‹ Les hommes de 1848Chapitre 5 sur 46 · LES HOUMES DB · texte numérisé non relu

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M« de Lamarline dit, dans son Hisicire de la Bévoluiim de 18^8, que, le 24 février, il fut l'arbitre de la situation, et qu'il dépendait de lui, lorsqu'il monta h la tribune, de proclamer, comme il Je ût, le gouvernement provisoire, c'est-à-dire la République, ou bieo de persuader le peuple d'acclamer la régence de la duchesse d'Orléans. M. de Lamartine s'exagère certainement- à lui-meaie son influence : ?! est bien vrai qu'en flattant renlliousiasnie populaire il devint tout-puissant et fut réellement pendani . trots mois l'arbitre des destinées dé.la République; nu^ sa popularilé fut la conséquence de son attitude, et il n'est pas douteux que s'il eût voulu se meUre en travers du courant, le courant i'eùt emporté avec la même facilité qu'il avait emporté tous les autres obstacles et des obstacles plus puissants que M. de Lamartine. On a souvent raconté que M. de Lamartine était venu à la Chambre et iiiôiDe était monté à la tribune, avec l'intention de soutenir la régence, mais qu'en présence des dispositions de la multitude, il fit un brusque revirement. Ce qui donne une forte apparence de vérité à cette version, c'est r ambigu ilé de la premièie phrase de son discours que nous avons citée : l'énoncialion de la première parlie de -cette pbrase provoqua de vives réclamations : M. de Lamartine la reprit et la modifia quelque peu sans doute. M. Sauzet, qui a voulu dire aussi son mot sur ces événements dans lesquels il joua un rôle si pileux, s'exprime ainsi à cet égard : a Un espoir restait :M. de Lamartine « avait demandé la parole. Personne ne doutait qu'il n*en « consacrât l'influence à sauver les derniers débris de la « mcnarchie. C'était la loi de tout son passé, la gloire de « tout son avenir. »

AL de Lamartine a relevé vivement cette appréciation

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comme injurieuse pour lui. Il est certain que les tradilioas de son éducation faisaient de lui un monarchiste» et les tendances de son esprit étaient tout aristocratiques. Son

allitude politique avaiL été ondoyante et prêtait par plus d'un côté le flanc à la critique : il ne s'était rallié que tardivement h Topposition, et encore éiait-il toujours resté isolé des partis; son discours au banquet de M^lcon» cl surtout son mot sur la révohUion du mépris avaient eu un iiDiuense relenlissement; on citait encore d'autres mots de lui qui caraciérisaienl la situation d'une façon non moins Jieureuse et non moins saisissante : ixLa France s'ennuie, » disait-il èn 4839 ; et encore : <« Dans votre système, il n'est « pas besoin d'un homrac trÉtat, // suffirait d'une borncy )) d'où était venu la dénomination ào, comervateurs-bornes : mais d'autre part, M. de Lamartine était intervenu spon* lanément pour blftmer en . termes très-vifs les discoiira républicains et socialistes de Dijon et de Ch&lons, et il s'éiaii abstenu de prendre aucune part active à la cauipagne des banquets. Son Histoire des Girondins, tout imprégnée de poésie révolutionnaire, avait eu un immense succès, et on la range même parmi les causes détermi* nantes de la révolution : ce fut certainement, dans tous les cas, une des causes de Piinmense popularité, qui le plaça la lu téte du mouvement inattendu de Février, en l'absence de tout homme de caractère et de conviction capable d*en prendre la direction.

Nous avons dit sa ferme persistance (Unis la résolution de lésisler jusqu'au bout à l'arbitraire ojinislériel qui voulait interdire le banquet du douzième arrondissement. Mais plus tard M« de Lamartine se reprocha amèrement cette initiative révolutionnaire. « C'est la seule faute qui pèse (( sur sa conscience dans tout le cours de sa vie politique,» écrit-il dans son Histoire de la Résolution de 18^8, où il s'applaudit d'ailleurs de n'avoir pas cédé h la tentation

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généreuse de sonleair la régence et d'avoir contribué dans toute la mesure de ses forces à l'établissement la République.

