‹ Les hommes de 1848Chapitre 20 sur 46 · CAfiKOT · texte numérisé non relu

CAfiKOT

ce régulière ne donnerait lieu à aucun scliisine. Gttllc

(( aiïaire eût élé conduite à bien, plus aisément encore, il y « 21 un mois, quand j'en ai parié pour la première fois (1). a La suppression du casucl, ou du moins sa transformation « est encore chose possible et désirable. Soit qu'on le fasse « percevoir par les agents financiers, pour le répartir équi- « lableineut entre ions les curés; soit qu'on le remplace par « une convenable augmentation du traiiemeut fixe. On mé- (f contentera sans doute le clergé de quelques départements^ « mais on établira dans son sein l'égalité évangélique. J'ai (( vninoment, h plusieurs reprises, essayé d'entrelcnir de « ces objets le gouvernement provisoire, je ne parviens pas ce à lui faire ouvrir les oreilles. Je rencontre un obstacle a invincible dans rindifférence ou le voltairianisme de « quelques-uns de ses membres et dans le parti pris de La- <i mai line sur la séparation complète de l'Église et de rÉtal. (t I^ûus arriverons à l'Assemblée uationnale» j'en ai grand a peur, sans avoir rien fait.»

Si le gouvernement provisoire n'a pas commis quelques fautes (le plus ou ne s'esL pas donné quelques ridicules de plus par une imnjixtion arbitraire et inconsidérée dans Fadministration intérieure du clergé, on voit que ce ne fut pas la faute de M. Garnot : la Constitution civile du Clergé, qui froissait tous les sentiments des catholiques, fut la grande faute de la Constituante de 1780 et provoqua la redoutable insurrection delà Vendée. C'est une prétention intolérable el ridicule quede vouloir é^o^/tr Végalitédam le sein du cierge^ en intervenant dans des rapports qui ne relèvent que de la foi religieuse, comme par exemple la soumission des prêtres ti l'auloi lié du pape. La religion n'ci-t pas une institution civile : elle relève de la conscience privée. L'alliance de l'Église et de l'État choque à la fois les croyants

(l) Ceci csl écrit dans lu courant d avnl 18/|8.

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et les libres^-penseors ; la véritable garantie de la liberlé el de la diguîlé |M)ur les uns et pour les autres est dans la

séparation. Vous n'avez pas le droit de in'obliger à payer les frais d'un culle que je ne reconnais pas. Mais aussi vous n'avez pas le droit de me troubler dans mes pratiques religieuses, sous préle:(te de garantir une liberté et une égalité, dont ma foi me recommande précisément l'abnégation ! Si AJ. Carnoteût eu le véritable senlinient révolutionnaire, il se fui préoccupé do séparer l'Église de l'État et i'És:ole de l'Eglise» mais il était itubu de préjugés surannés j il ne parvint ainsi qu'à choquer également toutes les opinions ei à compromcUre la République.

Il faut cependant lui tenir compte d'un acte vraiment intelligent et libéral qu'il accomplit dans ces fonctions délicates de ministre des Cultes. L'évéque de Gliàlons publia une lettre furibonde contre les commissaires du gouvernemcnl, à propos de la deslilution de deux curés prononcée par l'un de ces fonctionnaires :

tt De tels bommes chargés du pouvoir font à la l\épubli« tt que le plus grand lort, disait lévêque. Leur présence « dans un pays y est un fléau^ et je ne étonne pas qu^ils en (( soient ensuite honteusement chassés^ comme ou l'a vu en a quelques contrées. Je m'unis à tous les évêques pour « protester de toutes mes forces contre de tels abus de « pouvoir, qui jusqu'ici étaient sans exemple. Celui-ci est « le comble de l'extravagance et de l'impiété; on y a « dépassé toutes les bornes, et tout mon diocèse demande « que justice soit rendue. »

Pour toute peine, M. Carnot fit publier cette lettre au Moniteur: «Il n'y a d'autre mesure à prendre à l'égard de u celte lettre qua tle lui donner unti publicité plus grande « encore que celle qu'elle a reçue, afin de laisser h la rai- « soijL publique le soin d'apprécier la convenance des alla- « qucs qu'elle contient. »

