‹ Les hommes de 1848Chapitre 4 sur 46 · M. DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

M. DE LAMARTINE

La révalution commença par une niaDîfestatioa d'élu-

dianls qui, le 22 février, jour assigné pour le banquel, descendirent de la place du Panthéon, eu une colonne corapacle, aux cris : Vive la Réforme I A bas les ministres I A bas Guixotl La colonne se dirigea d'abord sur la Chambre des députés ; repousaée par les dragons, elle ae porte vers la place de la Madeleine, d'où elle est refoulée par les municipaux dans les Champs-Elysées* Ce fut le signal. Le peuple y répondit en se levant en masse, et tandis que la Cour hésite et se consulte, il élève des barricades et s'empare de Paris, avant même qu'aucune mesure ait été prise pour la défense. Il répond à l'irrésolution par l'audace. Le soir, la ville fut occupée militairemenl; mais les troupes arrivaient lentement, indécises, sans ordres. Le Sd février, la garde nationale organise à son tour sa manifestation s elle parcourt la ville aux cris de : Vive la Réforme ! et ainsi prête son appui moral à i'insunection, isole le pouvoir , achève de démoraliser ceux auxquels a été confiée la mission de la résistance. Sur divers points la garde natlo«» Il aie échange avec la ligne les cris de : Vive la Réforme I auxquels le peuple répond par les cris do : Vive la ligne! L'armée, laissée pendant vingt-quatre heures debout au milieu de la ville, circonvenue et entourée, sent fondre in* sensiblement au contact de la population la rigueur de la discipline. Des femmes du peuple embrassent les soldats, leur porleni des vivres et leur disent ; a Ne tires pua «ur nos c( nis, nos pères et nos maris, m

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Ces nouvelles apportées aux Tuileries, cette consialatiou (juG les btiïonneltes sont devenues intelligentes, y jettent la consternation. Le ministère se décide enfin à donner sa démission, M. Gaizot se laisse arracher la sienne par le roi. Le brait se répand dans la ville que M. Molé est ap-^ > pelé à former un nouvctiu cabinet. La chute du ministère calme l'hostilité, mais non l'ertt rvescencc : des illuminations éclatent spontanément, et des manifestations triomphales parcourent les boulevards. Les conservateurs, qui éprou*valent déjà l'angoisse de la révoliitioi], coiomencenl à respirer. Mais un incident funeste et en quelque sorte fatal vient raviver toutes les colères populaires. Une colonne du peuple rencontre un bataillon de ligne sur le boulevard des Capucines en face du ministère des Aiïaires-Étrangères. Le balailloii croise la I:aïonnelte, et vent leur interdire le j assa^e : on paiiemenlf, quand un coup de feu parti soudain devient le signal d'une fusillade qui jonche le sol de morts et de blessés. Vainement le commandant du bataillon, elTr.'iyé de ce qui vient de se passer et de la responsabilité épouvanlable qui va retruibor sur lui, veut donner des explications sur le malentendu : la foule ne veut rien en« tendre. Cette malheureuse fusillade est Tarrét de mort de la royauté.

(( C'était une monarcbio. tout entière qui devait être jetée au peuple, en expiation de l'erreur peut-être d'un sergent; le contre^up du meurtre retentit bient<^t dans Paris. Le cri : Attx armes/ nous sommes trahis! mus som*

tftcs assassi/n's! s'élève autour du monceau de cadavres. Des hommes effarés, les lii bils déclarés, la léte nue, qui viennent d'échapper àla fusillade, sèment de tous côtés les détails de l^alTrcuse tragédie. Un frisson électrique court sur la jjt)|)ulalion. Ce n'est plus ce fiol calme du |)eu})le, qui passait avec une attitude licureuse et confiante sous une triple rangée d'illuminations : c'est une foule inquiète.

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agitée, frémissaule, qui regagne prounplemciU ses quartiers. La terreur, la colère, la pitié sont sur les figures. Les portes se ferment, les lumières s'éteignent une à une; des

liomraesarmés sorlentde toutes parts do dessous lespavé^?.