Nous Irouvons d^ns V IL' st aire de la Réoolution f/e I8/48 par M. Charles Robin (1), cette appréciation sévère du caractère et de Taltitude politique de M. de Lamartine :

f! M. de Lamartine est un poète qui fut bien cber aux « ftmes délicates, iin orateur qui a subjugué TBurope, un « historien qui a su donner aux idées dont il se faisait le « préconisateur toutes les formes, toutes les harmonies. « Il a tour à tour charmé et enflammé les cœurs par ses « chants, par ses discours et par des pages qu'on avait (( le droit de croire inspirées par le plus pur patriotisme. « Combien s'y trompèrent! Combien se laissèrent prendre tt à ces notes voilées, à ces plaintes de l'amour qui tom* (( baient de sa lyrel Sceptique au fond, il fit des poèmes a mêla physiques et mystiques, moitié sacrés, moitié pro- « fanes, qui excitèrent l'admiration de tous les catholiques, .( Royaliste de cœur, il se fit par sjiéoulalion l'historien « enthousiaste des hommes de la Convention, et la démo- « cratie battit des mains. De tous les vers que M. de La- « mariine a jetés en pâture aux âmes rêveuses, de toute la « prose qu'il a confiée à ses imprimeurs, de toutes les pa- « rôles qu'il a prononcées devant ses divers auditoires, de « tous les actes de sa vie enûUy il n'en est pas un qui ne « soit la négation de Tautre. Il a écrit le Chmt du sacre et (( les Girondins, Mais à quoi bon relever ces contradic- (( tions? Ne sait-on pus à quoi sen tenir sur Tinconsis-

(1 ) V Histoire de M. Charles Robin est la plus complète qui ait été écrite, et celle qui rend le mieux compte du véritable caractère

des hoinmos et des choses. M. Robin, qui était mêlé dès celle époque k la VIP politique active, n'a pas déserté la brèche. 11 était dernièrement encore rédacteur en chef du Courrier de Saint- ÉtiermCf qui a été tué sous les pénalités judiciaires et adruiolslratives.

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« lance poliiiqup, sociale et religieuse de M. de Laniartinr? <( Qui ignore qu'après avoir ete iégiiuuisle, il est devenu (( Ubérali puis socialiste» puis conservateur, puis dynas* u tique, puis républicaiu modéré et immodéré? Il a cens- « piré avec el contre toutes les idées, il a planté sa tente « dans tous les camps et n*est resté nulle part, il a parlé « sur tous les drapeaux et o*a jamais arboré le sien.

« Toute la vie de M. de Lamartine n'est qu'une longue m aberration, et qu'un entassement d'inconséquences de (( tonte espèce. Sous la monarchie de Juillet, il atlaqunit u ies ministres à la tribune, et les soutenait de son vote; il « débitait de brillantes tirades sur le prolétariat, versait de <( poétiques larmes à propos de la misère des classes ou* (( vriëre.s, et, après leur avoir fait payer les vingt-cinq mil- « lions injustement réclarac^s par les États-Unis, il s'oppo- « sait à la conversion des rentes servies par l'argent du « peuple; il flétrissait l'esclavage, et accordait de Tor et des (( gendarmes pour empêcher rémancipation. Quoi encore? H II flétrit la loi de disjonction du nom de eoup d'État lé- (( gislalif, et il vota pour ce coup d'Étal. Il donna aussi une <( preuve de ses tendances contre-révolutionnaires en rett poussant une proposition du général Bertrand en faveur n des légionnaires du bataillon de l'Ile d'Elbe, par cette u raison que, récompenser les braves qui avaient favorisé « le retour de Napoléon, c'était reconnaître le principe de (( l'insurrection. Ën 184d, il ût partie d'un gouvernement u révolutionnaire!

u Vit-on jamais perdre à ce point tout sentiment de dt- « gi.ile politique? I/iionime qui pense n'est-il donc pai fois» « comme l'a dit J.-J. Rousseau, qu'un aiiimal dépravé? Et xf quand on songe que M. de î.amartine fut presque un dieu « pour les deux tiers de la France, on est tenté de croire a que la nation fut en pleine anarchie ; car il ne fallait plus (( avoir ni raison, ni goût, m vertu politique, pour se lais-

