‹ Les hommes de 1848Chapitre 40 sur 46 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

M. BASTIDB

d Le général Gavaignac poussait sa candidature à la prér

sideiice avec toutes les fureurs du désespoir. Forcé de lever l'état de siège, ie 29 octobre (1), son pouvoir élait entré dans la période de la décadence, malgré les concessions, honteuses qu'il ne cessait de faire à la contre-révolution, et malgré son obséquiosité à la Chambre où il ne cessait de répéter dans toutes les eu constances critiques : « Je « suis aux ordres souverains de l'Assemblée, c'est à elle <t de prononcer, » Ge langage hypocrite n'était pas moins méprisable que ses protestations d'amour pour la liberté, quand tous ses actes portaient le cachet de son esprit des- ])oliqiie et de sa conduite arbitraire. Il parlait aussi du faix immense que faisait peser sur lui le pouvoir, du besoin de s'en débarrasser; il se plaignait même d'avoir trop de

(1) Le 10 octobre avait été discatée une proposition de M. Dii^ rier, relative à la base de l'état de «ége. MH. Senard et llarie, confirmant les déclarations précédemment faites par h1 Gavaignac, avaieni dit qnHb croyaient qne le salut public exigeait le maintien de l'état de siège* La proposition de H. Dnrieu avait été repoussée avec une majorité seulement de deux voix, et cinq ministres avaient voté pour eux. C'est à la suite de ce vote, que IL Gavaignac, qui dédaraît quelques jours auparavant que Tétat de siège était encore nécessaire pour longtempSf prit lui-même, le 19 octobre, Vinîtîative d'une proposition pour sa définitive levées

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pouvoir, sachant les royalistes bien décidés à lui en doiiner plus encore, ne se doutfiDt pas que c'était pour le compro* mettre plus vite.

(( Trop de pouvoir I Et pour y arriver, il avait trahi la Commission exéciuivrs trompé la France, plongé Paris dans toutes les horreurs de la guerre civile. Pour s'y maiuteûir, il insultait à la révolution de Février en appelant an pouvoir deux ministres de Louis-Philippe, MM« Ikfaure et Vivien; car la réunion (1g la rue de Poitiers avait demandé des positions en garantie et en récompense d'un appui qu'elle refusa au moinent décisif, alors ^e i*instruiDent fut usé.

c( Ce remaniement ministériel eut pour origine un projet élaboré par MM. Gavaignac, Marrast et Senard qui, sous prétexté de raffermir là foi républicaine dans les départements, voulaient y envoyer des espèces de oommissaires généraux choisis dans le sein de TAssemblée par le chef du pouvoir exécutif. Le but de celte mesure était facile à deviner. M. Cavaisnac rêvait la dictature dans les départements par Tiatermédiaire de proconsuls qui eussent (ra^ vaiilé en laveur de son élection à la présidence. Les roya* listes s'émurent d'un projet dont la réalisation eût déjoué leurs intrigues, renversé une partie de leurs espérances- Aussi le repoussèrcnt*ils avec une brusquerie qui épou*vanta M. Cavaignac. Une autre circonstance vint encore ajouter au mécontentement de la réaction. Les banquets démocratiques gênaient beaucoup les royalistes qui visaient à démontrer que la France n'était pas républicaine, en favorisant des émeutes dans Iq Midi* Le banquet de Toulouse notamment les conUraria beaucoup« et ils réclamèrent la destitution du préfet, M. Gazavan, qui y avait assisté. Mais M. Gazavan était un ami de M. Senard. Ah I si ç*eût été un ami de M. LQdru-Roilin.«, Bref^ M. Sénard refusa la destitution réclamée^ c'étf^t rendre sa retraite Inévitsble, car

LES BÛMUtS 0£ 1848

s'il avait bien mérité de la patrie, c'est-à-dire de la majorité de i'AsseQiblée, pour avoir exploité l'insurrection, il en méritait mal en ne contestant pas aax républicains le droit de réunion, quand ses amis se trouvaient au nombre des délinquants.

« MM. Càvaîgnac et Marrast, qui avaient besoin de l'appui des dynastiques de FÂssemblée, consentirent à leur donner des gages positifs, et un remaniement ministériel eut tieu. Le NtOitmal livra des portefeuilles, non pas à l'ancienne gauche dynastique, mais à Tancien tiers-partie

<( M. Dufaure, tant raillé par le National pour avoir refusé d'assister au banquet de Saintes où il voulait qu'on portât un toast à 'Louis -Philippe, fut appelé au ministère de Tintérieur, et M. Vivien, le collègue de M. Dufaure dans le cabinet du 12 mai 1839, entra au ministère des Travaux- Publics. M. Gavoigoac choisissait pour ministres les ex-serviteurs de cette monarchie de Juillet ques 6n frère avait tant combattue I M. Marrast poussant le National à prouver que les hommes encore tout meurtris par ses attaques étaient tout à coup devenus de profonds politiques et que leur présence au pouvoir sauverait la République l Tant dé résignation inspirerait quelque pitié si on pouvait oublier ce que leur ambition a eoftté de larmes et de sang, si les conséquences de leur indigne conduite n'eussent été si fatales à la France.

<i Et, après de tels faits, le général Gavaignac, qui trouvait une satiafaction' si intime dans ^exercice de ses

pouvoirs, osait jouer l'abnégation, le désintéressement, lui dont la politique pour arriver à la présidence, se ré umait par une immense tentative de captation exercée sur le pays. Soit au dehors, soit au dedans il méconnaissait les intérêts permanents et vrais de la France, il reniait tous les principes de la démocratie. L'honneuT de la France coulait à pleins bord en Allemagne et en Italie, et les nouveaux

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