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mesure de ses dispositions en couQudI Tenquête àM. Franck- Carré, laïueiix sous la monarchie par ses réquisitoires conire les républicains, qni avait donné sa démission dopais deux jours et la relira lorsqu'il vit une occasion de poursuivre encore ta démocratie.
« fants, sans chef milUaire, contre les troupes les mieux disciplî- « nées agissant de concert avec la garde nationale ; la dispropor- « tioo entre le cbitfre des moris et des blessés, chi(ïre consldé* « rable dans les rangs du prolétariati et si peu élevé dans les rangs ff de la troupe qu'on a pu dire que ni un soldat ni un garde na- 9 tîonal n*avaieni p6ri, témoigne assex de cette inégalité, Cepen- « dant le général Gérard, qui commandait k Rouen, ûi un rapport « dont le langage sévère et saas aucun retour de pitié, blessa « ceux-là même d'entre les membres du Conseil qui souhaitaient « le plus une répression énergique des soulèvémenis populaires,
M MM. Ledru-RoUin et Louis Blanc protestèrent contre ce rap- « port et demandèrent que le général Gérard parût devant un « conseil de guerre ; mais leur demande fut écartée. On chargea « M. Krank -Carré, nnci(?n procureur-général dnns la Seine-lnfé- « rieurs*, do dresser nne enquête. M. Descliainps liit remplacé par « M. Dnssard, nomtné commissaire t^énéral dans la Seine-lnféu rleure. Les prisciii^; se remptircni ; ia plus tiçrande rigueur des K lois lui appliquée contre une sédiiion coupable sans doute, mais it où les iautes de l'administration, U s provocations de la bour- « gcoisie cl surtout la fataliié des eircoaslances avaient eu lant « de part qu'une indulgence entière pour les vaincus n'eût été « peut-être qu'une stricte juslire, o
M, Desehamps, le couiinissaii e du gouvernement à Rouen, était un des amis particuliers de M. Ledru-Hollin. On avait voulu le rappeler quelque temps auparavant, mais M. Ledru-UoUio s'y était opposé formellement : a Je suis prêt à céder pour le choix des M commissaires aux observations de mes collègues, avait-il dit, « mais il en est quelques-uns, deux surtout, MM. Delescluze et « Deschamps, avec lesquels je suis lié depuis plusieurs années « d'une manière absolue ; je ne puis, je ne dois pas m'en séparer. « Si le gouvernement ne les acceptait pas, je serais contrcntit de « me retirer moi-même. » M. Uelescluze, rudement éprouvé par la proscription, est m blé ferme sur la brèche démocratique, yuant k M. Deschamps, il s'esi rallié au gouvernement du second empire, et il était question récemment d'opposer sa candidature officielle
M. JUL£S FAVR£ iUl
Aucun des membres du gouvernement cependaul D*usa répondre à Barbès. M. Senart, qui avait dirigé la répres^
sien avec M. Franck-Carré, se chargea tic celle bosogne, il essaya de donner le change Bat le caraclère des événemenis et d'en dissimuler la gravité. Mai$ Tincident fut étouffé par le parti pris de l'Assemb!ée, dont.hi majorité pensait sans doule que la garde nationale de Rouen avait mieux mérité de la pairie que le gouvernement provisoire (1) ; les autres, suivant un vieux système qui a encore de nombreux partisans, pensaient qu'il valait . mieux, duos l'intérêt même de la République, éviter une discussion irri* Unie el esiiinuienl que le silence était du patriotisme. -
Après une courte discussion, l'Assemblée décida de confier Ui pouvoir exécutif à une commission de cinq membres(2)« On voulait exclur.edu gouvernement les démocrates et les socialistes, M. Ledru^RoIlin et M. Louis
à celle de IL Pouyer-Quertier, deveua suspect par son atiitade indépendante sur les quesUons écmiomiques et financières»
(1) Dans le procès du 15 mai, devant la Hante-Gour de Bourges, le président reprochait è un témoin, H. Yautier, colonel de la garde nationale (9* légion)^ de n'avoir pas opposé plus, de résistance : « Je n'avais pas d'ordre, répondit M. Yantier, et l'on y re-