« ser émerveiller par le désordre d'imagination, par ia pro- (( digalilé d'épiUièles ambilieuses d'un homme qui avait cé- « lébré toutes les muses sur la roèaie lyre, chanté toutes les

u souffrances sans en soulager aucune. Platon voulait f}ue « les poètes lussent couronnés de fleurs, et poliment recon- <( duits aux frontières de la République. Pialon avait deviné « M. de Lamartine.

a L'engouement irréfléchi du peuple pour M. de Lamar- (( line, dans les premières heures de la Révolulion, ne fut u qu'un éblouissemenl vertigiaeux. Le peuple, devenu tout (f à coup artiste^ avait ie sentiment de l'art inné en lui , (( mais il n*en possédait pas ia science. Il se laissa charmer « par des sons mélodieux, fasciner par une richesse de co- « loris, par une pompe de langage qui ressemblaient de si c( près à des émanations d'un génie réel, complet, qu'il ne « lui vint pas à Tidée qu'on peut prendre du strass pour du (( diamant , et que certains hommes font du sublime , du « iiingriiiiquo, conime d'aulres fout des calculs et du tecli- « luque. »

•Le premier acte de M. de Lamartine, celui qui eut le plus de retentissement et qui a laissé aujourd'hui encore le plus profond souvenir, fut Tacle par lequel il s'opposa à ce que le drapeau rouge fût arboré. Pour beaucoup de gens, il semble que M. de Lamartine, ce jour-là, ait sauvé la Fj'ancc de la Terreur; il semble qu'il Mil sauvé la fatnille cl la propriété. G'fSt donner à un simple incident une iajportauce disproportionnée. M* de Lamartine a reconnu lui-même, dans son compte rendu présenté le 6 mai, à l'âssemblée constituante, que le drapeau rouge n'était nulleiiieiii (( un symbole de me naces et de dé.^ordre, )> mais un signe nouveau pour une institution nouvelle. En réalité le drîipeau tricolore représente ralliance du peuple et de

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la royaolé, le drapeau rouge eût représenté L'aboUUon de la royauté, qui paraissait le résultat incontestable acquis

parla révoliUion de Février, et Tunilé de toutes les classes de la uatioa (caducs dans le symbole de l'égalité (1). Quand la question se posa au gouvernement provisoire^ on craignit surtout en faisant droit & la demande populaire de froisser l'armée et de donner aux orléanistes un signe de rjdliement, c'esl-à-dire que la qiieslion se trouve posée comme elle Tétait réellement* cuire le maintien deTancien ordre de choses et rétablissement d'un ordre de choses

(1) Le drapeau tricolore fui mauî^uré en 1789, pour donnor un emblème de la réconciliaii ni sol nnL;Heincnl opérée k riiùlel-de- Ville entre la bourgeoisie et la Cour, après le 11 octobre, lorsque le roi quitta Versailles pour se (ixer a Paris : aux couleurs rou^^es et bleues qui étaient celles du tiers-état, on avait joint le blanc qui représentait la royauté. — w L'adopiion d'un nouveau drapeau « dans des circonstances aussi favorables, dit M"* Daniel Stern « {Histoire de la République de 18^8), n'aurait pas eu le caractère tt de menace qu'une formidable insurrection lui a ilonnù plus tard. M Le j,njuv(M nenieul provisoire, en recevant des luains du peuple M victorieux le drapeau des barricades, pouvait a son gré en luai- M quer le sens. Il ne s'engageait poiiU dans les voies d'un terrorisme « repoussé par la conscience universelle. Si Tappréciatioa de M. de « LaniiH Line avait oté juste, s'il y avait eu alors dans Paris soixante « mille hommes avides de sang et de pillage, ils n'eussent "point c attendu pour se donner carrière le congé du gouvernement. l*ai is « sans défense élait à la merci des prolétaires. Ils n'avaient pas c( besoin de la permission de pcrsoune pour saccager et tuer tout a k leur aise, n

u Quoi 1 dit M. Uobin dans son Histoire^ on accusait d'obéir « a une inspiration sauvage ce peuple qui amnistiait ses ennemis, M qui faisait sentioelle ^ leur porte pour proléger leur opulence et « garder leur sommeill On Osait prêter des sentiments de haine à « ces combattants qui saluaient de leurs aedamations te décret a abolissant Téchafaud politique, et qui inscrivatent partout le root « libérateur de fraternité : c'éuît calomnier, gratuitement et par « un reste d'habitude, ce peuple dont la magnauiailté sans égale « permît même qu*OD dénaturât ses plus loyales intenlions^ »

