‹ Les hommes de 1848Chapitre 17 sur 46 · SOA LES HOMMES DE · texte numérisé non relu

SOA LES HOMMES DE

« punément dans une société déiuocralique ce qu'il voyait tt se pratiquer dans les États monarcliiques et arislocrali- « ques; il atigineiilà l'impôt lerritorial, et cela m moment <t même où il remellait par le suffrage universel aux habiu tanU des campagnes un moyen puissant de manilesler « leur mécontentement. Sa méprise fui chèrement expiée. « De toutes les fautes qu'ii commit, il n'en est point dont (( le contre-coup fût plus prompt, plus direct , phis mani- « feste (1). »

Nous avons dît que les mesures financières de M. Garnier- Pagès portaient l'empreinte de ses dispositions réactionnaires non moins que de son incapacité. Outre les objections signalées par M"** D. Stern contre l'impôt des &5 centimes, il ne faut pas oublier que l'objet avoué de cette mesure fut Fenlrelien de l'armée, dont l'ojiiriion révululionnaire demandait, sinon le licenciement, du moins une transfoi malion radicale dans le sens démocratique. « Les grandes nécessités fit de la situation, » dit M. Garnter-Pagës, dans sa prodainalion, « sont le liavail (lisez : les ateliers nationaux)

u et i'armée L'armée mérite d'occuper voire plus sé-

« rieuse attention. Avec un égal nombre de troupes, la Ré* u publique est plus forte que le gouvernement déchu* « Gardé par la nation tout enliëi*e, le gouvernement prou visoire n'a pas bescmi d'ôue entouré d'un cercle de « baion nettes, et, si des circonstances venaient h l'exiger, « il peut porter en ligne au dehors ces bataillons qui, au- « paravant, no servaient qu'à couvrir la royauté. Mais^ je (f puis le dire, cnr nous avons la certitude d*y remédier « avec une suirisauic lapidilé, de même que les finances, « l'armée a subi les atteintes de cette désorganisation que a Ton introduisait systématiquement dans tous les ser*

(1) Cela !i*ompCcha pas M. Garnicr-Pagès de dire dans soo jHI5loire que col iinpùi fui accueilli par une approialion générale et qu*il SAUVA LA Frange.

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« vices, li esL uryciil de lui donner ce qui lui manque. Plus « celle organisaliûu sera promple, plus elle sera dispea* « dieuse »

. Nous en avons dil assez pour qae nos lectears sacbetti

ce que signifiait ce langage dans la pensée de ceux qui le tenaient : quan l au jirétexle osleiisibleraent allégué, il est faux, et M. Garuier-Pagès serait bien en peine de nous dire en quot devait consister et surtout en quoi consista cette réôt^nmiïon dispendieuse f invenlée pour donner le change aux méfiances du peuple.

Une subvenlion de GO millions devait être, en outre, prise stir le recouvrement des U5 centimes pour être allouée au Comptoir d'escompte, créé par M, Garnier-Pagès, pour favorisér la négociation des eiïets de commerce à Paris et dans les départements, a L'argent manque, dit Proudlion, le « gouvernement fait des caisses pour le recevoir, des buv reaux pour le compler. » L'organisation du Comptoir d'escompte, qui répondait à une idée juste, ne fut pas eiempte des critiques qui s'attachent à tous les actés de M. Garnicr-Pagès et ne rendit [)a.s iniiiiédialemenl dans tous les cas les services qu'on pouvait eu atlendre. Ce fut cependant l'inspiration la plus heureuse de son administration, et c'est la seule des iostilultons établies par lui qui ait subsisté.

