‹ Les hommes de 1848Chapitre 3 sur 46 · LES HOUMES DS · texte numérisé non relu

LES HOUMES DS

« lourde de tontes les responsabilités. T'oms noM5 tVons jus^ « quau bout : el si nous sommes brisés dans la Inlle, aux « mômes moyens d'oppression il faut opposer les mêmes « armes; que le pays alors comme en 1829, forme une asso* m eiatîon pour le refus de l'iropôr. n

u SouveDez-vous du jeu de Paume de 89 à Versailles! « dit M. de Lamartine. Savez-vous ce que o'élait que le 0 jeu de Paume? Le jeu de Paume ne fut qu'un lieu de réu* « nion publique fermé par des ministres imprudents et rouit vert par la raaiii de la nation à la représentation ouli âgée « du pays. »

Cependant la majorité compacte reste insensible à tout ce déploiement d'ardente éloquence : Famendement même qui voulait retrancher de l'Adresse les paroles injurieuses

lîu discours royal, est repoussé. M. de Girard in propose alors à Topposition de donner sa démission en masse, ce qui eût certainement produit un très-grand elTet dans le pays, et ce qui eût provoqué par la réélection non douteuse des dé»

niissionnuircs une véritable mise en deaieure faite au minislère.Maisl'opposilionn'élaitpointsusceplible d'utie initiative aussi énergique. M, de Girardin seul donna sa démission par la lettre suivante adressée au président de la Chambre : -

Entre la majorité intolérante et la minorité inconséquente « il n'y a j)as de place pour qui ne comprend pas : le a pouvoir sans l'initiative et le progrès ; l'opposition sans « la vigueur et la logique. Je donne donc ma démis* a sion. »

L'opposition cependant, \)[\x une résolution insérée dans les journaux, décide qu'elle niainliendra à tous risques le droit de réunion, et qu'à cet effet elle assistera au banquet du 12'°"arrondisement que le ministre de Tlntérieur a déclaréà la tribune vouloir interdire. Le ministère s'émut de ce défi ; mais Topposiiion élaii déjà aliénée eiie-meraede son audace. IL de Morny s'interposa et on convint de se

ODILON BAAROT

^borner à un simulacre de résistance légale (1). Aussitôt que les coDYîves aaraient pris place, un commissaire de police viendrait constater la contravention. M. 0. Barrot proteste-

(erait, pour la forme, coDlre cet abus de l'autorité, puis les députés se retireraient en faisant tous leurs efforts pour obtenir ûe la foule qu'elle s'éloignât dans un calme silencieux, Josqu'à i*arrèt de la Gour de cassation, les députés de l'op* position n'assisteraient à aucun banquet défendu par l'auto-* ri té municipale. Ainsi tout ce grand déploiement d'hostililé dans la discussion de l'Adresse allait aboutir à une simple comédie parlementaire! Mais le sort en était jeté, et, malgré tout, la lutte devait s'engager. Il est douteux d'ailleurs que le peuple, qui avait pris la démonstration au sérieux et dont' les débalsde l'Adresse avaient surrexcité tous lessentimenis,

(1) M. de MorQy, l'auteur de l'oidrc du jour des satisfaits., avait pris depuis quelques temps ce rôle de médiateur entre l'opposition et le gouvernement. Il avait publié dans la Revue des DeuX'Mondes du janvi'T un article: Quelques réflexions sur la politique ac^ tuelle^ dans lequel il di mandait que l'on donn;\t « une satisfaction raisonnable h l'opiniou n en mettant une limite rinvasion des font'iionuaires dans la Chanihre, On cite ce mol que Louis-Philippe lui aurait dit à celte occasion : « Vous ne connaissez pas ce pays, « on ne peut le gouverner qu'avec des foncliouuain s puljlics. » — M. de Girardin, contre lequel avait été dirigé le voie des sa/wfaits releva Irès-vivemeni dans la Presse, à propos de cet article, l'inconséquence de M. de Morny, u qui votait autrement quMl par- « lait, ou qui parlait autrement qu'il votait; et il demanda s'il « exisiait à la Chambre un de ces travestissements qui partage des u pieds à la tôle, Arlequin en deux, moitiés égales, l*une devant u être vue par les électeurs, l'autre devant être regardée par les a ministres. » M. de Morny lit demander des explications h M. de Girardin et se trouva satisfait de la déclaration de ce dernier qu'il n'avait pas eu Tintention de le blesser personnellement. Les témoins de M. de Morny dans cette circonstance étaient le maréchal Bugeaud, eiM. de la Valette, alors membre de la majorité conservatrice, depuis ministre de rinlérieur du second em))irc. Les témoins de M. de Girardin étaient MM de Malleville et de PrévaL

18 LES HOMMES DE i8Z|8

se lui prêlé à ce simulacre dérisoire. Un incident survint qui rompit le contrat conclu sous les auspices de M. de * Morny. La commissioo générale du banquet, qui ne connut que tardivement la convention intervenue, rédigea un programme (le la manifeslalion, publié aussitôt par les journaux, qui convoquait la garde nationale , et assignait l'ordre et ia marche du cortège. Le manifeste irrita vivement le minis^ tère, qui comprit enfin toute la gravité de la démonstration, et revint à son intention première de IMnterdiro formellement. Les députés étaient effrayés eux-mêmes de raiulace des commissaires du banquet. Une interpellation est adressée pour la forme au ministre de l'Intérieur par M. 0. Barrot qui désavoue d'ailleurs le manifeste; désaveu dont prend acte M. Duchâtel. Puis enfin après de nombreuses hésitations l'opposition décide qu elle n'assistera pas au banquet (1) et se rabat pour dissimuler sa défection, sur le dépôt immédiat d'un acte d'accusation contre le ministère. H. de Lamartine proteste seul contre celte décision : « La place de la Con- (f corde dût- elle être déserte, tous les députés dussent-ils « se retirer de leur devoir, j'irai seul au banquet avec mon « ombre derrière moi (2).i> Mais à la suite de tous ces incî-

(1) l^I"** Daniel Stern rapporte que, a k la veille du banquet, « H""* Odiloa Barrot élevant sa voix dans une réunion de ces « hommes irrésolus, les avait fait rougir de leur prudence ex* « cessive , et avait reproché avec véhémence k M. Thiers son in- « fliience funeste à l'honneur du parti« »

(2) H» de Ejamartine avait so\uenn avec une grande vigueur et une ardente éloquence l'impossibilïté de reculer : o Nous sommes . « placés, par la provocation du gouvernement, entre la honte et le « péril.. • La honte 1 messieurs, peut-être serions-nous assez grands, « assez généreux pour Taccepter nous-mêmes*.. Oui! notre honte « plutôt qu'une goutte du sang du peuple ou des troupes sur votre « responsabilité. Mais la honte de notre pays! mais la honte de la tf^Cause constitutionnelle, mais la honte du caractère et du droit de <t la nation 1 Nonl nonl non! nous ne le devons pas, nous ne le

« pouvons pas ; nous ne devons, ni en honneur, ni en conscience.

ODfLON BARROT

dents et cédant à la pression des députés, la commission, à la tête de laquelle était M, Armand Marrast, rédacteur en chef du Nationaly décide que le banquet n*aura pas lien.

Pendant que le peuple, animé par toutes ces surexcitations, se lève en masse , spectateur menaçant de co qui va se passer, et tout disposé à engager Taction, le 22 février, M. Odilon Barrot dépose sur le bureau du président de la GliaiDbre Tacte li'accLisaUon.

Le président, M. Sauzet, communique ce document à M. Guizot, qui regarde, lit, et lui rend le papier avec un geste d« mépris. Et M. Sauzet lève la €éance sans même daigner annoncer à la Chambre le dépôt que vient de faire M, Odilon BarroU Voilà le texte de ce document, qui n'en

a' racceplcr,., El que ilirions-nous, en iriUruiiL ilaiis nos (l(''p9rle- « menls, à ceux qui nous ont conlié la défense de leurs droits et le « soin de leur di-uité de peuple libre? Quelle serait noire atlilude? « Quel serait noire rôle devant eux? Qudil nous avons exercé avec € eux, sur la foi de l'usage et du droit chez tous les peuples libres, « sur la foi de la Restauration, sur la foi (.les ministres de la révo- « lution de Juillet eux-mêmes, qui nous ont donné l'exemple, ce a droit légal de réunion politique... Nous leur avons dii : Si on f attaque ce droit, nous le défendrons; nous le sauverons pour « vous; nous vous le rapporterons tout enuer,ou du moins investi « des garanties et des règles qu'il appartient a la loi seule de lui « donner pour en régler l'exercice... Oui, voilh ce que nous leur M avons dit. Et aujourd'liui, cédant lâchement a une capricieuse et « arrogante injonclion d'un ministre du haut de la tribune, nous « prendrions son interdiction arbitraire pour la loil... Et nous « rentrerions dans nos départements eu disant a nos conïmeltants : (I Voila ce que nous vous rapportons de ce champ de bataille légal, « oïl vous nous aviez envoyé combattre pour vous î les débris de « votre consiiiùiion, les ruines de votre liberté d'opinion, Tarbi- « traire minisiériel à la place du droit national! Nous avons mis le 0 cou de la France sous les pieds d'un ministre. Non! nonl cela a n'est pas possible ! nous ne serions plus des hommes! Noos de- 0 vrions donner à l'instant môme noire démission, disparattre, et « nous anéantir dans la déconsidération publique! »

resle pas moins acquis à riiistoire, avec toutes les signa; lures qui l'accompagnent :

« Nous proposons de mettre le i»inistère en accasation ,

c comme coupable :

« l*" D'avoir Iralii au dehors l'honneur et les intérêts do a la France ;

<c ^ D'avoir faussé les principes de la Constitution, violé « les garanties de la liberté, et attenté aux droits des ci*

« loyens ;

(( a*" D'avoir, par corruption systématique» tenté de subs* « tituer à la libre expression de l'opinion publique les cal- « cuis de rintérêt privé, et de pervertir ainsi le gouverne*

« nient représenlalif ;

« 4*» D'avoir trafiqué, dans un intérêt ministériel, des il fonctions publiques, ainsi que de tous les attributs et pric( vilégesdu pouvoir;

« 5* D'avoir, dans le même Lut, ruiné les finances do (( l'État, et compromis ainsi les forces el la grandeur natio* tt nalc ;

(T 6*^ D'avoir violemment dépouillé les citoyens d'un droit « inhérent à toute constitution libre {le droit de réunion), ({ et dont l'exercice leur avait été garanti par la Charte, « par les lois el par les précédents;

« 1"* D'avoir enfin, par une politique ouvertement contre- « révolutionnaire, remis en question toutes les conquêtes de a nos deux révolutions , el jeté dans le pays une perlurba- « lion profonde, »

Suivent les signatures de fAU» Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, général Thiard, Dupont (de l'Eure), Isamberl, L(^on de Malleville, Garnier-Pagès, Ghambolle, Baroclie, Léon raucher, Havin, llorlensîus Saint-Albin, Gréniieux, Gauthier de Rumilly, RimbauU, Boissel, Beaumont (de la Somme), Lesscps, Mauguio, Creton, Abattucci, Lu* ncau, Baron, Georges Lafayelte, Marie, Carnot, Bureaux

ODlLOIf BARROT

de Pusy, Dnsolîcr, Mathieu (Sa6ne»et-Loire), Drouyn de

L'hiiys, Belliioont, Lherbelle, Pages (de l'Ariége), Perdinaod de Lasleyrie, de Gourlals, d'Aragon, de Cambacérès, l)rault, Marquis, Bigot, Quiaette, Maichain, Lefort-Gonssollîn^ Tessié de la Motte, Deniarçay, Berger, Bonin, de

. JoiiYcncel, Larabit, Vavin, Maurat-Baliaiige, Tailiaadiei', Garûou.

Il •

Si ron pouvail reprocher aux hommes qui étaient à la lêle du parti libéral quelque indécision dans i'ucUon, ils orroaîenl cependant ua groupe de citoyens éminents et «oyaux, siDcèremeDl dévoués à la liberté : H!!ii. Odilon Barrot, Duvcrgier deHaaranne, Billault^ Baroche, Marie, urémieux, Fouid, Léon Faucher, etc. On pouvait contempler avec sérénité l'avenir, en songeant que de tels hommes auraient sûrement faire tourner au profit de l'établissement léQnitif de la liberté, les événements quels qu'ils fussent i'engagenienL solennel pris par M. Tliicrs, de ne se acllre jamais et en aucun cas dans les rangs de la réaction, lors même que la direction des aiïaircs passerait aux mains les radicaux, achevait de rendre la situation tout à fait rasuranle.

Il existait !)ien h In vérité une scission déclarée entre es libéraux et les radicaux, ceux-ci représentés à la Chambre ar le seul M. Ledru-BoUin : M. Garnot et M. Garnier-Paès, le frère du célèbre orateur radical mort en 1839, s'é-* aient lallies à M. Barrot. MM. Louis Blanc et Flocon valent vivement protesté dans la Réforme qu'ils dirigeaient outre la conciliation à outrance avec les Duvergier de lauranne, les Halleville et autres hommes qui naguère en<» oro étaient les soutiens les plus ardents du système. La ue&liou s'était posée sur le terrain pratique au banuet de Lillo, réuni par l'influence de ftJ. Ledru-RoUin \ et

22 LES HOMMRS DE 184^

U. Oiliioa Barrot avait dû s'i^bsteiiir par suite du refus de M. Ledru-Rollin d'accepter un toast ainsi rédigé : u A la « réforme électorale et parlementaire» comme moyen d^afa fermir les institutions de Juillet, » M. Ledru-Rollin exigeait la suppression du dernier membre de phrase (1). La différence qui cxi^Lait entre les radicaux et les libéraux, c'est que ceux-ci bornaient leurs pétitions aux réformes parement politiques, tandis que les autres ne voyaient dans les réformes politiques qu'un moyen de réaliser des réformes sociales. La Réforme avait publié en ce sens un programme dont elle avait conGé la rédaction à M. Louis Blanc; et M. Ledru-Bollin avait affirmé ces principes dans sa profession.de fol adressée aux électeurs du Hans qui l'af aient envoyé à la Chambre : « Pour nous, le peuple, « c'est tout. Passer par la question politique pour arriver à tt la question sociale, telle est la marche qui caractérise le n parti démocratique en face des autres partis. »

Hais peut-être était-ce le moment d'affirmer les questions qui unissaient plutôt qu'^ d'insister sur celles qui divisaient; et peut-être était-il sage en faced'un pouvoir aussi réfractaire et aussi hostile à tout progrès, de réunir tous les efforts sur le terraiq de la liberté et de la réforme électorale contre Pennemi commun. Nous avons cité l'appel à l'Union libérale fait au banquet du Gliùlcau-Rouge par M. Odilon Barrot. M. Pagnerre, délégué du comité central de la Rétorme uu banquet du Neubourg (Eure), justifiait ainsi cette union : a Gherchonscequi nous unit, et non ce qui nous divise. L'ac-

(1) Au banquet du Chàirau-Rouge, tenu, le 9 juillet 1847, un incidciu analogue s'éleva. On omjl le toast Au roi, ce qui déler-mina l'abstention (le MM. Thiers, de Hémusat, Vivien et Dufaure. Mais les toas!s portés par MM. 0. Barrot, Mario, G. de Beaumont, Cli inibolle et de Mali evi lie, étaient si consUtulionnels que les républicains regretter. lU de s'y être associés. L(!s orateurs furent raillés par la Réforme, M. Àrago, quoique d'une opinion tempérée, désap« prouvait l'alliance et ne voulut point assister au banqneU

(( cord s'est fait publiquement, ioyatement, sans réserves « cachées, sans calculs s<>crels, sans abjuraiions (roj>iiuons, a sans abandon de principes de pari et d'autre. Chacun a « pu être le tendemaiû ceqifit avait pu être la veille : tous « ont su ce qu'ils faisaient, où ils allaient. Il n*y a pas eu de (ipiép^e, il ne peuL y avoir de dupes. Si les plus timides « restent libres de s'arrêter aux limites d'une première vie- . « lolre, les plus hardis n'ont pas renoncé à poursuivre au- 0 delà un succès plus complet de leurs convictions. Le lien de <t cette union, c'est le principe de la souveraineté natiooalOt « principe qui est notre symbole h tous, noire dogme, notre « [oi; principe duquel touL doit sortir^ dans lequel tout doit « rentrer, car il est la source unique du droit des citoyens <c et de la légitimité des pouvoirs, n

A propos des banquets de Dijon el de Châlons où l'un avait nellement opposé l' Union deuiocralique et radicale à rUnioû libéraie, le NcUiomi écrivait ; « iNous ne compre- « nofis pas ces attaques. Nous n'en voyons ni l'utilité, ni le Cl but, ni les résultats.. • La politique d'isolement eût laissé « la France plongée dans l'indilTérence et dans Tapathie ; u Falliance avec les opinions voisines, faite sous toute réc< serve de principes, a réveillé l'opinion publique, fortifié « la cause de la réforme, et conquis au.parti radical lui* (« même de nombreux partisans. t>

Le chef du parti libéral était M. Odilon Barrot, qui depuis la Restauration avait consacré sa vie à la défense de la liberté; en 1832, il avait protesté vivement contre l'état de siège et avait fait casser par la Cour suprême, au nom de la légalité, les décisions des conseils de guerre, il .ivait déleiidu vivement, en 1834, le droit de réunion et, en 1835, la liberté de la presse, contre la loi sur les associations et les fameuses lois de septembre. On ne pouvait mettre en doute ni sa sincérité, ni son désintéressement, et si les circonslances le purluieut au puuvuii , il n'eu accepterait sûrement

2U LES UOMMES DE 1848

le piaodat que pour assurer le triomphe des idées pour lesquelles il avait combattu toute sa vie.

