M. DB LAMARTINE
EnfiOi legouvernemenl provisoire organisa, le 20 avril, celle fameuse féle de la FraterDilé, laquelle, sous prétexte de distribuer des nouveaux drapeaux à Tariuée et h la garde
iialionalej n'eut pus d'aulie objet que de laii c anfî ovation h Tarmée pour effacer dans i'espriL de ses clieis el des soldats le mauvais effel qu'avaient pu produire les défiances populaires ei pour se concilier son appui dans réventualilé d'événements que l'on commençait h redouter (1). n La « fête de la Fratornité\ » écrivait M. de Girardin dans la Presse : « Tel est le nom officiel donné à celte journée qui, « de sept heures du matin à sept heures du soir, a va dé- (( filer, au bruit du canon, au son du tambour, aux chants « de la Marseillaise, aux cris de Vive la ligne! 400,000 (( !)[;ïoni)eltes autour de l'arc de trioiiiplie de l'Étoile, ce « !uonunient posthume, élevé en Thonueur de la Guerre aux u frais de la Paix, inspiré par la Gloire, exécuté par la Liii berté, conçu par Napoléon, achevé par Loaîs*Pbilippe, « gigantesque antithèse, sculptée dans la pierre, curieuse u alliance d'idées contraires, parfaite image du caractère « français. Ainsi nous sommes, c*est armés de fusils, d*arc< mes destinées à donner la mort que nous nous appelons « frères !...)> — « Que voulait donc faire le gouvernement (( provisoire de tous ces soldats? » demande Proudhondans ses Confessions d'un révolutionnaire, « Juin, juin, par deux VL fois nous l'apprendra. » C'était une fraternité armée qui contenait en germe fous les éléments d'une guerre civile.
(i ) Dans le conipic rendu des actes du gouvernemetit provisoire présenlè U rAssemhlée consiituanie, M. de Lamartîne émet à ce siijei celle Incroyable propasiliou : « Le peuple, désormais învînci- « ble, ne tarda pas à redemander à grands cris ses frères de î'ar* « mée, non comme une sûreté , mais comme une décoration de h 9 capitale. » Ei voili comment Ton écrit l'histoire l
LES UOMM£S Diù ibZib
De loiites les proclamations nombreuses de M. de Lamartine pendant ses trois mois de pouvoir, la soûle que Ton puisse louer à peu près sans réserve, c'est son Manifeste aux nations étrangères, dans lequel il atteste les dispositions pacifiques de la République, mais affirme en même temps avec une ce naine fermeté ses sympathies pour les i iaUouaiilés qui voudraient recouvrer leur indépendance : « Nous (( le disons hautement : si l'heure de la reconstruction de « quelques nationalités opprimées en Europe ou ailleurs c( nous paraissait avoir sonné dans les décrets de la Pro- « vidence; si la Suisse, notre fidèle alliée depuis Fran- (( Qois r% était contrainte ou menacée dans le mouvement <( de croissance qu'elle opère chez elle pour prêter une « force de plus au faisceau des gouvernements déroocra** <( tiques , si les États indépendants de Tltalie étaient enva- « his; si l'on imposait des limites ou des obstacles k leurs il transformations intérieures; si on leur contestait h main « armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une « patrie italienne, la République française se croirait en « droit d'armer elle-même pour protéger ces mouvements (( légitimes de croissance et de nationalité des peuples (1).»
