le voir s'associer à cette féle de la Fraternité qui fut le second acte du triomphe de la réaclion. Il n'y manqaa pas et il la célébra avec enlhousiasme comme un triomphe personnel : « La journée du a 20 avril, lit-on dans le Bulletin de la République, dett Dieurera dans l'histoire de notre glorieuse révolution « l'une des plus belles^ des plus pures, des plus fécondes* » (0 hypei bole ! tous ces hommes énivrés de leur pouvoir d'un jourqucleur incapacité allait laisser échapper de leurs

« roruanii^uLion de? soci^'lés, ^iriroiU la signification de commu" « jiiùuic et de coiittuunt^lr ilaiis Ils imagiuuliuns terriliées. llevt^tiis w des tonnes les plus absli aiic^ et lus plus terribles, ils apparurenl « comme des spectres; synibol'^s de nionslrueusos chinièpcs, bien « éloignées des idées de ceux a qui on les prènul, lis suscitèrent « dos peurs et dos prétextes : peurs v**rilablcs chez les timides, a prélexies explùiiés par les habiles contre la liépublique. « VA pourlanl M. Garnier-Pagès justifiant lui-même ces manœuvres ajoute quelques lignes plus loin : « Les répuldicains les plus « avancés (coiunie M. Garnier-l*ygès) s'indignaient qu'on les sup- « posât égarés dans de misérables rùveries. Le peuple condamnait a et écrasait ces erreurs sous uu immense cri : A bas les coni" « munistes et il rendait h Ij civilisation, a la liberté, au progrès, « leur véritable expression : Vue la République» »

1^2 LES HOMMES DE i8A8

mains, sans qu'ils en easéent fait un seul iostant usage utilement, tous ces hommes devaient succes^vement sacri*

fier sur Ion autel ! ) « Elle a scellé le pacte de la fraternité- « entre tous les éléraenisdu peuple, le peuple et l'armée... . f( Cette voix de la multitude, cette voix du peuple, qu*on a a toujours appelée la voix de Dieu, a prononcé son oracle : « fraternité, indivisibilité. Le peuple ne veut pas qu'on le (( désunisse... )> Noo, cette erreur n'était pas l'erreur du peuple. Le seutiment du peuple, le 20 avril et pendant les orgies militaires qui suivirent (1), le sentiment du peuple

(1 ) Chaque jour la garde nationale offrait des banquets à l'armée, ei aux mobiles. Void comment M» Robin dans son Histoire de la révolution de 1848 retrace l'impression de ces scènes : « Dans « aucun pays et dans aucun temps, la population armée d'une « seule ville n'avait présentée un spectacle comparable à celui « qu'offinût le 20 avril la garde nationale de Paris.

c: Au- bout des baionnettes, on voyait des rubans, des rameaux, « dea fleurs; les musiques jouaient des airs patriotiques; les soldats a étaient salués partout sur leur passage par de cbaleureuseff accla- « mations» Des femmes élégantes de l'aristocratie ei de la haute « ktiùrgeoîsie agitaient leurs mouchoirs aux fenêtres. Vingt-cinq « ans plus tAt leurs mères ne s'étaient^ettes pas jetées dans les « bras des cosaques !••• Les patriciennes modernes battaient des « mains au passage de la garde mobile, qui marchait déjà avec . a l'aplomb des vieilles pbahnges. Le soir les plus riches quartiers « dciParts forent illuminés, et la capitale offrait un aspect féerique. M Les fenêtres garnies de verres de couleurs étaient pavoisées et « on ne rencontrait que banderoUes flottâmes ; la garde nationale Il fraternisait avec les représeiuants de l'armée el ne cessait de « leur donner des marques de la plus vive sympathie, on ne voyait « partout que g^es nationaux attablés dans les cafés ou resiau- «r rants aveo les soldats. Ne fallait-il pas se concilier les troupes « pour les amçner un jour k hk Saint- Barthélémy des prolétaires « 4)ue l'on rêvait? On préludait par la fraternité à un drame san- « glant. C'était une fraternité armée qui contenait en germe tous « les éléments d'une guerre civile violente... Cette fraternité tant . « prOnée se signalait par un redoublement de fureur contre les « communistes» Une sorte de terreur régnait dans Paris. Tous les

M. LEDRO-ROLUN

était avec Blanqui^qui prédit que le fruit de celte fraternité de la bourgeoisie et de. l'armée serait le massacre du peuple. Et Juin ne tarda pas à donner raison à celte prédiction. M. Ledru-Boiiin ouvrît alors les yeux , mais Irop tard, et le châtiment pour lui fut complet, car sou nom restera associé - * dons rhistoire aceim des auleurs de i'impiacùijle lépies- &ion de juin. |