Dans la séance du 10 février 18^i8, au plus vif de la discussion sur les banquets, M. Ûdiion Barrol s'élait écrié ■: u U est bien incroyable que, dans ce pays, après cini quante ans de liberté, la main de la police doive se « porter partout! I! est bien incroyable que, quand il s'a- « gil de rexercice d'un droit naturel, vous vouliez avoir, a pour ainsi dire, une main mise sur la bouche de ceux (( qui veulent parler l o « Prenez bien garde, avait ré- « pliqué M. Guizot, que s'il vous arrivait, ce qui vous arec rivera inobableiuent quelque jour, s'il vous arrivait a d'éire sur ces bancs où nous siégeons et de vous trouver « en face de circonstances semblables, vous feriez comme « nous, et vous vous défendriez contre les reproches que « vous nous adressez Mujourd'hui. — M. Odilon Barrot : « Je vous garantis le contraire, j'en prends l'engagement a SOLENNEL. » — .tt Je n'accepte pas la garantie de la pa- II rôle de Tbonorable M. Odilon Barrot, » avait répondu dédaigneusement M. Guizot.

Déjà, à propiis de l'état de siège, M. Bai rui Odilon avait protesté contre une semblable assimilation, et il avait opposé son programme à celui du ministère, indiquant comment il eût entendue! comment il entendrait, dans descirconslances difficiles, l'exercice du pouvoir : « Pour caractériser la « différence qu'il y a entre nous et nos ailversaire?, c'est a que nous, heureux d'avoir fait triompher les lois du « pays, ayant désormais la conscience de la force de ces <( lois, nous ne les aurions pas violées, nous nous serions (( fait un honneur et une force de rester dans ces luis, do « ne recourir qu'aux moyens ordinaires, de ne demander « d*autre justice que celle du pays. — Au contraire, par « des réminiscences qui me paraissent funestes, on a deu mandé secours ou plutôt ven^jeance, car il n'y avait plus

ODILOK BARROT

tt de secours à donner, îx des commissions militaires. On a « donné à la France, àJ'Ëurope entière, le. spectacle inouï « de la capitale de la civilisation livrée à des commissions

« militaires... Voilà, messieurs, quelles sont les différences tt qui caractérisent notre système, u {Séance du 30 noyemàre 1832.)

Et Ift 5 janvier 1834, il insistait encore sur cette diflé*

reoce esseotielie qui exisUiit entre l'opposition libérale et »e parti minislériel : « Vous voyez déjà apparaître deux a opinions dans cette enceinte : i'une qui veut soutenir ie a gouvernement existant par la force matérielle, par des « lois antres qae les lois da droit commun, par une cer- « taine exagération dans les poursuites ; l'autre, qui veut a au contraire soutenir le gouvernement par Texécution « stricte et littérale des lois existantes, qui croit que dans s ces lois seules est la force du gonvernement, qui veut « môme que, dans rcxéculion de ces lois, il soit apporté « une certaine réserve, une certaine modération.

« Eh bien» ie pays prononcera entre ces deux opi* « nions Im*

« Notre opinion se présentera devant le pays, et elle « dira : Le gouverneiueuL exislaut non-seulement n'a pas « besoin d'autres lois que celles qui existent, mais il faut <« qu'il purge ces lois de tout ce mélange sacrilège des lois m d'exception dé la Convention, des lois dictatoriales de « l'Empire. Il faut qu'il rentre dans une législalion régutt iière; li faut que, même dans l'exercice du pouvoir, il (I mette une certaine modération, il faut qu'il ait confiance Cl dans le peuple ; il faut qu'il ait confiance dans la raison « publique, dans la force de l'opinion.

(i II ne faut pas qu'il ait la prétention de tout empêcher, « de tout puD^r, qu'il ne voie pas un délit dans une opinion, « et qae la discussion peut y répondre. Il faut enSn que le <i gouvernement vive dans celte condition du respect delà

« liberté, du respect de tous les droits, de toutes les ga« « ranties.

« Malheur à lui s'il s'écai tail de celle voie, où nous fe- « l otis tous nos efforts pour le inaintenlr i Que le pays juge <f eotre nous et nos adversaires ! »

Non, on n'avait pas le droit d'insinuer que M. Odilon Barrot pût jamais donner à son pays une représentation nouvelle des iionteuses palinodies de ces hommes qui, arrivés au pouvoir, renient toutes leurs idées antérieures, — comme Tavaient fait M. Guizot et tant d'autres. Non, jamais M. Odilon Barrot ne comprimerait la liberté de la presse et le droil de réunion, jamais il ne suspeiKirait l'exercice des lois régulières du pays, jamais il ne demanderait à des mesures exceptionnelles le maintien de l'ordre ; jamais il ne retournerait ces armes d'un pouvoir détestable contre les radicaux , avec lesquels il se faisait honneur de combattre aujourd'hui : ils peuvent se fier à sa loyauté et à sa droiture et lui tendre la main pour sceller avec lui Tunion libérale I

Mais attendons! Pendant que la Chambre délibérait, pendant que Topposition négociait avec le ministère pour maintenir le mouvement dans des limites légales, la révolution surgissait dans la ville. Son flot majestueux et terrible emportait, avant même qu'ils eussent eu le temps de reconnaître la situation, et le trône et la Chambre : le pouvoir était remis aux mains des radicaux, la République était proclamée* Et moins de dix mois après, le 20 décembre, W. Odilon Barrol était chargé, par le président nouvellement élu delà République, Louis-Napoléon Bonaparte, de constituer un ministère. Les circonstances sont plus graves que celles des dernières années du gouvernement de Juillet, mais aussi plus solennelles. Il s'agit pour la France « de

ODiLÛH BARAOT

« refaire ce qu'elle a manqué en 1830 », suivant Texpression môme de M, 0 lilon Barrol» au banquet du Château^ Rouge. On ne pouvait, à coup sûr, cooûer celte mission à de meilleares maios, et c'était une bonne fortane inonle, pour un boranie politique , que cette occurence qui lut perDoetlail,ai>rus dix-huit ans, de recommencer l'œuvre que des ambitienx inintelligents avaient gâtée et perdue, et d'opposer l'élévatioa de ses vues politiques, et la sincérité de son libéralisme , aux fautes et aux trahisons de ses adversaires.

La république de 1848 avait eu à traverser des circonstances diOiciles et à subir de pénibles épreuves : les radicaux ne s'étaient pas montrés à la hauteur de leur t&che ; ils n^avaient pas su appliquer leurs idées, et leur imprévo.yai!( 0 avail conduit le pays à des catastrophes, qui les avaient obligés tinaleiuent à suspendre les libertés, à proclamer Fétat de siège et à remettré le gouvernement à une dictature militaire. Gel échec de ceux dont il avait toujours repoussé les idées comme des ulopies, ne pouvait que confirmer M. Odilon Barrot, dans ses convictions à la fois libérales et conservatrices. Élu à TAssemblée nationale constituante» il avait bien montré quelque hostilité à Tégard des hommes de Février, notamment comme président de la faiDeuse enquête sur les journées de juin dont M. Quentin Baucbart fut le rapporteur. Mais ce n'est pas une chose qu'on puisse lui reprocher sérieusement* Il s'était abstenu dignement de s'associer & des mesures de réaction pour lesquels il avait toujours eu une réprobation égale à celle que lui avaient toujours lait é[»rouver ies^.rcèsqui avaient rendu ces mesures nécessaires. Madame Daniel Stem dit, dans son Histoire, que M. Odilon fiarrot, en juin 1848, vota contre l'état de siège : « Donnez-nous la chose, mais pas ft le mot », disait- il à un représentant; «j'ai volé contre en « 1832, je ne saurais ainsi me contredire )>.

28 LES H011U£8 DE 18/i8

Eo élevant, en quelque sorte par acclamation, à la prési-* dencedela République, le prince Louis-Napoléon Je peuple avait paru manifester son désir de trouver un port contre l'orage révolutionnaire. Comme Lafayette» en 1830» s'était rallié à Louis-Philippe, M. Odilon Barrot avait pensé que le prince Louis-Napoléon pouvait offrir, en donnant des garanties aux intérêts conservuteurs,la meilleure formule de la liberté constilutifioneUe; et» plus loyal que Louis-Piiilippe, le prince Louis-Napoléon Im remit sans réserve la direction du pouvoir. C'était donc aux libéraux que revenait, après l'échec des radicnux, le soin de la fondation de cette liberté, qui avait été le principal objectif du peuple, eu i8&8 comme en 1830. Ainsi du moins devaient comprendre la situation, tous les hommes de bonne foi, qui avaient suivi, en s'y associant d'esprit et de cœur, les péripéties de nos luttes parlementaires, et qui, le 10 décembre 1848 comme le 94 février, mettaient tout leur espoir, toute leur confiance dans Tavénement au pouvoir de M. Odilon Barrot, modérateur des passions dont M. Guizot et M. Ledru-RoUin personniliaient les deux expressions exlrèmes.

Le 26 décembre 1848, M. Odilon Barrot, exposant à l'Assemblée le programme du ministère, faisait cette décla* ration : « Nous nous proposons surtout de relever en France « et consolider Tautorité. Mais, qu'on le sache bien, tt nous n'entendons pas faire des nécessités de l'ordre, une « fin de non recevoir ni uçe barrière contre les tendances 0 de la société moderne. L'ordre n'est pas la fin pour nous, u il n'est que le moyen )).

Mais à peine M. Odilon Barrot avait* il achevé son discours, que M, Ledru-RoUin se levait pour rioterpeller sur un abus d'autorité par lequel il avait inauguré son ministère : la réunion des troupes de ligne et de la garde nationale, entre les mains du général Chnngarnîer, malgré la disposition formelle de la loi de 1831, sur la garde nalio-

ODILON BARftOT

nale (art. 67), portant qu'aucun officier, exerçant un emploi actif dans l'armée, ne pourrait être nominé à un cororoandement supérieur dans la garde nationale (1). C'était mal débuter. M. Odilon Barrot ne peut que balbutier

quelques explications, en alléguant ces vagues nécessilésde salut public, dont il avait si éioquemment fait justice autrefoist et qui, il faut bien le dire, avalent moins raison d'être que jamais le 10 décembre 18/^8. Et Ledru-RoUin lui adressa celte réplique : u De quelque façon qu'on le prenne, (( vous n'en êtes pas moins, dès aujourd'hui» ie ministère 0 de l'arbitraire».

Malheureusen^ent, M. Odilon Barrot ne devait pas s'en 'tenir là : la première grande mesure qu'il présenta fût un projet de loi contre les clubs, qui débuiait par celle disposition catégorique : u Les clubs sont interdits » . Il tombait ainsi en plein, dès les premiers pas, dans cet écueil qu'il avait si souvent reproché aux ministres de Louis-Philippe, de détruire le droit pour atteindre l'abus. Avec la définiLioii des clubs donnée par la loi : a Toute réunion publique,

(1) Cet article 67 de la loi sar la garde nalionale qui eousamît la division ndicale de l'autorité militaire et de l'autorité ci?ile, fut abrogé le 7 juillet 1849, sur la proposition de H« de Montalemberl, Ci par uue dispo^tion que M« Ôufaure, ministre de l'Intérieur, déclarait lui-même exixssive: l'Assemblée donna au gouvernemeni la faculté de concentrer dans les mains du chef d'une di* vision militaire le commandement des gardes nationales de tons les départements compris dans la même circonGcriptîon. L'abusétait tellement choquant qu'il provoqua une protestation très^vive • de la part du général Baragucy-d'Hilliers, habitué cependant à soutenir toutes les mesures qui fortifiident l'autorité^ « Si vous « n'aimes pas l'anarchiei s'écria^t-il, je ne Taime pas plus que « vons; mais je déleste aussi le despotisme. On peut étouffer un « gouvernement aussi bien en l'embrassant qu'en l'étouffant* Ke* > présentant du peuple, nommé pour défendre la liberté en même « temps que l'ordre, je voterai contrôla proposition. » Cette protestation produisit une sensation profonde, et on peut juger par Ik de ce qu'était le libéralisme de 11* de Montalembert k cette époque.

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« pour la discussion des matières politiques », il est biea certain que les banquets de 1 847 n'eussent pas été possibles. Ainsi, M. Odildn Barrot qui avait provoqué la révolution de Février pour défendre le droit de réunion, n'avait pas d'autre préoccupation, k son avènement au pouvoir, que déporter à ce droit une atteinte beaucoup plus grave que toutes celles qui avaient jamais été méditées par M. Guizot. On n'a qu'à se reporter quelques pages plus haut, à ses interpellations indignées. Holas ! ce n'était pas celle fois dix-sept ansaprès, pas même dix-sept mois après qu'une révolution nouvelle avait été faite pour affirmer ce droit méconnu, que cenx-là même qui avaient fait cette révolution, se retournaient contre la liberté dont ils étaient nés!....

Si l'on veut d'ailleurs connaître quel était le fond de 1 1 pensée de M. Odiion Barrot sur celle importante question du droit de réunion et d'association, il n'y a qu'à relire son discours du 13 mars 1834 contre la loi qui interdisait les associations de plus de vingt personnes :

« Il faudrait que le banc ministériel fût bien oublieux « pour ne pas se souvenir que, pendant nos quinze années « de luttes sous la Restauration, le cri universel dâ toute n Topposition libérale dans les chambres et hors les « chambres était un analhème à cet article 291 du Code (( pénal, dont on vient de nous Caire péniblement la théorie « à la tribune.