M. CARNOX

M. Caî'not faisait partie de la Chambre des députés sous ie gouveinemeat de Juillet* il s'éiuit d'àbord placé daas les rangs de l'opposition républicaine. Mais ensuite il se rallia au parti constitutionnel, et expliqua celte attitude dans une brochure intilulée ks Radicaux et La Charte^ publiée en IS'iO. Dans celle brochure, il exprime son désir de se conformer à la volonté nationale altachée aux institutions de Juillet, et montre que la réforme n'est pas incompatible avec la Charte. « Insensé, dit-il » quiconque demana derait aux révolutions ce qu'il peut obtenir du simple « vœu des électeurs. »

Il avoue lui-môme que la révololion de 1848 le surprit, et qu'il l'accueillitavecplusde regrets que d'enthousiasme : « Je ne prévoyais pas une révolution imminente; peut-être « même eussé-je préféré une réforme assez profonde pour u affermir le sol sous nos pieds et servir de point d'appui <( à un progrès ultérieur. Jusqu'aux dernières journées, j'ai « cru cette solution possible. » Nous avons dit ses dé« marches auprès de M. Odîlon Barrot, et le soin qu'il apporta toujours à se séparer de M. Ledru-RolUn ci des républicains radicaux.

Nous avons vu, dans ces derniers temps, M. Garnot qui, en 1857, avait refusé de prêter serment à l'Ëmpire, prêter im 1863 le serment préalable et se rallier à l'opposition dynastique.

Dans sa profession de loi adressée en 1839 aux électeurs de la Seine, M. Garnot disait : a Dans l'admiration pro- (( fonde que m'inspire la vie de mon père, je me suis haM(i

« tué à en iaiie ma boussole morale et politique. Jaioais « je ne me suis trouvé en présence d'une circousianco (( grave sans me demander commeot il aurait agi, pour « lâcher de l'imiter ; et j'ai puisé dans cette règle de con»

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« duite des satisfactions de conscience qui m'enlèvent la « pensée d*en jamais changer. »

Quelques personnes ont pensé que M. Cnruot, en se ralliant à la monarchie de Juillet, puis à rfioipire, avait manqué à cet engagement pris vis>à*vis de In mémoire de son père. Mais il ré.suUc dus Mémoires qu'il a publi(^«s récemment sur son père , que l'ancien ministre Jacobin n'avait point du tout le caractère austère et inflexible que le préjugé populaire lui attribue généralement. Le principe do sa conduite était au contraire « que la volonté nationale « doit toujours prédominer sur toute volonié particulière, » cl en conséquence que les bons citoyens doivent toujours se rattacher au gouvernement consacré par la volonté na* lionale. C'est pour cela que Carnot se résigna successive^ ment à prêter i;on concours aux divers gouvernements républicains, à TEinpire et h la Restauration elle-môme, et il eut pareillement adhéré sans aucun doute, comme Ta (ait son iils^à la monarchie de Juillet et au second Ëmpin*. « La résignation d'ailleurs lui est moins difficile qu'à bien ({ d'autres, dit M. Carnot, car il croit qiio des insliLulions « incomplètes, pourvu qu'elles soient loyalement interpréd lées selon le sentiment public, peuvent suûire longtemps c( au gouvernement des peuples. »

La mise en action de cette théorie dans la vie de Carnot est curieuse, cl peut fournil à celte époque de dissolntîon des caractères plus d'une consolation à bien des gens. C'est ainsi que M. Carnot se félicite que son père ait été absent fie la Convention, retenu aux armées par les soins de la défense nationale , lors de la proscription des GiVondIns, parce qu'il eût pu se laisser entraîner à prendre leur défense, et que cela eût pu avoir des conséquences lâcheuses pour lui. .4 son retour à Paris, Carnot s*as$ocie à tous les actes du Comité de salut public, et donnesaitô lire sa signature il tous les ordres d'arrestation, à ce point qiWl lui arrive