(( La colonne qui marchait tout ix Fiieure sur rhôlel des Affaires-Étrangères, qui avait rétrogradé devant la décharge, revient sur ses pas et amène un tombereau sur le champ de carnage. Elle y jette pèle-mèle une douzaine de cadavres, et se met en murclie à la lueur des torches qui répandent une clarté lugubre sur celte scène d*liorreur. Le convoi se rend au bureau du National; c'est le tison de la colère du peuple ; il incendie d'abord ceux qui parlent au peuple (1). Du Nationaly le cortège s'achemine par la rue Montmartre au bureau de la ^e/b;w; il pousse par intervalles le cri sourd de vengeance, et traverse à pas lents la multitude . qu'il enivre d'indignation. De temps k nuire, un homme monté sur le tombereau dressait tout debout et secouait, aux regards de. la mulliludo, le cadavre à moilié nu d*une iemme qu'il laissait ensuite retomber au fond du tombereau,

a Cette scène fanatise la colère. Le peuple bouliionno et pousse des cris de mort. Le convoi passe toujours sombre et terrible, sous un reflet de torcher, laissant derrière lui une foule exaspérée. 11 s'enfonce dans les quartiers profonds où Tirritation du peuple n'est jamais descendue en vain,.*.. Les barricades se relèvent, la fusillade recommence; des hommes courent do lous côlés frappant de porte en t)orte, et criant : Aux eûmes! Les cloches s'ébranlent, le locsin sonne, et son glas lugubre, porté par les rafales, retentit jusqu'aux Tuileries (â). »

(i) C'est M.Garaier-Pagès, qui, au iVa^tona/, harangua le pcu|iK', en Tabscnce de H, Marnist. 11 prononça effccUvemejnt une harangue ÎDcendtairc qui contraste singulièrement avec la mo(|éralioncounue de son caractère.

(3) Eugène Pcllctan, Histoire des trois journées de février iW»

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Pendant ce temps, sur le refus de M. Molé, qui n'avait

\n\ paiveiiir à conslitner un ministère, le roi passait le portefeuille 5 M. Tiiiers, et donnail le commandement général dos troupes au maréchal Bugeaud. MaisM.Tbiers refusait de laisser aller le maréchal contre les barricades, ne se sentant pas la force d'affronter Timpopularlté d'une répétition des massacres de la rue Transnoiiain. Gepeudant le lendemain, 2k février, le peuple était debout en armes et, dès la pre« luière heure du matin, le siège était mis devant les Tuileries. Le roi parlemente toujoui*s avec ceux qui l'entourent et avec lui-même, el ne parvient pas à prendre une résolution. Il se décide enfin à appeler M. Odiion Barrot au ministère. — // est trop tard I s'écrie M. de Girardin,qui pénètre d'autorité aux Tuileries, et arrache de force au roi son abdication et la proclamation de la régence de la duchesse d'Orléans» Mais quand M. de Girardin va porter celle nouvelle au peuple qui livre l'assaut à la caserne du Ghàteau-d'£au, au Palais-Royal, il reçoit & son tour cette même réponse : // est trop tard!

Les courtisans avaioiit abimcîonné les Tuileries : la [aiijill« royale reslait complélement isolée dans ces circonstances diiûciles : c'est M. Crémieux', accouru comme M. de Girardin pour annoncer qu'un allait attaquer les Tuiler'iC.^, qui protège la i'uitc du roi dans des voilures de place, prises sur la place de la Concorde. Nul cortège pour le convoi royal. Dans la précipitation égoïste de cette heure où toute majesté a disparu, ut à laquelle ne reste pas même la dignité de la défaite noblement supportée, on oublie la dachesse de Monlpensier qui, égarée, éperdue, erre sur la place de la Concorde k la recherche d'une personne amie qui la protège et lui procure un asile. Le général Thierry la conduisit chez M*^ de Lasteyrie.

La révolution était faite, les hommes politiques discutaient encore sur la régence conférée à la duchesse d'Orléans, au

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détriment des droits constiiolionels du duc de Nemours.

iMais déjà le peuple victorieux avait résolu la question, et partout éclataient daas la ville les cris de : Vive la Réputtlique !