<i Si l'on eÙLi dît, il y a quatre ans, que tel serait le ré- « sultat de nos travaux législatifs; que non-seulement nous tt déclarerions que l'art. 291 doit subsister, mais même « qu'il est trop libéral, qu'il faut l'aggraver, qu'il faut le « renforcer, oh ! assurément nous aurions à Tinstant même « donné un éclatant démenti à celui qui aurait dit cela : (( 720US Vannons pris pour un outrage. Nom aurions se^iti a tressaillir notre orgueil national. C'est cependant ce qui ce se passe dans ce moment». .

(' Le droit d'association est, je ne dis pas un droit, mais « ii est bien plus qu'un droit, bien piu9 qu^ane facuUé; « c'est aoe nécessité^ la première de toutes les néemiiés so- « ctales. Avant votre loi, il rCm existait pas au monde qui (( eût fait cette insulte à la raison et à la civilisation hu- « maine, de dire que le droit d'association n* existe pas « dam cette société.

« Qa'est-ce que vous faites, vous? Vous ailes jusqu'au « droit, vous faites ce que la législation de TErapire n'a « jamais osé, vous apposez le sceau de voire justice sur le a droit lui-même ; vous dites : Toute association, quel que « soit le nombre de membres qui se réunissent, quoiqu'ils « se réunissent à des jours non périodiques, est prohibée « par la loi et conslitue un délit... Vous faites une loi pro- « hibilive du droit lui-même; vous poussez, fose le dire, « jusqu'à l*absurde les rigueurs du Code pénal de l* Empire, « Un pareil outraob ne devait pas être réserve a notke

« révolution de JL ILLI t. ..

« "Vous avez proclamé que l'art. 291 était telieuient con- « traire au droit naturel, au droit social, au droit politique c de la France, que votre conscience d'bomroe n'était pas « blessée en le violant. Êtes-vous dans cette nécessité dé- « pîorable de détruire un droit que nous avons tous, dans c( toutes les opinions, exercé à nos risques et périls, mal<- « gré les lois existantes sous la Restauration. Sommes-nous « condamnés à un aussi éclatant démenti à tous nos antécé- « dents?

« En résumé, je repousse une loi préventive oui, pour « attaquer on abos, a la prétention de détruire le « droit, car je prétends qu'elle n'y réussirait pas. »

Il n'y avait pas à combattre une semblable lui | i L-^eniée par Thomme qui avait autrefois protesté avec tant d'éloquence et de lorce contre le principe même de cette loi, il n> avait qu'à la dénoncer et à flétrir son auteur. C'est ce que

fit M, Jules Favre. Il rappelle que la révolution de Février fut faite pour protéger le droit de réunion. Et on vient aujourd'hui demander que le droit do réunion soit supprimé I u Et chose étrange, pour ne rien dire de plus, voilà que u le hasard des révolutions amène à la léle du pouvoir u celui-là même qui a déchaîné la tempête de février» et cf qui, après avoir fait verser le sang pour le droit de réu- « nion, conspire ouverlement contre lui ! Est-ce que je n'ai tt pas le droit de vous demander au seuii méoie de cette « discussion, pourquoi tous ces événements accomplis» « pourquoi ces orages, pourquoi tant de sang versé, pour* « quoi tant de souffrances, pourquoi la pairie livrée pen- (( dant une année aux convulsions el à l'anxiété, si l'on veut « nous ramener à M* Guizot, représenté par sa doublure; <« si c*est le même langage, la même théorie, et prenez-y (( gartle, le même péril. Que voulez-vous que dise la cons- « cience publique si ce n'est que ce droit de réunion, dont 0 vous vous étiez fait en face du monde Tavocat d*oifice, (( n'a été entre vos mains qu'une machine de guerre» et « que vous n'avez poussé la nation à renverser la monar- « chie, que parce que la monarchie s'ohstinait à ne pas « vous accorder un portefeuille?... fais ici appel à la tt conscience de tous ceux qui me font rbonneur de m'en- « tendre, et je leur demande comment doit être jugé un u homme d'Étal qui se donne, à un an dn distance el après « de lels événements, un pareil démenti 1 »

Non-seulement M. Odilon fiarrot trahissait toutes ses idées antérieures de liberté» mais encore il trahissait toutes SCS idées antérieures de légalité, et il semblait qu'il eût à cœur de jublifier jusqu'au bout Tépilhète de ministre de Varhitraire que lui avait infligée M. Ledru-Rollln. La loi était rédigée avec une perfidie qui n'eût pas été désavouée par M. Hébert, que M. de GIrardin appellait « un Tartuffe de justice ». Yainemcnl M. ValeUe (de Jura), professeur éipi-

ODILON BAEROT 33

nent à la facnhé de droilde Paris, esprit conservateur et'

modéré, mais parlisan d'une stricie jusiice, deiiiandail-il uoe définition du délit que la loi prétendait réprimer. 0 Quant à la définition, répliquait M. Odilôn Barrot, ce «( sont des choses qui ne se définissent pas... Le club, c'est « la tribune permanente du haut de laquelle Tappel, la « provocation est faite aux hommes, h toutes les passions, a non pas pour traiter tel ou tel^bjet, non pas pour arri- « ver à la pratique de telle ou telle liberté» mais pour ar- « river à préparer la domination d'une minorité (1)* Le a club, c'est un insliuraent de révolution... » M. Dupont (de Bussac) demande qu'on précise du moins, et qu'on ne laisse pas aux tribunaux le droit de poursuivre dans certains cas, et de ne pas poursuivre dans certains autres cas où les faits seront identiques. — M, 0» Barrot : « Si. » — M. Dupont : « Vous diles : Oui, et vous appelez cela de la « justice I » — M. OdilonBanot : « C'est selon le caractère « de la permanence, selon le caractère de la réunion, »

— JU. Emmanml Arago : « Qu'est-ce que la permanence 7 n

— M. 0, Barrot : « C'est ce que nous ne définissons pas. » » M, Dupont : a Voilà M. le ministre de la Justice qui « dit à la face du pays, que plusieurs séances pourront dans « certains cas n'être pas poui:suîvies, et que plusieurs (( séances pourront dans d'autres cas être poursuivies. »

— M, 0. Barrot : « Certainement. » — M. Dupont : tt Pourquoi donc des lois pénales sont-elles laites, si ce n'est

(1) M. Duvergier de Hauranne disait dans la discussion de l'Adresse, en lévrier 1848, aux applaudissements de M. Barrot (Voir plus hanU) « A-t-on, oui ou non, dans un pays libre, le droit de « faire appel au pays coiurc les majorités parlemcntairos? A-t-on, « oui ou non, le droit de se réunir pour exprimer son opinion n sur les ofTaires communes ? Yoilîi le vrai point du débat » Nous n'avons pas l^esoin de dire que M. Duvergier de Hauranne, membre de TAssembléc constiluautCy appuya de son vote la loi Darrot contre les clubs 1

LES HOMIfeS DB

0 po^r OQ pas laisser à l'arbitraire des hommes la décision « des questions qui iotéressent la liberté, la Yie, rhonoeur

« des citoyens? »

Quelques jours auparavant (séance du 3 mars 1849), des inteipeiiatioQS avaient été adressées à M* Odilon Barrot, sur l'interveolioD de la police au banquet des écoles de la barrière du Maine, qui était présidé par M. Pierre Leroux, représentant du peuple; le minislère répondait en invoquant contre les banquets les mêmes arguments qu'il allait développer quelques jours plus tard contre les clubs : qu'ils entrenaient l'agitation, qu'ils propageaient les mauvaises dooirines, qu'ils provoquaient Tinsurreclion 1 — « Cette lutte « n'est pas nouvelle, dit M. Ledru-Roiiin ; « je l'ai soulenue «autrefois en ayant pour auxiliaires les boœmes qui au- « jourd'but siègent dans le cabinet.. • Quel était le langage «de M. Guizot? le même que vous venez d'entendre tt dans la bou lio du ministre qui descend de la tribune. « El le langage des chefs des banquets, de MM. Duvergier « de Hauranne, de Malleville. Odîilon Barrot? absolument 0 le même que nous tenons aujourd'hui. t> Interruption de M. de Malleville. M. Ledru-Rollin reprend : «J'ai dit qu à « l'époque où vous dirigiez l'agitation des banquets, le « gouvernement vous adressait sur les tendances, selon lui, t( funestes de ces banquets, les mêmes reprocbés que nous u fait le pouvoir d'aujourd'hui. Reniez-vous par hasard « vos paroles ? M. Duvergier de Hauranne disait : Vous dites « que ce sont ms banquets qui sont came de tout le mal^ « qu^un abîme se creuse^ que Sùus nos pieds même des idées « funestes, anarchiquesy anti-sociales font explosion*,* Nous u disons nom^ ajoutait M. Duvergier de U airanue, que ce « sont les doctrines que vous professez et surtout la détesn iable politique ^fue vous pratiquez. Voici maintenant « ce qu'ajoutait M. de Malleville : Je disais au banquet du « Ckâteau'^Rouge : Nous sei^ons accusés d*étre des fauteurs

ODILON BAEROT 35

tt de désordre et d'anarchie ; opposons d^amnce à ces décla*

« mations un calme désespérant ; et si, comme on V avait « 'prédit, ragitaiion des banquets avait été l'occasion de dé" tt sordre dans la rue^je crois qu'on leur pardonnerait en sett cretjoui en lescondamnanttouthaut,}»Ju»imeni}L Pierre. Leroux veudit de dénoncer la politique de provocalion du minislère.

M. Ledru-RoUin continue en rappelant les paroles de M. OdiloD Barn^t, a qui faisait éclater son indignation an « nom de la morale politique et du droit sacré de réunion. »

Il rappelle la réplique de M. Guizol, que, dans les mêmes circonstances il agirait de môme, et V engagement formel qae non« pris par M. Barrot l à quoi M. Guiaot répondait a?ec son air dédaigneux : « Je n'accepte pas la garantie de la parole de M. Barrot,)) — «Je n'ajouterai plus un mot, «reprend M. Ledru-Rollin ; car, pour le chel du pouvoir « actuel, avoir vérifié aiqsi à la lettre les soupçons de a M. Guizott c'est, & mes yeux, le plus cruel des cbâti' « ment», t»

Que pouvait répondre M. Odiloii Barrol? « Dans la tt destinée des hommes politiques, balbutiait-il, ii arrive soutt vent et presque fatalement qu'ils ont tout àla fois àcorobattre tt pour la liberté et contre la licence. » M. fiœile de Girar» din relevait vivement dans la Presse celle hypocrite défaite : « Pendant combien de tenijKS ( iicore la fausse disliaction tt établie entre ces deux mois : licence et liberté, condam- « nera^t-elle la France aux révolutions et à la décadence? tt Ce qu'il y a un an H. Gnizot appelait licence, M. Barrot «l'appelait liberté; ce que M. Ledru-Rollin appolait hier « liberté, M. Barrot l'appelait licence. » \1. Odiloa Barrot ne signalait*il pas lui-nénie en i83t la démence de cette exagération du système restrictif, qui transforme les moindres manifestation de la liberté en abus de la licence. » Une opiuion généreuse , une réclan)alion en faveur de la

36 L£S UOMUËS m lô/iô

. <i plas grande exleosion possible de la Charte était-elle

« présentée, tout de suite il s'élevait des voix pour accuser « de sédition, de provocation à la révolte; tout de suite on « proclamait que cette opinion était subversive de l'ardre « soeiaL La presse défendait-elle ces mêmes priocipes ; il « n'y avait pas moyen de gouverner avec la presse^ il fallait « des mesures préventives, il fallait enchaîner celte arme (( hostile, il fallait détruire ce fléau. Des associations se forte maient-elles, ces associations étaient des actes d'hostilité, c< des conspirations permanentes, contre lesquelles il fallait « appeler toutes les rigueurs du pouvoir. Quelques jeunes « gens, alarmés par les menaces adressées aux libertés pu^ « àliques, avment'ils la haute imprudence de réclamer soit <x sur les places publiques» mt dans les rueSf pour ces liber' n téSj tout de suite on rattachait les membres de Topposi- « lion à celle efferversence populaire; tout de suite on les u rendait responsables, on les signalait au public, à la na- « tion^anz électeurs, comme des agents de discorde, comme (I des instruments de trouble. Et c'est ainsi que la sépara* a lion entre les hommes du pouvoir et les hommes de la « liberté devenait toujours de plus en plus profonde, que « que l'irritation des esprits croissait À chaque instant. Vous « savez quel a été le dénouement de cette lutte.. // faut n que le pouvoir sache éviter les écueils sur lesquels se sont « brisés les pouvoi7's préexistants. »

M. Guisot leulaiL de se disculper en disant avant Al. Bar* rot : « Quand nous combattons contre la licence, nous « ne démentons pas notre passé : nous y sommes fldèles; w c'est encore une nouvelle manière do servir la liït berté. » Mais M. Odiion Barrot lui répliquait avec une logique implacable (séance du ôl décembre 183ft) : a U échappe aux ministres, dans certaines nécessités, dans « certaines circonstances, de parler d'incertitudes, d'a- (( narchie d'opinions. D anarchie d'opinions! Ët comment

ODILOH sAnaoi

<( Youdiiez-vous qu'il n'en fût pas ainsi? Et à quoi vou- « lez- vous que les populations se ratlacbenl? Gomment 0 voulez-vous qu'elles aient une fui* une religion politique, « des {HÎDcipes fises, lorsqu'elles ont fait «ne révolution « au nom de certains principes, au nom de certaines idées, « pour assurer le triomphe de certaines doctrines , et « qu'elles voient que ces principes, ces idées, ces doctri^ « nés, tout cela est abandonné? n

Après la loi contre le droit de réunion, M. Odilon Barrot devait présenter une loi conlrc la li[)erlc de la presse : c'était dans l'ordre* Dans la voie de la réaction et de l'arbitraire, on ne s'arrête pas ; dès que l'on a commencé de s'y engager, il faut aller jusqu'au bout. M, Odilon Barrot avait été un des adversaires les plus ardents des lois de septembre, et il avait fait sa profession de foi très-nette sur ce sujet, dès le lendemain de la révolution de Juillet, en novembre 1830 : a La liberté delà presse étant un droit alh- « 9ùlu, je repousse le cautionnement, le timbre et toutes les (( entraves k la liberté de la pensée... On vous a parlé dé « l'exagération de certains journaux, je ne conteste pas « l'exagération à l'égard des personnes et des principes* « Je dépiote même ces inconvenances qui viennent blessef « profondément la susceptibilité de nos moeurs j je déplore « ces utopies, ces théories qui, si elles c-laient suivies, nous a jetteraient dans les désordres de l'anarchie. Mais quel « est le moyen d'y remédier? £st-ce en adoptant des me- « sures bostiles? en entourant le droit d'entraves? Noni î( messieurs, la gtiraniie est dans le bon sens public. » — * a Acceptez franchement la liberté de la presse avec se^ « conséquences» » disail-il lors de la discussion des lois de septembre, a C'est alors que, par me liberté de discussion « absolue, vous acquerrez des forces. »

Or, la loi sur la presse, de juillet 1849, aggravant les rigueurs de la loi du 11 août lÔ/iS, comme la loi sur les

93 LES HOMUJSS DE 1868

clubs, df3 mars 18/i9, aggravait les rigueurs de la loi sur le même sujet, préseulée au mois de juillet 1848, maintenait le caulionnement et le timbre, et conûrmail toutes les principales disposUbna pénales édictées psu* les lois de septembre. Les observations amères de M. Hatbieu (de la l)rôme) étaient donc aussi parfaitement fondées que celles présentées dans le même sens par M. Jules Favre^i propos de la loi suc les clubs : « Ne pourrai-je pas prouver à M. le « président du Conseil, h M. Barrol, que ce projet est la tt négation la plus complète, la plus absolue de tout son « passé, de tous ses aijlécOLlents politiques, de toute sa « carrière parlementaire? Oui, à mes yeux^et je le regrette tt profondément, M. fiarrot a enveloppé, enseveli ses dix« « buit années d'opposition dans ce projet qui en sera dé- « sormaîs le linceul mortuaire. »

