CHAPITRE XII M. QRÉVY
Apparent rari nanies in gurgiU vostù*
^ La GonstUiitîon fat votée et discutée sous le règne* on,
si Ton veut, sous la protection de l'état de siéj^e.
Un membre de la majorité, M. Liechtenberger, maire de Strasbourg, prit Thonorable initiative d'une proposition demandant la levée de l'état de siège avant la diacHsaionde la Constitution :n Si les opinions des membres de PAssem* « hlée, disait M. Liechtenberger, si le concours de tous et « de chacun de nous à l'œuvre soleouelie que nous allons « entreprendre» n'ont reçu et ne peuvent reevoi r aucune (( atteinte de la suspension momentanée des pouvmrs lé« c( gauxy l'état de la capitale, le silence des opinions au-de^
(1) Le Bien public était placé sons la baute înspiniUon de M. de Lamartine et fédigé par MM. Eugène Pelletan et Arthur de la Guérounière. Les deux fidèles collaborateurs qui, lors de ta cessation du Bien j»ti6/tc, après l'élection du \ 0 décoiubre eotrèrent ensemble à la Presse, se sont séparas depuis, M. Pelletan a passé dans les rangs de Topposition, il défend aujourd'hui la cause de la liberté: M» de la Guéronnière, sénateur et directeur de la France, est resté fidèle h la cause des pouvoirs forts et des dictatatures militaires. — Le Bien public fut, avec le C&nsHtuHonel, le journal qui se distingua le plus par ses excitations sauvages et qui propagea avec le plus d'acbarneipent contre les insurgés les odieuses calomnies, destinées k les désigner « à rexécration des « honnêtes gens de tous les partis. » — « Parmi les insurgés M morts ou prisonniers, disait ce journal, « on a reconnu un bon
. « nombre de forçats; tous taait*nt bien munis de poudre et de « balles mâchées ou en fer... Toutes les horreurs de cette longue
' < bataille semblent écrites sur la figure de ces hommes Qes pri-
LES HOliaiBS DE i8&8
ft hors de cette enceinte» la presse muette et mutilée, la « menace incessante d'une juridiction exceptlonoelle, in- « vestie du pouvoir de faire comparaître deyant elle les « opinions pour les bâillonner et les juger, toutes ces dou- « loureuses conséquences de nos déchirements intérieurs « et de nos discordes civiles, constituent -elles Tétat normal « de la République? Est-ce sous ces tristes auspices que la « Gonslilution nouvelle doit t>'oirrir aux accords de la « nation? Une telle situation, esl-il possihlp, est-il poli-* « tique de la prolonger et de la maintenir? La Goaslitua iion, qui doit commander le respect de tous, ne sortiu rait-elle pas de nos délibérations, altérée dans son priiH « cipe, flétrie d'avance, poui ainsi dire, de cette tacbe (( originelle que lui aurait imprimée le silence forcé des 41 journaux, et i'absence du contrôle libre que I*opiniOQ « publique doit avoir le pouvoir comme le droit d'e&ercer « sur nos discussions? »
M. Crémieux soulieiU le niaiiuien de l'état de siège, en s'appuyant surtout sur cet argument que « si jamais dans d aucun temps, une constitution n'a été délibérée sous
«f soDniers) qui oat violé dans cette laite tontes les lois de l'ha-« c Dianité. Leur physionomie est sinistre : on ne sait dans quels « bas-fonds rinsuirection les» a pu recruter. » Voilk par quels récits du reste le journal de H, Eugène Pelletan excitait au massacre des prisonniers : « A Sainl^Séverin» les gardes mobiles « pour se venger des l&cbes assassinats dont ceux des leurs « faits prisonniers avaient été victimes, après avoir envahi la ff maison d*oii des décharges meurtrières avaient été faites sur « eux, prédpUaient les insurgés par les fenêtres^ en disant : les « malheureuxi ils ne valent pas un coup de fusil ! » M. Causai-* dière avait-il donc tort de dire que le vertige s'était emparé d'une partie de la population , sous l'impression de ces funestes journées? Noos tirons un voile sur ces épouvantable^ souvenirs en nous associant ^ celte réflexion de M* Robin, « Pour l'honneur « dfit ThumaDilé, il faut croire que ces hommes n'avaient plus « conscience ni de leurx acus nî de leurs paroles I »
M. GftiVT
« l'état de siége^ jamais aussi dans aucun temps, cej^'était a l'Assemblée constituante qui avait prononcé l'état de
« siège. » L'état de siège est légitimé par ce fait que ce n*est pas le pouvoir exécutif, mais l'Assemblée qui l'a créé et le maintient. La liberté est donc entière, absolue.
A quoi» M« Favreau, un membre de la droite comme M. Liechtenberger, réplique avec raison que sans doute l'Assemblée est parfaitement libre, a Mais la question n'est a pas précisément là tout entière. Il s'agit de savoir si, à « côté de nous» il n'y a pas quelqu'un ou quelque chose qui tt ait aussi le droit 'd'être libre. » On ne manquerait pas d'appeler la Constitution votée dans une telle situation, la Constitution de l'état de siège.