La dttcbesse d'Orléans tenant par la main le petit comte

de Vims et le petit duc de Chartres, accompagné du duc de Nt:mours, se rend à pied au Pulais-Bourboii, où siècle la Chambre des députés. Le plus grand désarroi règne parmi les satisfaits de la veille^ inquiets, remplis d'angoisse, se sentant au cœur les affres de la lâcheté qui précèdent la trahison. M. Saezet, le président, est éperdu et ne sait sur quel sujet appeler les délibérations de la Chambre. Enfin on introduit la duchesse d'Orléans et le duc de Nemours qui prennent place au pied de la tribune. Une agitation anxieuse accoiiipagnée d'un silence profond règne dans rassemblée. M. Lacrc>se se lève : a Je demande que lapa- « rôle soit donnée à M. Dupin, qui vient d'amener le comte « de Paris dans la Chambre* » ^ « Je ne l'ai pas demanii déel » se récrie M. Dupin. — a. N'importe I » répondent plusieurs voix, « parlez. » — M. Dupin annonce l'abdication de Louis - Philippe, qui a déclaré en même temps qu'il transmettait le pouvoir au comte de Paris avec la ré* gence de la duchesse d'Orléans. De vives acclamations éclatent à ces paroles. Les autres font retentir les cris do : Vive le roi ! Vive le comte de Paris l Vive la régente ! a Je . (( demande, reprend M. Dupin, que la Chambre fasse ins- (( crire au procès-verbal les acclamations qui ont salué dans <( cette enceinte le comte de Paris comme roi de France, a et M*"® la ducliesse d'Orléans comme régenie sous la tt garantie du vœu national. » M. Sauzet se lève : « Il me a semble, messieurs, que la Chambre, par ses acclamations (( unanimes.... » De vives protestations l'interrompent. Au milieu du tumullo, el sur l'obsi rvaùoîi de M. de L iniartino, le président invile iVl*"* la duchesse d'Orléans et le nouveau

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roi à se retirer pour que la Chambre puisse délibérer.

M"**' la duchesse d'Orléans toujours accompagnée de ses deux fils el du duc de Nemours va s'asseoir aux derniers baucs du centre gauche. M. Marie raoate à la tribune et demande qu'en présence de la loi qui nomme M. le due de Nemours régent et de la proclamation de la régence de (a duchesse d'Orléans, on constitue un gouvernement provisoire qui puisse aviser avec les deux Chambres à la nécessité de satisfaire aux vœux du pays. H* Grémieux appuie cette proposition :

« Ne faisons pas comme eu 1830, dit-il, puisque ce qui u fût fait alors, il a fallu le recommencer eu 184â. bâchons it profiler des événements, et ne laissons pas à nos fils le

soin de renouveler cette réfolutioo (1). » H. deOenoode s^écrie : « Tous vous ne ferez rien de stable sans le con- « cours du peuple, En 1830, vous ne Tavez pas appelé. Vojez « ce qui vous arrive. » M. Ûdiion fiarrot dit qu'il faut

(1) On a quelquefois accusé M. Crémieux d'avoir appuyé la régonce le 24 février. Ou peut juger si tel est le sens du discoursqn'il prononça à la Chambre. Mais voici ce qui donna lieu h cette accusation. M. Crémieux, après son discours, monta près Jel;i duchesse d'Orléans, et i! écrivit quelques lignes qu'il l'engagea a prononcer. Ces lignes l' iaieut ain-i (oiirii 's : « C'est de la volonté nationale K que mou iils et moi nous voulons tenir nos pouvoirs. Nous attena lirons avec confiance, moi la veuve du duc d'Orléans, mon fils (t orphelin, la résolution qui sera prise. Ce qui est certain, c'est « que j'élèferai mon fils dans les sentiments les plus vifs de u l'amour de la patrie el de la lihi rte. » M. Crémieux, interpellé par M. Bazc îi ce sujet, dans la séance du 10 avril 1849, expliqua que le sens de celle démarche était d'engager la duchesse k laisser au peuple le droit de proclamer son gouveruement, « Repoussez le « présent que la Chambre veut vous faire, lui aurait-il dit, dites « que la volonté nationale seule doit prononcer. » M'"' la duchesse d'Orléans consulta M. Dupin qui était derrière elle pour lui demander si elle pouvait prononcer celle déclaration sans inconvénients, mais la tournure prise aussitôt par les événements empêcha qu'aucune suite fùi donnée à cet incident.

sauver le pays de la guerre civile, « La couronoe de Juillet» « s'écria-t*ii repose sur la téle d*un enfant et d'une fera-

