U. D£ LAMARTINE
mettait l^.iris en état de siép:e et déléguait tous les pouvoirs exécutifs au général Gavaigoac.
La chute de M. de Lamartine fut lourde, et il ne sVo
releva pas. Il dil, dans une brochure publiée le 26 août, sous forme de Lettre aux départements qui Tavaieut élu à rAssemblée canstituante ; « La popularité qui m'avait ence touré sans cause, s'est retirée de moi sans motifs »• Si les causes de la popularité de SI. de Lamartine sont effectivement assez difficiles à préciser, il n'en est pas de môme des motifs qui lui ont fait perdre cette popularité ; mais M* de Lamartine ne s'est jamais douté un instant qu'il ait pu commettre une faute, et il ne doute pas certainement qa1l n'ait été le plus grand homme politique des temps modernes. Gtï ([Lii peut paraître la plus gi .iiide excuse de M. de Lamartine, c'est précisément son incapacité absolue : il n'a pas soupçonné un seul des problèmes à résoudre, et on peuicertaînemenlluiaccorderl'excuse d'une complète bonne foi. Ce qui est plus difficile à justifier,c'est que la France ait pu confier ses destinées, dans des circonslaiices aussi solennelles, c'est qu'elle ait pu remettre, au lendemain du 24 février, sa Révolution entre les mains d'un homme aussi foncièrement incapable, et qui n^avait même pas le savoir-faire politique le plus vulj^^aire, parce qu'il lui manquait une qualité essentielle : le bon sens. Celte aberration d'une nation dans son engouement pour un homme aussi peu fait pour les fonctions gouvernementales, sera certainement pour rhistoire une des énigmes les plus difficiles à déchiffrer.
Celte expérience était nécessaire sans doute pour déraon« trer qu^on peut être, non pas seulement un grand poëte, mDis même un grand orateur politique, et n'avoir pas rétoffe du plus médiocre homme d'État. M. de Lamartine s'aper*
lOd LE$ nOllM£S DE iSZiS
çut, dans tous les cas, qu'il avait été un liommc d'Élat incoiDpris, et il se vengen, par sou indifférence, de son ingrate patrie. Après sa retraite du gouverueiuent, il ne prit guère que deux fois la parole daus l'Assemblée consliluaute, pour expliquer comment rassistance devait être la vraie formule du Droit au liavail, et pour combattre la pro' position Grévy. Il se présenta à la Pré.sitleuce, pour constater sans doute Tiogratitude de ses concitoyens ; car, quelque merveilleuses que soient ses facultés d'illusion, il est dif- * ficile de penser qu'il ait pu songer un Instant à faire échec au prince Louis-Napoléon, ni môme au général Gavaiguac ou à M. Lcdru-Rollio«
Depuis celte époque, M. de Lamartine s'est tenu complètement en dehors des aifaîres publiques : membre de rAsscmblée législative, il n'a pris aucune part active à ses discussions. Son journal mensuel de 18/|0 h i851, le Cr>?H seiller du Peuple^ peut plutôt passer pour une s[)éculalion de librairie que pour une publication politique. Même le coup d'État du 2 décembre i851 ne parvînt pas à réveiller eu lui la conscience politique iirorondémenl eni^oiiidie. Jamais, dans les nionienls graves et dilliciies que nous avons traversés depuis cet homme, qui a tenu les destinées de la France dans ses mains et qui aurait eu autorité pour parler au nom du peuple et pour tenir téle aux puissants, jamais cet iiorame n'a élevé une seule fois utilement la voix pour le droit ou pour les libertés publiques. Avec Thomme politique est mort en lui le poète, le grand écrivain, Thomme détalent ; il 8*est usé, épuisé depuis vingt ans, dans des spéculations de librairie et dans des appels déhontés k la générosité publique, où il a coraprorais aussi Lien sa réputation d'écrivain que sa dignité d'homme : eu même temps qu'on a découvert que le sens politique lui manquait, on s'est aperçu qu'il y avait pareillement chez lui une absence complète de sens moral cl môme de ^eris littéraire; jamais on
H. LODIS BLANC lOtl
n'a eu fl*exeitople d'une semblable décrépitude et d'une plus
piteuse abdication. Si M. de Laniai linc fût mort au lendemain du 24 février 1848, il eût élé enseveli duns un linceul immortel de gloire; quelques années plus tard, sa mémoire eût encore été entourée ^ dans la postérité, du respect des générations : c'est à peine, aujourd'hui, si la pitié peut conjurer le mépris. 0 raisère de l'orgueil humain qui n'est pas édiOé sur un grand caractère I