M. Ledru-RoUin : « La Constitution faite, il faudra bien u rétablir la presse ; la presse vous dira que la Constitution « n'a pas été délibérée librement ; et alors, c'est là le mo- (t ment funeste, et nous ne sommes que sur le seuil, une « fois la presse frappée» il faudra la frapper continiiment. a Ce qui n'est qu'une exception aujourd'hui devra devenir « une situation normale. Alors, vous aurez fait de la Ré- « publique, non un gouvernenfïent libéral à large base, « mais un gouvernemeTit dictatorial et exceplionnel. »
On parie de dangers. Mais ces dangers fussent-ils aussi grands qu'on le dit, est-ce que dans l'histoire on ne s'est jamais trouvé en présence de périls semblables?' — « J'en- (( tends muriîuirer qu'on n'a jamai.s rien vu de pareil. Eh! (( mon Dieu, je ne veux pas rappeler les douleurs du pays, * a mais quand la Convention a décrété la première consti- « tntlon, elle était battue sur nos frontières, la Vendée « était déchirée parla guerre civile, les faclions intérieures, « les privilép^iés cent fois plus étroitement coalisés qu'au- « jourd'hui, et cependant ce n'est pas, je le répète, sous « l'empire de l'état de siège qu'a été votée la première « constitution démocratique. » Ota oppose h l'orateur, la
374 L£g HOMMES DE
Terreur, les tribunaux révolutionnaires. — « Vous vous « trompez, la constitution de 1793 est du mois de juin,
« les tril)utiiiux révolulionnaires du mois d'octobre. » Il poursuit : a Vous me paraissez* en maintenant l'état de « siège, céder à un sentiment que les assemblées précé* « dentés n'ont pas connu : la peur 1 Vous me paraissez « supposer que la majesté do l'Assemblée, que la force « mêoie des idées républicaines ne sont pas assez grandes (t pour déûer toutes les déclamations des partis. Est-ce bien a la fierté et rindoroplable courage qui doivent distinguer « des législateurs révolutionnaires. » — « Vous dites que « nous sommes libres, mais, encore un coup, le monde qui a nous contemple dira le contraire ! )2
M* Victor Hugo monte à son tour à la tribune* Il dit que son opinion n'est pas qu'il faille lever l'état de siège, mais que l'état de siège n'est pa?? la dictature. « C'est là censure « et la conliscalioo qui, à l'heure qu'il est, pèsent sur les u organes de la pensée publique. C'est là une situation in« a compatible avec la Constitution. »
Le général Cavaignac vient répéter les argunuînts de M. Crémieux. 11 avait bien exprimé le principe qui le guidait dans une interruption adressée à M. Ledru*Rollin qui disait : « Vous roppelez-vous de quel mépris nous couvriêns a ces constitutions discutées sous l'empire du sabre? Vous « rappelez-vous, quand nous voyions les corlès délibérer « sous la protection, à l'ombre du sabre de tel ou tel gé« it néral que je ne veux pas nommer, quel respect nous ins* a pirait cette constitution? » — Le général Cavaignac : « Cétait iiup monarchie! )) Qu'est-ce dune alors qui distingue la République de la monarchie? Ëst-ce la liberté? Non, c'est le droit d'opprimer la liberté.
M. Cavaignac dit que l'assemblée créerait un véritable danger, si elle levait l'état de siéi;e. Il fail cette déclaration qui provoque de longs ap^iaudmme^tUs ; a 11 y a OUQ
MU 6RÉVT 375
« chose à laquelle nous ne répondrons que par Tétat de
(( siège, c'est à toute attnqiie contre le principé républin cain : quiconque ne voudra pas de la République est tt notre ennemi, notre ennemi sans^etourl »
L'état de siège fat maintenà par 520 voix contre iftO. Votèrent, entr'autres, pour le maintien de l'état de siège : Odilon Barrot, Bastide, Betbmont, Ëd. Cbarton, Chauffeur, Gharras, Flocon, Giais-Bizoin, Goudchaux, Havin, Ketsner, Leblond, T. Iiefranc, A. Marrast, Edgar Qulnet, Jules Simon, de Tocqueville. Votent contre avec la gauche : François et Etienne Arago, Arnaud (de i'Ariége), Frédéric Bastiat, le général fiedeau, Beslay, David (d'Angers},. Grévy, J« Reynaud, de Montf^embert, Valette.
