‹ Les Hommes de guerreChapitre 19 sur 30 · DESSOLES · texte numérisé non relu

DESSOLES

« Chef de r Etat-major f/é)iéraL »

Cet ordre fut exécuté. Depuis, et jusqu'en 1844, chaque jour, quand on faisait Fappel dans la compagnie des grenadiers, l'officier criait! <( La Tour tV Auvercjne l y) et le portedrapeau répondait : « Mort au champ cVhon" neur\ » et Ton voyait les larmes rouler sur les joues et les moustaches de ces vieux soldats.

Le monument funèbre de La Tour d'Auvergne, élevé par ordre du général Moreau, compatriote et ami du héros, fut consacré le 21 août 1800, et Ton grava sur la pierre un seul nom : La Tour d'Auvergne.

Plus tard, enlin, en 1841, sa ville natale, Carhaix, lui éleva une statue.

WII

KEI.LKKMANN

\ V 1 1 KF.LLKUMANN

François-Christophe Kellermann naquit à Strasbourg en 1735.

S'étant enrôlé en 1752, il fit la guerre de Sept ans. Envoyé ensuite en Pologne avec le petit corps charge de seconder la confédération de Bar, il se distingua au combat de Cracovie, et, revenu en France, il fut nommé lieutenantcolonel en 1784 et maréchal de camp Tannée suivante.

Survint bientôt la Révolution. Kellermann en embrassa les principes avec ardeur, et reçut, en 1791, le commandement des troupes de TAlsace. C'est dans ces conditions qu'il parvint à déjouer les intrigues des émigrés sur cette frontière et à empêcher les Autrichiens d'envahir TAlsace et la Lorraine.

158 NOS G LOIUES NATIONALES

Nommé général en chef de l'armée du Centre ? en août 1792^ et ayant reçu l'ordre de rejoindre Dumouriez pour repousser les Prussiens de la Champagne, il opérait sa jonction le 19 septembre, et, dès le lendemain, il livrait bataille aux alliés sur les hauteurs de Yalmy. Agitant son chapeau au bout de son sabre, au cri de : « Vive la nation ! » il entraîna, dans un élan d'enthousiasme, les jeunes troupes de la République, qui enfoncèrent les troupes ennemies et décidèrent de la victoire^; cette victoire de Valmy^ dont le nom glorieux devait être ajouté à celui de Kellermann, fut éclatante et produisit un elfet moral énorme sur la nation comme sur les étrangers qui, frappés de stupeur, s'empressèrent d'évacuer notre territoire.

A peu de temps de là, Kellermann reçut le commandement de l'armée de la Moselle, et, accusé par Custine de ne Tavoir pas secondé dans ses opérations sur le Rhin, il n'eut pas de peine à se justifier devant la Convention, qui l'appela à sa barre. Custine ne s'en tint pas là, cependant. Kellermann venait d'être nommé général en chef de l'armée des Alpes, lorsque, par suite d'une nouvelle dénonciation, il fut une seconde fois appelé à la Convention ; mais, comme la première fois, il se justifia fa-

cil(Mnrii(, si Inril (prou lui (loiiii.i aiissitùt le COnnn.'llHlrinriil des Alprsi'l d'ilalic.

Ci' fui lui aussi (|iii, hioiilnl, iiil char^'^é de riMluirr la \illr de L\<)ii insiii'g«'»e coiitr»^ la (loiivoiilioii ; mais, rotU» IAcIkî lui rrpii^Mianl, à priiK» h'sir'^iî élail-il mis (pTil laissa l<i commandriiKMil au f^onéral Dauiay et courut repousser les Piénioutais, (pii venaient d(; pénétrer en France par la vallée de Sallanehes, pour secourir les Lyonnais. ll(iprenant aussitôt TolVensive, il les battit à diverses reprises, les força à évacuer la Tarentaise et la Maurienne etapi)ril, sur ces entrefaites, que Lyon venait de cai)ituler.

Cependant, l'attitude hésitante de Kellermann à l'égard des insurgés de Lvon avait vivement impressionné les commissaires de la Convention qui suivaient son armée. Ils envoyèrent un l'apport cont';e lui; il fut desti" tué, puis arrêté le 18 octobre (1793) et emprisonné à la Conciergerie. Il y resta pendant treize mois, c'est-à-dire jusqu'à la chute de Robespierre.

Rendu à la liberté, Kellerminn reprit le commandement de ses deux armées, et soutint, pendant toute la campagne de 1795, avec 47,000 soldats, les attaques multipliées de l'armée autrichienne, qui comptait 150,000 hom-

1G0 NOS GLOl RES NATIONALES

mes. Eafin, obligé de se replier devant le nombre, il livra plus de quarante combats, dans lesquels il eut presque toujours l'avantage, ce qui empêcha les ennemis d'envahir la Provence.