Le caraclère de la loi de 1849 est, d'ailleurs, neUeraenl reconnu par un de ses principaux défenseurs^ M. de Monlateiiibert, qui se Msait gloire, au mois de mars 18&8, quand il solHcilalt le suffrage des électeurs républicains, d'avoir consacré toute sa vie à la défense de la liberté la plus complète et la plus entière (1), et qui fut aux deux Assemblées, constituante et législative, un des adversaires les plus ardents de la liberté sous toutes ses formes 1 Aujourd'hui,

(1) Voici les principaux passages de celte profession de foi : « Dans Tordre politique, je û'ai ou qu'un seul drapi^au, la liberté en <c tout et pour tous!.». La tibeiLL' csi l'idole de mon iine!... Si la u vie politique m élait ouverte par le suffrage de mes cruiclir»vens, w je travaillerais de burine foi ei saus la uioîndre arri< n - ijcusée à « fonder la consliuiliou de la Képublique. Persuadé que his gou- « vernenieuts ne succombent en France avec une si déplorable ra- « pi^liié que par détaut de sincérité ei par complaisance des pasu sious exclusives, je m'efforcerai par-dessus tout de donner au u gouvernement républicain la première des conditions de toute if grandeur, la durée. Mais, quoi qu'il m'arrive, ni 7nes conpictionSf « ni mes allures ne changeront,», »

avec beaucoup d'autres» il est redeveou libéral en rentrant

dans l'opposition. Voici comment s'exprimait M. de Monlalembert dans la séance du 21 juillet 1849. Il débutait par avouer o qu'il avait commencé sa carrière politique eu vefc nani voter et parler contre les lois de septembre.» Ë( aujourd'hui il venait défendre « celte nouvelle loi de 6ep<* « lembre. » Jl ne repuusâait pas rassinjilaùon, il l'acceptait et ne demandait qu'à la rendre plus complète : u Je <i n'hésite pas à dire que si la loi que nous allons voter * f( donne k la République douze années de prospérité, de « sécurité et de liberté, comme celles qui ont suivi les lois «de septembre, je me regarderai, pour mon coQipie, tt comme très-justitié et très-salisfaii de 1 avoir v^lée (i).»-^ « Comment expliquer ce changement? Gomment, non pas « te justifier, j'espère que nous n'en avons pas besoin, « mais comment l'expliquer? Je suppose qu'un médecin est « appelé et consulté sur le régime d'un homme robuste; il « est bien permis à ce médecin, en jugeant le tempérament tt de cet hommè, de lui conseiller un régime substantiel, a énergique, stimulant. Eh bien \ c'est ce que nous avons - « fait, (piand nous voyions, quand nous étudiions le tempétt rament de la France il y a quinze ans. Nous l'avons cru « âlora robuste, capable de résister au régime de liberté « absolue qui existait alors. Mais si le même médecin est « rappelé au bout de dix ans auprès du même sujet et qu'il « le trouve épuisé par ses propres txcrs, qu'il le trouve en « proie à la iiévre, au délire, au frisson, est ce qu'il con'- « tinuera à lui imposer le même régime? S'il le faisait, ce « ne serait plus un médecin, ce serait un insensé, un

(1) C*esl le môme senlimenl qui, dans le cours de celle môme discussion, faisait répondre par M. Odilon Bairol k un interrnplëur qui (Visait : « Lc^ lois sur la presse n'ont jamais sauvé les M youvf:rDeuieDi.s. » — « Cela peut ôlre, mais au moins les fonii( eilc vivre quelque temps. » *

iiO LES nOMM£S D£ I8/18

(( ignorant, un assassin. Toute la question consiste à savoir

« si la société française doit et peut être comparée à un (( malade. Selon moi, elle est profondément malade, j'allais tt dire morteliement malade 1 11 faut la sauver, messieurs, « il faut la sauver à tout prix, et, avec elle, sauver la 1h a berfé. Voilà noire ambition, celle des auteurs du projet « et de ceux qui Tadoptenl : c'est de sauver la liberté. « £t comment sauver la liberté! En la limitant, etc. »

L'argumentation est banale, et elle u*a pas même le mé« rite d'être spécieuse. C'est pour faire juger de sa pauvreté que nous Tavons citce. Pour prouver s<i thèse, M. de Montalemberl Invoque les insurrections du 25 juin 184Ô et du 13 juin 18^9. Mais M. Guizot pouvait invoquer avec non moins de raison les insurrections de 1832 et d'avril 1834. Enfin, M. de Montalembert, pour prouver sa propre inconséquence, est un de ceux qui réclaaient le retour de la médication libérale, aujourd'hui que, pour parler son langage, le malade n'a fait que s'affaiblir par quelques excès de plus. 0 logomachie des avocats de la réaction et de Par* bilraire!

M. de Montalembcrt développe son tneâ cuLpd^ en jetant un anathème à l'opposition qui, depuis le commencement du siècle, a ruiné tous les gouvernements : « Moi « auasi, j ai lait de Topposilion toute ma vie, non pas sys- « lématique, mais trop souvent vive et exagérée. Ma voix, « je dois le dire, a été trop souvent grossir cette clameur « téméraire et insensée qui s'élevait de tous les points de « l'Europe à la fois et qui a fini par celte explosion où l'on « a essayé de renverser tous les li ùnes, tous les pouvoirs, « tous les gouvernements, non parce qu'ils étaient oppres- (( seurs, comme quelques-uns l'étaient en effet, non parce (( qu'ils avaient commis des fautes, ce qui était incontes- « table, mais parce que c'élaieiil des pouvoirs, parce que (( c'étaient des gouvernements, parce que c'était Tautorilé,

00IL09V BABAOT àï

(( pas pour d'âulre raison. Je me pardonne à moUmème, et « j'espère que Dieu me pardonnera parce que j'étais de c( bonne foi. Mais je vous avoue que je ne rue pardonnerais

« pas si je me croyais assez important, pour avoir contri- « bué en quoi que ce soil à la calastroplie que j'ai sii^nalée (( tout à l'tteure. Il n'a fallu rien moins que Tabimequi <( s'est ouvert sous nos pieds le lendemain du 2U février, « pour me faire comprendre combien j'avais pu dévier, moi « aussi, de la vérité polilique. »

M. de Montalembert terminait en rendant un hommage chaleureux à M. Barrot qu'il assimilait à M. Guizot : « Tous (( les deux ont été succesnvement appelés, à user tout leur « patriotisme, tout leur talent, lûute leur énergie, àdéfendre (( le pouvoir qu'ils avaient en d*aulres temps déprécié. ) M. Odilon Barrot n'imita pas la franchise de M. de Montalembert ; il s'en montra fort embarrassé, au contraire, et crut devoir protester expressément : « Tout en admirant (( la puissance de son laienl, je me crois obligé, qu'il mêle (( pardonne, de ne point accepter le secours de l'éloquence « de cet orateur qui, en faisant la description des maux, (( des dangers de la société, en faisant un retour sur toutes (( les transitions par lesquelles elle a passé, en cherchant « à prévoir celles dentelle peut être encore menacée, en ft reporte la responsabilité, non point à l'abus, mais à i'u* (( sage de la liberté, non pas à la violence, mais à la lutte <i légale et loyale, et tend ainsi à supprimer, ce qu'il y aurait « crime et folie à supprimer : la discussion, Topposilion u légale et loyale. Oh ! si notre loi méritait ce reproche, si (( elle allait jusqu'à interdire et supprimer la discussion, je « serais le premier à la déserter. C'est parce que je main- « liens que non-seulement celle loi ne détruit pa«, ne supa prime pas la discussion, la liberté, niais qu'elle l'assure « contre la violence qui peut la compromettre, que je « viens la défendre. » M. Odilon Barrot reprend et déve-

ta LES HOMIfES DE

loppe sa thèse de la liberté et de la licence, qui n'est ni . plus neuve ni plus solide que celle de M. de Montalembert,

et qui a Tinconvénîeni d'être moins franche. En eolendant, dans une des séances suivantes, le collègue de M. Bdrrot, M. Dufaurô, déicndre la loi couLre raccusation de M. Grévy, qu'elle violait les prineipès sacrés proclamés par la Gonstiinlion, on ne pouvait se défendre de rappeler le souvenir de celte interpellation jetée à M. Guizot par M. Barrot, précisénieoi iors de la discussion des lois de septembre : d Vous êtes dans la Charte, comme les jésuites sont dans « rÉvangiiel »

Ce root se fût appliqué avoc beaucoup plus de justesse encore assurément à MM. Barrol et Dufaure, flanqués de MAi. de iMontalembert et de Faiioux* M. Pierre Leroux vint faire justice , d'une façon piquante, de toute cette comédie : « M. de Montalembert est venu, aux applaudisse- « ments d'une partie de cette Assemblée, analhéraaliser H tous les principes du libéralisme. 11 est venu faire non- « seulement sa confession, ce qui, h mon avis, était une (t ruse, mais faire la confession de M. Dufaure et celle de a M. Barrot; et quand il a eu fait celle confession il a « poussé l*ironie, l'ironie forte, Tironie sérieuse, jusqu'à « donner sa bénédiction au vénérable M. BarroU Le vieux « libéral, pour me servir de l'expression de notre poète « Béranger, a senti ralguillon, et il est Venu protester que « toute sa vie polilique nt^ lui Oinli jias un embarras; que, « quant à lui, il vivait encore des souvenirs de sa jeunesse ; Cl que sa gloire était là« 11 est venu le dire avec un accent a qui m'a touché, moi que son éloquence touche rarement « Oui, j'ai été touché, j'ai senti l'honnête homme ; mais (( j'ai senti aussi Thomme qui s'abamlonne. Car enfin, si « cette vie de jeunesse et de libéralisme est sa vie gloc( rieuse, pourquoi l'abdique-t-il tant de fois et continuel- « lemênt devant iious, et laisse-t-il à d'autres le soin de

ODILOU BâItROT 48

c faire sa confession et de lai donner rabsolution et le par* « don. » — « 11. Odiloo Bairrot at dit que cette loi était

« pour le bien de la République, continue W. Pierre Lé- . « roux, M. Dufaure en a dit autant. Ils disent aux républi- « Gains : Laissez-nous faire des lois terribles contre i'es* « prit humain, contre la presse, contre la Constitution^ « c'est pour le bîen de lu République, d^'est nous qui la ft sauverons. GVst ainsi que depuis le 24 février nous 0 avons vu conlinuciiement un groupe d'hommes, diri- 0 géant contre la RépuUiquet contre les idées républia caines, contre le moutement de Février, contre tout œ <f qu'il a produit, contre tout ce que nonsavon» dans le cœur, fi contre tout ne qui est dans le cœur et dans la voloiilé du tt peuple, dirigeant les mainsd' un certain nombre d'hommes « qui disent à la République ce que le boorread disait à a don Oarloa : Je mis f assassiner, mais (fesi pour toH « Meti. .. Moi, je dis ci MM. Dufaure et L^arroL : Vous vous a trompez, vous n*éles que des hommes intermédiaires, « Y008 êtes des éclectiques, vous n'êtes pas des hommes à « la hauteur de la position ; voua aves des commanditaires, (( des hommes qui vous dominent et vous gouvernent, « vous êtes leurs agents. M. de Montalembert dit que sans a cela la liépublique périrait sous le despotisme d'un sol- « dut ou sous je ne sais quel autre despotisme. Eh bien 1 « M. de Montalembert, c'est votre despotisme que je crains,

« c'est le despotisme des jésuites... »

En outre des délits nouveaux et des pénalités nouvelles qu'elle institue, la loi du 29 juillet IBZi 9 interdit les souscrip* lions ayant pour objet d'indemniser des amendes pour délits de presse, faculté qui avait été laissée complètement, et dont on av sit largement usé,sous le règne de Louis-Philippe; en outre elte étend la responsabilité déjà exorbitante des imprimeurs jusqu'aux distributeurs et colporteurs des écrits eux-mêmes; ce qui fait que Ton pourrait poursuivre

LES noMiics D£ 1848

noa-seolement les libraires qui vendent un livre, et qui seraient ainsi obligés de lire et d'apprécier tous les livres qui enlreraient dans leur boutique , mais jusqu'aux porteurs de journaux. Cette prescription, impraticable à force de rigueur absurde, subsiste encore dans' le Gode de nos lois sur la presse, avec celle qui interdit les souscriptions pour les amendes, comme un monument des dispositions libérales et intelligentes, pendant leur passage au pouvoir, de MM. Odiion Barrot et Dufaure I

Un des traits les plus glorieux de la vie de M. Odiion Barrot, c'était sa protestation vigoureuse en 1832 contre l'état de siège et, en général, contre les lois d'exception. Il ne s'était pas borné à des discours; il avait engagé la lutte sur le terrain de Tactlon légale et il avait obtenu un résultat remarquable. II avait fait annuler par îa Cour de cassation, pour excès de pouvoirs, un jugement du conseil de guerre condamnant un insurgé non militaire. Sa plai« doierie à cette occasion est un chef-d'œuvre d'argumentation vigoureuse et d'éloquence libérale :

« Comment donc, au mépris des lois, de ces lois sur tt lesquelles vous veillez avec tant de sollicitude et qui me u garantissent à moi citoyen, le jury du pays, la récusation « des jurés dans une proportion déterminée, l'arrêt préa« « lable d'une cour souveraine déclarant qu'il y a lieu à u mise en accusation; comment a-t-on osé détruire toutes (( ces formes protectrices, mettre de côtérinamovibilié des « magistrats et l'institution même du jury, qui sort de la « société et y rentre incessamment, ces garanties enfin ic pour lesquelles la nation avait combattu en 1830, et « qu'elle croyait avoir mises au-dessus de toute atteinte?...

«Au surplus, est- il vrai qu'une loi existe qui donne <i à un commandant de place, ou à un chef civil le pouvoir « de mettre avec ces Irois mots magiques : état desiéue, « toute une population en dehors de la loi ; de détruire

ODILOM BARTOT /il5

a toule une série de garanties consiiiutionnelles ; de tra- « duire devant on Conseil de guerre» sans raccomplisse* « meDt d'aacune des formalités voulues par ia législation « tout entière, tout individu quoique pris parmi toutes les « classes de la société, au choix de ce dictateur improvisé? « Certes, si une telle loi existe, il est bon de la signaler, car, « tanlqu'elle existera, iaCoostitution neseraqu'unechimère;

a Une constitution qui ne sera que facnltative et dont le a maintien dépendra de tel ou tel chef militaire, ne vau- « dra pas Vœrbitraire avoué; ce sera de l'arbitraire légal, « car une constitution ne vaut quelque chose que si elle a est une vérité positive et pratique. Mais je dis avec une « profonde conviction : non, même en faisant abstraction c( de la Charte de 1830, il n'existe pas de loi qui, h Tinté- « rieur et hors le cas d'investissement, permette à un chef « militaire de mettre une population hors des garanties « constitutionnelles; on peut entasser les sophîsmes, mais « trouver un texte de loi à l'appui de celte doctrine, cela (( est impossible !