Ce vote avait lien le 2 septembre. Le 7 septembre M. De? ville revenait à la charge, dans la discussion du préambule de la GoasUlulign, eu proposant un amendement ainsi conçu :
(( En présence de Dieu, sous le règne de Tétat de siège
« destructif t^e. louLc libellé, cl spécialcinent de la liberté u de la presse qu'il supprime, qu'il suspend à volonté; c( sous le régime de l'autorité militaire, qui n'a aucune « connaissance des besoins de la société, qot, par son exis* « tence seule, comprime, avec Tesprit public, la mantfes- « talion de toutes les idées, de toutes les vérités, si utiles (( à répandre au mouieui où voul &q uisciUer les bases de a la Constitution ; sous ce régime inintelligent, expédilif> (c juste effroi des citoyens qa*il peut arrêter sans formes, «sans limites, enl'VGr à leurs juges ordinaires et livrer « aux conseils de guerre; au nom du peuple français, et « cédant à la compression qui pèse sur Paris, l'Assemblée
tt nationale proclame et décrète »
M. Deviile développa avec fermeté son amendement au milieu des interruptions les plus violentes : « Non, dit-il, tt ne viens pas. insulter à la majesté de l'Assemblée, je
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n ne veux qu'une seule chose, je veux indiquer la situa- « tioD, les faits sous la pression desquels je me trouve» qui « pèsent sur ma spontanéité, qui pèsent sur ma conscience. « Ce qu'il y a de positif c'est que je viens ici émettre une
« vérité. ))
On a parlé de la Terreur ! dit-iL « Est ce que par hasard, tf à cette époques! fatale» mais en même temps si glorieuse, « dont on a si imprudemment évoqué le souvenir, vous
(( avez vu, sans défense conUadicloire, sans jugement, u proscrire 10,000 hommes à la fois, 10,000 hommes, « parmi lesquels 5 à 6,000 au moins sont étrangers, direc* n tement ou indirectement, à l'attentat auquel on a voulu « les rattacher, et n'ont à s'imputer d'autre torts, d'autre « crime que d'avoir excité une iàche délation I Quoi I vous Cl appelez cela de la liberté I »
Pas n'est besoin de dire que l'on passa à Tordre du jour sur l'amendement de M. Deville.
La majorité, secondée par les ministres de M, Cavaignac, avait déjà pris à tâche depuis deux mois d'annuler tous les actes du gouvernement provisoire, toutes les grandes mesures accomplies sous la pression populaire qui devaient être autant de jalons pour la République, si elle eut suivi sa voie glorieuse. La contrainte par corps avait été rétablie ; on avait rétabli Timpôt du sel et les impôts sur la consommation ; on avait aboli la limitation des heures du travail. ' La discussion de la Constitution fut l'occasion de préciser ces tendances réactionnaires et d'achever la destruction de Tœuvre de Février : c'est ainsi, que lut déchirée la reconnaissance du droit au travail, et que malgré les promesses réitérées de M. Garnier-Pagès, l'impôt proportionnel fut préféré à l'impôt progressif. Ainsi, au mépris des engiigements formels pris par le gouvernement provisoire et confirmés solennellement en face du peuple par TAs* semblée dans les premiers jéurs de sa réunion, toûte satis-
H. GRiVT
faction aux aspirations des travailleurs élait écartée de la CoQstilutioD de la République, et la portée sociale de la République était complètement méconnue*
Quand aux vaines déclarations des libertés publiques, que pouvaient-elles signiûer en face de la situation actuelle? Quelles garauties pouvaient subsister pour les citoyens puisque le pouvoir conservait la faculté de sus* pendre à sa volonté leurs droits (1)? Et par une dernière dérision, tandis que la Constitution raonarchiqiie de 1830, disait formellement que nui ne pourrait être distrait de ses juges naturels et qu'il ne pourrait être créé de tribunal extraordinaire^ sons quelque forme que ce soit, disposition qui paraissait à la Cour de cassation incompatible avec l'état de siège, — la Conâtitution républicaine de 18Zi8, réparait cette lacune, reconnaissait formellement la légitimité
(I) <f Je vois avec une sarprise amère toutes les idées de « liberté se détigurer et s'amoindrir dans celte discussion d'one « constitution républicaine, » disait M. V. Hugo défendant un amendement qui ne fut pas adopté sur l'abolitîoD de la censure théâtrale. « Àucnne idée de liberté n*a encore été admise par vous m entière. Ne trouvez-vons pas quelque inconvénient ^ faire voir m ainsi par les faits que la République, tdle que vous Teatendes, « est moins libérale que ne Tétait la monarchie. Car, je le déclare» a la prohibition qui frappait la censure dans la Charte de 1830 Il était beaucoup plus large, plus absolue et plus respectueuse pour « llntelligence humaine que Tarticle de votre projet de constituc tion. Si vous continuel ainsi, le résultat auquel vous arriverez « ne répondra pas k Ui pensée des peuples, à l'attente solenoelle « de rhumanitéi Je le diSt parce que je li crains, votre conslitnm tion ressemblera k un avortement. » — * « Prenons pour devise : « Pas de libertés illimitées I a s'était écrié quelques instants auparavant dans la même séance (20 septembre) H. Jules Simon, défendant le monopole universitaire et s'opposant & ce que le principe de la liberté d'enseignement fût inscrit sans restriction dans la Constitution, Dans la même séance encore fut repoussé un amendement de H. Pierre Leroux sur la liberté de l'imprimerie. Dans une séance précédente, IL Pierre Leroux avait demandé
LES HOMUES DE 18i!(8
de l'état de siège, et comiireDait la loi sar l'état de aiége, dans la nomendature des lois organiques de la République I
Au milieu de ce déchaînement des passions hostiles à la liberté et à la démocratie, il n'y avait qu'une chose à sauvegarder, la forme du gouvernement, afin de garantir du moins le maintien de la République et de lui permettre de réparer dans la suite par son baume souvorain les blessures qu'elle se faisait ainsi à elle-même dès ses premiers pas.