« me.» Vives acciamalions au centre : la duchesse d'Orléans salue. M. Odiion Barrot continue en parlant de liberté politique, d'imim^' d* ordre. M. delà Rochejacquelein Tintcrroflipt, (( Est-ce que par hasard, » lui réplique M. Odilou a Barrot eu lui lançant un regard courroucé, « on préte)i« (( drait reinellre en question ce que nous avons décidé par (( la révoluUoû de Juillet ?» M. de la Eochejacquelein monte à la tribune pour reprendre et développer la thèse de M; de Geooude que la Chambre n'est plus rien, qu'il faut convo< quer la nation. M. Sauzetle rappelle à Tordre. Mais à ce moment la salle des séances est envahie par une foule armée. Le président se couvre* Un orateur étranger à la Chambre, M. Ghevallieri ancien rédacteur de la BMiathèque kistori* que, escalade la tribune et deaaande que l'on proclame la République. Le lu ami le et le désordre sonl à leur comble. M. Ledru-RoUin parvient à obtenir un instant de siience : uAu {( nom du peuple, partout en armes» maître de Paris, quoi- (( qu'on fassOi 8'écrle*t-il, je viensprotester contre l'espèce <( de gouvernement qu'on est venu proposer à celte tri* (( bune. n II faut qu'un appel soit fait h la nation pour qu'uue régence soit possible. M. Ledru**RoUin rappelle les souvenirs historiques. ^ u Conclues, lui crie H. Berryer, « nous connaissons l'histoire. » M. Ledru-Rollia conclut : « Je demande un gouvernement provisoire non pas nommé (( par la Chambre, mais parle peuple; un gouvernement pro- . « visoire et un appel immédiat à une conveniion qui régula- (( rise les droitsdu peuple. » A M. Ledru^Rollio succède M. de Lamartine : n Messieurs, dit-iL je partage aussi profondé* « menlque qui quecesoit parmi vous ledoulilesenlimentqui « a agiléloutà l'heure cette enceinte en voyant un desspecc taclcsles plus touchants que puissent présenter les annales « humaines, celui d'une princesse auguste se présentant avec

It. DE LAMARTINE

« son ûis innocent et quittant un palais désert pour venir u Ke placer sous la protection de la représentation du peu- « pie. Maïs si f ai partagé ce respect pour une grande « inforlune, je n'ai pas partof^c moins vivement ia sollicilii- « de, i'adnîiralion que doit nous inspirer ce peuple glorieux « qui combat depuis trois jours contre un gouvernement (c perfide, pour rétablir sur une base désormais inébranlable 1* l'empire de Tordre et Pempire de la liberté. »

M. de Lamartine, rès quelques développements lyriques sur le caractère .•'ubiime de la situation, conclut ^ comme les orateurs précédents à ia nomination d'un gouvernement provisoire. Un des hommes de la foule, un vieillard, se tenait debout en face do la tribune un sabre nu h la main, couvant Toraleurd'un œil à la fois inlerrogaloiir et menaçant. Quand RT. de Lamartine commença à formuler sa conclusion à l'appui de la nomination d'un gouvernement provisoire, l'borame remit son sabre au fourreau avec un air de salis- . iacliun. Le discours de iM. de Lamartine fut intenoiupu par une irruption d'hommes armés qui ne sachant pas ce qui se passe d»ns l'Assemblée l'envahissent en vociférant : a A « bas la Chambre ! Pas de députés I » Un homme dirige la crosse de son fusil veis le bureau. M. Sauzel qui, depuis longtemps était mal l\ son aise, se dérobe sous le biaeaii et disparaît, (i) Après quelque tumulte le vénérable Al. Dupont (de PEure) monte au fauteuil. On improvise et on proclame

(i) La faiblesse du caractère de II. Sauzel n'avait pas attendu * cette circonsiance décisive pour se maaîfésier. Le Journal des Débats écriirait k son 'sujet, le dO décembre J847 : « Quand la • tempête éclate, personne u'est plus surpris et plus ému que lui. n Et b Presse relevait ironiquemeni cette observation : « Ce sera a demain le premier Jour de l'an ; que M* Sauzel reçoive ici l'ex* n pression de tous nos vœux : nous lui souhaitons une Cliambre « tranquille, qui ne mette pas h l'épreuve ses qualités, qui, si Ton « en croit le Journal des Débats, le rendent peu propre à dominer « l'orage, a

les noms des membres du gouvernement provisoire. C^est M. Ledru*RolliD qui donne lecture de la liste : Dupont (de TBoff»), Arago, Lamartine, Î^edru-Rollin, Garnîer-Pagès,