Une autre mesure, prise pnr M. Garnier-Pagès «laiis ce désarroi, fut l'élablissemcnt d'un impôt de 1 p. 0/0 sur les créances hypothécaires : c'était le couronnement de cette incapacité dont on avait déjà donné tant de preuves. La mesure était absurde et impraticable ; car pour qu'elle devînt efficace, il fallait que les d''l)iteurs dénoi.çassent leurs créanciers. Il y avait déjà là une invitation à la délation, qui répugne profondément à nos mœurs. Mais, en outre, les débiteurs n'y avaient aucun intérêt. Que leur importait qu'une partie des intérêts qa dà payuienl, au lieu d'aller dans la

LBS HOMMfiS D£ 1848

poche de leurs créanciers, allât dans les cuisses de l'Elat? Le moins qui pût leur arriver était de s'aiiéner leurs créanciers qu'ils avaient intérêt à se maintenir bienveillants. KuÛD^en faisant savoir que leurs biens étaient bypothéquéa, ils perdraient leur crédit. Publierait-on le registre des hypothèques? C'eût été une révélation terrible et impopulaire. La conséquence inéviiable, dans tous les cas, de cette mesure qui choquait toutes les notions les plus élémentaires de la morale politique et de radmiiiistration flolocière, devait être la hausse de l'intérêt. C'est toujours finalement le débiteur qui paiera les impôts mis sur les créances, comme c'est toujours le consommaieur qui paie les irop6t$ sur la production.

Il fallait prendre des mesures radicales et décisives et l'un ne savait que recourir à des expédients pitoyables. Le jugement le plus iiiouéré que Ton puisse porter sur l'administration de M. Garnier-Pagès est celui émis par M. Ledru-RolUn, dans sa dépositioD à l'enquête Quentin Bauchart : « Au gouvernement provisoire» (iarnier^Pagès tf a él6 un obstacle : il a cru qu'il fallait administrer les « finances de la République counne m temps ordinaire. »

L*expo8ô dea motifs du décret établissant lu contribution sur les créances hypothécaires contenait un nouvel eogagement formel en faveur de l'impôt progressif : « Avant la u Révolution l'impôt était proportionnel. Donc, il était ina juste. Pour être réellement équitable, l'impôt doit être « progressif. Vous avez reconnu et proclamé ce pr incipe. Il « sera mis en action dans le prochain Imdgetde la Répti^ . a blique. » Il en fut de cette promesse comme de tant ' d'autres, et dans la discussion qui eut lieu à l'Assemblée constituante contre l'impôt proportionnel et l'impôt progressif, où M. 6arnier*Pagës s'abstint prudemment, MM4 de Lamartine, Marie, Grémieux, votèrent pour l'impôt progressif contre l'impôt proportionnel. C'est ainsi que Tirapôt

sur les boissons, I'irop6t sar le sel, Timpôt sur les viandes

de houclieric, raouîcnlanément abolis par le gouvernement provisoire furent rétablis ensuile sans que ses membres aient fait le moindre effort pour s'y opposer ; heureux en* core quand ils ne consacraient pas cette réaction par leur vote. M, Marie vota pour le rétablissement de Timpôt sor les boissons et M. de Lamartine vola mèiue ooiUre la réduclioa de l'impôt du sel, qui prévalut pourtant dans l'Assemblée constitaante.

Nous avons dit comment la déconsidération publique avait clos le rôle politique de M. Gamier-Pagès en Il

se tint coi pendant les années 1850 et 1851 : il ne saisit même pas, pour rentrer dans Tarêne politique, l'occasion du coup d'État qui fournit à plus d'un des apostats de ia République une brillante réhabilitation. A la faveur de Toubli qui, sous Toppression de la défaite de la liberté, a enveloppé les souvenirs d'un passé qui paraît déjà si loin de nous, M. Garoier-Pagès s'est relait dans ces dernières années une inconcevable popularité, et il prétend représenter la tradition sincère de la république de 1848. Il en a écrit IMiisloirc pour mieux dissimuler sou rôle et pour enlever aux ignorauis et aux curmux la tentation de se reporter aux documents historiques (1). Mais si celte tactique, favorisée par la complaisance de ceux qui, bien que plus respectables que lai, n'avaient guère le droit, è la vérité, d'être sévères, ;i pu en imposer aux gens de bonne foi, nous espérons que lu présente publication sera pour lui le commencement de la justice sereine mais implacable, h laquelle doit toujours rester le dernier mot.

(1) C'est ainsi que M. darnier-PaL^ës, qui, le 28 juillet, vota h loi contre les clubs, consacre lout un chapitre de son Histoire}! faire Tapologie des clubs, «doni la t r; uLiun fui la conséquence forcée de la révolution de Février, » cl a célébrer « le^ nobles idées, les i déwmemenls^ les grands éclats des clubs. »

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