Or, rinstitution d*un Président, élu directement par le peuple, allait constituer un pouvoir personnel en lui met* tant entre les mains tous les moyens de détruire la souveraineté de l'Assemblée et la souveraineté populaire. C'était une véritable restauration monarchique*
C'est sur ce point que devaient se porter tous les efforts
rabolitioTi du budget des culte«, comme la seule garantie efficace de la liberté des cultes ; mais il n'est pas besoin de dire que sa voix u'avLiit pas trouvé d'écho. L'ensemble avec lequel fut repoussé un amendement de BI. Deville demandant l'abolition du remplacement militaire eût fourni, s'il en eût été besoin, Toccasion de conslaler une fois de plus combien rAssemblée était plus hostile encore à l'égaliLé qu'à la libt rié. Cet amendement cependaui avait été défendu par le général Lamoricière, ministre de la guerre, qui avaii dit avec Tautorilé qui lui appartenait que les remplaçants étaient la plaie de Vannée, Entraîné par son sujet, le général Lamoricière élevant cette question, qui était surtout pour lui une queslvou d'administration militaire, a la hauteur des principe.-^ républicains, s'était écrié : c( Malheur U la l>ance, si, aujourd iiui « qu'elle a reconnu (pie la République était la seule ancre de salut, N elle n*a point nssez de foi dans la valeur des institutions qu'elle « se donne, p \ir oser espérer qu'elles réaciront sur ses mœurs, « et les meiuoot en harmonie avec les coud iùu os de son existence « nouvelle! Malheur "a elle, car elle ne pourra fonder une Répu- H blique indestruclibln, que lorsqu'elle aura dépouillé les vieilles « mœurs de la monarchie! w Mais la parole du général Lau»oricière n'avait d'influence sur l'Assemblée que lorsqu'elle venait appuyer ijuelque mesure réactionnaire.
M. GRKVY
des amis de la liberté, des amis de la République, et M. Grévy eut^'honneur d'en bien saisir rimporlance et la
portée et d'en déterminer le véritable terrain, dans un amendement justement célèbre.
Déjà, dans la discussion générale, M, Audry de Puyra* veau, le doyen de TAssemblée, un des plus respectables vétérans des luttes répubucaines sous la monarchie, avait ^ signalé le danger :
(( La première cons^uence d'une pareille disposition <( serait de créer un pouvoii^ à côté d'un autre pouvoir. « Vous prépareriez ainsi, par cette monstruosité politique, « un conflit dont les conséquences faciles à prévoir ne se « feraient pas attendre. Qu'opposeriez- vous en eifet k ce ft pouvoir, sorti de la même origine que vous, élu directe^ « ment par le peuple, s'il voulait vous résister?... Il vous « dissoudiait, s'il le jugeait nécessaire à son ainbiùon ; on a n'oppose rien à la force. Ce pouvoir ne serait qu'uue a royauté déguisée sous les insignes d'un président, (c Vous avez vu, citoyens représentants, un consul se faire « empereur, une royauté limitée se faire despotique. En « avez-vous donc perdu le souvenir? Nous n'aurions alors a qu'une monarchie déguisée sous le nom de république, n
M. Grévy développa son amendement dans un discours très-remarquable à la fois par le sens politique qui lui, faisait prévoir les dangers imiuédiats de la situation et par le sens pbiJosophique qui lui faisait concevoir très-nettement les conditions nouvelles de l'organisation des sociétés modernes.
Voici les lieux points principaux de ce discours :
(( Je dis que le seul fait de l'élection populaire donnera ^au Président une force excessive.
« Oubliez-vous que ce sont les élections de Tan X qui (c ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de
s'y asseoir? Voilà le pouvoir que vous élevez I fit vous
LES BOmiss DB 18A8
» dites que vous voulez fonder une république démocra- 0 tique I que ferlez-vous de plus si vous vouliez^ sous un iî nom différent» restaurer la monarchie? Un semblable « pouvoir conféré à on seul, quelque nom qu'on lu! donne, « roi ou président, est un pouvoir monarchique ; et celui « que vous élevez est plus coosidérabie que celui que vous tt avez renversé.
« Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d'être héréditaire, a sera temporaire et électif; mais il n'en sera que plus (( dangereux pour la liberté. Étes-vous bien sûrs que» u dans cette série de personnages qui se succéderont tous « les quatre ans au trône de la Présidence, il n'y aura que « de purs républicains empressés d'en descendre? Êtes- « vous surs qu'il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté tt de s'y perpétuer? Et si cet ambitieux est un homme qui tt a su se rendre populaire, si c'est un général victorieui, « entouré de ce prestige de la gloire militaire auquel les et Français ne savent pas résister; si c'est le rejeton d'une « des familles qui ont régné sur la France, et s'il n'a ja- « niais renoncé expressément à ce qu'il appelle ses droits; ic si le commerce languit, si le peuple souffre, s'il est dans u un de ces moments de crise oti la misère et la déception a le livrent à ceux qui cachent sous des promesses des u projets contre sa liberté, répondez-vous que cet ambi- (( tieux ne parviendra pas à renverser la République?
