‹ Les hommes de 1848Chapitre 31 sur 46 · U. VARIE · texte numérisé non relu

U. VARIE

il monta a ia Iribune pour demander que la question des ateliers naiiououx reçût une solution rapide et définitive,

h la cause de lalUpubliquo, mais aussi U celle de la liberté, qni est aujourd'hui un adversaire de TEmpire, mais qui avec son digne ami &!• de Monialembert fui un des complices les plus actifs du coup d'£tat» M. de Falloux avait acclamé la République, dans une leltre écrite de Tours à l'Union de l'Ouest le février 4848 : « Il ne s'agit pas, disait-il, d'une ambition à badigeonner de la V couleur du jour; désormais c'est le gouvernement de tous, pour tt tous, qu'il importe de régulariser, c'est la société dans sa plus « large, dans sa plus haute acception qu'il importe de défendre*. . « Tout est nouveau, tout est inouï, dans les événements actuels, c Notre conduite ne doit plus relever à cette heure que de notre tf patriotisme, sans aucun ressouvenir de nos vieilles démarcations « de parti » — M, de Falloux prévoit et appelle l'explosion révo* luiionnaire en Europe : n Dites-vous bien que l'Europe va prendre « feu d'un bout à l'autre, k la nouvelle des événements de Paris. « Cela, gr&ce au ciel, nous dispense en France de songer à l'év tranger. Les puissances étrangères, comme on disait jadis, sont « aujourd'hui les impuissances étrangères* Tout ce que leur at- « taque a entraîné de violences, de passions en 9:2, e n 93, ne peut <f plus se reproduire ; le mouvement actuel, d'ici à six mois, en- « veloppcra 60 millions d'hommes. » M. de Falloux est même tout prél a faire h la révoluiicm le sacrifice du pouvoir temporel du Pape : a Pie IX dit depuis le commencement de son règne, qu*il (t prêt à sacrifier son état temporel plutôt que la moindre de ses « obligations comme pape. Prûms Dieu pour qu'il ne soit pas misà « cette épreuve^ mais appliquons-nous plusque jamais à méditer les « enseignements prodigieux qui ressortenidu langage et des ensei- « gncmenls de Pie IX. »

Quinze jours plus tard, dans une réunion électorale à Angers M. de Falloux faisait celte profession de foi démocratique et sociale : a J'ignore quel est le destin futur de la Uépublique en Eu- « lope. Mais ce que je connais avec certitude, c'est le présent. Eh « bien! le présent est plein de magnifiques promesses... Il va une « chose qi\e je crois s;»voir, et celle-la je liens h la dire, parce que «< je la tiens pour dêliniiivc, pour irrévocablement acquise : c'est « C avènement de la démocratie. Cet avénetiimt est d'autant pins M irrévocalle que h Providence et l'iilstoire nous l'onl préparé de « bien haut ei de iuen loin... Le citoyen, le Iravaillenr : voilà les « deux termes extrêmes où Dieu a voulu amener l'ancien monde ;

LES UOUXBS DE 18^1 8

M. Trélat se lève alors et dit qu'un grand nombre d'ouvriers vaétre envoyé dans les départements. Mais U proteste contre une impatience impolilique et inljumaine. u On ne peut cepeodaot, dit-ii, faire partir les Iravailieurs

u In eiioyen^ Je travailleur : votin deux bases nouveUes qu*il « a préparées pour le monde futur, n

Au mois (l'août 1848 M. de Falloux piiiii^i ui eiicoie u l'Assemblée conslituanie de ses senlinieDts républicains : ((La lU'publique « a été fondée ici le A mai, disait-il, te jour où rn pr(»sence de là a popnlalion de l^aris tout entil're, k la face d'uu suleil radieux, « comme les cœurs et comme les visage?, nous sommes venus, a tous ensemble, sans exception, procbnn r \:\ République... Pour « mou compte, croyez-le bieu, je crois qi. il n'y a de politique, « qu'il n'y a d'action politique possible dans le pays de France, « qu'au prix d'une entière sincérité, que la sincérité; (H la droiture de « caractères sont suptl'riemes au talent, et supérieures h l'habilelé, a et qu*il n^y a pas de pusition possible dam resiime publique, u San"! l't sincérité et sans la loyauté. »

L'homme qui parlait ainsi avait écrit une Vie du pape Saint Pie V dans laquelle il faisait Tapologie de l'inquisition et réhabilitait la Saint-Barthélemy ; il avait écrit une Histoire de Louis XVI, dans laquelle il anathématisait la Uévolutiouei ses libertés, présentant même comme une dangereuse innovation la publicité donnée Nt'cker, lors de son premier ministère, a son compte rendu des linanccs.