L'année suivante (1796), Bonaparte ayant été mis à la tète de l'armée d'Italie^ il ne resta plus que la petite armée des Alpes à Kellermann, qui, par suite, se vit réduit à un rôle presque passif pendant la guerre d'Italie. Bonaparte, dans son ambition et sa fourberie, était même parvenu à le faire mettre comme à l'écart des opérations militaires en écrivant ceci au Directoire : « Réunir Kellermann et moi en Italie, c'est vouloir perdre l'un et l'autre. Le général Kellermann a plus d'expérience et fera mieux la guerre que moi, mais tous deux ensemble, nous la ferons mal. Je ne puis pas servir volontiers avec un homme qui se croit le premier général de l'Europe. »

Il résulta de tout cela que, quand l'armée des Alpes fut réunie à celle de Bonaparte, Kellermann crut avec liaison devoir rentrer à Paris, où il fut nommé inspecteur général de la cavalerie de Tarmëe d'Angleterre, puis de Tarmée de Hollande.

Il parait, cependant, qu'il arriva une heure où Bonaparte ne crut plus devoir être jaloux

Kellerman à Valnr

LKS NOM \lk:S 1)K (iUhIUUK 163

do KrlUu'niiiiin ; car, apri's It; coii|» d'I^lal du 18 brumaire, il le noinina incinhro du Sénat, puis {^rand cordon d(î la Lcf^iou d'honncMir, maréchal dcî l'I^inpirc; ri cnliii duc d(î Vahny. Il est vrai que Houaparh; ne couda à K«dlcrmaun aucun connnandcnicnt sur \r champ do bataiHo pondant tout TEmpiro, se l)ornant à h» mettre à hi tête dosarméesde réserve du Rhin et d'Kspagne, et à hii donner le commandement des camps d'observation dr^lhe et de la Meuse.

Au reste, Kellermann, peut-être séduit par les riches dons que lui lit JJonaparte, dans un but évident de corruption (la sénatororie de Cohîiaret le domaine de Johannisberg, appartenant au prince de Metternich), ne garda pas rancune à Tempereur, et, lui, le chaud républicain de 1792, devint même un de ses plus plats adulateurs, demandant, en 1806, Térection d'un monument en son honneur.

Cela n'empêcha pas Kellermann de s'empresser, en 181 î, de voter la déchéance et de faire acte d adhésion à Louis XVIII, qui le paya, en le nommant commissaire extraordinaire dans la troisième division militaire, grand-croix de Saint-Louis et pair de France.

Enfin, pendant les Cent-Jours, Kellermann se tint à l'écart et reprit, après la seconde Res-

ir,', NOS GLOIRES NATIONALES

tauralion, qu'il avait sans doute prévue, sa place à la Chambre haute, où, nouvelle palinodie, il resta avecies libéraux.

Terminons vite cette triste lin en disant que Kellermann mourut en 1820, laissant un fds qui, après avoir suivi la carrière militaire, lui succéda comme pair de France, et que celui-ci eut aussi un fils, qui fut un homme politique et vécut jusqu'en 18C8.

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CAHNOi

WIII CAHNOT

Lazare-Nicolas-Marf^ucritc Garnot, ruii des plus grands citoyens de la période révolutionnaire, homme d'l^]lat, militaire, publiciste et géomètre distingué, naquit à Nolay (Côte-d'Or) le 13 mai 1753, d'une ancienne famille du pays. Son père était notaire, comme ses aïeux, depuis plusieurs générations, et de plus avocat et juge de presque toutes les seigneuries environnantes.

Le jeune Lazare commença ses études au collège d'Autun, les continua au petit séminaire de la même ville et les termina à Paris, dans une école spéciale, où son aptitude pour les sciences attira Tattention de d'Alembert, qui l'encouragea de ses conseils et lui prédit le plus brillant avenir.

A dix-huit ans, il se présenta aux examens et fut admis à Técole du génie, à Mézières, avec le grade de lieutenant en second, là il se lia d'amitié avec Monge, un des professeurs de Técole, qui le guida dans ses hautes études scientifiques.

D'abord envoyé, à vingt ans, en garnison à Calais, avec le grade de lieutenant en premier, puis successivement au Havre, à Béthune, à Arras, Carnot fut nommé capitaine à Tancienneté en 1783.

C'est à cette époque qu'il attira l'attention sur lui par un Eloge de Vauban, qui lui mérita l'année suivante le prix de l'Académie de Dijon et de nombreuses félicitations, parmi lesquelles celles de Buffon. Ce travail, des plus remarquables, lui valut même de la part du prince Henri, frère du grand Frédéric, l'offre d'un grade élevé dans l'armée prussienne, offre que Carnot s'empressa de refuser.