garde à deux fois quand il 8*agîi de lirer sur le peuple. D'ail* a leurs nous 'avons vu avec le général Gourtais de bien plus for- « midablcs épreuves, le 17 mars et le i6 avril. Eh- bien 1 c'était « avec dn calme, avec ,4e la patience, avec le raisonatiineoi qu'on m était parvenu h les calmer* » — a Nous ne pouvons pas laisser « passer les principes que vous professez, dit sévèrement le présitf dent, ils deviendraient subversifs de tout ordre tHabli. >• Cette opinion élaii certainement celle de la majorité de l'Assemblée nationale : elle le montra bien au 15 mai etsurtoui au 2i juin,
(2) Dans la discussion qui cul lieu snr Torgani^aiiou du pouvoir exécutif, il faui meniionuer l'opinion émise par M. i« Fayre : « Le m pouvoir doit être fort; dil-iU U faut qu*il ait une action qui « puisse incessamment s'exercer sur les classes inférieures, avec « la maturité de la délibéraiion, sans doute, mais aussi avec la ra* fi pidilé et avec le secret de Taction. i>
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Blanc; nous avons dit comment M. de Lamartine mil h son
accej>laliûii la coîulilioii impérative de radjoiiclioii de M. Ledru-Hollin et comment de co jour data la décadence de son immense popularité l>ourgeoi$e. Sur 794 votants, M. Arago obtint au scrutin secret 725 voix; M. Garnier- Pagès, 715; M. Marie, 702; M. de Lamartine, 646, et M. Ledru-Rollin , /i58. M. Reciirt fui nommé ministre de rinlérieur; M- Bastide, ministre des AtTaircs-Étrangères ; AL Duclerc, ministre des Finances; M. Gréniieux, ministre de la Justice; M. Flocon, ministre du Commerce; M. Trélat, ministre des Travaux-Publics; le général Cavaignac, ininislrc de la Guerre. On maintint M. Garnot au mini.sière de l'Instruction publique, M. Cuussidière à la Préfecture de police cl M. Marrast à la Mairie de Paris.
La situation était tendue : le peuple commençait à s'apercevoir qu'on ravail joué, et la réaction iiupdlieiUe n'attendait que l'occasion d'éclater. Déjà dans un article du Rep}*éserUant du Peuple du 28 avril, M. Proudhon indiquait avec la netteté brutale qui lui était habituelle, tes dangers de la situation :
(( On Ta dit avec raison, les farces rétrospectives du u gouvernement provisoire nous ont plus fait i^erdreen deux <c mois que les deux invasions de lèik et ldl5.
« Que sera-ce donc quand de la farce nous en serons (( venus à la Ira^édie ? l^a houi'geoisic va devenir ii*rilée, (c résolue d'en finir avec le socialisme. La niasse prolétaire « est prête ù marcher , la garde nationale, aidée de l'armée, « à faire résistance.
<( L'idée vague d*une nouvelle et inévitable terreur cîr- (( cule dans l'air et agile les âmes; les ouvriers se disent « que la Révolution est à recommencer; et qui peut prête voir comment la Révolution recommencée finira? Le tt gouvernement provisoire, par ses lots de finance, qui <t démolissent la propriété sans aucun avantage pour le
Jf. iOLBS FAYRE
il proiélariat, que l'Assemblée nationale ne pourra pas « laisser subsister sans danger pour ie pays^ et qu'elle ne « pourra pas abolir sans provoquer une insurrection , le « gcuverneineni provisoire semble s'altacher à rendre la « icrreur iaévilable.
« La Terreur, en 93, n'availpour cause que la résistance « d'une minorité aristocratique imperceptible. L'existence « d^ la société, d'ailleurs garantie par les conquêtes de « la Révolulion, et par rinsoiidariié générale des exis* « lences n'avait rien à redouler de la Terreur. En 18/i8,la (( terreur aurait pour cause Tantagonisme des deux classes (( de citoyens. Tune plus forte par le nombre, plus redou* (( lable par la pauvreté ; l'autre supérieure [)ar la richesse « et rinlelliiience ; toutes deux ne subsistant que par la « circulation des produits et la muluaiiLé des rapports, il « est Infaillible que dans un pareil conflit la société (( périsse.