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nouveau. Ce lulie maiiiiieii de raucien ordre de choses qui l'emporta» malgré les vives instances de Louis Blanc. C'esl eii cela que Tincideot a une réelle Importance. La discos- «on sur Tadoption du mot République venait d'avoir lieu, ii s'agissait maintenant de savoir si, après avoir concédé au peuple le mot» on lui accorderait la chose. On décida que la République devait être un simple simulacre destiné à recouvrir et à protéger les anciennes formes gouvernementales et sociales. de Lamartine exprime lui* même ce seniiment dans sa déposition à l'Enquête dite Queiilia-Bauchart, du nom de son rapporteur, laite & la suite des événements de juin par l'Assemblée nationale, sous la présidence de M. Oditon Barrot, et qui fut une véritable inquisition sur les sentiments et les actes des hommes qui avaient proclamé la République : « La procldiualiun de la . « République, dit M. de Lamartine, parut à certains « hommes devoir emporter plus qu'un trône, c'esl-à-dire « la société tout entière (1). »

Pour iiiijil n'y avaU rien de changé en France, au lendemain du 24 février, si ce n'est qu'il y avait un roi de moins et la grandeur de M. de . Lamartine de plus. Mais ce n'était pas là un argument qui pût être employé. M. Goudchaux, honnête homme, mais esprit étroit et tout renipli des préjugés les plus obstinés, fournit à M. de Lamartine le motif oratoire dont il av«iit besoin, M. GoudcbeaujL, répliquant avec violence à M. Louis Blanc, dit que le terrorisme frappait aux portes et n'attendait qu'un pre-

(1) Il faut reconnaître cependant que tout d'abord la portée sociale do la r^voUuion de Février ne fut contestée par personne. M. Séiiard, qui corics n'était pas uA ultra, disait à l'Assemblée constituante, le 11 mai : u La révolution de Février, tout le monde « l'a dit hauieiiient, n'a pas seulement apporté un changemenl « fondamental dans la forme du gouvernement, en subsliuianl le u principe electil' au principe héréditaire : la révolulioo de Février u est par-dessus tout une révolution sociale. »

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ifiier triomphe pour imposer à la France sa dictature san-

2;iiinaire. M. de Lamartine dcsceiulit sur la [)lacLî de rHôtelde-\ ille, ( I fil un magnifique discours par lequel il Irioniplia de la volonté du peuple, eu paranl de son éloquence des arguments faux. Il rappela que le drapeau tricolore avait fait le tour du monde avec la République et l'Empire, avec nos libertés (les libertés de l'Empire !) et nos gloires, tandis queledrapeuu rouge n'avait fait que le tour du champ de Mars, traîné dans le sang du peuple. Mais M., de Lamartine se garda bien d*ajouter que ce furent des mains royalistes qui traînèrent ainsi le drapeau rouge dans le sang.

Cet incident démesurément grossi dans les départements où les conservateurs effarés prirent au sérieux les hyperboles de M. de Lamartine, et crurent avoir échappé k un

immense danger, contribua à jeter la terreur dans les esprits, h aliéner à la Ilépul)liqnc et au peuple l'esprit de la bourgeoisie, qui dès lors songea à se jeter dans les bras d'un sauveur pour échapper à des dangers imaginaires. On crut un instant que M. Âe Lamartine était ce sauveur, et Ih fut le secret de son immense popularité. Le peuple, simple et naïf, ne comprit que plus tard cette perfidie, et enivré par l'étoqueuce de M. de Lamartine, il contribua, lui aussi, à son triomphe.

Un antre acte de M. de Lamartine, dont le caractère est beaucoup moins contesiable mais dont 1 1 ()oittMj fui aussi démesurément grandie par lui, c'est raboiitiou de la peine de mort en matière politique (1). Cette mesure fut rendue officielle par un décret, emphatique jusqu'au grotesque, dont les considérants mettaient la grandeur é^ékne

(1) II. de Lamartine proposa le premier l'abolition de la peine de mort en matière politique. L'idée, momentanément écartée, fut remise sur le lupis par M. Louis Blanc, et détinitivement adopiée le jour même.

