‹ Les Hommes de guerreChapitre 13 sur 30 · CATINAT · texte numérisé non relu

CATINAT

Nicolas de Catinat naquit à Paris en 1 637 où son père était conseiller au Parlement.

D'abord avocat, il quitta bientôt le barreau, après avoir perdu une cause dont la justice lui paraissait évidente, et il entra dans Tarmée. Il était au siège de Lille (1667), où il se distingua si bien que Louis XIV lui donna une lieutenance dans le régiment des gardes.

C'était son premier grade; ce ne devait pas être son dernier, et chacun allait être gagné par une action d'éclat. On le retrouve à Maëstricht, où il fut blessé, puis à la sanglante bataille de Senef, où il le fut aussi. Nous avons vu la brillante campagne où le maréchal de Luxembourg emporta Valenciennes : Catinat se distingua dans cette campagne. Chargé ensuite, et successivement, du gouvernement de diverses places, il reçut, en 1685, le commandement des troupes envoyées en Savoie pour réduire les révoltés, une sorte de sectaires religieux qu'on appelait barbets ou vandois; il sut remplir sa mission avec liumanité, malgré les ordres rigoureux qu'on lui avait donnés,

Il avait été nommé gouverneur du Luxembourg (1687), quand^ l'année suivante, il prit une part glorieuse au siège de Philipsbourg ; ce qui lui valut le grade de lieutenant général. A quelque temps de là, il fut de la campagne contre le duc de Savoie, dans laquelle, déployant de grands talents militaires, il gagna la bataille de Stalfarde, enleva successivement toutes les places de la Savoie et du comté de Nice, et termina par la glorieuse bataille de la Marsaille, gagnée sur le prince Eugène et sur Yictor-Amédée.

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C'osl à la suilo do relie (*ampa<;iie que (matinal fut créé inarérhal de France et chevalier de Sainl-Lonis.

Il passa ciisuile ù raniiée do riandiir, |Miis, il fui envoyé à la télé de l'armée d Italie au début de la guerre diî la Surcession d^spa^^ne, conjoinleinent avec le duc de Savoie. Ksl-cc par suite de trahisons de celui-ci, comme (lalinal le pensa ? On ne sait. Toujours esl-il que la campagne fut assez malheureuse pour Câlinai, qui essuya plusieurs revers, notamment à Carpi. Bref, il dut abandonner tout le pays entre TAdige et TAdda, et céder la place à Villeroi.

Câlinai ne perdit pas pour cela la confiance de Louis XIV, qui lui confia le commandement d'une campagne en Alsace et sur le Rhin. 11 fut plus heureux ; mais ce devait être sa dernière campagne. Déjà Agé, il se relira dans sa seigneurie de Sainl-Gralien, près de Paris, où il termina sa vie, quelques années après (17 12).

Quelques réflexions et quelques anecdotes permettront de juger Câlinai comme il le mérite.

S'il futun instant malheureux comme homme de guerre, il faut dire qu'en revanche, il avait été chargé de missions importantes et s'en

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était cicqiiiUé avec le j)lus grand mérite. Quant à son caractère, il était prudent et réfléchi; ce qui lui avait fait donner le surnom de Père la Pei^sée par les soldats. Enfin, ennemi des cabales et de l'intrigue, il n'avait jamais demandé aucun grade ni titre. Ainsi, en 1705, ayant été porté sur une liste de nouveaux chevaliers, il refusa, et, comme des membres de sa famille le lui reprochaient : « Eh bien! leur dit-il, rayez-moi de votre généalogie. »

Voici un autre exemple de la simplicité et de la douceur de Catinat. Un jeune bourgeois, qui chassait prés de Saint-Gratien, ayant rencontré le maréchal qu'il ne connaissait pas : « Bonhomme, lui cria-t-il sans se découvrir, je ne sais à qui appartient cette terre, et je n'ai pas la permission d'y chasser ; mais je veux me la donner. » Catinat, qui avait écouté chapeau bas, continuait sa promenade, quand des paysans qui avaient entendu, ayant appris au bourgeois à qui il venait de parler ainsi, celui-ci, confus, courut après le maréchal et lui demanda pardon , en s'excusant sur ce qu'il ignorait sa haute qualité : « Il n'est pas nécessaire de connaître quelqu'un pour lui ôter son chapeau, dit Catinat; mais oublions cela et venez dîner avec moi. »