(1) Les principes exposés dans ce Manifeste furent solennelle* ment consacrés par l'Assemblée constituante, qui, après un brillant discours de AL de Lamartine, adopta k Tonanimité la résolution suivante destinée à servir de règle à sa politique extérieure : « L'Assemblée nationale invite la commission exécntive à continuer « de prendre pour règle de sa conduite les vœux unanimes de « FAssemblée, résumés par ces mots : Pacte fraternel avec TAIle- <i magne« reconstitutioft de la Pologne indépendante et libre î af-- « franchissement de l'Italie, m Chose digne de remarque, cetterésolution fut apportée tu la tribune par H. Drouyn de Lhuys qui, plus tard devenu ministre des Ânaires-Etran^cres, devait, contruirement aux ÎQU'inions de l'Assenililée, diriger les armes de la France contre la Képublique romaine : ce qui provoqua de vives récri-
M. DE LAICARTIKE
Mais en celte circonstance encore les actes ne furent pas en rapport avec les paroles, et la Réforme pouvait faire, au
moment de la réunion de l'Assemblée constituante, cette critique parfaitement jusLiiiée de la polilique extérieure «lu gouvernement provisoire, dont la responsabilité appartient plus spécialement à M. de Lamartine , chargé du départe-» meni des AfTaires-Étraogères :
<( Le gouvernemcal de la République est resté jusc^u'ici a dans Fornière de la raison d'État; il y a plus, c*est sur (( les traces du système déchu qu'il se traîne, non par pusil- <( lanimité comme Louis-Philippe, mais par la fatigue des tt affaires, ou plutôt par ce que nous appellerions volontiers « les ilhisi( nsdu sentimentalisme et Tignorance du ten aiii. a Kt, eu .eilet, partout à l'étranger la politique française se (( montre négative. La conséquence de cette politique né- « gatlve de la France, c'est de sacrifier nos amis, et par « conséquent nos intérêts m dehors. Un mot de la Répu- « biique aurait sufû pour ujcUre fin à la guerre Iraînée en « longueur par Charles^Albert et débarrasser la Péninsule (t de Toppression étrangle : on 6*est tu. L'Allemagne dé- « mocratique, pour peu que nous l'eussions appuyée, aurait « secoué le joug de ses despotes. On n*a même pas trouvé <( pour elle une parole d'encouragement. Il y a plus, on a « livré la légion allemande sans armes, sans secours aux « baïonnettes confédérées des princes du Rhin (1), sur les « bords duquel ces mêmes princes concentrent dos troupes « au5îsi bien contre nous que contre les républicains du M pays. Un en a fait autant pour l'émigration polonaise. On
minations et fioalement la protestation insurrectionnelle du 13 juin iB49.
(1) M. Walbourg, ministre de Bavière lut à la Chambre bava«« roise une lettre de M. de Lamartine qui lui annonçait qu^on corps franc de 0,000 hommes allait en Allemagne pour y proclamer la République.
LES HOUUES DE IS/lS
« i'a envoyée à la boucherie de Posen , au bombardement « de Gracovie, et toujours en loi faisant entrevoir lu réla- (( blissement de la Pologne. Mais comment rève-t-on ce
« réublissempiil ? D'une façon mesquine, une Pologne sans « le duché de Posen et sans la Galiicie, constiluée monar- 0 chiqueœenl par Nicolas et avec une dynastie plus ou <c moins rosse ; de manière que si les Polonais venaient h Xi accepter une pareille constitntion, nous pourrions bien a avoir un ennemi de plus sur le continent. Et cependant, « le mouvement de l'indépendance slave, tout favorable h a la France» s'étend sur tous les points en dépit des obsla- (( des et de Hnertie de la politique française. Les Slaves de « Bohême veulent se détacher des Allemands de Tempire; « la Serbie démocratique tend à se rapprocher de la Hon- « grie, dont la population est en grande partie slave; la « Dalmatie et i'IUyrie sont impatientes de secouer le joug n autrichien. En suivant une pareille politique, n'esl-îl pas h t( craindre que, fatigués de tourner en vain les yeux vers la (( France, les peuples, s'ilssuccombent dans leur lutte contre u le despotisme, ne se prononcent de désespoir coulre ((nous?»
C'est ainsi que le gouvernement provisoire compromit,
î.vcc une iiiii^révoyance qui n'avait d'éii:ale que sa parfaite satisfaction de lui-même, tous les iniérôls graves qui lui avaient été confiés et l'avenir même de la République.
Nommé par l'Assemblée membre de h commission exécutive qui succéda au gouvernement provisoire, M. de Lamartine n'eut pas un instant conscience de la situation. Au mômentoù s'amoncelait l'orage épouvantable de juin, il en était à poursuivre le fantôme d'une conspiration bonapartiste, cl à prendre tous les moyens pour transformer ce fantôme en réalité et pour procurer un commencement de popularité au prince Louis-Napoléon Bonaparte. Le 12 juin, il préparait un coup de théâtre pour obtenir ^de l'Âssem-
U. DB LAHARTiME
blée liii décret de proscription conii o lo prince élu représentant du peuple par les trois déparleuîenls de iaCliarenle- Inféricure, de la Seine et de l'Yoone, croyant sauver uiosi la République : ce n'est pas là qu'était le danger à cette heure (1).