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à Tordre du jour. M. do Lamartine le fit précéder d'une proclamation daas laquelle il disait : « Cesi le plus beau <( décret qui soit jamais sorti de la bouclie d*un })eiip1e le « lendeiDain de sa victoire. M. (i irnier-Pagi's , dans son Histoire de la Révolution de 1848, célèbre avec enthousiasme ce souveoir : u Tout gouvernemeat nouveau marque « sop avénemeot par un acle qui résume sa peosée et trace « son avenir.. . L'abolition de la peine de mort en matière « politique était l'acte éclatant qui résumait le nouveau « système pacifique de liberté, d'ordre, dMiumanité et de « progrès. C'était le baptême qui sanctifiait la République « dans le présent, et qui lui ouvrait à tout jamais l'ave* (f nir, etc. » En réalité, toutes ces pompeuses déclarations ii'empôchèrenl pas les hommes du |i:ouveniement pi ovisoirc de relever plus tard, uu moins iudireciement,. TéchaCaud politique on bien de le remplacer par un pire supplice» en déportant sans jugement, après les journées de juin, les vaincus de l'insurreclion populaire. Toute celte luagnaniinilé tant célébrée quand il s'agissait d'arracher au peuple la grâce de ceux qui n'avaient pas craint, dans leur coupable obstination, de faire couler son sang, on ne se soucia plus de s*en souvenir, quand le peuple se trouva vaincn à son tour. M.Garnier-Pagès fut alors un des partisans les plus acharnés d'une rigueur implacable, et M. de Lamartine n'éleva pas même la voix pour invoquer la clémence, sinon la grandeur d'âme (1).

Toute la valeur do celle mesure se borne doiic à une ostentation pompeuse, mais au fond elle ue signifie rien

(1) La condamnation h mondes assassins du général Bréa, dont racle avait assurément un caractère tout politique, fut considérée par plusieurs journaui comme le rétablissement effectif de Técbafaiid politiqt.e» Des poursuites hireiit dirigées contre les journaux qui iircnt cette* protcslation cl noianimcnt contre le Peuple ei la Rémlulion démocratique e/«octa/e, journal dirigé par M. Delescluzo.

M. J)£ LÂ&iARTlK£

absolument, et nialheiireuseroént ce fut te caractère de la

plupart ûvs mesures du gouvernement provisoire. Ce fut . le rôle de M. de Lamartine d*éblouir le peuple et le inonde, et d'escamoter ainsi une révolution qui pouvait réaliser des résultats si importants pour rétablissement de la liberté et le développement du bien-être des travailleurs. M. de Lamartine grisa la France cl se grisa lui-môme de déclamations grandiloques : 11 couvrit des fleurs de sa rhétorique ral)Irae qui se creusait sous les pas de la République, et, l'endormant dans ^imprévoyance, il fatTagent le plus actif de sa perle. Celte influence funeste de M. de Lamartine doit le faire apprécier sévèremenl: le gouvernementdes peuples n'est pas une fantaisie de poète, et il doit entraîner une rigoureuse responsabilité pour ceux dont l'ambition ne recule pas devant celte éjireuve redoutable.

Le peuple avait consenti h renoncer au drapeau rouge, emblème de ses aspirations, mais il ne voulait pas sacrifier la réalité de ses revendications, et une manifestation imposante et impérieuse vînt mettre le gouvernement provisoire en demeure de lui garantir le droit au travail et Torganisalion du Iravail (1). Celle fois i'éloquence vide de M. de Lamartine essaya vainement tous ses procédés pour faire renoncer le peuple à sa volonté fermement exprimée, et le gouvernement provisoire dut rendre le décret suivant qui constatait hautement le caraclèrc social de la révolution : « Paris 25 février i8/t8, — Le gouver- « nement provisoire de la République française s'engage « à garantir l'existence de l'ouvrier par le travail; il s'en- « gage à garantir du Iravail h tous les citoyens; il recon- « natt que les ohm in s doivent ^'associer entre eux pour <( jouir du béuélice légitime de leur travail. ))

(1) C'esl un ouvrier iionimc Marche qui vint signilier au gouvernemeul la volonié populaire.

