LA TOUR D'AUVERGNE
Théophile Malo Corret de La Tour d'Auvergne, surnommé le Premier grenadier de la République^ naquit à Carhaix (Finistère) le 23 novemhre 1743, d'une branche bâtarde de la famille de Bouillon, à laquelle appartenait Turenne.
11 lit d'excellentes études au collège de
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Quimpcr, et, à vingt-trois ans, le 3 avril 1767, il entra dans les mousquetaires noirs. Passé au régiment d'Angoumois avec le grade de sous -lieutenant, il était promu ] capitaine en 1779.
A la guerre de l'indépendance des Etats- Unis^ il sollicita la faveur d'aller oiïrir son épée à ^yashington, mais ne put obtenir que de servir d'une façon indirecte la cause de l'Amérique, en se rendant, comme simple volontaire de l'armée espagnole, au siège de Mahon, pour combattre contre les Anglais. Ses premières actions militaires furent éclatantes. Il mit le feu à un navire anglais, sous le canon même de la place, et, une autre fois, on le vit aller, sous une grêle de balles, chercher un de ses camarades tombé blessé sur un Anglais, le charger sur ses épaules et le rapporter aux avant-postes.
A la suite de ces hauts faits, le duc de Grillon lui offrit le commandement des volontaires ; mais il refusa cette offre, ainsi qu'une pension de 3,000 livres qui lui était proposée de la part du roi d'Espagne.
La paix de 1783 ramena La Tour d'Auvergne en France, où il reprit son service dans le régiment d'Angoumois, tout en se livrant à des études sur les antiquités gauloises et sur les
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IjC lirigaiil, son ami.
Arriva la Ui'^vcjlulioii. La lOiir d Aiivri^nc on ad()|>la les principes av(3(' chaleur, cl, coinint» M)n coloiu'l (îL les aiilrtîs officiers veriaieiil un malin pour l'enyager à allrr avec eux li^joindre rarnire de (londé : u Je m^'lonnc, répondil-il à sou chef, (jue vous soyi'/ assez hardi pour me faire une aussi infâme proposition. I^reiu'z tel parti (ju'il vous phiira : je ne mo règle point sur les autres, et toute rarmée émigrérait, que je n'émigrerais point. »
11 resta, et lit la campagne de 1792 dans Tarméc des Alpes, avec sa valeur ordinaire, entrant le premier dans Chambéry, à la tète de sa compagnie. Envoyé Tannée suivante à Tarmée des Pyrénées-Orientales, prête à en trer en Espagne, il en fut comme Tame. Simple capitaine, il était appelé par ses chefs dans leurs conseils, et, comme il refusait mi grade supériem^ on imagina de mettre sous ses ordres toutes les compagnies de'grenadiers, environ 8,000 hommes ; ce qui, par le fait, assimilait La Tour d'Auvergne à un général.
C'est dans ces conditions qu'à la tète de ses grenadiers, le Premier grenadier de la République s'empara de la Bidassoa, enleva la fameuse Maison crénelée, prit le fort d'irun.
délivra le port de Sébaste, emporta vingt-sept redoutes en échelons, rendit enfin ses droits à la Biscaye.
Il lui arriva même d'obtenir la victoire sans combat, par des prodiges d'audace. Un jour, en 1793, comme il s'agissait de prendre pied dans le val d'Arau, La Tour d'Auvergne surprend Tennemi rangé sur la plate-forme d'une église, le fait coucher en joue, lui ordonne de mettre bas les armes, et, sous le prestige da son nom, il est obéi. Il en fut de même à la Maison crénelée. Pendant que les grenadiers tenaient leurs fusils braqués vers les créneaux, La Tour d'Auvergne alla frapper à la porte à coups de pieds et même à coup de tête^ en vrai Breton, criant aux Espagnols qu'il allait les brûler vifs; ils se rendirent. A Saint-Sébastien, fort situé au milieu de la mer, ce fut bien autre chose encore. Se jetant dans une barque, La Tour d'Auvergne s'en alla carrément sommer le commandant espagnol de rendre le place, s'il ne voulait pas qu'elle soit bombardée. Celui-ci est terrifié ; mais il dit qu'il ne peut rendre son fort avant qu'on ait tiré dessus : « Bien ! » répond La Tour d'Auvergne. Il va retrouver ses grenadiers, fait tirer le seul canon de campagne qu'il ait, et cinquante canons de siège y répondent» Va-t-il
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revenir |mmii* cela sur sou pl.iii ? ISoii : il retourne au fori, ri h^ eoinuiaud lul sr irnd !