« Que les premiers actes de l'Assemblée nationale ré- « vêlent des desseins de réaction; qu'un vole imprudent « allume la colère du peuple; qu'une prise d'armes ait « lieu ; que la représentation nationale soit violée; et puis « que sous la pression d'tme autre dictature le mouvement « cesse tout à fait, la France sera coiiime une i iiclie en- (( veloppée de flammes, où les abeilles étouffées, brûlées, « s'entrelueut de leurs aiguillons. %
« Alors quand le gouvernement sera sans ressources ;
(( Quand la nation aura dévoré son revenn;
(( Quand le pays sera sans production et sans commerce;
(( Quand les ouvriers, démoralisés par la politique des c( clubs et des ateliers u8tionaux,se feront soldais pour vivre;
« Quand un million de prolétaires sera croisé contre la « propriété;
« Quand la première gerbe aura^élé pillée, la première
2^ LtS UOUMËS Dfi
<t in«itson forcée, la |>n;niière église profanée, lu première « lorchc allumée, la première femme violée;
u Quaod k premier sang; auru élé répandu; quand la « première lèie sera lombée;
<c Quand rahomÎDalion de la désolalion sera par toute « la Fitincc ;
« Oh l alors vous saurez ce que c'est qu'une révolulion a provoquée par des avocats, accomplie par des arlk^tes, G conduite par des romaDciers et des poètes : »
Proudhon prédisait ainrï le prélude du 15 mai, la lutte
sanglante du 2/i juin, les horreurs de l'élat de siège, cl celle lon'.Mie période d'auarchie eldi; réaclion qui, en 18/i9, 1850 et 1851, épuisa lonips les forces vives de la sociélé, amena et favorisa le coup d*£tat du 2 décembrOi réduisit la Fraoce à une prostraiion morale dont elle n'est pas eocore remise
depuis s\n^l ans !
Mais au un de ceux qui lenaieiU alors dans leurs mains les destinées de la France ou qui eussent pu exercer une influence efficace, n'étaieoi capables do comprendre la situation : loos étaient préoccupés de mesquines amliltions ou de mesquines l aiiciiiies, et ils sacriûaieut la prospéi i é et la grandeur de leur pays à leurs personnalilés misérables.
Cette réûexion n^'applique àaucun homme d'une façon plus saisissanle qu*à M. Jules Favre.
Dans les événements du 15 mai (1) il ne vit qu'une occasion de satisfaire une ancienne rancune contre M. Louis fil.inc (2). La mise en accusation de M. Louis liianc fut macliiuée, entre M. Jules Favre et MM. Portalis, pro-
(1) Voir à la fia de ce cbapiire la noie sur les événements du 15 mai.
(2) Au procès d'avril, les défenseurs pai mi lesquels se irouvaienl Ukules It's nolabiliiés du parti répubUciiin, Armand Garr«L Michel (de Bourges), Godeiroy Cavaiguac, Barbèa, Flocoo, Haspail, Lamennais, d'Argenson^ etc., avaient résolu d'un accord commun
M. iULS^ FAVRB
cureur général, tl Landrin, procureur de la République. On cipprit plus tard que ces Ircùs personnat^es avaient pris part à dos conciliabules où ils s'élaienl moûlrés eux-mêmes les plus ardents promoteurs du renTersemcDt de TAssemblée natiofîide (1)!
Quant à M. Louis Blanc, son altitude défiait toute accusation. Il avait parié k la foule, il est vrai, mois, sur l'inviiation de plusieurs de ses collègneSf avec l'autorisation du président, M. Bûchez, et pour l'engager à se retirer ; on tt?a!t voulu le porter en triomphe, il s'était refusé de toutes ses forces h cette ovation; épuisé, sans voix, il prc- • nail une plurue pour adjurer une dernière fois le peuple de ne pas persister dans une tentative aussi foile qu'imprudente. Toute Tacciisation se fondait sur la calomnie de M. Marrast et sur quelques paroles Irave-ties, ou qui lui étaient prêtées à tort, ayant été prononcées par d'autres (2).