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Le gouvernement provisoire ne songea jamais sérieusement à exécuter cet engagement qui lui avait été arraché par le peuple victorieux : M. de Lamartine avait déclaré

lui-même ne rien comprendre à ce que pouvait siLxtnlier lorj^anistUioii du travail. En ce cas, il fallait s'absLcuir on se retirer. Cette promesse trompa le peuple, l'endormit dans une illusion trompeuse qui devait être suivie d*un terrible réveil (1). Le caractère de ce gouvernement qui débutait par une affirmation de !a h ^ii miii' tlu socialisme allait être une réaction à outrance contre le socialisme. Si le peuple était égaré, la responsabilité de son erreur doit retomber tout entière sur ceux qui avaient mission de réclairer et qui ne surent que flatter son ignorance pour se lourner ensuite contre lui avec un acharnement implacable. C'est une tache iucielébile qui restera dans Thistoire au front des membres du gouvernement provisoire, et qui attestera h tout le moins leur incapacité et leur faiblesse sans excuse.

En môme temps qu'il consumait le loiii})S et' abusait le peuple par d'iotermiaables discours adressés à toutes.ies députations qui, encouragées par cet accueil pompeux, se succédaient à rHôteI*de-Ville, M. de Lamartine, pourstiî-

vant son insatiable recherche de la popularité , cajolait M^î. Barbes, Bianqui et Sobrier, et il put se flatter un instant d'avoir réuni dans ses mains tous les fils de Tagitation

(i) M. de Lamartine voulut expliquer plus tard, dans la discus* ston de laConstituiioD, que, par le droit au travail, îl n'avait jamais entendu que le droil à Tassistance. Ce qui peut parallrê donner raison à M. de Lamartine, c'est la disposition finale qui termine le décret cilé ci-dessus, et qui fut ajouté, dit*on, par H. Ledru-RoUin : « Le^ouvernenienl provisoire rend aux ouvriers auxquels il appartf tient, le million qui va échoir de laxiste civile. » L'intention pouvait être généreuse, mais entre le sentiment qui l'avait suggéré et celui qui poussait le peuple k réclamer la reconnaissance du droit au travail il y avait un abîme»

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populaire. Maïs il n'était pas plos capable de comprendre

ces hommes convaincus que de se les concilier iiabWeraenl, el le résultat de cette poiiiique fut de s'aliéner à la lois les chefs populaires qui se crurent joués, et les conservateurs qui Taccusèrent de conspirer avec leurs ennemis. Plus tard, M. de Lamartine essaya de se justifier par cette déclaration plus naïve encore que cynique , « qu'il avait tt coQspiréavec ces hommes, mais comme le });tralonncrre « conspire avec la foudre, pour en dégager Téleotricité et « en conjurer Texplosion (1). »

M. de Lamartine parvint ainsi à s'atlaciier M. Ledru- Rollin, qui avait été d'abord son antaironisle le plus sérieux dans le gouvernement provisoire, où il représentait la tendance radicale. JMj* de Lamartine lui persuada de combattre la manifestation dn 45 avril qui reffrayail fort ---on sait que c'est M. Ledru-Hollin qui flt battre le rappel; — et à partir de ce moment ils marchèrent d'accord, à ce point que lorsqu'il s'agit de constituer la commission exécutive après la réunion de TAssemblée constituante, M. de Lamartine imposa la candidature de M. Ledru RoUin au risque de compromettre sa popularité; et en effet, il réunit dans cette occasion un «ombre de voix moindre que celui recueilli par MM. Ârago, Marie et Garnier-Pagès. En même temps il isolait M. Louis Blanc. '

C'est ainsi que M. de Lamartine, par son influence dissolvante, énerva loutes les forces vivos sur lesquelles de- \iiïi compter le pays dans ces circonstances difficiles; et

(I) C'est k rAssemblée , dans la séance du i2 juin que M. de LaiDartioe prononça ces paroles. Dans sa Lettre aux dix départe^ ments^ il donne une explication plus politique et plus réfléchie de sa conduite t « Eh quoi! citoyens, vous voulez que je sorte du cra- « tère d'une révolution, et vous ne voulez pas que j'aie eu de coufl tact avec Ui lavet Et comment l'attrais-je dirigée si je n'y avais « pas touché? Mais ces hommes, c'était la révolution même I L*avez- « vous oublié? a

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