(( Jusqu'ici toutes les Républiques sont allé se perdre (c dans le despotisme : c'est de ce côté qu'est le danger, « c'est donc contre le despotisme qu'il faut les fortifier, tt Législateurs de k démocratie, qu'avez-vous fait pour tt cela? Quelles précautions avez-vous prises contre Ten^ tt nemî capital? Aucune. Que dis-}e? vous loi préparez les « voies! vous élevez dans la République une forteresse « pour le recevoir?
^ Voilà mon premier grief contre le système de la com-
If. GRÉVT • 361
(f missioD. Je lui reproche de créer dans nue république
<( (lémocralique un véritable })(Hivoii nioiiarcbique, pouvoir u plus considérable que celui du dernier roi, plus dange- « reui par la limitation ménie de sa durée, pouvoir qui « sera pour le despotisme une tentation et un marchepied,
(( et qui sera daus la Républiqua un germe de destruc* tt lion. ))
Les événements qui ont suivi donnent à ces. paroles une portée en quelque sorte prophétique.
Répondant ensuite à Texeraple qu'on a prétendu tirer des États-Unis, M. Grévy fait observer qu'aux iilals-Unis ' le président n'est pas noiuiué directement par le peuple, mais par une délégation plus ou moins compliquée.
Puis abordant les côtés élevés de la question, il dégage les véritables principes de la dêinocialie des sophismes et des erreurs d'un constitutioaualisme bâtard. C'est là la partie vraiment forte du discours.
Citoyens, je vais dire une chose qui paraîtra peut-être « déplacée, téméraire dans la bouche d'un homme nou- (( veau et sans autorité, mais elle m'est arracbée par une tt conviction irrésistible.
(r Plus f examine attentivement le jeu des institutions « constitutionnelles et les faits historiques qui Téclairent, « plus je demeure convaincu que lorsque les publicistes « du dix-huilième siècle et après eux Técole luoderne qui « a professé et appliqué leurs principes, ont considéré le « gouvernement des trois pouvoirs comme un gouverne* « ment de pondération et d'équilibre, et par conséquent « comme une forme de gouvernement définitive et derft niëre, ils ont coiuaûs la plus grande erreur politique de ff ces temps- ci.
« Ils ont trouvé en Angleterre une nation à l'état de - « iraiistonnaliou politique, n'étant plus suas la luoiiarchie
tt absolue et n'étant pas encore en république^ ils ont
tt trouvé là une royauté, une aristocratie et une démo-
« craiie en présence, se parlageaDt la souveraineté, et, a par uue suite nécessaire, le gouvernemeat. Leur erreur « a été de croire que ces trois élémeats formaient équitt libre, et qu'il résultait de leur poodération une forme de . « gouvernement stable et pouvant être définitive. Leur « vue, concentrée sur le présent, ne s'est portée ni sur le a passé, ni sur Tavenir; ils n'ont pas vu que l'élément poa pulaire ne s'était établi qu'en remplaçant les deux autres, « que le terrain qu'il a?aît gagné avait été perdu par la « royauté et raristocralie, qu'il poussait lenlemefil, mais u incessamment sa conquête, et qu'il en résultait une lutte 0 sourde dont Tinévitable issue est le triomphe de i'élé- « meut démocratique sur les deux autres.
u Aujouid hui que le temps a marché, nous pouvons a mesurer du regard le progrès accompli, nous pouvons « marquer les progrès de la luUe en Angleterre, nous « pourrions peut-être en prévoir le terme.
« £n France, où le même essai a été tenté, la lu lté a « été plus courte et plus terrible. C'est parce qu'en Frajice tt cette lutte a été un duel entre le peuple et la royauté sur « le cadavre de l'aristocratie. £n France, l'aristocratie n'a « pas survécu à ê9, et tous les efforts tentés depuis pour «la galvaniser et eu constituer une deuxième chambre tt ont été impuissants. Voilà pourquoi cette deuxième tt chambre, privée de vie, n'a jamais pu jouer qu'un rôle tt de comparse dans la lutte du peuple contre la royauté. ■« Voilà pourquoi ceLto kiUe a cLé ua duel a moil, une lutte tt terrible, uue lutte plus courte
« Remontez aux causes de toutes les révolutions qui se « sont accomplies en France depuis soixante ans, vous tt trouverez toujours que ces révolutions sont sorties des « coiidits de pouvoirs indépendants entre eux, et que ces tt conlUis ont été la conséquence forcée de cette indépen**
M. exirt 388
« dance. £h quoi I vous assistes depuis Ireote aos à celle « lutte de tous les jours, de tous les instants, du peuple
« contre la royauté, vous avez assisté k toutes ces révolu- « lions, et voin nous parlez eucore de modération et d'éuquilibrei Pouvoirs indépendants^ conflits; conflits de « pottyoirs, révolution : voilà ce que les événements écri- « vent depuis soixante ans h chaque page de notre fais- « toire
a Lorsque la collision est éteinte, lorsque la monarchie « et l'aristocratie abattues laissent la démocratie maîtresse « du champ de bataille, vouloir appliquer à ce nouvel état
« rancienne forme, vouloir scinder l'unité démocratique (( pour en opposer les parties les unes aux autres dans un a inévitable antagonisme, c'est un anachronisme et un nonu sens.
