‹ Les hommes de 1848Chapitre 22 sur 46 · II. ARMAND UARRAST · texte numérisé non relu

II. ARMAND UARRAST

Muis M. Marrast savait bien mieux coadiiire une intrigae qu'en tirer partf, n'ayant ni le caractère ni le teiiipéranient

nécessaires à l'iiorame d'Éiat on temps de révolmion. Il perdit la lète, le 15 mai, quand il vit rHôtel-de-Ville un instant envahi par le peuple soulevé ; et, dans sa terreur, il détruisit sur-lc-champ tous les documents relatifs à son administration : de là rimpossibilité de joslifier des dépenses, qui nous a valu la petite enquête dont M. Ducos nous a fait connaître les résultats édiûanls.

Les sommes ainsi absorbées par i^I. Marrast furent considérables. Voici rénumératîon des diverses sommes touchées par lui du 0 mars au 15 juillet : /

1 7,S33 pour son traitement comme maire de Paris*

1 1 , 5O0 à litre de membre du gouvernement provisoire.

10,000 sur les fonds secrets du ministère des Affaires

étrangères.

5«0ûû sur les fonds secrets du ministère de l'Intérieur.

1 ,825 à litre de représentant du peuple,

5,8/iO pour frais de table.

51,498 fr.

Un arrêté du gouvernement provisoire ayant prescrit une retenue proportionnelle sur les traitements de tous les fonctionnaires publics, M. le maire de Paris n'avait pas le droit de toucher, comme il l'avait fait, Tintégralité du traitement qui était précédemment alloue par le budget au préfet de la Seine, qu'il remplaçait, et il eût dû subir de ce chef une retenue de 4*500 fr, L*Âsscmbléd nationale avait à la vérité voté un crédit de 200,000 francs pour être réparti entre les membres du gouvernement provisoire h titre d'indemnité pendant la durée de leurs fonction?, mais il était entendu que cette indemnité ne pouvait être cumulée avec aucune espèce de traitement, et M. Marrast, qui avait ac* cepté le traitement de sa fonction, n'eût pas dû participer

à celte indcdiiiilé. Il n'eût pas dû toucher non plus les 1,825 fr» reçus à litre de représentant du peuple, TAssem*' btée ayant décidé que rindemniié des représenlanis ne pouvait être cumulée avec aucun autre Craitemeni. Les 15,000 fr. provenanL des fonds secrets des ministères des Affaires étrangères et de riiilérieur pouvaieul donner lieu aux plus étranges iraerprétations. Enfin il était étonnant qu'en présence des crédits ouverts à M. le maire de Paris, on vît figurer sur les comptes de la Ville 5,8^0 fr. pourfrais de table, surtout lorsqu'on savait que ce fonctionnaire avait obtenu en outre qu'une voiture provenant de la liste civile fût mise à sa disposition pendant toute la durée de ses fonctions. Il était d'autant plus difficile de se rendre conapte de tous ces prélèvements, que M. Marrast avait cru devoir publier fJans les journaux une lettre dans laquelle il déclarait n'avoir reçu aucune espèce d'allocation personnelle sur les fonds de l'État 1

Un jouTnal ayant contesté celle impudente allégallon (répithèle est dure, mais juste), et ayant voulu donner avant M. Duco5;, dont le Rapport ne lut publié que le Xlx avril 18/i9, quelques détails sur les finances de rHôtelde-Ville, M. Armand Marrast ne craignit pas de faire on procès en diffamation, et il s'attira cette apostrophe écrasante de M*" Cbaix d'E;-.l-Ange, avocat du journal poursuivi : « Je m'étonne de l'auLlace qui a été révélée à celte i( audience. Comment I comment 1 voilà un homme qui penc< dant dix-huit ans a donné chaque jour à son pays le triste (t spectacle de la diffamation et de la calomnie ; un homme (( qui s'est attaché avec bonheur àiiUaquer tous leshommes a que leurs talents, leur vertu, leur caractère semblaient de- « voir protéger contre tous; un homme qui chaque matin Il a distillé en termes amers le fiel d'une détestable ambi- (I tion ; un homme qui a osé appeler Casimir Pérîer un u voleur; un lio:iime qui a ciierché à mouiller le maréchal