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(le livrer ses amis les plus chers, et jusqu'à l'hôlosse chez laquelle il demeurait. Maïs après le 9 llicnnidor, il lance line proclatnalioii furieuse contre Robespierre, qufU quali* fie A^infàne tyran, et il flétrit sans hésiter le gouvernement auquel il avait pris une part si iinporlante : « Les traîtres « ont reçu le prix de leurs forfaits ; In représeiiialion na- (( lionale a délivré la France de ses modernes Galiiinas : a Uobespierre et ses complices ne sont plus. L'oppression « a disparu , tous les coeurs s'ouvrent aux plus doux épan- (( clicmenls et Tallégressc a pris la place de la consterna- « tion dans Paris, n

Garnot ne fît point à rEiupirc la résislaiice énergique • que l'on croit. Il est vrai quUl vota contre le consulat ù vie comme membre du Tribunal; mais ses collègues lui nyant demandé d'effacer sa prulestalion du regislic de leurs délibérations, Garnot, « peu jaloux de faire parade de son et opposition, » les autorisa à supprimer du registre tout ce (|ui pourrait donner matière à inquiétude. On songea alors que la rature ne manquerait pas d'attirer l'attention et la colère du terrible consul, et Lucien Bonaparte eut la belle inspiration de détruire le registre et d'eu faire un nouveau. « Camot se prêta à ce qu'on dmrait, n On ne peut être plus accommodant. Il fil un discours pour protester contre le rétablissement de TEmpire, mais en déclarant formelieuient son inleiilion de se soumettre à la loi lorsqu'elle serait votée, cl il continua à siéger au Tribunal. On dit même que Napoléon ne fût pas ikché de cet acte unique d'opposition, qui faisait d'autant mieux ressortir l'entraînement universel de la France vers lui.

L'empereur conserva pour lui une sympathie très-vive ; il Ipi fit une pension, et pour que la délicatesse ombrageuse de Camot fût pleinement satisfaite y il lui demanda en échange nn Traité de la défense des places fortes pour l'école de Metz, où d'ailleurs pas un exemplaire ne fut envoyé. M. Gar-

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nol nous dit qu'il s'eo fallût de peu que son père fat appelé au Sénat. On sait comment, en 18U, il offrit spontanément ses services à l'Empereur, et se chargea de la célèbre défense d'Ânvers. On connaît moins la prociaiiiation adressée aux liabitaots de cette ville, après la chute de TEispire» par laquelle il se ralife spontanément, sans hésitation, à Louis XVII!, et traite Napoléon tombé avec aussi peu de niénagemenl qu'il avait traité Robespierre au lendemain du 9 thermidor : « Soldats, nous sommes restés fidèles à « l'Empereur Napoléon jusqu'à ce qu'il nous ail lui-même « abandonnés. Il vient de renoncer à un pouvoir dont il « avait si longtemps a/jffsé ; il vient d'abdiquer un empire 0 dont il ne pouvait plus tenir les rênes ; nous sommes à (c son égard déliés du serment de fidélité. Quant au nou- « veau souverain qui va être proclamé, on ne peut raison- « naLlemcnl douter (\uo ce ne soit Louis XVIÏL L'ancienne « dtjnastie va reprendre ses droits : les descendants de « Henri I V vont remonter sur le trône de leurs pères. »

M. Garnot nous rapporte que son père, aussitôt de re* tour d^Anvers, alla aux Tuileries offrir ses services à la Beslauralioii : « Pour ne laissser aucun fluulc sur u's senti" « mentst il reprit la croix de Saint-Louis, dont il avait été « décoré avant la Révolution, n Mais Louis XV III le reçut avec un dédain humiliant et affecta de détourner de tut son ref^ard.Get accueil scandalise fort encore aujourd'hui M. Garnot fils. On coiiiprend que Garnot père en ail conçu un dépit profond ; mais il faut bien reconnaître que ce ne fut pas Louis XVIII qui, en cette circonstance, manqua de dignité.

Aux Gent-Jours, il s'empressa de porter ses services à Napoléon. Lâ nouvelle Restaution l'exiln ; il eût dû prendre les devant et s'expatrier volontairement.

Voilà ce que lui Garnot (1). Son ûls a réglé fidèlement sa

(1 ) Âpfès le voie da 5 jalllet. H* Gamoi- publia une brochure

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conduite sur cel exemple. L'élude de riiisLoire esl utile pour apprendre h bien coanailre les hommes; et c'est toujours pour s'être confié inconsidérément aux hommes que le peuple en France a compromis le résultat de toutes ses révolutions.

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