« Citoyens représentants, vous Tavez vous-mêmes cora- « pris et jugé ainsi, lorsque vous avez, à une très-forte a majorité, prononcé qull n'y aurait qu'une chambre; les a raisons de décider sont les mêmes. Pourquoi avez-vous (( repoussé la seconde chambre ? parce qu'elle est la repré- « senlation de rarisiocratie, parce qu eiit^ est un pouvoir « aribluoratique al qu'il n'y a plus d'aristocratie en France. « Pourquoi maintiendriez-vous l'autre pouvoir, le pouvoir « d*un seul, le pouvoir dé la royauté^ quand il n'y a plus tt de royauté?
« Vous aviez à opter entre deux systèmes, le système « du passé, celui de la division de la souveraineté en trois « branches, et le système que j'appellerai le système du « présent ou au moins de Taveoir, le système de l'onité de <( lu souveraineté, vous vous êtes prononcés contre le pre- « mier eu repoussant la seconde chambre ; vous ne pouvez «t aujourd'hui, sans une inqualiûable . inconséquence, y « revenir après Tavoir mutilé ; en ramasser les deuiL élé* u ments restants, pour eu iduc une ^urie de guuvemeuieai
• 3^4 I«£S UOMM£S J>£ iÔ:i8
tt bâtard, qui aurait pour effet inévitable d'aggraver les «inconvénients du premier, en réorganisant un anta^^oii ûisine sa6s tempérameai, sans issue, par coaséqueut, . tt plus direct et plus dangereux,*, n
L^âmendemeot de M. Grévy, appuyé par MM. Félix Pyat, Roux-Lavergne, Th. Bac (1) fut combattu par MM. de Tocque vil le, de Lasteyrie et de Lamartine.
En Lliéorie on invoqua contre lui celte théorie de la séparation des pouvoirs, réfutée d'une façon si magistrale par M. Grévy; mais en réalité l'objection véritable était ailleurs, et M. de Tocqueville ne fit pas de diUkulié d'avouer dans la péroraison de son discours, que la véritable objection des conservateurs contre la République, c'est qu'ils y voyaient noo-seulement le changement de la Constitution politique du pays, mais la menace du changement de sa Constitutioû sociale. « Le vrai remède au mal o dit M. de Tocqueville aux upplaudissemenls réiiérés de la Chambre, a c'est de séparer complètement « nettement ces « deux révolutions, de soutenir Tune et de réprouver l'autre, « de vous mettre énergiqueiiient vuus-mûaies, à la tête de tt la mdjorilé vraie du pays, de vous y mettre d'une mate nière continue, énergique, m àrûlant vos i aisseaux n -r G*est*à*dire en nommant le prince Louis-Napoléon,
(1) Voir a l'Appendice la note F.
(2) Une nianifeslatioa remarquable de cette ardeur contie-révolulionnaire, ainsi exprimée par M. de Tocqaevilli', c'( st la profession de foi de M* Molé, aux électeurs de la Gironde, le î25 septembre iSiS à la suite de laquelle il lut envoyé à rÂsscmblée
conslil liante :
« Ma première jeunesse s*éc<mla a uavers une époque d'épou- « vanlable mémoire, qu'on voudrait en vain réhabiliter nu joui J'hui.»
(( Comme vous, je me rallie sincèrement, sans arrjeie-ixMisi-e, « à la République honnête et nurUrée» Oublions nos dissensions « passées, unissons-nous pom sauver le pays des dangers qui le « menacent et dont il ne faut pas se dissimuler l'étendue. C'est la « société eUc'Uiémc qui est eu péril : la lutte est engagée entre
If. GRÉVY
Voiià le véritable. motif qui fit repousser ramendeoieat Grévy : les préoccapatioos de la majorité de l' Assemblée étaient ailleurs que de chercher la formule parfaite de la déraocralie de Favenir.
Le vote de la Chambre fut eotraioé par M. de Lamartine^ au moyen d'au de ces mouvements oratoires saisis* sriiUSf mais absolument dénués de bon sens, qui font des avocalg et des poêles les pires fléaux des Assemblées populaires, car ils fournisseut des prétextes honorables à ceux qu'un dernier reste de pudeur pourrait faire hésiter» et ils égarent la conscience des foibles.
Périsse le monde plutôt qu*un principe, périsse la République plutôt que le principe de la souveraineté du peuple 1 dit M. de Lamartine, — « Je sais bien qu'il y a « des moments d'aberration, dans les multitudes; qu'il y
« la civilisation et la barbarie. D'un côté la faniiUe el la propriété, • « de Tautre, Pabolition de ces lois étemelles dout les racines « sont au cœur de rhorome, et qai émanent directement de son « divin auteur...