H. AR1f\NI> BIARRAST

a SouU, ce grand caphainc doDt le sang a si souvenl coulé » pour la gloire de la France, qui le dernier a défendu son

(( pnys contre l'ennemi.... C'est ccl lioinme, M. Aimand « Marras!, M. MarrasI, IMnsulieur public, qui ose un jour u venir se plaindre d'un écrit où on s'est livré à la discus- « sion de son adminisiratioQ, en laissant de côté sa per* « sonne I »

Celte leçon ne profila pas l\ M. Morrasl: loujours dominé par ses goûts d'inlrigue et de luxe, quand, après sa relraile de l'Hôtel-de-Ville, il fut nommé président de l'Assemblée, il ne craignit pas de demander que le (raiteinenl attaché à cette fonction, fixé à la somme de /i,0(^0 francs, fût porté, comme sous la monarchie, à 10,000 francs. Pendant que les malheureuses victimes de juin gémissaient sur les pontons, pendant qu'on mutilait la liberté de la presse et la liberté de réunion, H. Marrast ne songeait qu'à donner des fêles brillantes à IMiôtel de la présidence, dans lesquelles il se plaisait à déployer une morgue palricienne qui é.lait comme une insulte aux idées démocratiques. M. Gouache, ancien gérant de la Réforme^ publia à cette occasion une brochure piquante et sanglante sous ce lilre : les Violons de M, Marrast, Mais M. Marrast ii*avaîl qu'une préoccupation : jouir. Pas une seule fois il n'éleva la voix pour défendre la cause de la liberté. Président de l'Assemblée , il dirigea toujours les débats au gré de la réaction qui était au pouvoir, prenant souvënt part au vote , au mépris des* convenances parlementaires, pour mieux assurer la défaite des motions libérales. Par sa conipbiisance et sa ftiihlesse, il favorisa le vote de la proposition Hateau qui fut le suicide moral de l'Assemblée constituante.

Nommé rapporteur de la commission de constitution, il eut pu exercer une influence utile sur Fade essentiel de la fondation du gouvernement républicain, mais il abdiqua en quelque sorte sa mission entre les mains de M. Dufaure,

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auquel il laissa le soin de défendre l'œuvre de la commission. Or, si M. Marrast pouvait encore dans one cerlaioe mesure, malgré ses dispositions réactionnaires, représenter ridée républicaine, Dufaure qui soutenait le minisllre Guizot dans la discussion de ia dernière Adresse, représentait en plein la réaction monarchique. Âinsi, M. Marra&t trahissait de la façon la plus flagrante toutes les espérances qu'avaient pu reposer sur lui les membres répablicains

de iu commission qui ravaicul nommé rapporlour,

M. Marrast qui , sous le prestige de sa réputation de journaliste, avait été envoyé à 1* Assemblée constituante par quatre départements, ne fut pas réélu à l'Assemblée législative , et ce fut justice. Son exemple prouve une fois de plus qu'on peut être un brillant publicisle sans avoir môme rétûife d'un médiocre homme d'État, M. Alarrasl est mort obscur et..« pauvre. Aussitôt quelques amis de s'écrier que celle pauvreté le vengeait des ea/omntes dirigées contre lui. On n'a pas reproché à M. Marrast d'avoir détourné les fonds de l'Étal pour les mettre dans sa poche , mais on lui a reproché avec raison de les avoir gaspillés, et cela, non ftas seulement pour satisfaire sès goûts de prodigalité et de luxe, mais encore, ce qui est plus grave, pour conspirer cou il e le peuple, en compromettant la République dans des intrigues basses et déshonnéles.

C'est ainsi qiîe le gouvernement provisoire, composé de médiocrités impuissantes et jalouses, s'épuisa dans des luttes stériles et mécoiinul complètement les devoirs que lui imposait la redoutable mission qu'il avait acceptée. Ces hommes, pervertis par l'opposition parlementaire qu'ils avaient pratiquée toute leur vie, ne songeaient plus, une fois arrivés au pouvoir , qu'il se faire opposition mntuollemenl. Ils n'avaient d'ailleurs aucune idée quelconque, ils étaient absolument inca|)ables de concevoir ou de prendre

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