rsous venons de le voir provoquer l'insurrection de juin, par la dissolution intumiaine des ateliers nationaux, qui poussait au désespoir les travailleurs : il fut un des principaux instigateurs de l'expédition romaine pour veplarer le pap(» sur son trùne temporel au prix du san*; des citoyens romains ; il fût un des principaux auteurs de la loi du 31 mai, qui repoussait l'avénemenl de la démocratie; le ii juillet 1851, il venait demander U TAssembléc législative « la substitution du principe de la monarchie au principe de la Képublique, » et il arguait de l'invasion imminente de ceux qui, justement qualifiées par lui A*impuissants le lendemain de la Révolution, étaient redevenus, grâces k ses efforts et à ceui^ de ses amis, les puissances étrangères,

Yoilk rhomme sincère et loyal, qui voudrait encore aujourd'hui emprunter un masque libéral pour surprendre nos suffrages et notre estime f

M. MARIE 2d5

a avant de savoir où on les enverra* Car enûn» ces ouvriers

(( sont nos frères; ce ne sont pas des malfaiteurs que nous . « avoiis à renvoyer; et ici, trop souvent on parle des ou- « vriei s des ateliers natioûaux comme de malfaiteurs. » • Diverses dénégations s'élèvent ; « Jamais on n'adit cela. »

« Je ne puis 'pas oublier, reprend M. Trélat, ce que j'ai « entendu il y a trois jours dans îc se in du la commission, u Je ne demande pas mieux que de dissoudre les ateliers (( nationaux« Fournissez-moi les moyens» pourvu qu'ils « soient bumains (1), »

M. de Falloux, rapporteur de ia commission, qui se sent atteint, demande la parole.

Mais les actes subsistent qui démentent toutes ses pro* testalions (2).

Le 23 juin, au moment où les premiers mouvements de

rinsuM'ecLioii Irappaiciil la capitale de stupeur, M. de Falloux, comme pour attiser l'émeute, vint déposer un rapport concluautà la suppression immédiate des aleiiers nationaux.

En vain H. Raynal s'oppose à la lecture du rapport : (( Je ne crois pas, s'écrie-t-il, qu'il y ait opportunilé daus « le moment actuel, n

De toutes parts : Lim^ Hm.

Et M. de Falloux donne lecture.

M. Gorbon fait observer qu'il eût elé prudent (je donner auparavant des garanties aux ouvriers ; il dit que le co*

(1) M. TrélaL iralUems consoi vaii loiilo son hoslililé contre le socialisme, El dans ce discours préciséineiU il dit : qu'il ne reconnaissait plus les ouvriers \ qu'ils avaient clé éi^arés et pervertis par des inlUicnces pernicieuses j que c'élaienl les détestables enseignements du Luxembourg qui avaient fait tout le mal.

(2) M. de Falloux eut pour allié dans celte trislû campagne, M. Goudcbaux, qui, égaré par sa haine du socialisme et poussé par une certaine logique brutale, contribua plus que personne, de son propre aveu, h provoquer la guerre civile.

296 ItES HOMM£S DË 18/|8

mitérdes travailleurs était de cet avis, et qu*il avait préparé en ce sens un projet de décret dont il donne lecture.

Mais le décret est désavoué au nom du coniiié.

M. Tréiat alors se lève pour prolester : il dit que celle précipitation n^est ni prudente ni humaine, et qu'en présence de la position qui lui est faite, il est de son devoir et de son droit de dégager sa responsabilité.

L'Assemblée partagée entre les sentiments de la terreur et de la rancune n'entend rien, et c'est quelques instants après que M. Garnter • Pagès monta à la Iribane pour prononcer ces fameuses paroles : « // faut en finir avec « les agitateui s, )>

Le 22 juin, les ouvriers, placés» comme nous l'avons dit, entre la famine et l'esclavage (! ), s'étaient réunis^ et une députation decinq délégués s'était rendue auprès de la Commission exécutive. Ce fut M. Marie qui les reçut.

M. Pujol parla en ces termes au nom de ses camarades : « .4vant la révolution du 24 février, les travailleurs de la « France étaient soumis à l'arbitraire et à l'égoisme des a fabricants. Pour se soustraire k cette exploitation, les Ira- « vailleurs de Paris prodiguèrent leur sang et renversèrent « le pouvoir corrompu qui tolérait une semblable servitude, (c tes ouvriers do Paris n'avaient quitté les barricades ti qu'après avoir proclamé une répuUique démocratique et « et sociale, qui devait détruire l'exploitation de l'homme ({ parriioiinue. Aujourd'hui les ouvriers comprennent paru laitement qu'ils ont été leurrés par des promesses men« « songères, et ils vont encore devenir, par la violence du (( sabre» les victimes d'un pareil système ; ils sout décidés

(1) Le 2i juin un décret avait été publié, invitant les ouvriers de 18 à 20 ans, ^ s'enrôler immédiatement dans l'armée ou k se tenir prêts à paitîr pour aller faire dans les départements qui leur seraient désignés, des travaux de terrassement à la tâche. 1^ jour même un premier convoi avait été dirigé sur la Sologne.

Page 1