« Permettez-moi de vous offrir ici le tribut de mou expérience, a Savez-vous commeut les meilleares causes succombent, quoi- « qu'elles aient pour elles Timmeiise msjorité des esprits? C'est « par l'indifféreace» la moUes«>, la 4i?isiou de ceax-lii même qui. « ont le plus d'intérêt k les défendre. RéenissonsHions donc, pen- « dant qu'il en est temps, réunissons-uons, mes ehers eond- « toyens ; volons au secours de la civilisation menacée. Ecrivons « sur notre drapean : Paix aux hommes» réconciliation entre ums ; « mais guerre inflexible, inexorable aux doctrines subversives et « à cetie nouvelle barbarie, qui ne procède pas comme autrefois « de l'ignorancei mais de la raison humaine, faussée et per* « verUe. a
C'est le même langage, il ne faut pas Foublîer, qu'avaient tenu quelques semaines auparavant HH. Senard, llarrast et Marie ; ils avaient eux-mêmes donné *]e signal de cet assaut contre la République et bit appel k la coaUtion des partis. C'est mnsi que M. Cavaignac, le 26 juillet, avait remercié au nom du pays 11. Thiers pour son rapport contre h fameuse proposition de Proudbon*
u a des noms qui entraînent les foulest comme le mirage
« entraîne les troupeaux, comme le lambeau de pourpre tt attire les animaux privés de raison I Eh bieni malgré a cette redoutable responsabilité personnelle dans les dan- « gers que peuvent courir nos institutions problématiques, « je n'hésite pas à me prononcer en faveur de ce qui vous « semble le plus dangereux, Télection du président par le tt peuple.
tt Oui» quand même le peuple choisirait celui qu'une <i prévoyance, mul éclairée peut-être, redouterait de lui « voir choisir, n'importe ! Alca jacta est. Que Dieu et le tt peuple prononcent! 11 faut laisser quelque chose à la a Providence 1 Elle est la lumière de ceux qui, comme a nous, ne peuvent pas lire dans les ténèbres de l'avenir !
« Eh bien! si le peuple se troiupiî, s'il se laisse aveugler i{ par un éblouissement de sa propre gloire passée; s'il se « retire de sa propre souveraineté après le premier pas, « comme effrayé de la grandeur de l'édifice que nous lui tt avons ouvert dans sa République et des difficultés de ses « institutions ; s'il veut abdiquer sa sûreté, sa dignité, sa tt liberté entre les mains d'une réminiscence d'empire; ft s'il dit ; Ramenez-moi aux carrières de la vieille monar- « cbie; s'il nous désavoue et se désavoue lui-même; eb it bien ! tant pis pour le peuple, ce ne sera pas nous, ce tt sera lui qui aura manqué de persévérance et de coutt rage. »
Non! ce sera vous qui anres manqué de science et qui
aurez fausse la formule de cette souveraineté populaire que, scierameot ou inconsciemment, vous étouffez en i' embrassant et en la glorifiant 1 Non, vous n'avez pas le droit de rejeter sur le peuple la responsabilité de votre ignorance et de votre incapacité, pas plus que celle de vos fautes !
La décisiou qu'allait prendre l'Assemblée était d'une importimce excessive : « Il reste 4 la République» si graves
M* GRÉVT
ff ment compromise par les fautes, les excès dn pouvoir,
« les scandales et les apostasies des républicain?? de la a veille, une dernière planche de salut, disait k l'resse : « cette pUncbo, c'est l'amendemeiit Grévy. Tous ceux qui (I ne veulent plus de la République n^ont qu'à rejeter cet
(( aniendemeat ; s'il est rejeté, elle ne lai survivra pas ion^- 0 temps. ))
Geut-soixaute^huit voix seàlemeot appuyèrent l'amendement, parmi lesquelles nous remarquons celles de MM. Fran^
çois et Étienne Arago, Baraguey d'Hilliers, Carnot, Ed. Chartin, Victor Chauffoiir, Pascal Duprat, Glais-Bizoin, Lamennais, Ledru-Rollin, Marrast, Piétri, Proudhon, Quinet, de la Rochejacquelein. Au nombre de ceux qui le rejetèrent» nous voyons figurer MM. Bartbélemy-Saint-Hilatre, Bastide, Berryer, Beslay, Bothmont, Corbon, Créiuieux, Ducoux, Flocon, V. liugo^J. Reynaud, Y. Lefranc, Marie, de Montalembert, Pagnerre, Sépart, J. Simon. M. Jules Favre était absent au moment du vote, mais il écrivit au
Moniteur pour faire coiiLiaîlre qu'il aurais voté avec ceux qui déféraient l'élection du président au suffrage universel.