Va ([uelle audacieuse clianeo aussi au milieu des halles! Viuf^l fois sou chapeau, (|u'il avait l'iiahiludc ch' porter sous sou hras p(;udaut hi couihal, coniuui pour saluer la uiort, futcrihiù par le feu do l'eiiutîuii, sans que jamais il eût la moindre blessure. (Vest au point (jue ses grenadiers disaient (ju'il avait le don de c/iarmer les Intllrs !
Cependant, arriva li> décret (\\\\ excluait les nobles de larmée. La Tour d'Auvergne n'en conserva pas moins son commandement, et c'est un honneur pour la Convention d'avoir respecté un homme comme lui. 11 y a plus : un représentant s'ollrit pour lui faire obtenir ce qu'il voudrait, et il eut même à cette occasion un mot admirable de simplicité et de désintéressement. c( Etes-vous bien puissant ? demanda-t-il au représentant. — Sans doute, répondit celui-ci — Eh bien ! faites-moi avoir... — ^Quoi ? — Une paire de souliers.» Et il montra ses chaussures, qui allaient bientôt le quitter.
Enfin, après la paix de Baie, La Tour d'Auvergne put un peu aller se reposer à Bayonne, en terminant son ouvrage sur les Origines gauloises.
Cependant, voulant revoir sa chère Bre-
lagne, il s'embarqua sur un navire marchand qui faisait voile vers IJrest. On allait arriver au port lorsqu*on fut capturé par un corsaire anglais. La Tour d'Auvergne est jeté à fond de cale, ce qui n'empêche pas les Anglais de l'appeler encore « monsieur le chevalier ». — (( Appelez-moi citoyen, dit-il : je suis plus fier de l'être depuis que je suis parmi vous. » Arrivé en Angleterre, il fut enfermé dans une prison où il trouva des soldats français qui enduraient toutes les privations. Il releva leur courage, et, un jour, des soldats anglais ayant tenté d'enlever la cocarde aux prisonniers, il enfila la sienne au bout de son épée et menaça de résister jusqu'à la mort; ce qui retint les Anglais.
Délivré par un échang-e de prisonniers, en 1797, La Tour d'Auvergne revint en France, et, comme il avait plus de trente ans de service, il prit sa retraite. A cette occasion, le ministre de la guerre lui fit offrir 1,200 livres pour les arrérages de sa solde; mais, bien que très pauvre, il ne voulut prendre que 120 livres, disant qu'il reviendrait quand il aurait besoin d'argent. C'est aussi à cette époque que son parent, l'ex-duc de Bouillon, qui lui devait la conservation de ses biens et peut-être la vie, voulut lui faire accepter la terre de Beaumont-
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siir-Kuro. « Jo vous remercio, citoyen, dit-il siinplnnriïl ; mais jo iTaccrplo pas. » Kt co fut cil vain i\\\r bouillon insisia, ce joiii'-là cl. dans la suite.
La Tour d'Auvcri^nc s(; relira alors dans hi solitude avec Lo llrij^ant, pour continuer ses études (^l ses travaux dans une médiocrité doréo par ramitié.
