‹ Les hommes de 1848Chapitre 28 sur 46 · L£ 15 HAÏ · texte numérisé non relu

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et Gausfiidière, les deux magistrats do peuple, qui représen*

taient, l'un ses aspirations sociales, l'autre ses aspirations politiques. Ce fut M. Jules Favre qui fut chargé de cette tâche,' et on peut bien apprécier, à la lumière des explications que QOtts venonii de fournir, le caractère odieux de cet acte qui

^ des plus lâches et des plus indignes outrages. Devant la Haute- Gour, ua nommé Giroux, sous-chef de radmini«iraiion des domaines, osa se vanter d'avoir le premier porté la main sur Courtais et de lui avoir enlevé son épée, d'autres lui arrachèrent ses épaulettes et sa croix d'honneur. La Haule-Cour acquitta le général Courlais ; ce fut le seul acquittement prononcé par elle.

Le gouvernement s'abstint de blâmer même indirectement ces indignes violences de h garde nationale, dont nous avons dit que M. Louis Blanc fut victime avec M. Gourtaia. Quand l'Assemblée rentra en séance le 15 mai, M. de Lamartine lui demanda de a voter « h l'omhrc des haUmncttes^ la reconnaissance de la pairie à la a garde nationale de Paris, m

La garde nalionale, qui n'avait pris aucune pari au combat puisqu'il n'y avait pas eu combat, se livra aHx excès les plus regrettables ; elle alla dévaster une seconde fois la maison de M. Cabet, pilla la maison de M. Sobrier, vola quelques ceniaines de francs, vida sa cave sans môme respecter celles des voisins. M. Car- DOUX, commandant de la garde nationale de Montmartre, donna sa démission le lendemain. Il déclara que son honneur lui défendait de rester a la téte d'hommes qui commeiluienl de pareils brigandages. Mais le gouvernement couvrit ces actes de son silence approbaiif.

Ce n'est pas tout; un déiachemenl de la garde nalionale pénéua rne Sainl-Marlin dans la salle Molière où se réunissait h Société des droits de l'homme. La salle était vide et obscure, les gardes nationaux croyant que c'était un repaire du brigands, se divisèrent en deux colonnes pour Lxplorcr l'antre redoutable. La terreur les saisit au milieu de Tobscurilé, cl dans leur égarement ils firent feu les uns sur les autres. Pendant quelques jours, les membi es de la So( iélé des droite de rhomiue furent accusés de cet altenlat;le gouvernement tii T lire des funérailles magnifiques aux viciiuiesjon pensionna leurs fjmilles ; puis, après une enquête minutieuse, il fallut bien recituuaiire que les gardes nationaux s'étaient tués entre eux. Non, l'histoire n'a jamais enregistré l'exemple d'un gouvernement plus misérable et plus piteux 1

subsistera comme une tache ineffaçable sur toute sa carrière politique.

• Ce n'était pas encore assez : Il fallait atteindre et déshoiiorer ce peuple nia-uanfme, qui, eu février, avait fait un si noble usage de la victoire, qui avait respecté et gardé luimême non-seulement l;i vie mais la fortune des vaincus ; il fallait montrer comme une bande de brigands et de bandits sans aveu, ces hommes dont ia misère eût à elle seule suffi à légitimer les revendications sociales et qui cependant ne demandaient eux-mêmes qu'& les soumettre & la sanction de la science.

rendant que M. Marrast aiguisait Tarme perfide de la calomnie contre M. Louis Blanc, d'autres ne craignaîént pas de

faire un faux au Moniteur en intercalaut, dans le compte rendu de la séance, des paroles qui n'avaient jamais été dites, mais qui devaient vouer à la réprobation du inoiule et des siècles le peuple égaré du 15 mai. Au moment où Barbés demandait un impôt d'un miUard sur les riches, plusieurs membres des clubs se seraient écriés : a hoal coni Burbès, ce n'est pas ça, « tu te trompes, deux heures de pillage !»

Plusieurs représentants et inculpés du 15 mai protestèrent avec énergie, en affirmant qu'ils n'avaieAt pas entendu prononcer ces mots. Mais la version authentique du tourna/ officiel semblait défier iesdémenti.'î. Devant la IJaute-Cour de Bourges, M. Prévost, sLcnograpiic du Moniteur déclare que ni lui, ni aucun sténographe n'avaient entendu la phrase et qu'elle avait été introdailc après coup. Oa remonta à la source, et Fauteur de cette infamie se trouva être M. Cruveillier, secrétaire de M. Bûchez, sous-préfet de Saint-Denis. M. Cruveillier tâcha de 8*excu8er en disant qu'un seul cri avait été poussé des tribunes, mais il avait mis au Moniteur : Plusieurs membres des clubs. Du reste, ainsi confondu, M. Cruveillier qui, pendant dîx*huit mois avait gardé un silence prudent, se rétracta comme M. Marrast et exprima ses regrets de sa mauvaise actioii. C'est encore un de ceux auxquels on a essayé (Unis ces derniers temps de faire une auréole démocratique (1).