On rapporte que, le 2li février» dans le trajet de la

Chambre des députés à rHA!el-de-Villeoù le gnuvi i nemcnt provisoire allait prendre possession de son nouveau pouvoir, M. Ledru-Roliin dit à M« de Lamartine : iVbi<s mar« chonsau Calvaire, H. Ledru<Rollin pressentait sans doute les épreuves qui attendaient la République dont il allait porter la croix dans le parcoursdes slalionslesplus douloureuses. Mais il ne pensait pas peul-êlre que l'allusion pour lui serait juste à ce point, que la Passion devait suivre le Calvaire, et que si comme saint Pierre il ne reniait pas sa fol, il épuiserait cependant toutes les angoisses de l'apostasie jointes à toutes celles du martyre. Celte coupe d*amertume, M. Lediu-RolHn l'cpuisa jusqu'à la lie dans les fatales journées de juin, où il se trouva poussé par la fatalité de sa puosition fausse dans celte affreuse situation de se voir reprocher par le peuple Je sang versé et accuser d'autre part de Iraliison par la garde uaUouaie. Et il dut rester sous ce coup pendant plu-

tt citoyens quisebasardaienra parler de socialismeou d'organisation « du ii iN iil éiaicut Irailés en ennonii. Chaque garde national per- « sislail a iaire de la police el à ;-i n ier loul ce qui lui paraissait « suspect. L'industrialisme, si liidcux en France, exploita la fièvre « du moment. Un inventeur d'une nouvelle espèce de balais éco- « Qomiques commença une réclame par ces mois à la mode i Mort « aux communistes! écrits en lettres formidables.» M. Louis Blauc dits « N'oiiblioDS pas que ces terribles journées de juin, le 16 avril « les porta dans ses flancs, »

iSll htS B01tH£S DE iS^iS

' sièurs mois : ce fut le cbfttiraenl. Nous raconterons dans tous ses détails ce drame terrible de juid. Nous voulons ici ooas

occuper seulement du rôle qu'y joua M. Lédru*Rollin. Ifis en cause avec M>î. Louis Blanc el Gaussidière dans Tenquète QueiUin-Bauchart, il allait peut-être soulager sou cœur du poids qui Toppressait; mais le général Gavaigoac, qui savait bien que M. Ledru-Rollin d*accusé pouvait deve* nir accusateur à sua lour, obtint qu'on lo méaugerall, et le couvrant lui mt^me, il lui donna en pleine Asserablé<i cette fameuse poignée de main que M. Ledru-Rollin dut recevoir comme Jésus reçut le baiser de JudaSi mais dont il dût dévorer en silence Taffront

Ce n'est que plus lard, le 25 novembre, lors de l'accusation de MM. Barthéleiny-Saint-Hilaireet Garnier-Pagès h la suite de laquelle M. le général Gavai^nac fut acclamé comme le sauveur de la patrie ; triomphe qui eut pour len^ demain l'élection du 10 décembre, aQn de rappeler une fois tic plus h ceux qui s'cnivrcnl d'une popularité éphémère combien la roche Tarpeïenne est près du Capitole : c'est en cette circonstance seulement que M. Ledru-Roilin put justifier sa conduite dans la journée de deuil du 2& juin et raconter comment, laissé seul ti l'Hôtel-de-Ville par le général Cuvaignac qui lui avait dit : (( Je reviens dans une demi- H heure, » il resta depuis trois heures et demie du soir jusqu'à neuf heures, livré aux angoisses les plus cruelles, recevant d'instants en instants des officiers d'ordonnancequi venaient lui dii e: a On égorge ûos hommes, vous nous Iraa hissez ! je vous en conjure, un seul bataillon 1 » Et se trouvant dans rimpossibilité la plus complète de rien faire et de donner aucun ordre. «Or, à mesure que ces demandes « venaient, que fallait-il répondre ? 11 fallait répondre : Le « général Cavaignac est absent. A quoi on disait : Vous « trahissez, » Kt ceci se renouvelle. Le général Cavaignac revient à huit heures et demie, M. Ledru-RoUin lui donne

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tf, LEDRU-ROLLIN 185

ttoe longue liste de$ ordres qa'on a demandés. Le général, sans prendre aucune n^esure, repart h neuf heures et ne

revient qu'à ileux heures du malin. Et de neuf heures à deux heures du malin, M. Ledru-Eollin se trouve encore dans la même aûVeuse situation !

Bu moins, M. Ledru-Rcllin^ lorsqu'il eut échappé à l'en* grenage gouvernemental dans lequel il s'était laissé saisir, répara noblement ses fautes par son altitude. Il ne se drapa pas dans une fausse dignité, comme M. de Lamartine, il ne s'épuisa pas en récriminations stériles comme M« Louis Blanc; il avoua noblement son. erreur, et, sans s'occuper davanlage de sa personnalité, il ne mit que plus d'ardeur à défendre la cause de la liberté et de la démocratie. Seul de tous les membres de la Commission exécutive^il ne cessa de réclamer l*amnisiie qui était la moindre réparation due aux victimes d'une fau^ politique. « Je ne veux pas me, «poser en viclime, ni en martyr, >. dit-il siraplemeiii en terminant son discouj*s du 27 novembre, u Pour en ûnir « avec toutes ces questions de personnes, pour nous élever « h une considération plus haute, voulez-vous me per* <( mettre de laisser parler un instant mon cœur? De tout (( ceci, il résulte que, de part et d'autre, on a pu mal apu précier les choses, qu*ou a pu, avec la meilleure inlen- « tion, se tromper. Il y a aussi un fait certain, c'est que le (( peuple avait faim, c'est que Touvrier sans ouvrage a pu (( se laisser lacileraenl entraîner.,.,. Eh bien ! si, comme u nous le croyons, des hommes ont pu être égarés, si on a « pu abuser de leur misère pour les conduire à la barrice cade, est-ce qu'il ne serait pas temps de penser à des « paroles de clémence? E^t-ce qu'il ne serait pas tt iiips « de donner satisfaction h tant d'orphelins, h lant d'é- « pouses, lant de mères, à tant de familles qui souffrent? « On a eu raison : La République n'a rien à gagner à des « luttes per8onneUe^ ; mais elle a tout h gagner ti des sen-