Un sentiment superhe vint l'arrachera sa retraite. La réquisition allait enlevin* à Lo Urinant son cimiuième lils. Malgré son âge, La Tour d'Auvergne n'hésita pas : il s'ollVit à remplacer le jeune homme. Cette suhslitution acceptée par son ami et par le ministre de la guerre, il alla rejoindre en Suisse l'armée de Masséna. Replacé à la tête des grenadiers, toujours avec le grade de capitaine^ il prit part à kl hataille de Zurich et lit prisonnier un régiment russe.
A son retour à Paris, après Ui campagne, le Sénat le désigna pour un siège au Corps législatif ; mais il refusa en disant avec sa simplicité habituelle : c( Où servirais-je la République plus utilement qu'à l'armée? » Et il alla rejoindre ses grenadiers à l'armée du Rhin. C'est là qu'il rei^ut de Carnot, ministre de la guerre, la lettre admirable par laquelle ce grand citoyen lui annonçait que, sur sa proposition, le pre-
mier consul Tavait nommé, par brevet, Premier grenadier de la République ot lui avait décerné un sabre d'honneur. La Tour d'Auvergne accepta le sabre d'honneur, mais il ne voulut jamais le porter que dans les combats. Quant au titre de Premier grenadier de la République^ que lui a conservé la postérité, il le refusa en disant qu'il était trop jaloux de conserver ses droits à l'estime des valeureux guerriers et à leur amitié, pour consentir à s'aliéner leur cœur en blessant leur délicatesse.
Nous arrivons, hélas ! à la dernière campagne du héros. Comme il avait le pressentiment de sa fm prochaine, il solda d'avance une pension de 600 livres qu'il s'était imposée en faveur d'une femme tombée dans l'infortune ; dit adieu en pleurant à ses amis et se rendit à son poste. Six jours après (27 juin 1800), il combattait à la tête des grenadiers de la 46^ demi-brigade, sur la hauteur en arrière d'Oberhausen (Bavière)^ quand il tomba, sans proférer une parole, frappé d'un coup de lance au cœur.
Ce fut pour ses grenadiers comme s'ils avaient été frappés du même coup. Ils ne songent plus à défendre leur vie, et déjà l'ennemi se croit vainqueur. Soudain, l'un d'eux, sou-
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lovant lo corps (In lirio.-», .^ ♦crir : « Il ne faut pas (|ii(^ Ci^liii (]ui iTa jamais (ourin; \i\ dos h reiinemi (hiraiiL sa vie lo lui loiirno ajuos sa mort! » El, tons n»j)roiiaiit rollonsivc, ils culbuloiit rciiiuMui au |»as (h^ cliargo.
(Jiiaiil au i^onéral Dessolos : « Non, grenadiers, s'écria-l-il, iion^ La Tour crAuvergno n'est pas mort ! vous Ir verrez lonjours à la tête de la 40'' ! » l^]t aussitôt, au nom du général (Ml chef, il publia Tordre du jour suivant:
« OIUHU: (IKNKUAL I)K l'aUMKK Dl lUlIN.
« Mes camarades,
« Le brave La Tour d'Auvergne a trouvé une mort glorieuse. Les soldats à la tête desquels il combattit lui doivent un témoignage solennel de respect et d'admiration.
« En conséquence, le général en chef ordonne :
(( 1° Les tambours des compagnies de grenadiers de toute Tarmée seront pendant trois jours couverts d'un crêpe noir;
(( 2° Le nom de La Tour d'x\uvergne sera conservé à la tète du contrôle de la compagnie de la ie"" demi-brigade, oi^i il avait choisi son rang. Sa place ne sera point remplie ;
« 3° Il sera élevé un monument sur la hau-
IV, NOS (iL(HULS NATIONALES
leur, en arrière d'Uberhausen, au lieu même où La Tour d'Auvergne a été tué ;
(( i*" Ce monument^ consacré par ses vertus et son courage, est mis sous la sauvegarde de tous les pays.