(l) Les œuvrts de M. Louis Cruveillier onl élc publiées avec

L'attitude^ dans ces événements, de la Commission exécutive de MM.' de Lamartine, Marle« Garnier-Pagès, Arago, et, il

faut bien le dire, hélas I Ledra-Rollin, est caractérisée dans un article de la Prc^ise publié au lendemain du 15 mai sous ce titre : Les incapables ;

« Point d'illusions funestcsl Us seront, ce qu^ils ont été, « souverainement incapables.

M Seulement désormais, ce sera sur TAitsemblée nationale* « il faut qu^elie s'y attende, qu'ils rejetteront la responsabi- « lité de leur impuissance. Ils diront ou feront dire quec*est â elle qui les empêche, qui les affaiblît ; que sans elle toutes « les promesses faites au peuple auraient été réalisées I

« Ils s2en prendront aux factieux ! Ils s'en prendront aux « réactionnaires! ils s'en prendront aux événements! c'est u déjà ce qu'ils ont fait. Rien de plus vulgaire. C'est ce que « font les mauvais ouvriers, jamais leur outil n'est bon, et . a toujours quelque chose leur manque.

« Oui, mille fois oui, le besoin delà situation, c'est Vordre, tf Alais Tordre ne se décrète pas comme l'abolition d'une pé- « nalité ou la perception d'un impôt; l'ordre est à la société « ce que le génie est à Técrivain ; l'ordre, s'il n'est pas le « génie de la liberté, n'est quo l'abus du pouvoir..... L'ordre « pour vou?, c'est la répression. Réprimer énergùjuemmt la « menées des [aclitux et les tentatives réactionnaires, voilà en

une préface de M. Frédéric Morin qui lui consacre celle nolice : « Louis Gruveillier fut sans contredit l'un des hommes les plus If distingués de cette nouvelle génération qui arriva k la vie intel* M lecluelle, il y a dix ans, et que l'on connaît peu encore parce « qu'elle n'a pas eu assez de marge pour prendre pleine possession « de la vie sociale et d'elle-même... M. Bndiez, devenu président « de la seconde Gonstiluante, Tapp^da auprès de lui. Un peu plus a tard, le gouvemement du général Gavai gnac, qui avût liesotn a d'un républicain à la fins très^ferme et très^réfléchi pour l'impor- « tante sons-préfeclure de Saint-Denis, lui donna ce posté de con- « fiance. L'éuidiant de la veille, improvisé administrateur, sut le H remplir avec un tact parfait et s'attira l'esiime de tous les partis « en servant le sien sans àprelé comme sans mollesse» « Voilà comment depuis dix-huit ans on a écrit l'histoire I

« quoi consiste toute votre théorie. Elle n'est pas neuve, ce « fut celle de TEaipiret celle de la restauration de 1815, V celle de la révolutioa de 1830* SI vous croyez que la vi* u gueur de la répression suffise au maintien de Tordre» vous « vous trompez. La détention de MM. Barbès et Blanqui n'a « pas sauvé la royauté du 9 août ; ce n'est pas Tarrestation « de MM. Barbès et lilanqui qui sauvera plus eUicacemeiit ia. « république du 2/i février. »

Ce fut le premier pas dans la voie qui devait perdre ia République.

Et cependant l'iniquité de ces poursuites était si grande que ni le» membres de la Gommision exécutive, ni le gouver** nement de M. Cavaignac n^osèrent renvoyer devant les tribunaux les inculpés du 31 mai. Ils leur firent subir une détention préventive arbitrairement prolongée Ce fut seulemeat au mois de mars 18/|9, sous la présidence, que Ton osa les mettre en jugement. Et encore on dut recourir à ua tribunal d'exception pour les faire condamner.

I^ar une dernière dérision de l'apostasie, dont jamais le cynisme ne s'étala aussi honteusement que dans cette triste année ISàS» la présidence de la Haut>Gour de Bourges instituée pour Juger les accusés du 15 mai fut confiée à un magistrat, H* Berenger« qui avait flétri vigoureusement autrefois les tribunaux exceptionnels et les magistrats qui consentaient à en faire partie.

« Sous quelque couleur qu'on les présente, quelque nom « qu'on leur donne, sous quelque prétextequ'on les institue », disait ÎM. ]5 rcngor dans son livre De la jnsUrc criminelle publié en 1818, « on doit regarder les tribunaux d'exception « comme des tribunaux de sang : ils déshonorent le prince « qui s*6n sert, ils souilleraient la révolution entreprise pour M la plus Juste des causes... La seule doctrine du tribunal « d^exception est d^accompllr Tobjet pour lequel il a été ins*- « titué, M^attendez de lui ni pitié, ni humanité, ni sentiment m de justice. Ne vous reposez pas même sur le caractère « qu'ont pu montrer jusque-là les individus qui le composent, tt Un homme assez lâche pour accepter une mission qui le met H dans le cas de punir des actions qui ne sont réputées crl-

M. UkUlE

« mes que parce qu'elles déplaisent à un parti ou à une « faction, fait le sacrifice de son honneur et dès lors il est « acquis à Tiniquité. »

Le procureur général qui poursuivit et soutint Taccusation fût lif..Baroclie^ le môme qui, au mois de mars 18^8, se van tait d*avoir devancé de vingt-quatre heures la Justice du peuple.

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