« Je me crois donc fondé à affirmer que le décret de ce iSii, appliqué et interprété loyalement, dans son texte et

« dans son esprit, n'était pas une mesure de salut public, mais « était simplement un acte de polire militaire régleraen* tt taire pour les places fortes, un acte se rattachant à la loi « de 1791 et rien de plus... Il me reste à ajouter que ce <( décret a péri avec le gouvernement duquel il était né ; il « a péri comme loutesles mesures d'exception par lesquelles « le chef du gouvernement s'était arrogé le pouvoir de roo- « diûer la Constitution. La déchéance de l'Empereur a été « motivée notamment sur sa prétention à confondre tous <( les pouvoirs : c'est là quelque chose qui aUcste que, ni (( la Restauration, ni le gouvernement institué en 1830, « n'ont hérité de cette aptitude usurpatrice à confondre « toutes les attributions, tous les droits •

46 htÉ floiiii£S D£ 1848

« Parlerai-je de ces considérations qui s'ourdissent plu- « tôt qu'elles n'éclatent, d'ini piéleadu intérêt du gouver- « nement, d'intért^js ministériels, de coavenances gouver- « nemeotales? Un iribonal régulateur comme le vôtre n'a ii pas à se régler sur de tels motifs I Ici plus que partout « ailleurs, les magistrats répondraient: n La Cour rend des

u arrêts et non pas des services )> Je inetrompe, mes*

m sieurs, la Cour, par l'arrêt que nous soUidtonSy rendra «un service, et le plus grand de tous (bravo! bravo I), (( elle ramènera le gouvernement à la loi ; elle fera échouer <( (>rir une résistance patriotique, toute atleinle à la Goos- H titution du pays.

a Mais si c'est là rendre un service à tout gouvernement, « â plus fortè raison doU^irétre rendu à un gotweme' « ment fié d'un combat pour la défense de la loi. iSc fauii drait-il donc récompenser la population parisienne de « non courage qu'en la plaçant sous le coup de l(^ jusn* « diction militaire? Vous dites qu'il n'y a de menacés et (( d'atteints que les séditieux et les rebelles ; mais ont^ils (( un signe particulier qui les fasse sùn mont reconnaître? « Ne voyez-vous pas que toute la population est atteinte (c par cela même que tonte entière elle est menacée 7

<( Messieurs, lorsqu'au moment où }e parle je me trouve > a SOUS le coup de la jm idiclion militaire, lorsque vous- « mêmes vous ne siégez que par une haute tolérance de a cette justice qui pourrait vous absorber aussi ; lorsqu'on « réfléchit sur un tel étàt de choses, ne faudrait-il pas dé- « sespérerdela légalité en France, désespérer de voir un (( terme à cette alternative de piumesses faites et aussitôt (( violées, dont les quarante dernières années ont donné a tant d'exemples? »

M. Odilon Barrot, reprenait et développait ces argu-^ ments à la Chambre des députés, dans la séance du 1^' décembre 1832 :

OùUM B4RR0T

{( Ce D'est pas setilemeiUpour le passé quo nous parlons, « c'est aussi pour l'avenir; nous avons à annoncer au pays, « fiî, jusqu'à présenti 11 y a ea ou non une Constitution* si «elle peutèfre impunément violée; et si les garanties « qu'elle présente ne résistent pas à deux ou trois mots « (l'un ministre; si enfin une charte n'est plus qu'un cliif- « fon ^de papier, une duperie, une chimère ; nous avons à fi loi dire ce que c'est que cette Constitution^ dont les disu positions garantissent la liberté individuelle^ l^instltution

« du jury, le jugement du pays eu matière de presse; tt nous devons ie rassurer, lorsqu'il voit toutes les garaa* « tiei s'évanouir devant une déelaration faite par on mi- « nistroi que telle ou telle ville, telle ou telle partie mêoie e de la France, est tnise en état de siége« Il y a, messietirs, « daiis l'acte du ministère, le plus terrible abus que jamais « gouvernement ait fait de la mesure de l'état de siège.

a Qu'est-ce que cette mesure ? C'est ie siège d'uné ville e par des forces venant de Textérieur. La loi le ditformelle* <f ment, ce n'est que lorsqu'il y a iiivestissemcMl; elle fixe « quelles sont les distances de cet investissement, la tt mesure des forces qui peuvent en déterminer l'applicaa lion. La loi a rapport non^^eolemenl aux plaees frontières^ (I mais même aox places de rintérieur. Cette célèbre loi de a l'an V, dit forroeileraent que la mise en élal de siège « commence avec l'investissement et finit avec lui. le a dis qu'on a abusé de l'état de siége^ qui n'était qu'une a disposition de défense militaire contre l'ennemi exiérieur, « pour en faire une disposition de police gouveinemen- « taie

a L'élat de siège, lorsqu'il n'y a plus même état de « guerre, est un mensonge. C'est un moyen d'enlever les a accusés à leurs juges, de substituer su jugement du pays

« le jugemeiiL par commission; procédé contre lequel <( rbisloire de notre vieille monarchie proteste par les

48 us H0HMB8 DE 1868

« nombreuses reiuonlrances des Parlements, et danslarévo- « lotion de Jailiet par TaboUtion de l'article k de la Ubarte, u qui [semblait en rendre le retour à jamais impossible...

« Pour justifier l'étal de siège, on nous a représenté les u difficultés du gouvernement. Nous ne les méconnaissons u pas. On vous l'a représenté comme en botte aux attaques « des diverses factions, comme menacé dans sa sûreté, M dans son existence. Messieurs, la foice d'un gouverne- « ment est dans le respect religieux à la Constitution ; u c'est là qu'est sa puissance; que s'il voulait trouver celle « puissance dans Je ne sais quelle doctrine de salut public^ a qui légitime tous les moyens pour arriver à la répression (t des altaques, ces imprudents amis détruiraient par cela « même les principales bases de notre Constitution. £t « dans quel temps, je vous le demande, les considérations n de salut public ont-elles manqué 7...

(( Cinq ou six gouveinements ont eu recours à ces « moyens, ils ont créé des commissions militaires; eux « aussi disaient : il fadt en finir avec les conspirations; tt ce n'est pas pour les gens de bien que ces mesures sont « prises, cela ne les regarde pas ; c*est la conspiration u qui est mise en état de siège, qui est renvoyée devant {{ les conseils de guerre.

n Eb bien 1 messieurs, tous ces gouvernements sont « tombés ; ils se sont ainsi donnés quelques jours d*exls^ « tence, et puis, quand il fallut compter avec le pays, «quand reffervescence était passée, l'odieux de leurs me- « sures est retombé sur leur téte et a ûni par Les aoéanlir. (( {Bravos prolongés,)

« Nous avions pensé, messieurs, que ces leçons d'his- «toire ne seraient pas perdues pour le îrouvcrnement; (( qu'il renoncerait à ces moyens extraordinaires employés « sous le prétexte de salut public ; qu'il se renfermerait u dans la légalité : nous avons été trompés.»

OCILON BARROT

Cette page glorieuse de son passé libéral, M. Odilon

Banot devait ranéaiilir comme toutes les autres. Nous avons dit qu'il avait hésité par un scrupule honorable h s'associer îl la déclaration d'état de siège, lors de l'insuirectîon da 2k juin 1848. Mais il prit lui-inéàae Tinitiative de la déclaration d'état de siège à la suite de la manfsfes- Idlion du 13 juin 18/i9, qui était loin d'avoir la luôme gravité et de contenir les mêmes menaces que l'insurrection de juin lô48t ou que les émeutes de 1832. Et il prit le soin de faire eflàcer par le Conseil d*État, Tarrêt de la Cour de cassation, du 29 juin 1832, obtenu par son éloquence. Un avis de Conseil d État, du 25 juin 1849. — quinze ans après, presque date pour date, — délivré sur la demande du président du Conseil , détermine les conséquences administratives et judiciaires que la législation attribue à Téiat de siège. La coraparaison de ces deux documents est tristement curieuse et elle ne fait pas honneur aux membres du Conseil d'État de i849« parmi lesquels siégeaient (1) MM. Jules Simon, Betfimont, Havin, Ed. Cbar* ton, Jean Reynaud, Edmond Adam, Carteret, Vivien, Landrin, etc. La Gourde cassation de 1832 avait décidé que les conseils de guerre n'avaient pas le droit, même en vertu de

(1) Aux ti'inics de la loi organique sur le Conseil d'Elat du 3 mars 18i9, los membres de ce Conseil, au nombre de 40, étaient nommés par T Assemblée nalionnle. Ils élaient renouvelés par nioiiié dans les deux premiers mois de chaque législature. Lqs 40 membres désignés par l'Assemblée constiluanio furent : MM. Vivien, Macarel, Houlaii^nicr, de Jouvencel, Belhmonl, Cormenin, Marchand, Stourm, Bouchene-Leler, Jules Simon, Mailhrd, llivei, Carleret, Caullhier de lUimilly, Darricau, Boiidel, Laudiia, l^aravey, Ilavin, Bonlay, Jean Heynau 1, Ed. Charlon, l*erignon,Pons (de l'IIérauli), Lignicr, Cuvier, E. Adam, Dunnyer, Verninac, Luiyer, Touriiouer, Chasseloup-Lanbat, Ilély d'Oissel, L:ifprrière, Dussard, Crépu, H. Say, Mahéraull, Vuillefroy et Boussin^ault. Le renouvelicmenl par l'Assemblée lé^gislaùve u'eul Heu que le 2d juin*

LES BOUUEB J)£ iS48

l'état (le siège, d'étendre leur compélenceàdes crimes ou délits coiuiuispar desindividus nonrailitaires ; elle avail déclaré le décret du 25 décembre 1 811 incoociiiable avec le texte et Tesprit de la Charte, portant que nul ne pourra être distrait de ses juges naturels et quMl ne pourra être créé de tribunal extraordinaire sous quelque forme que ce soit. Le Conseil d'État de 1849 accepte complètement le décret du 25 décembre 1811 et déclare, en vertu de ce décret, que la dévolution des pouvoirs administratifs à l'autorité militaire par Tétai de siège est absolue et illimitée, et que les tribunaux mililaires peuvent toujours, quand ils le veulent, dessaisir les tribunaux ordinaires. C'est ainsi qne M. Odilon iîarrot réhabilitait et restaurait ce décret de 1811 qu'il avait si énergiquement combattu et flétri, et à MM. Orévy et (Iréinieux qui venaient soulenir contre lui hi ni^^foe thèse soutenue par lui en 1832 sur la limitalion légale de l'état de siège, il répondait (séance du 18 juin 1849) : u L'état de « siège est une suspension des garanties ordinaires, c^esi « Vétat de guerre,,. C'est ta loi de conservation, cVst la loi « du balut public. »

(( L'état du siège, c'est l'état de guerre,» avait dit M. Odilon Barrot; et en conséquence il fit ce que n'avait pas osé faire le gouvernement de Juillet en 1832, l'avis du Conseil d'Étal conslalant que la constitution de 18^8, accordait moins de garanties à la liberté que la charte de 1830. Les imprimeries Proux et Boulé furent saccagées de fond en comble, les caractères furent dispersés, les conduites de gaz coupées; et l'aide de camp de M. Cliangarnier,qui présidait à cette scène de dévaslaLion, M. de Korsy fut décoré ; et les victimes de ce pillage en poursuivirent vainement la réprration. Six journaux, le Peuple, la Réforme^ la Vraie république^ la Révolution démocratique et sociale^ la Démocratie pacifique^ la Tribune des peuples, sont suspendus et leurs bureaux occupés militairement. La Presse^ le Siècle, le

National et la Liberté sont direciemeni meoacés du rnétiie sort et placés sous le coup de la censure. — Aux interpellations qui lai sont adressées à ce sujet, M. Odilon Barrot

répond avec sa théorie barbare : « Il est vrai que ceux qui « ont donné le signal de la guerre sul)i.ssent les conséquen- (( ces de la guerre. lis devaient s'y attendre. » L*état de siégéé^t étendttà seize départements; quarante représentants du peuple sont successivement décrétés d'accusation (1) et

(1) Les représeatsnts poursuivis pour participation à Tatlcntat du 13 juin, furent MIL Ledru-RoUin, Sucliet (duVar),Deville9Maigne, Daniel Lamazières, Pilbes, Fargin-Fayolle, Bocb, Yauthier, A. Rolland (de Saône-et-Loire), Considérant^ Boicbot, Rattier, Ciommissaire^ MéDand, Hettxmann, Rdugeot, Pflieger, Landolphe, Avril, lannot, Félii Pyat, Ronjat» Baune, Beyer, Kopp, Hofer, Anstelt, Louriou, Martin-Bernard, Ferdinand Gamlion, James D&monlry, Brives, Gantagrel, Kœnig.

Les poursuites ne furent pas autorisées contre U* Baune, elles furent abandonnées contre MM. Ronjat et Brives et M. lames Bemottlîy monmi avant leur issue. Les autres eompamrent devant la Bante-Cour de Versailles* M. Lourion fut acquitté. M» Sucbet, en faveur duquel on reconnut des circonstances atténuantes, ne fut condamné qu*k cinq ans de détention, tous les autres k la déportation.

Bes autorisations de poursuites furent encore demandées et ob* tenoes pendant ce même mois de juin 1849 contre: M« A. Rolland (de Saéne* et -Loire), k raison de discours prononcés par lui dans un club II Mâcon; M. Malardier à raison d'un écrit intitulé : le Guide du peuple dam les élections; M. Marc Dufraisse à raison de divers articles dans la Ruche de la Dordogne; MM. Maftîn*Ber« nard, Ferdinand Gamhon, James Bemontry et Brives, k raison d i délits commis en qualité de membres d'une société secrète; M. Pflieger, à raison d'outrages envers un magistrat etkun corn* mandant de la force publique, dans l'exercice de leurs fonctions; MM. Sommier et Riebardet à raison de divers articles dans la Démocratie juraseienne. Mais l'Assemblée refusa d'autoriser des poonuites demandées contre H. Ferdinand Gambon, k raison de fausses nouvelles répandues par lui pour influencer les élections : M. Ferdinand Gambon, ainsi sous le coup de trois de*mandes en autorisation de poursuites, était juge h Cosne (Nièvre)

52 LES HOHUES DE 18A8

la représenlatioQ naliooale se trouve ainsi complètement mutitée; plusieurs compagnies de gardes nationaux sont -

dissoutes; le droit de réunion et d'association, gaïaiili par Tari. 8 de la GoiisliLuiiou, est suspendu pour un an. La terreur est organisée partout» et dos arrestations se font d*un bout à l'autre de la France; k Lyon, 3,000 ouvriers sont jetés dans les cachots. Un écrivain, M. Furet, est conduit à pied, les fers aux mains, entre deux gendarmes, de Paris à Rouen, et ainsi les rigueurs arbitraires de la Restauration elle-même sont^dépassées. C'est à cette occasion (le Id juin) que le président de la République, lance la proclamation dans laquelle se trouve celle phrase fameuse : a// est temps <( que les ùom se rassurent et (/ue les ntéeiiants tremblent. » M. Odilon Barrot, président du Conseil et ministre de la Justice adresse aux procureurs généraux une circulaire, qui laisse loin derrière elle tous les documents de ce genre : uLa « société est menacée dans ses fondements. Il faut de toute c( nécessité mettre un terme ^ une teiie situation, ^ous ne le n pouvons qu'en rendant à la loi une force telle que toute « pensée de molenee soit désormais étouffée chez les anar^ (( cliisles, même les plus ardents cl les plus résolus, sous le « sentiment de leurs complète impuissance. C'est aux mac( gistrats de Tordre judiciaire, à vous surtout qui êtes « les dépositaires de Taclion publique, qu'il appartient de « concourir puissamment à ce résultat. L'occasion est bonne « et dénswe.,,. Qu'il n'y ait donc aucune hésitation dans <( Taccou. plissement des devoirs de votre ministère; que les a sévérités de la loi atteignent sûrement et promptement (( tous ces hommes qui, non satisfaits du suffrage universel « et du droit de discussion et de critique le plus illimité, ^ « veulent encore recourir à la violence. Qu"/ scnijmlr vous <( arrêterait ? Ne sont-ils pas plus coupables encore envers

sous le gouv<»rncmeat de Juillet cl il avait été sus[)< n lu par la Cour de cassation, en 1847, pour avoir assisté à un bauqueu