L'amendement Grévy était ainsi conçu :
« L'Assemblée nationale délègue le pouvoir exécutif à un c citoyen qui reçoit le titre de Président du conseil des « ministres. Élu pour un temps illimité, il est toujours ré- (( vocable. »
Cet amendement en réalité supprimait la présidence de la République. Il se distingue absolument de t'amendement
de M. Lebioud, auquel s'était rallié M. Flocon, qui voulait que le président de la République lut nommé par l'Assemblée nationale, et maintenait ainsi l'institution. C'était là un système bâtard, dont H. Bac démontra très->bien les inconvénients. S'il y avait un président, c'était le peuple qui devait le noiuraer, et la prétention de faire nommer par l'Assemblée un préaident irrévocable était tout à fait insou-
368 LES HOMMES D£ 18/i8
trnable. L'amendement uvait en réalité été inventé pour les
besoins de la cause du général Gavaignac, qui sentait bien qu'il avait peu d'espérances à fonder sur l'éleclion populaire. M. Leblond, son autear, vota toujours à l'Assemblée coAstituante, avec U droite, pour la restriction des libertés,
pour rexpédition de Rome, et contre Tamnistie. M. Cavaignaf^, qui s'était abstenu de prendre part au vote de l'aroendemeni Grévy, n'hésita pas à soutenir l'aoïendemeot Leblond (4).
M"* Daniel Stern, dans son Histmre de la révolution de
1848, trace le portrait suivant de M. Grévy :
« L'un des représentants qui parla le plus fortement dans «les bureaux contre l'état de siège (en juin), ce fut « M. Grévy, représentant do département du Jura. C'était
a un esprit ferme el lempéré, Ix qui Tamour du bien et « l'habitude des choses honnêtes traçaient toujours, sans « qu'il eût besoin d'efforts, la ligne la plus droite. Sa pa- « rôle était grave, lucide ; il possédait cette logique invin-^
(l) Vingt-neuf membres votèrent contre la Conâtitulion qui restera un triste monument de la mutilation de la Uépubliquo par ceux qui avaient reçu mission de la fonder et de la défendre : MM, Benoit, Berryer, Bouhier de TEcluse, Bravard-Toussaint, Ikives, liruys, Gholat, Grespel de Lalouche, Defontaine, Denoize, Deville, Doulre, Favreau, Gambon, Greppo, V. Ilugo, Joigneaur, Lanloine, Harduin, P. Lefranc, Lubbert, de Monlalend^ert, Pelletier, Pierre Leroux, Proudhon, de Pnységur, Pyal, £ugëae Uas* pail, de Larochcjacquelein, de S* smaisons.
Les uns repoussaient la Conslilulion parce qu'elle n'était pas assez républicaine, les anlres parce qu'elle t'était encore trop.
Les membres de la i^anrlje expliquèrent leur vole en disatu qu'ils avaient vnié contre la Constitution : « parc e qu'elle ne conienaii « pas coniplétemenl la liberté de h pensée, la gratuité de l'ensei- « gncment, l'abolition de la peine de mort, l'unité du pouvoir ei le « droit au travail par lequel et pour lequel le peuple a fait la ré- « voluliou de février. »
M. Ledru-RoUin et quelques autres membres de la moutagne avec lui, s'étaient abstenus de prendre pan au vote.
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« cible de la sincérité qui gagne tovs les bons esprits. L'un « des nouveaux venus dans l'Assemblée, il s'y était promp- « teraenl acquis, sans intrigue et mêaiesans aml)ilion, une il considération particulière. Républicain par rétlexion piu- « I6t que par entraînement, il ne concevait le progrès que « par la liberté. Se tenant à cette notion trèfl^simple, mais « bien rare dans les querelles de parti, il parut constara- (( ment au sein de i'Âssemblée, comme une expression moc( deste de sa meilleure conscience, comme un exemple « parfait de Tesprit parlementaire appliqué dans tonte sa a sincérité h l'affermissement et à l'extension des institu*
« lions démocratiques. ))
Ces éloges sont parfaitement mérités : M. Grévy est, avec son confrère au barreau, M. Bac, un des rares bommes, qui, dans cette année 18(8, si féconde en aposta^sies et en défaillances, au milieu du tourbillon de Tesprit de parti et des ambitions surrexcitées, ont toujours soutenu, sans jamais se laisser détourner, la cause de la liberté et de la démocratie. La droiture de l'esprit fut toujours égale cbex Ini à la droiture du caractère, et son attitude est d'autant plus remarquable qu'il n'apparteiitàt pas au parti socialiste ni même à la gauche proi rement dite, et ne demandait jamais ses inspirations qu'à sa conscience.
Cette attitude unique, jointe à une grande modération et à un absolu désintéressement, devaient faire à ^î. Grévy la position la plus élevée dans ropinion publique. Mais en France, on sacrifie tout à l'apparence ; la modestie de M. Grévy l'a laissé dans l*ombre. De tous les hommes de 1848, if est lui cependant qui a fait constamment preuve du plus remarquable esprit politique, et en môme temps de la plus grande sincérité dans ses couvictions. Son mérite et sa vertu le désignent pour les premières places, et c'est à cet hpmme éminent et simple que le peuple, toujours dupe et victime de ceux qui sollicitent bruyamment ses faveurs,
devrait, dans le cas où ae présenteraient des circonstances graves, conIter'qaelqn'Qne de ces importantes et' délicates
missions que ne ^^oilicitent jamais ceux qui eu sont vraiment dignes*