(1) M. de Lamartine avait dooDé k sa proposition le prélude de considérations générales sur la gravité de la situaiîon« Tout h coup il interrompt son discours, fait suspendre la séance, et remonte quelques instanls après k la tribune où il s'écrie d'une voix émue : 0 Citoyens représentants, une circonstance fatale vient d'inter^ « rompre le discours que j'avais Thonneur d'adresser U cette Âs- « semblée. Pendant que je parlais des conditions de la reconstituiiou 4 de l'ordre, un coup de feu, plusieurs coups de fusil, dit*on, M étaient tirés, l'un près le commandant de la garde nationale de « Paris, l'autre sur un des braves ofûciers de l'armée, un troisième « enfin, assure^t*on, sur. la poitrine d'un officier de la garde na- « tionala Ces coups de fusil éiaient tirés aux cris de Vive VEm" « pereur! Messieurs, c'est la première goulle de sang qui ait « taché la révolution élernellementpure et glorieuse du 24 février, « Gloire à la population, gloire aux diiTérenis partis de 1» Répu- « bliquel Du moins, ce sang n'a pas été versé par leurs mains; il ff a coulé, non pas au nom de la liberté, mais au nom du (anaiisme « des souvenirs militaires et d'uue opinion naturellement, quoique « involontairement peut-être, ennemie invétérée de toute répu-' « bliqae. Citoyens, en déplorant avec vous le malheur qui vient « d'arriver, le gouvernement n'a pas eu le tort de ne s'Mre pas « armé , autant qu'il était en lui contre ces éventualités. Ce matin 9 même, une heure avant la séance, nous avons signé d'une main u unanime une déclaration que nous nous proposions de vous lire n à la fin de la séance, et que. celte circonstance me force a vous « lire à l'instant même, lorsque l'audace des factions est prise ra Il flagrant délit, la main dans le san;; français, la lui doit être apti pliquée d'acclamaiiona. Voici celte déclaration, etc. » Mais le décret ue fut pas volé d'acclamations: sur les vives protestations de M. Larabit, la discussion fut renvoyée à une séance suivunio. Et dans rinlervalle on découvrit qu'il n'y avait rien de vrni du tout dans la mise en scène dranialique de M. de Lamarlino. W n'y avait pas eu de cnnp'; de nisil tirés aux cris de Vive l'Empereur : mais seulemeni im i ( np de feu parti par accidenl, qui avait atteint un garde national auprès de M. Clément Ihomas, commaadant de ia
LB8 HOHMBS 0E i8A8
M. de Lamartine monta une dernière fuis à la tribune, comme membre de la commission exéculive, le 2S juin, poar 8*oppo8er à la proposition de M. fionjean , tendant & déléguer des membres de l'Assemblée aupt ës des troupes et de la garde nationale qui comballaieiU l'insurrection.
M. de Lamartine essaya de rassurer les esprits en pronon- • çant cette parole sublime de pathos ridicule : Xés périls ^éloignent mais ils grandissent^ et il engagea 1* Assemblée à se fler aux mesures prises par le gouvernement : « Lais- « sez au pouvoir exécutif le soin de faire son œuvre, et il « la fait njieux qu'on ne dit ; la soirée de ce jour et la mau tinée de demain vous en fourDuront des preuves certai- « nés n . On acquit la preuve an contraire que la commission exécutive, avec .«^on imprévoyance caractéristiqne, avait laissé les pet ils s'accroître démesurément, et qu'elle n'avait pas su prendre davantage de mesures pour la répression qu'elle n'avait su en prendre pour la prévention. Elle dut se retirer le lendemain, devant le vote de l'Assemblée, qui
garde nationale. M. Glémenl Thomas lui-même vint reclifier les faits a la tribune. Le lendemain la dtscus^on se rouvrit sur la question de Tad mission du prînce Louis-Napoléon li l'Assemblée : cette ad* mission trouva un avocat très-ard<^nt en M. Jutos Favre, et elle fut adoptée après un débat très-vif. Un semblable débat et surtout la passion poussée jusqu'à la mauvaise foi déployée contre le prince par les membres même du gouvernement, tout cela était bien fait pour fonder et accroître sa popularité, et unir ses griefs aux griefs du peuple que le gouvernement s'obstinait à méconnaître. C'est ainsi que Jusqu'au dernier moment on devait entasser faute sur faute, imprévoyance sur imprévoyance.
Devançant la décision de TAssemblée , la commission exécutive avait envoyée à tous les préfets des ordres pour arrêter le prince Louib-Napnléon, s'il était signalé dans leur déparlemeul. A colle occasion M. Marc Dufraisse, préfet a Chàleauroux, iii afficher une prcclamalion dans laquelle il prolestait éneri^iqiiemcnt conlre toute pensée d'un 18 brumaire et disait \\ ses adminisirés : m Si le « fugitif tomt):rn cuire vos mains patriotes, Uvrez-le sans pitié à la « justice de la Uévolulion. »