ODILO!! BARROT

« !a liberté, qu'ils compromettent si graveuient qirenvcrs

« l'ordre qui finira toujours par triompher ? Je vous ai

II déjà fait sentir, à plusieurs reprises, combien ii importait « à rulilité de la répression qu*etle fût immédiate, et corn* « bien Vhahitude tVétendre et de compliquer inutilement les d procédures criminelles nuisait h. Taction de la justice. Plus u que jamais vous reconnaitres ia nécessité de déférer à « mes recommandations à ce sujet..... Enfin, monsieur le « procureur j<énéral, les grandes et dilliciles situations élè- « vent les lioiniiies qui savent les comprendre et qui se a seoleat assez de courage pour y suffire. C'est assez vous « dire que j'ai pleine confiance en votre concours. La so- « ciété a foi dans cette magistrature française, protégée, « môme contre les révolutions, par le respect universel « qu'elle a su conquérir ; la société ne sera pas trompée dans a sa confiance (i). »

(1) On peut rapprocher cette circulaire de U. Odilon Barrot d*uo discours prononcé li Lyon le 8 février précédent, par M. le maréchal Bugeaud, dans lequel cet officier disait s'adressant aux magistrats : « Et vous, messieurs les magistrats, vous aurez à « combattre et à déployer de la fermeté dans rexercice de vos « fonctions. C'est k vous de prémunir Mil. les jurés, de vous pré* « munir vous-mêmes contre l'abus des circonstances atténuantes, « abus qui énerve l'actîou delà justice et n'épargne les infractions « de la loi qu'an détriment de tous les citoyens et delà société tout « entière. » Interpellé sur ce discours, dans la séance du 12 février, H. Odilon Barrol répondit que celte opinion de M. le maréchal Bugeaud lui paraissait tellement en dehors de la mission qui lui avait été confiéie et, sous ce rapport, tellement dépourvu d^autorité, qu'il n'éprouvait nullement le besoin de lui demander des explications h cet égard. Mais M* Odilon Barrot se réservait de reprendre ces instructions à Toccasion et de leur donner, comme ministre de la Justice, l'autorité qu'elles n'avaient pas dans la bouche d'un officier militaire. — Ce qu^il y avait en tout cas de plus grave dans le discours du maréchal Bugeaud, c'est que s'adressant U l'armée il prévoyait des circonstances, prochaines peutêtre, qui exigeraient que l'on eût h combattre les perturbateurs

LES HOVMES DE 184B

Un fait donnera une idée de la façon dont MM. Odilon Barrot et Dufaure entendaient et pratiquaient l'état de siège. Le gendre de M. Pierre Leroax , If. Lue Desages , avocat

el pubîicisle à Boussac (Ciciise), est arrêté, le 20 juillet, en même temps que M. Auguste Desmoulins, chargé de la correspondance commerciale de l'imprimerie Leroax* ' Ils sont inculpés au snjet d'une lettre saim à la poste et décachetée, par conséquent non parvenue à son adresse. La lettre était adressée h une personne de Lyon. MM. Desnges et Desmoulins sont liés et garrottés avec des chaînes de fer, et conduits à pied & Lyon comme les derniers des crimi* nets. Cette transportation dure vingt jours; et, obligés d'attendre le retour des brigades, les [jrisonniers ont pinsieurs fois à passer jusqu'à trois îiuits dans un cachot sur une paille humide. A partir de Thiers, ils avaient été privés de toute facilité de donner de leurs nouvelles à leur famille. En outre de cette violation du secret des lettres et de ces procédés ignobles qui i appellent ceux de la ResUui ration ii l'égard de MM. Magallon et Poutan» il y a, dans ce cas, cette circonstance grave, que AiAI« Desages et Desmoulins sont enlevés à leur ressort jodiciairey transportés dans le ressort de Lyon, qui est en état de siège, et livrés ainsi, par l'abus le plus arbitraire, à la juridiction des conseils de guerre.

M. Odilon fiarrot, interpellé par M. Pierre Leroux, emploie la tactique ordinaire, en récriminant contre ces

les armes k la main, a La situation du pays impose k Tarmée h ir rîDtérleiir, âîsait-î], des defoirs impérieux, sacrés, qu'eUo a « déjà su et qu'elle saura remplir encore^ Cette tdeke r^est pas « moins glorieuse que l'autre, » Et s'adressam plus particulièrement aux officiers d*îafauterie, le maréchal traçait d'une manière précise les principes les plus esseniiels de la guerre des rues. M. Odilon l^rroft osa déclarer ji la tribuue que, dans ces provocations à la guerre civile,ii il ne voyait rien de blâmable, il ne voyait « rien à reprendre ! »

ODILON BARIIOT

bommes violents qui sont en protestation et en révoltes con» tinoeiles conife la loi» qui sont en insarrection permanente

contre la sociélé , et il donne à entendre que MM. Desages et Desmniilins uni été saisis en flagrant délit de complicité directe avec i'alieutat de Lyon. Vainement M. Bac veul-il ramener la question sur le terrain légal : h savoir , s'il est possible, dans un département non soumis à Fétat de siège, d'arrêter un citoyen, iet de le jeter sur les bancs d'un conseil de guerre, et si i'état de siège conlère le droit de violer le secret des lettres. L'Assemblée ne veut pas méine Pécottter. Il est interrompu par des rires Indécents, qui s'adressent non-seulement h la violation de la liberté individuelle dont deux citoyens ont été victimes, mais aux sentiments les plus sacrés. M'"" Desages était enceinte , et prête d'acconoher lorsque son mari fut arrêté; son émotion fut si ^violente que l'enfant mourut dans son sein ; les jours mêmes de la mère furent un instant en danger. M. Bac aya ii dit que la con.séquence de ces mauvais traitements avait éié la mort de l'enfant de M. Desages , un meqpbre à droite fil en ricanant cette interruption grossièrement indécente : « Quel «âge avait l'enfant qui est mort? Ëst-il mort de chagrin?» * L'iuaiiilé des cliarges contre MM. Luc Desages et Desmoulins était telle qu'ils lurent acquittés par le conseil de guerre de Lyon» mais après plus de deux mois de détention prévenlive.

Toute rancusatioa élail fondée sur cette phrase écrite dans un post - scripturn ajouté par M. Desages à une lettre d'aifaires écrite par M. Desmoulins à nn libraire, son correspondant à Lyon : « La France et la Congtttuiim mti « attaqnéps par les Cosaques, )> M. Desages répondit qu'il faisait aliusioii à un nianifeste récent de l'empereur Nicolas, qui, dans un style biblique, renlermait des menaces contre la forme républicaine. £o tout cas, la métaphore avait cours dans le langage politique de l'époque ; elle fut même appli-

qaée personnellement à M. Thiers» qui répondit en renvoyant l'épithètc de dèmoffogue à ceux qui rappelaient Cosaque. Cela ue rappelle-l-il pas ce citoyen condamné, pendant la terreur blanche, à recevoir la schiague pour avoir appelé son cheval Casaque (1) ?

Si le senliroent de )a liberté était moins vif chez les gouvernanls de i8^j7 que chez ceux de 4 832, l'esprit public aussi était tombé beaucoup plus bas. Les viclimes de Tétut de siège se soumirent passivement, et il n'y eut de leur part aucune tentation de résistance légale, malgré ^invitation de M. Grévy qui disait dans la séance du 18 juin : a Je ne « comprends pas quo les journaux suspendus, je ne comu prends pas que les journaux placés sous celle iaiimida- « lion qui rappelle la censure, se sonmelteot à de pareils a actes. Les journaux suspendus peuvent paraître : il n'y a « pas un tribunal en i'rance qui puisse les condamner, (t pui'ce qu'il n'y a pas une loi qui permette de les suspenu dre. )>£n effet, en donnant à l'état de siège Tinterprétation

(1) «Un jour, écrivait en 18 19, M. Louis-Blanc [Appel aux Jionnâtes « gens), quand cello ivrc=;so dos passions se sera évanouie, on rap- « prochera do la conduite de M. Odilon lîarrot et de ses complices u celle des Piépublicains socialistes qui, au mois de février, eni- « ployèrent leur diclalure h abolir la peine de mort, a calmer la u place publique , a proléger les vaincus, à transformer en atelier « une prison pour dettes, à rendre inviolable le droit de cbnque « citoyen et iîid*''pendante la voix de cbaque journal : étranges « anarcliistes qui prirent pour devise, l'O/T/ze i/a?25 la liberté ! s'in" u guliers apôtres de la spoliation, qui donnèrent Paris garder,.,

•» h deux cent mille allâmes sous les armes — Depuis, qu'avons-

«( nous vu? Aujourd'hui encore, que voyons-nnus? Nous sommes 'i les modérés , osaient dire ceux qui allaieui remuant d'une main « violente les cendres de la guerre civile. Ainsi, les provocateur « des consoils de guerre V modérés l Les instigateurs de la dépof- « talion eu masse? modérés l Les approbateurs en délire des cou- « dumnatioes s-ans ju-^i ment ? modérés l Les inventeurs du bagne. « politique ? mudérés, modérés, modérés ! Ahl ce mot si noble et •> si beau, ils en auront fait le scandale de riiisloire 1 »

ODILOH BARAOT

ia plus large, la conséquence élail de Iransférer h l'aulorilé militaire les pouvoirs judiciulres cl adaiiuislralifs ; mais aucune ioi n'autorUiaot en aucun cas lasuspeosion des jOur« naux, le pouvoir militaire ne pouvait pas davantage avoir celle facullé exorbitante.

Tout ceîa est d'aulanl plus choquant que les circonstances, en juin i8i!|9| n'étaient point, en réalité, d'une gra* vité telle qu'elle pût motiver de semblables mesures. Il y avait même plus d'un point de rapprochement entre lama* nifestation du 13 juin /|9 et la luauifeslation provoquée par M. Ocîilon Barrot en février 48.

Au 13 juin 1849 comme au 24 février 1848, lesreprésen* tanis accusaient le ministère d'avoir violé la Constitution, et ils avaient provoqué une manifestation pacifique pourprotes- !er contre celle violaiion. Lecaraclère pacifique delà démonstration de IST^Oétait reconnu par le gouvernement lui-même. L'un des premiers représentants arrêtés avait été M. Sachet (du Var) saisi par les gardes nationaux au moment où il invitait M. le colonel Forestier à se réunir aux représenlaïUs de la Montagne qui se trouvaient aux Ârts et Métiers. Le procès-verbal d'arrestation portait comme principal grief: « H. Suchel ne se cache pas pour dire que la réunion a f( pour but d'engager la garde nationale à une manifesta» « t ion pacifique. »

Or voici en quels termes M. Odilon Barrot démontrait le 22 février 1848 la parfaite légalité d'une manifestation en tout semblable è celle du 13 juin, et qu'il appelle nonseulement un DïioiT mais « la pratique d'un devoir : m o Si dans noire pays il ne peut y avoir de grandes réunions a et de grandes manifestations que celles qui auront été tt au préalable réglées, organisées, réglementées par les (I autorités ofifciélles, à la bonne heure; mais dans un pays a libre il faut bien s'accoutumer à ce que de pareilles niait nifestations se' règlent d'elies-mémes.; que l'ordre s'y

58i . LES HOMMES DB 18A8

tt mainlieone par de bonnes habitudes, par une sorte de « discipline libre, officieuse , qui s'étabiil : ce sont là les « mœurs de la liberté.... Vous nous parlez d'usurpation

« des droils de l'autorité î vous nous dites que ia garde tt natiotiaie a été convoquée, qu'elle se trouvera en armes, ' <i qu'elle se trouvera en état de garde nationale, il n'en est (( rieo, vous avez poursuivi une chimère. Le fait est que, « le débaL une fois entamé, nous avons été souleaus par a les syrapalhies toutes naturelles qui rattachent à nos déa bats une grande partie de la population du pays. Le débat <( sur le droit de réunion, droit que vous avez proCess^ et « pratiqué vous-mêmes, ce débat ne pouvait laisser indiffé- « rente cette partie de la population, la garde nationale à tt qui le dépôt de toutes nos libertés a été confié. Tout ce c( qu'oa pouvait demander, c'était qu'il n'y eût rien d'offi* (( ciel, c'était qu'elle se réunit officieusement, individuelle- « ment, sans at^es, pahihlpmmt , comme garantie de « tranquillité, et non comme moyen de force publique. »

(( Voilà ce qui se passait, voilà ce qu'il y avait au fond de « la situation, ajoutait M. Odilou Barrot. £h bieni je vous <( le répète, grâce au progrès de nos mœurs publiques, « grfice i\ l'intelligence de noire pays, grâce à cet accord « universel, grâce à cette conscience instinctive de ce peu- (( pie, le plus inlolligenl du monde, que ce serait même « contrarier la lutte légale que nous soutenons, si l'on y mê- H lait le moindre désordre et le moindre trouble. .. . Je vous (( aurais donné l'assurance, et je vous aurais garanti sur r/wn-^ (( n<?2irqu'iln'yauraiteu aucun trouble, aucune perturbation. u Mais la compression que vous établissez, ne vous le dissi* « roulez pas, et je vous le dis avec douleur, tend une po- « sition déjà trop tendue, ajoute à des sentiments exaspé- <( rés un nouveau degré d'exaspération. Maintenant c'est tt à vous, ccst à vous seuls qu'est la responsaàilité de cette tt situation. Vous n'avez pas voulu de l'ordre avec et par

ODILOlf BAEEOT

<( \h liberté. Subissez-donc la conséquence de la situation « que vous amz faite,

Ces paroles ne pouvaient-elles pas parfaitement s*appliquer aux évén^^inents du 13 juin 18(i9? On sait que l'occasion de celte démoostraiion fut rex|}édition contre la République romaine , considérée comme une violaiion de Part. 5 du préambule de la Constitution ainsi conça :

« La Répul)li(|ue respecte les nationalités étrangères, « comme elle entend faire respecter la sienne ; n'entreprend a aucune guerre dans des vues de conquête, t^n* emploie m jamais ses forces cootre la liberté d'aucun peuple (1).»

Or, si Ton relit le discours de M. Odilon Barrot, dans la discussion de T Adresse de 18/^8, que nous avons cité plus haut| daus lequel il flétrit l'abandon de l'Italie et de la Pologne» on doit se convaincre que cet acte de son gouvernement était enoore une nouvelle apostasie, et que si M. (luizot eùl pris uni' sriiiblable inilîiUive, il se fiit certainemont associé aux objurgations violentes de M. Ledru-RoUin. En 18/i9, M. Odiloa Biarrot se faisait le défenseur du pouvoir temporel du pape, eur le compte duquel il s'exprimait ainsi en 1853 : a Non, non, je ne comprendrai jamais ce gouu vernemcijt bâund, moitié spiiituel et moitié temporel, qui « réside dans la personne du pape. »

M» Oditou Barrot eut pour allié fidèle, dans cette circonstance, comme daaa toutes les autres, M. Thiers, qui protestait, lui aussi, en février 18/|8, de son amour ardent pour l'Italie. M. Odilon Barrot quitta le ministère le 31 octobre 1840, Mais il soutint encore longtemps avec ses amis la politique présidentielle et fut un des principaux auteurs

(1) Indépeadammeat de cet article, Tart. de la Constitution disait que le préudent de la République ne pouvait entreprendre aucune guerre sans le consentement de rAssembléo nationale. Or, l'ordre d'attaquer Rome fut envo^ le 29 mai, malgré la défense formelle de la €k)B8litttante et sans avoir consulté la Législation

LES HOMàlES û£ 1848

de la loi du 31 luai 1850, qui mutilait le suffrage universel. Ge fut seulement au mois de février 1851 que M. Odilon

Bairot elavec lui MM. Thiers et Changarnier se séparèrent du gouvernemeiU. A cetie occasion, le 17 janvier 1851, M. Thiers prononça un grand discours pour exposer les motifs de ce changement d'attitude.