- d*; (léiliuer la compcience *\e. lu Gourdes pairs. M. Jules b'avrc qui dércndait les accusés de Lyon ^*élait séparé d'eux et avait ainsi rompu II' faisceau de la dépense, ce qui inconleslablemetil mil à l'aise la Cour des pairs. M. Jutes i ;ivre fui accusé d'avoir sacrifié 1.1 solidarilé déinocralique cl l'miéièL (nCtino de ses clicrïls pour ne pas manquer l'occasion de plaider une cause iniporianie, sur laquelle il comptail pour tonder sa réputation. M. Louis Blanc dans son Histoire de dix ans avait mis en lumière et enregistré pour l'histoire cette conduite de M. Jules Favre. De la la rancune de celui-ci.
(1) M* F« Arago dépoba k l'enquête Qiieiiiia fiaocbard « que BL IjRdru-KoHin luî avait dît que ce n'étaient pas les clubistes qui étaient W piuH aciils pour le renversement d'une partie du gouvernement et le Ucenciem'ent de l*Assemblée, mais IIU. iules Favre, Portalis et Landrin. Danse des conciliabules tenus au ministère de rintérieur« i1& dtsaienl que la Révolntion déviait et qu'il luUait la ramener à sa source. » ^ C'est-à-dire que ct>s messieurs eurent voulu prendre la direclicm du gouvernement. Uais ils ne vuulaienl^ b céder à perbonnc autre ; et de Ih k-ur acharnement contre ceux qui les avaient devancés*
(i) M. Barbè», du donjon de YincenneSi écrivit k l'Assemblée
LES UOMilES i>t: I8/18
u Dans un rapport plein de resIricUons flatteuses, plein « de fie), cbef-d'œuvre de perfidie savante et qui fut spiri-
M liiellemnnt comparé par M. Ilibeyrollesà une jatte de lait «empoisonnée, M. Jules Favre conclut à i' autorisation des « poursuites. » C'est M. Louis Blanc lui-même qui caractérise ainsi ce morceau oratoire.
M. Laurent (de l'ArdccliL'), qui se leva un des premiers pour y répondre, analyse Lien l'impression qu'il produisit :
« Citoyens représentants, i'bonorabie M. Jules Favre <i nous a dit à la séance d'iiier que les haines et les pasce sions politiques, que l'esprit de parti avaient été corn- «plélemeiU étrangers i\ la demande qui vous est soumise. « Personne ici n'a songé à caresser des exigences réactiou- <( naircs, h donner satisfaction à des rancunes politiques.
a Loin de là : on n'a voulu que fournir h un représentant t( du peuple, h un historien distingué, à un publîclste rc- « iiiarquable, malgré ses erreurs économiques, à un cîtt loyenqui a bien niérilé de la pairie, qui a dû prendre du* u moins sa part dans la déclaration de l'Assemblée en fa- « veur du gouvernement provisoire, on a voulu fournir «( seulement à ce citoyen, k cet liîstorîen, à ce publiciste, t( Poccnsion de laver sa vasle réputation, sa graiide renom- K mce, du soupçon qu'on était parvenu à faire planer sur « elle.
« Ainsi le citoyen Louis Blanc^ loin d'avoir à se plaindre
« du réquisiloire qui a élé formulé contre lui, doit b'en féli-
pour prendre la responsabilité de ces quelques mots pr6lês & tort k M. i^ouis Blanc et qu*il avait Ini-mèmc prononcés : « Je vous « félicite d'avoir reconquis le droit d'apporter vos pétitions à la « Chambre; désormais on ne puurra plus vous le contester, n On accusait encore 1^!, Louis Blanc d'avoir dît : La manifestation M d'aujourd'hui n'est pas de celles qui ébraulent, mais de cclli's « qui renversent. » Il avait dit, parlant de la révolution de Fé< vrier:« Celte révolution n'esi pas de celles qui ébranlent les trônes, « maïs de celles qui les renversc*nl. »
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