Terminons par une réponse magnifique du

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nmrrchal. lin ofliricr, rayaiil, apH»H la halaillo (ir (ihiari, eiiU'inlii doiiin^r Tordro (1<^ ralli^^r les Iroupos et do los raînonrr rouirez r«înrHîiui, lui rnpivsciila i\\u} rWUûl Itîs (^onduircî à une inorl ccMlaiiir. « Il est vrai, dit (lalinat, la mort est de van l nous ; mais la honte est derrière. »

VILLi:iU)I

VIM.KROI

Franrois ih» iNeufvillo , duc de Villeroi, lils du maréchal Nicolas do iNeiifville, marquis, puis duc de Villeroi, uaquit à Paris eu 1644.

Elevé avec Louis XIV\ il dut à la faveur d'être uommé colonel à vingt ans. Il fit avec ce grade la campagne de Hongrie et fut blessé à Saint-Gothard. Il assista ensuite à la campagne de Flandre et eut part à la prise de Dùle; puis il alla servir sous les ordres de Coudé et de Turenne.

Promu successivement maréchal de camp en 1674, et lieutenant général en 1677, Villeroi reprit la campagne et lit preuve d'une grande bravoure au siège de Besançon et à la bataille de Seuef ; malheureusement si la bravoure est

une gloire, elle ne remplace pas le talent militaire. Cela n'empêcha pas cependant Villcroi de faire partie de la promotion des maréchaux en 1C93, et, après avoir reçu, deux ans plus tard, la charge de capitaine des gardes, de se voir, quand arriva la mort de Luxembourg, désigné pour le remplacer à la tête de l'armée des Pays-Has. Au-dessous de la tâche qui lui incombait, il se laissa enlever Namur par Guillaume III et bombarda Bruxelles sans résultat ; mais Louis XIV averti ne lui en confia pas moins le commandement en chef de Tarmée d'Italie dans la guerre de Succession. Le roi ne tarda pas, du reste, à s'en repentir. Battu à Chiari par le prince Eugène et surpris dans Crémone par les impériaux, qui cependant ne purent conserver la ville, le maréchal, pour comble, se laissa faire prisonnier, ce qui fit éclore dans Tarmée même ce quatrain ironique que la France chantonna :

Palsembleu ! la nouvelle est bonne, Et notre bonheur sans égal :

Nous avons conservé Crémone Et perdu notre général.

Cependant, Yilleroi n'était pas assez dangereux pour que l'ennemi le retînt: il lui rendit la liberté bientôt, et Louis XIV, infatigable

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dans 80!i amiLir, (Mivoya lo maréchal «laiis les Pays-|{as. Vaiiini (l(^ nonv<»aii à Vii^Mioinonl (l70;»), VilIcM'oi \r fui cîicon» à la fain<Mis(î halaillo (lo Hainilli(îs (1700). (In fiil la doriiiiîrr occasi(3ii ({lie hî roi lui (loiina de se faire haltre ; mais il no lui on voulut pas et so contenta de dire à Villeroi au retour do celui-ci : « Monsieur le niaréehal, on n'est plus heureux à noire d^^o, » Do j)lus, pour le consoler sans <loule, il le cliar}^(\adu gouvernement du Lyonnais el, j)lus lard, il le nonuiia, par son testament, gouverneur du jeune futur Louis XV, à qui lo maréchal devait dire plus tard en lui montrant la foule : « Voyez, sire, ce monde el ce peuple : tout cela vous appartient, vous en èles le maître ! »

Villeroi remercia Louis XIV mort en vendant ses secrets au régent, qui le fit entrer au conseil de régence et lui donna la présidence du conseil des finances; mais le maréchal ne put se tenir longtemps dans ces hautes fonctions. Ayant osé allecter des craintes hypocriles pour la sûreté du jeune nouveau roi, il fut an été et envoyé en exil à son château de Villeroi. Toutefois, cet exil ne fut que momentané, et le maréchal reprit peu à peu sou gouvernement du Lyonnais, qu'il garda jusqu'à sa mort, arrivée à Paris en 1730.

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Telle est, en résume, la vie militaire de Villeroi, à qui nous ne donnons place ici que pour faire voir quelles nullités peuvent se glisser i\ la tête de nos armées.

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