Dans ce discours, document i m portant pour riiistoire, M.Thiersexpose que,pournepas diviser le parti modéré, ses amis et lui, au lieu de choisir un candidat dans leurs rangs s'étaientralliés, en novembre 18/|B, à iacandidaturedu prince Louis-Napoléon. Consulté par le président, il lui avait conseillé de prendre des hommes nouvcauxau pouvoir, mais non dans le parlement; c*esl ainsi qu'avait été formé, sous la haute inspiration de M. Thiers, le ministère Barrot-Dufaurede FallottX-de Tocqueville (1). Cette politique porta ses

(1) Le minisière du 20 décembre 18 i8 était ainsi composé : Président dic Co?i$eil et mijiislre de la Justkc : M. Odilon Barrol; Affaires étrangères : \f. Drouyn de Lhuys; Instruction publique : M. de Falloux; Intérieur : M. de Malleville ; Arfrindture et Com^ mercc ; M. Bixio; Travaux publics ; M. Léon Faucher; Guerre : M. le général Rulhières; Marine : M. de Tracy ; Finances : M. Ilippolyie l^assy. M. de Malleville se relira presque immèdiateuîenl par suite d'un disscnlimenl qui s*éleva entre lui elle président de la Uépublique, a l i ?uile de son refus de lui remettre les pièces relatives aux eonspiraiions de Strasbourg et de Boulogne. Il faut rappeler qu'en 1840, lors de la conspiration napoléonienne, M. de Malleville était sous-secrélaire d'Elal au minisière de l'Inlérieur. M. J.éon Faucher prit son portefeuille le 29 décembre et fut remplacé aux Travaux publics par M. Lacrosse, M. BulTet pril le portefeuille do l'Agriculture et du Commerce, refusé par M. Bixio. Le mmistcrc ainsi constitué fonctioDDa jusqu'au 2 juin 1849, à laquelle époque M. Dnfaure prit le portefeuille de l'Intérieur, M. de Tocqueville celui des AlVaires étrangères et M. Lanjuinais celui de l'Agriculture et du Commerce, Ainsi M. de Tocqueville s'associa complètement U toutes les mesures de l'état de siège et il fut un des auteurs de la loi contre la presse du 27 juillet. Ce fui srin ami intime, M. G. de Beaiimon! , qui fut le rapporteur de la loi sur l'état de siège. Le mioislèr e Odilon Barrot fut

fruits et rétablit la tranquiUité dam le pays. Le 31 octobre 1849, le président changea le mioistèret en annonçant dans un message que les hommes d'action allaient remplacer les hommes de parole. Quelques senlimenls pénibles qu'aient fait éprouver à i'orateur et à ses amis cette sorte d'ingratitude, ils ne retirèrent pas cependant leur appui au gouvernement. Survinrent les élections de mars et avril 1850 qui alarmèreoL vivement la France. Le président appela encore M. Tiiiei s et ses amis, et leur dem^oda leur concours. Ils ^s'empressérent de le lui accorder sans lui manifester au* cane rancune de son message du 31 octobre, et rédigèrent la loi électorale du 31 mai, a de laquelle, dit, M. Thiers, 0 date le rétablissement de la sécurité dans les esprits. » Ils donnèrent encore au président une preuve de leur dé' vouement en appuyanti malgré leurs scrupules, la dotation demandée par^ui de trois millions.

Le motif de la scission entre la majorité et le président était le fameux incident de la revue de Salory dans laquelle avaient été poussés les cris de : Vive l'empereur l £t ces cris avaient si bien été provoqués par le président que le général Neumayer fut destitué pour avoir ordonné à sa division de s'en abstenir. Le général Ghangarnier, dojiiuuU raison au général Neumayer, adressa un ordre du jour à l'armée pour lui rappeler qu'elle ne devait pousser aucun cri sous les armes. Hais il fut à son tour destitué de son poste élevé, et c'est en cette circonstance que M. Tliiers était moulé à la tribune pour attester la scission solennelle. 11 termina son discours en dénonçant les projets ourdis contre l'Assemblée.

Il est juste de dire que pendant que le président con«

remplacé le 31 octobre 1849, par un miDÎstèrc ilouher, dans lequel entrèrent MM. de Parieu, A. Fould, Ferdinand Barroi, de Rayneval» Domas, Bineau, le général d'Haulpoul et l'amiral Romain-Desfossés.

^ LES HOWfBS DE 18/(8

spirait Jd rétablissement l'empire jilSatory» M. Tfaiers allait conspirer, à Clareaiool, le retour de la dynastie orléaniste, et ce fot sur une pure question de compéiilion

aîi) 1)1 lieuse et pas d ii lout sur uue que^lipû de principe ou de liberté qu'eut lieu la scission.

Mais à partir de cette époque, la liberté redevint le drapeau de ceux qui l'avaient si outrageusement abjurée, pen* dant leur passage au pouvoir : et aujourd'hui, qirils bout plus que jauiais dans ropposilion et que les souvenirs du passé soai éloignés el eu parjlie oubliés, ils prétendent ab- • sorber la tradition du grand parti libéral.

Le 6 avril 1849, M, Guizot, posant sa candidature dans le département du Calvados, comparait la- politique de M. Odilon Barrot à la sienne, et, les voyant toutes deux parfaitement identiques, il en concluait que Texpéricnce avait prononcé en sa faveur : « Les événements qui se suc- « cèdent si grands el si rapides, en France et en Europe, (( disait-il, prouvent tous les jours qu'il n'y a qu'une politi- « que sensée, honorable, praticable. Sans s'occuper des u iioms propres et des dates, ils donnent tous les jours rai- « son aux défenseurs de cette politique, et abattent tous (( les jours ses adversaires. A coup sùr, elle peut marcher « la léte haute an milieu des expériences qui s'accomplis- « sent sous nos yeux. De leur côté, les hommes engagés «aujourd'hui dans les affaires politiques, ne se nioulrent n point sourds à cette grande voixdes événements. Quelque « diverses que soient leurs dispositions, la même lumière « frappe leurs yeux« Quelque lointain que soit leur point de « départ, ils sont tous amenés sur le même terrain. La seule « politiqwe praticable devient aum la seule pratiquée {\), »

(l) U. Guîisot lie fut pas élu. Sa candidature fut combattue

ODILON BÂRROT 63

Qaetquiesjoars auparavant, Fancieo coiiègae de M. Guizot, M. Ducltâiel, dl«»it pareillemént, et avec une netteté

encore plus grande, s'adressaril aux électeurs de Joiizac, mais pour décliner la candidature qu'ils lui offraieot : « Le « tendj&main d'un grand ébranlement social, le premier de « tous les headns, de tous les intérêts, n'est-ce pas la sta* « bililéî Et comment établir quelque chose de stable sans « résister aux mauvaises passions ol aux foliés? La ré^istanœ^ « ce moisi bien exploité contre la royauté de 1B30, ce pré- H texte h tant de clameurs et à tant d'orales, devient néeeea sairement la règle de cùndmte de tout homme loyal etvraij « appelé à diriger les ailaires de son pays (1). Ou a fait,

Ir^s-vivement par le comité de la me de Poitiers. Si MM. Odilon- Barroi, Thiers et leurs amis oublièrent tous leurs anciens principes, il faut leur rendre du moins celle justice quMls ne furont infidèles h aucune de leurs anciennes rancunes et de leurs anciennes iiaines.

(1) M. Dochâlel dit bien ici le mot juste qm caraclérise la poliii iup de M. Odilon Barrot comme elle caraclérisaii celle de M. <ini/ot : LA RÉSISTANCE. Pour laisser uiic fois de plus à M. Udiloii l'nrrot le soin de se juger lui-m^me, citons l'incident sui\ani k la Chambre des Députés, dans la séance du '60 dé* cembre 1834 :

M. 0. Barrot, — « Messieur?, le ministre de l'Instruction pu- « blique (M. Gui/oi), a cru qualifier mes opinions en rappelant je « ne sais quelle anecdote qui m'assimile à Pélion : Je vous con- « nais, ui'aurail-on dit, innis vous appelez Pétion. » — Plusieurs voix, — m Vous ne citez pas bien. On vous a dit : « Il y a qua- « rante ans, vous vous appeliez Pélion. » — il/. 0. Barrot, s'adressant à M, GuizoL — « Je vous connais depuis longtemps, moi, « monsieiir ; car vous exprimez en vous, après la révolution de m Juillet, tous l<*s systèmes de la lleslauraiion. Tout ce que vous « Dons aVCT dit n'est pas neuf, et sur la nécessité de résister, et « sar la nécessité de donner sécurité aux honnêtes gens, et sur les « dangers de Peutralncment des partis. Tout cela n'est pas neuL « moaneur, tout cela a été dit, peut-être contre vous-mêmes, « contre tos amis» Yoas fojez donc qu'il y a longtemps que « nous nous eonnaÎMona

« en juin 1848* ce que la monarchie avait tenté de faire en « juin 1832; on met Paris en état de siège ; seulement on « est tenté d'aller pins loin que ne le demandait la monar*

« chic; on ajoute, à la juridiclion des conseils de guerre, la (( déportation sans jugement ; on interdit les clubs eQl849« (( comme en 1834 la monarchie limitait les associatioi» qui (c alors préparaient la guerre ckile, corohie les clubs la

c( fomentent aujourd'hui. On résiste aux entraînements de f l;i guerre pour la question d'Italie, comme la monarchie et s'y refusait en 1831 pour la question plus lointaine de la

ir Eh I la Restauration aussi avait arboré un beau jour un système « de résisunoe» G*est un jeu terrible» monsieur, que celui de résister « aox événements et de vouloir remonter le cours des événements. 9 C'est nu jeu auquel de plus puissants que vous se sont brisés. .. « Pour résister k une révolutiou, & son élan, li son entraînement « généreux, il faut prendre un point d'appui quelque part. Vous • avez été jadis lesapétres dtïs sentiments de libéralisme et d'huit manité ; c*esi k votre école que nous avons appris uotre religion tt politique tout entière. Eh bien! ce n'est pas volontairement que m vous avez rejeté cette robe de candidature ddnt vous vous étiez « revêtu avant d'arriver au pouvoir; vous avez cédé aux fatales « conséquences de votre système..... Monsieur le ministre de « l'Instruction publique, lorsque dans chacune de vos mesures, a dans vos discours de tribune, dans l'ensemble de votre conduite, « j'ai eu k déplorer (je le dis avec un sentiment pénible), une es- « pèce de démenti donné k des principes et k des sentiments que <t j'avais admirés; lorsque, dis-je, j'ai eu k déplorer de pareilles « erreurs, j*ai plaint la situatiou fatale qui vous entraînait k de Cl pareilles nécessités; j*ai déploré cette nécessité fatale sous la- 41 quelle vous vous étiez placé par le système même de résistance « que vous aviez arboré. »

La situation de M. Odilon Barrot en 18Û9 élait identiquement la méme^que celle de H. Guizot qu'il dénonçait en 18S4 : il avait voulu T^ter k la révolutiou, et il avait dU céder' comme IL Guizot aox conséquences fatales de ce système ; il lui avait bien fallu prendre, lui aussi, son point d'appui quelque pari. Cette préoccupation de la résistance avait été la première qu'avait fait naître la révolution de Février dans l'esprit de M. Odilon Barrot.

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ODILO» BARROT 65

a Pûiogûe. C'esl que le bon sens est le môme pour tout le c< iDOodei c'est qu'aux mêmes maux il faut les mêmes remè- (( des, et qaHl n'y a pas deux manières de défendre la so- (( ciélé, quelles que soient les situations politiques de ceux « qui acceptent cette périlleuse mission. »

Le Journal des Débats écrivait dans le même sens, le A mars : « C'est dans rinlérét de l'ordre public que c( M. Odilon Barrot réclame le droit de surveiller les ban- « qufcts; c'est dans le môme intérêt que M. Guizot récla- « mait le droit de les interdire. Ce droit que revendiquait f( M. Gttizoty comme celni que revendique aujourd'hui

U* Garnier-Pagès cite, dans sonEùtoirede la BévoluUon de 1848, une lettre que Bf. Odilon Barrot lui adressait dès le 96 février, dans laquelle il dit: « H faut bien que les bons citoyens, tous ceux « qui ne veulent pas que notre France se perde dans des eonvul- « sions intérieures, vous viennent en aide pour deux choses qui « me paraissent dominer la situation : la première, c^est qu'en « réc^larisant cette liberté d'action nécessaire à tout gouverne- « ment et plus encore à nn gouvernement révolutionnaire qu^ « tout autre, vtm empêchiez que la révolution ne devienne de « politique, ausd profondément politique que vous voudrez, révo* « luiion sociale^ c'est-k-dire qu'elle n'atteigne la propriété et • la famille... » M. Odilon Barrot était de bonne foi en 1848 comme l'était H. Guizot en 1834. H croyait que la révolution sociale menaçait la propriété et la famille. Hais il faut bien le reconnaître, la révolution de 1848 faite au nom de l'organisation du travail, était avant tout, et c'était son caractère essentiel, une révolution sociale. Vouloir résister aux événements et remonter le cours des événements, cela ne pouvait que provoquer des catastrophes et briser ceux qui entreprendraient cette œuvre impossible. M. Odilon Barrot allait en faire l'expérience après H. Guizot.

H. de Girardin était plus clairvoyant quand il écrivait, dans la Presse le 18 mars 1848... « Où nous verrions un danger, oit nous « verrions un péril, ce serait dans le chimérique espoft et dans « l'impuissante tentative de. changer le caractère de la révolution « du 36 février, — si d^une révoluHon sociale, on croyait pouvoir « en faire seidement une révoluHon politique. Ce qui est ë craindre, « ce n'est pas le radicalisme, c'est l'antagonisme. »

66 LLS HOMMES 1848

(( M. Odiion Barrot, est une garantie essentielle à tous les (( gouvernements réguliers, à tontes les sociétés qnl ne teit< *

« leDl jias s abaudojiner elles-raêraes. Le droit d'inlerdic- (( tion et ie droit de surveillance sout fondéi sur ie mèiue a principe, le grand et éternel principe du salut public. Que « oes deux droits soient écrits ou non dans la loi de 1790» « peunous importe; ils font partie de ces droitspriraordiaux, <( iniprescripLibles, qui n'ont he<o[n d'être écrits dans au- « cun texte, et qui sout garantis par la Gonstituliou uou- « Telle, n

C'est ainsi qae l'on était conduit à sttb.Htituer les prin*

cipes d'autoiilé aux principes de liberté, et k placer les droits des gouvernements au dessus des droits des citoyens; peu s'en fallait que Ton ne présentât cette théorie comme la véritable interprétation des principes de 1789* M. de Mootalemberl, dans son discours du 21 juillet IBdO, en faveur des lois restrictives de la presse, tirait ainsi la moralité de celle expérience : « M. Guizot, M. Barrot, tous les deux ont tt été sucoessivement condamnés à user tout leur patrio- « tisme, toute leur valeur, toute leur énergie à défendre le <( pouvoir qu'ils avaient, dans d'autre temps, déprécié, u Qu'est-ce que cela prouve? Que ce sont des apostats, des <( hommes corrompus? Pas un de vous n'a osé le dire et it personne n'osera le supposer. Qu'est-ce que cela prouve H donc? Qu'il y a, dans la manière dont nous entrons dans « la vie politique, dans la manière dont nous apprécions « les rôles du pouvoir et de la société, quelque chose de « radicalement faux et de radicalement téméraire; quelque <( chose dMncompatible, non-seulement avec l'intérêt de la <( société, mais avec Tintérêt de la liberté même, et avec le (i devoir que nous av(ms tous de préserver celte liberté de a In ruine^infailliblequi l'attend, lorsqu'on a trop longlenips u lâché le frein à ce qui se cache sous son voile et sous son (c nom. Qu'arrive4-il aux hommes publios en ce pays«ci?