Marie, Grédiieux. Les acclaraalioiis de la foule ratifient ce choix. Seuls, le noui de M. Marie et celui de M. Garnier- Pagès soulèvent quelques réclamations : a Pas de Garnier* a Pagës! crie une voix dans la foule. Il est mort, le bon I » Pendant ce temps le peuple k l'hôtel-de-ville proclamciit aussi la République et acclamait ies noms d*un gouvernement provisoire, improvisé dans ies bureaux de lu Réfoinae. Cette liste fut publiée le soir même par M. Gaussidière qui, en vertu du même mandat improvisé, prenait possession de la Préfecture de police, tandis que M. Etienne Arago prenait possession de l'hôtel des Postes. Ëlle était ainsi composée : F. Arago, Louis Blanc, Marie, Lamartine, Flocon, Ledrù-Boliin, Recurt; Marrast, Albert, ouvrier mécanicien. Les deux gouvernements provisoires se trouvèrent en pré* sence à l'hôtel-de-ville : ceux qui avaienl été élus à la Chambre tentèrent d'abord d'évincer dédaigneusement les autres; puis consentirent à les admettre seulement ail titre de secrétaires ; mais ûnalemenl ils durent céder, et le goa* vernemeut provisoire resta ainsi constitué : M\I. Dupont (de l'Eure), Lamartine, Crémieux, Arago, Ledru-Hol'in, Garoier Pagès, AJarie , Araiand Murrast , Louis Blanc, Fioéon et Albert. Mais les noms des élus de Tbôtel-de-vijle furent écartés du nouveau ministère qui fut ainsi composé : MM. Dupont (de l'Eure), président du Conseil; de Lamartine, ministre des Affaires-Étrangères; Crémieux, ministre de la Justice; Ledru-Rollio, ministre de l'Intérieur; Goud* chaux, mini^lre des Finances; Arafço, ministre de la Marine; le général Bedeau (1), ministre de la Guerre; Carnot,

(1) M. le général Biideau refusa et fut remplacé par le général Subervia

M. DE LAilAATiKfi

ministre de riiislruclion publique (!t dv.s GuUcs; Bcthiuonl, iiiinislre du Commerce; Marie, minisire des Travaux publics; le général Cavaignac, gouverneur général de l'Algérie; Garmer*Pagè8, maire de Paris; Guinard (i) et Recort, adjoints ; Plotard (2), secrétaire général; lè général deCourtais commandant général delà garde nationale. M. Etienne Arago conserva la direction générale des Postes et M, Caussidière fut maintena ou plutôt se maiotiot à la Préfecture de police» placée souB la dépendance du maire de Paria. Les membres du gouvernement provisoire hésitèrent un moment à proclamer la République : aucun n osa soutenir le parti de la régencot mais les uns par scrupule, comme M. Arago, d'autres peut-être par arrière-pensée croyaient qu'il était indispensable que le peuple fût consulté. La volonté du peuple, alors souveraine, et qui se tenait en permanence sur la placede l'hôlel-de-ville, impo&a la proclamation immédiate de la République (d).

(1) M. Guiuard refusa celle foncliou et fut nommé chef d'élatraajor de la garde nationale.

(2) M. Flolard émit attaché U l'Hôiel- de-Ville depuis 1830 et il en fît les hnnnt urs au gouvernemeni provisoire. Il avait conspiré en 1815 et 1816 avec h r^harbormerie ; il voiilui se présenter aux élections de Paris en juin 18/|8 et il invoqua l'ancien neié et la fpîmeié de ses senlimenls républicains. Mais on lui joua le tour d'exhumer une ode composée par lui en 1828 en l'honneur de la duchesse de Berry et du comte de Ghambord i sa fortune politique ne se releva pas de ce coup.

(3) Les hésitations des membres du gouvernement étaient telles qu'il fut un instant question de revenir sur celle proclamation. A peine étail-elle imprimée que l'on vit arriver au Moniteur M. I^ixio, porteur d'un ordre de la i étirer ainsi conçu : « M. Bixio est prié « de retirer de l'impriniit ric royale la déclaration du youverne- « ment provisoire. Signé Ad. Crémieux, Lamartine, Oupont de H l'Kure, Garnier-Pagès. » Mais l'incident n'eut pas de sniic , persouae n'osant lioalement assumer la responsabilité d une pareille iuiliative.

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