L£S HOMMES DE 18/i8

c( timeiits de ihiternité, de répaintioa ; oui, rendons des défenseurs à hi Bépublique, en proclamant l'amnistie 1 »

Ce noble appel ne fuL [las eiUeiidu. Il fut accueilli par dei> rumeurs et seulement quelques voix à l'extrême gauche l'appuyèrent. On vivait alors dans un triste temps. Mais M. Ledru-RoiliB sanâ se laisser décourager persista dans sa noble et ferme attitude : il ne cessa pas on instant à TAssemblée législaiive comme à l'Assemblée constituaiue do se tenir sur la brèche pour déieodre les libertés publiques, attaquées tous les jours par des hommes qui avaient pris autrefois rengagement le plus solennel de les défendre. Le 13 juin 18/i9, il paya courageusement de sa personne en protestant contre la violation delà Constitulion. Vaincu, il alla se réfugier à Londres, où, fidèle à ses habitudes d'abnégation et de générosité, ii songea toujours davantage à ses idées et à son parti qu'à lttt*méme. Il M aujourd'hui encore le représenlanl le plus respectable el le pluii imposant de lu République vaincue, mais non abattue*

GHAPITIIE V M. GARNIER-PAGÈS

M. Garnier-Pagès, au nom duquel le souvenir de son frère, qui avait été un des chefs les plus éminents du parti républicain, attachait quelque notoriété, était, en 1847, le commensal politique de M. Odilon Barrol. Dans son Bis» toire de la révolution de 1848, récemnieiii publiée, où il travestit complaisamment les faits pour les besoins du rôle qu'il lui convient de prendre aujourd'hui, M. Garnier- Pagès, qui ne peut nier ses rapports de chaque instant avec M. Odilon Barrot, nous dit qu'il couvrait oekd'd de sa po-

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M. GARNIEH-PAGÈS

ptthrité, et il vante l'influence exercée par loi dès oetle

époque sur la mnltitude « qui obéissait à sa voix popu* laire. » Cette popularité nous paraît cependant plus que problématique, ne fissions- nous que nous reporter Moniteur do 24 février qui constate les murmures par lesquels fut ae* cueillie la proclamation de son nom au gouvernement provisoire; et cette réflexion naïve : Il est mort, le boni nous indique bien que si quelque popularité s'allacliail au nom de Garder- Pagès, elle ne s'égarait pas cependant sur celui qui en exploitait la survivance.

M.Garnier*Pagès s'associa à toutes ces tergiversations, si vigoureusement flétries par M. de Lamartine, de M. Odilon iîarrotqui, après avoir provoqué le peuple à la résistance, fil une si honteuse défection. M. Robin raconte que» dans la réunion des députés de la gauche qui eut lieu chez M. Perrée, le 21 février au soir, un délégué des écoles, M. P. Vernet, étudiant en droit, — lequel, si nous ne nous trompons, est devenu professeur à TEcole de droit de Paris — indigné des lâchetés dont il était témoin, adressa à M. Garnier-Pagès une de ces épithètes outrageantes qui exigent une réponse. M. Garnier-Pagès se tut. M. Garnier-Pagès arrange cette scène à sa façon et il renvoie à M. Duvergler de Hauranne riujure de M. P* Vernet (i). Quand à lui, s'il faut l'en

(1) « Âprës avoir convoqué tous leurs camarades pour le lende- « maiû, propagé l'agitation dans les cours publics, organisé le cor- « tége dans tout le quartier Latin, les commissaires des écol<»s ne «t pouvaient se faire )i Tidée d'une reculade publique. Le point « d^faonnenr vibrait dans ces jeunes âmes Sfec une force irrésîs- « tible« 11 Vernet, Tnn d'eux,- éclata le premier. Il apostropha « 11. Duvergier de Hauranne avec des paroles enflammées : — Les « députés n'étaient pas coupables de faiblesse, mais de trahison I M Après avoir pris l'engagement public à la tribune d'assister « quand même au banquet, ils désertaient lâchement, k la veille « do combat! — Elle reste sur le même ton... « Garnier Pagès Histoire de la révolution de ISâS.

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