ODILOR BARKOT

« I]s ooinmencent tous par ne pas assez croire à rautorité, • « par ne pas assez la respecter. Et comment fioisseDi-ils ? <i Ils finissent de deux manières : les uns Tont fomber au

(( fond de l'abîme où ils cherchent h entraîner la société « avec eux ; les autres coasacreul leur talent et leur énergie « à défendre la société avec des armes dont ils ont euz^u mêmes trop souvent émoussé le tranchant et affaibli le

« ressort. »

Il est cprtain que l'enseignement qui ressort de cette expérience dont nous venons d'exposer les traits les plus slgoificatlfsi c'est qu'il lant désespérer oii de la liberté» ou bien des hommes qui, au nom de la liberté^ ont aspiré dans îe passé et aspirent encore aujourd'hui k diriger les affaires politiques. Ou ces hommes étaient dupes d'une illusion dans leurs revendications libérales, ou bien ils jouaient une indigne comédie et leur apostasie du lendemain mérite le mépris le plus profond. Il est iropossible d'abjurer plus complètement que M. Odilon Bar rut, [-ar exemple, toutes les idées à la défense desquelles on avait mis précédemment sou honneur, et de donner un démenti plus complet à tous les engagemeots que l'on avait pris de* vanl le public.

Si on comprefid le seniimeui ch' triomphe que cette expérience pouvait inspirer à MM. Guizot et Duchàteli confir* ués ainsi dans leur obitioatioii réactionnaire, on comprend aussi le découragement Inspiré par ce même spectacle à M. de Girardin, qu'il exprimait en refusant une candidature, qui lui était aubsi ofl< rte à la même époque et dans les mêmes circonstances (18 mars 1849) : « Député pendant M de longues années, j'ai vu à Tcenvre tons les bommes « politiques ; j'ai vu ce qu'ils paraissaient dans l'opposition; « j'ai vu ce qu'ils étaient au pouvoir: j'ai vu à quelles (( minces questions ils attachaient de l'importance; j'ai vu à « quelles petites passions ils sacrifiaient les considérations

LES HOIIMIS DE 18â8

u les pltts élevées; j'ai VU à qaels intérêts privés ils don- <( naient la préférence sur les intérêts généraux;... j*ai va

« les réformes les plus inoffensives alla(fuées comme dange- « reuses elles symptômes les plus graves dédaij^nés comme a insignitiants; j'ai vu sur quelle pointe d'aiguille, sur « quelles équivoques méprisables, sur quelles expressions « inconsidérées ou perfides, sur quels amendements sans (( valeur, sur quels ordres du jour sans bonne foi, sur « quels voles de confiance sans durée l'existence des cabi- <( nels était tenue en suspens; j'ai vu remporter d'innom- « brables victoires par un parti sur l'autre, sans que le pays c< en retirât jamais le plus faible avantage : j'ai vu enfin (( s'accomplir une révolution que j'avais pressentie; je l'ai (( vu détruire les instiiulioiis et conserver les abus, étendre tt l'arbitraire et restreindre la liberté. »

Ce qui doit le plus donner à réfléchir, c'est que ces hommes, rentrés aujourd'hui dans Topposilion, semblent n'avoir rien appris et avoir tout oublié. MM. Odilon Barrot, Dufaure, Duvergier de Hauranne et les autres, M« de Monlalembert lui-même, défendent plus haut que jamais h l'heure qu'il est la liberté qu'il ont reniée autrefois avec aussi peu de scrupule. M. de ïocque ville était devenu dans les derniers jours de sa vie un oracle de libéralisme, et il n'est pas jusqu'à M. Léon Faucher, dont on ne cité le nom avec honneur (1). M. Odilon Barrot est tout prêt à rééditer,

(1) M. Léon Faucher, éconoiinsic dislingué et journaliste libéral avant 1818, était rédactour en chef du Courrier français ; il accneilliL avec oiiili(uisiàsme comme beaucoup d'auires, la révoliiliun de février, il fut envoyé à l'Assemblée consllluaute u la faveur d'une profession de foi socialiste, dans laquelle il disait : « TJEtat « a qualité pour mettre les instrionents de travail à la portée du « plus grand nombre^ en développant les institutions de crédit par « un bon système de banque et de réforme hypothécaire. Il peut « favoriser l'élévation des classes laborieuses par l'éducation et les « institutions des caisses d'épargne. U peut limiter rexpansion

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si l'occasion s'en présentait, ses consuUalions de 1832 contre l'étal de siège, et à soutenir la cause de la liberté de la presse et du droit de réunion : M. Dufaure ue demande qu'à se joindre à lui, et lorsque la questipn du secret des lettres fut soulevée il y a quelque temps, ils ont été les premiers à élever une \o\x indignée. L'Union libérale s'est réformée comme eu 1847» et ses partisans, aujourd'hui comme

« des classes supérieures en Us appelant à supporter une plus

« grande part des charges publiques. L'impôt est le véritable

« levier au moyen duquel on agit sur la répartition de la richesse.

« La réforme urgente aujourd'iiui, la réforme populaire, est celle

« qui portera sur l*assiette de l'impôt... »

Ministre de VIntérieur dans le cabinet Odilou Barrot» il devint

un des soutiens les plus ardents de la réaction contre lë socialisme, qu'il attaquait avec une violence inouïe dans le Moniteur^ qui sous son administration perdit sa gravité officielle et devint un organe

de polémiques passionnées. M. Léon Faucher, bravant l'opinion publique qui s'était si vivement émue, sous la Restauration, du traitement infligé à MM. Fontan et Magallon, ne se borna pas seulement k recommander qu'aucune diiïérence n'eut lieu entre les condamnés politiques et ceux qui étaient condamnés pour des délits ou des crimes ordinaires. Mais encore dans nue lettre, adressée h son collègue le ministre de la Marine relativement au régime que devront subir au bagne les insurgés de juin, il pousse le raffinement de la répression jusqu'à leur refuser la consolatiou de les accoupler ejitre eux et jusqu'à prescrire de river chaque insurgé à un meurtrier ou à un voleur. ITeureusement l'intérim du ministère . de l'Intérieur ayant été confié à M. Lacrosse, d'autres ordres trèsdifférents furent donnés. « M. Léon Faucher, dit Proudhon dans • ses Confessions d'un révolutionnaire ^ est un de ces types qui ne m se rencontrent qu'une fois en quarante siècles» » Le 29 janvier 1849, à propos d'une insurrection imaginaire qui se borna à une révolte de la garde mobile pour une question de solde, \L Léon Faucher adressait aux habitants de Paris un appel véhément à la guerre civile dans lequel il disait : « C'est la Républi* « que, c'est la société eltc-méme, ce sont les bases éternelles du « pouvoir que les perturbateurs mettent en question, la victoire « de Vordre doit être démine et irrévocable» Que chacun fasse « donc son devoir, le gouvernement ne manquera pas au sien. »

70 LES HOMlIfS D£ I8Z18

alors» objargaent comme de^ enoemis de la liberté ceux qoi se tiennent sar la réserve» et ne sont même pas éloignés de

les accuser (f être des partisans plus ou moins déguisés du gouvernement personnel.

Dans un article du Courrier du Dimanche du 21 avril 1861, à propos d'un livre de M. Odilpo Barrot : De la Cen*

Le 12 mai, a la veille des élections à l'Assemblée législative, pour écarter les lépublicainsde la représcnialiou naiioiiule, il se livra à une manœuvre incroyable et ne c » aii^iiit pas de se rendre coupable d'un [aux en écriture Icléj^inpliique. Une disciissiuu trës-animée venait d*avoir lieu sur les allaires dMlïilie et l'Assemblée avait repoussé par 329 voix sur 021 votants la proposition de M. Jules Favre : de déclarer que le ministère avait perdu sa confiance, M. Léon Faucher télégraphia aussitôt ce résultat aux départements en désignant pour chaque déparlement Tatiitude de ses représentants, et il ajoutait : « Ce vote consolide la paix publique : « Les agitateurs rCattendaient qu*un vote de l'Assemblée hostile « au ministère pour courir aux barricades et pour rerou- « VELER LES JOURNÉES DE JUIN. » Cette insiDœnvre qui viciait en quelque sorte les élections pour l'Assemblée législatite, désavouée par les collègues de M. Léon Faucher, fut Tobjet d'an bl&me una* uime de TAssemblée. Cinq députés seulement se levèfent pour défendre les procédés de M. Léon Faucher : c'étaient MM* Bara* gUey-d'Hiltiers, Afèâe, Delattre, Denjoy ei Rlwienlx. A la suite de cet incident H. Léon Fancber dut déposer son portefeoille. Il continua II soutenir la politique présidentielle^ même après le pas» sage de llli. Thiers et Odilon Barrot dans l'opposition, et fut ap- . pelé le 10 avril 1^1, k prendre dans le ministère Rouher le por* tefeuille de rintéricur qu'il conserva jusqu'au 26 octobre. On aa« . sure, et vu ses antécédents cela parait vraisemblable, qu'il fut dans la confidence première du coup d'Etat. Il ne le désapprouva pas en principe, mais ses vues d'exécution n'ayant pas été suivies* il protesta avec éclat en repoussant comme une injure faîte i son caractère sa nomination dans la commission consultative, élue après le 2 décembre t851. En faveur de cette protestation,^ on oublia tout le passé de H. Léon Faucber« Il est )nort en odeur libérale et une édition récente de ses œuvres a été accueillie avec la plus grande sympathie par la presse libérale.

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ODILOU BARROT

traiisatian et de m,effets (1)» M. Jules Simon qui» s'il n'a pas pris une part bien directe aux événenieiKs de 1869, s'y

est du moins Irouvé luêlé de fort près (2),elqui était alors im des cheiii du parti libéral, il est eii voie aujourd'hui de devenir un des ciiefs du parti révoiutionnaire, M. Jules Simon disait que ce livre venait fort h propos pour u marquer de plus <( en plus la différence qui existeentre les libéraux et les ré- « voIutiouiHiires.» M. Jules Simon expliquait ainsi sa pensée: a Aucune classificaiiou n'est inflexible ; mais on peut dire <t en général que les libéraux veulent émanciper l'activité 0 humaine, et que les révolutionnaires, quand ils sont dans « l'opposition, songent à se substituer à ceux qui la diri- « gent, pour la diriger eux*mémes d'une autre laçon. Il

(1) Ce qu'il y a de curionx dans ce livre, c'est le (iésinléressement complei avec lequel raiiu ui parle de la liépublique de 18/i8 <( qui « se bonu, (iii-il, a proclamer, pour la troisième ou qualriiîrne u fois, les droils de riiuimuo, ^aus rien faire pour les ^aiaiilir et « pour se gaïaïuir elle-mùme. » A l;i t uile? 11 se félicite toutefois de la puissance de nos laœuis puliliqucs a qui nous a permis tt d'aborder la terrible épreuve de la révolution sociale, » et « nous « a préservés des derniers excès de l'anarchie. » — M. Udilon Barrot s'exprime ainsi sur la chute du gouvernement de Juillet : « Ce gouvernement est tombé le 2-i fevncL 18/i8, vu pleine vita- « liié, comme une machine qui éclate au milieu même de son « aclioD, parce qu'une soupape de sûreté n'a pas été soulevée à «.temps. » Dans une lettre récemment adressée au Progrès de fEure^ à propos des poursuites contre la souscription pour élever un monument au représentant Baudin tué sur les barricades le 3 décembre 1651, M, Odilon Barrot dit avec la sécurité d'un homme complélemeiit désiatéressé dans la question : « Les gouvernements m se succèdent, et bien que procédant d'origines diverses et allèche tant an grand mépris les uns pour les autres, ils se ressemblent « par trop de points* »

(2) M. Iules Simon fut membre de l'Assemblée constituante ! il ne prit aucune part active k ses délibéraiions et donna sa démise sioa au oonuneMseacnt de pour entrer au Conseil d'Etat, ob il participa à la fameuse délibération justificative de Téut de siège que nous avons citée*

« s'agit pour les premiers de supprimer Foàstaele et pour « les seconds de le déplacer^ »

Celte apologie des libérauxélait au moins étrange à propos de M. Odilon Barrot. S'il est une politique qui ait coosisté à déplacer Pobstade au lieu de le supprimer^ c'est assuré* ment celle de M. Odilon Barrot, qui n'a fait que personnU fier en lui la résistance personnifiée auparavant en MM. GuizotfDucbâtei et Hébert. Qu'a donc fait M. Odilon Barrot pour émaociper, ne fût-ce que loiutaiaemeoty l'activité immainet Ah! on ne peut pas dire que sa politique comme celle de M. Guizot se résume dans ces trois monosyllabes désespérants : Rien^ nen^rien. M. Odilon Barrot a fait quelque chose : il a fait la loi contre les clubs et le droit de réunioui il a (ait la loi contre la presse du 27 juillet 18/i9 et il a fait l'état de siège. On peut joindre à ces hauts faits rexpédîlion romaine pour le rétablissement du pouvoir temporel du pape. Voilà ce qu,'a fait M. Odiloo Barrot pour émancipeu' V activité humaine.

Nous ne voulons pas dire que M. Jnles Simon soit de mauvaise foi et qu'il veuille Iravestir l'histoire, mais il est bien certain qu'il la considère à travers un prisme qui ne la lui laisse pas voir sous ses véritables couleurs. C'est précisément pour rétablir^ d'après Jes documents authentiques, le caractère des hommes et des choses de Tépoque contemporaine que nous écrivons ce livre. Il s'adresse particulièrement à la jeunesse et au peuple, qui, nouvellement entrés dans la vie publique, ne connaissent pas très-bien toujours les événements du passé et n'ont pas sous la main lesélé* • menls utiles pour les apprécier par eux-môaies. Il importe cependant de ne pas retomber trop lourdement dans les mêmes fautes, dans les mêmes pièges, dans les mêmes illusions, et de profiter d'une expérience chèrement achetée. Puisse ce livre contribuer à rendre ce service à ceux qui le liront!

ODILO» BARROT 73

Nous avons choisi pour objectif Tannée 1848, parce que celte année est le point d'arrivée de ceux qui élaient entrés sons Loui8*Pfailippe dans le nauvenieoi de TopposUioD libérale et révolationnaire, et le point de départ de ceux qui sont entrés depuis dans ce iDOUvement. Tous nos hommes un peu importants ont tous plus ou moins pris part aux événements de celle époque, dans des conditions qui leur permettaient de manifester leur capacité et leur caractère. Ceux qui avaient allaqiié le gouvernement de Louis-Philippe ont pu uionlrer à leur tour comment ils entendaient le pouvoir, et nous avons indiqué quelle bonne fortune inouïe cela avait été pour M. Odilon Barrot de pouvoir ainsi re* commencer à son profit Texpérience de 1830. On sait main* tenant comment il est sorti de celte épreuve, et ce serait un acte d'inquaiitlabie aveuglement que de songer désormais à confier une part quelconque dans la direction des affaires du pays à un homme qui, après avoir fait si orgueil* leusement la leçon aux autres pendant dix-huit ans et après avoir professé si vivement les opinions les plus libérales, a donoé l'exemple d'une telle incapacité et a démenti si ou* trageusement tous les engagements de son passé* Nous en allons voir défiler bien d'autres successivement, et cette revue nous apprendra ce qu'il faul penser de la dislinclion éta* blio par M. Jules Ôimoa entre les révolulioanaires et les libéraux. Nous ne voulons pas faire d'ailleurs un simple livre de personOaliiés, et nous nous efforcerons de dégager de ces exemples un enseignement élevé pour le présent et surtout pour l'avenir.

LES HOUMSS DE 1848

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