Il avait publié divers autres ouvrages scientifiques, quand arriva 1789 ; mais, à part quelques mémoires adressés à l'Assemblée Constituante et relatifs à des réformes militaires, il ne prit point une part active aux premiers événements de la Révolution, dont il avait embrassé les principes avec l'enthousiasme d'un cœur généreux et droit. Son rôle politi-

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Caniot à Watigiiies

LES NOM M KS I)K ( ; l' K R II K 171

que \w coinin(Mi(;;i (iiTavrc. l'Asscinhlri) législalivo, on il .illii sié«^er comme député du l*asdodalîiis, (Ml mrmo tcMnps (]ii(î son friMc;, tons deux ayant été choisis par la villci on ils tenaicmt garnison.

Successivement nommé du comité diplomatique, du comité d'instruction pul)li(pie, du comité militaiie, I.azarcî ('arnot ac(jnit une grande autorité par l'ardeur de son patriotisme, la supériorité de ses vues, 1 étendue de ses connaissances et sa sagesse. C'est à lui en particulier qu'on dut la mesurtî prudente qui rempla(;ait les ofliciers contre-révolutionnaires et émigrés par des sous-of(iciers.

Envoyé après le 10 août à l'armée du Rhin, comme Tun des commissaires chargés de faire reconnaître la Révolution^ il contribua largement à cette mission, qui était délicate, car les commissaires furent obligés de prononcer quelques destitutions, notamment celle de Rouget de l'Isle (Fauteur de la Marseillaise)^ qui était capitaine du génie et qui refusait avec obstination d'adhérer à la déchéance du roi.

Réélu à la Convention par le Pas-de-Calais, Carnot continua à être ce qu'il avait été, c'està-dire patriote avant tout, et sans jamais décliner sa part de responsabilité dans les nécessités de cette terrible et glorieuse époque.

17i NOS GLOlUtS NATIONALES

Tout d'abord, cnvoy»'; en mission à Bayonnc avec Garrau et Lamarque, il contribua à assurer la frontière des Pyrénées, à organiser Tadminislration, la garde nationale, à établir une école d'artillerie, enfin à créer un corps de miquelets destinés à faire la guerre de montagnes.

Quant au procès de Louis XVI, Carnot vota la mort du roi dans les termes suivants : « Dans mon opinion, la justice veut que Louis meure, et la politique le veut également. Jamais, je l'avoue^ devoir ne pesa davantage sur mon cœur que celui qui m'est imposé ; mais je pense que pour prouver votre attachement aux lois de l'égalité, pour prouver que les ambitieux ne vous effrayent point, vous devez frapper de mort le tyran. »

Peu après, l'un des commissaires chargés d'aller signifier à Dumouriez le décret qui le mandait à la barre de la Convention, Carnot, qui était alors à Arras, allait rejoindre ses collègues, lorsqu'il apprit en chemin, à Douai, leur arrestation et la trahison de Dumouriez passé à l'ennemi. Il prit sur-le-champ les mesures les plus promptes et les plus énergiques pour conjurer les désastres dont cette défection menaçait le pays. C'est ainsi, grâce à cette circonstance, que, Carnot n'étant pas à l'armée

(li; Diiinomic/ (MI iiiriin^ IrMiips (jim ses collègiios ilo lii coininission, l.i llr|iiil)li(]ii<^ <liiL do coiisorvcr riioiniiK^ <|ui allait jouer im inU» si {glorieux dans ladéfciiso du Icrriloirr. On sait, ou c^iVot, i\\u) les commissaires livrrs à l'ennemi \)iiv Diimonrioz fnreni Iraînés pendant trente mois de prison en prison et n(î purent être échangés, contre la lille de T.ouis XVI, <ju'au commencement du Directoire.

De nouveau envoyé en mission à l'armée du Nord, avec Duquesnoy, Carnot et son collègue mirent Dunkenjue eu état de défense, organisèrent les camps de (îyvelde et de Cassel, et, par un coup de main hardi, arrachèrent la ville de Furncs aux Anglais, eu donnant aux soldats Texemplc du courage et eu marchant euxmêmes dans les rangs le fusil à la main.

C'est lo jour mémo de cette action (31 mai 1793) qu'éclata à Paris le mouvement qui se termina par la chute des Girondins; mais Carnot se borna à déplorer cette mutilation de la Convention, que, du reste, avaient provoquée les imprudences de ce parti.

Resté dans le Nord, Carnot y était encore, déployant une admirable activité pour organiser la défense, lorsqu'il fut nommé membre du comité de Salut public, où il se trouva chargé du personnel et du mouvement des armées.

La siluêiliou ùlail Icrrible pour la République et pour la France : soixante départements menacés (l'invasion ou de guerre civile! jCarnot fut un de ceux qui contribuèrent le plus au salut de la patrie et de la République. Dans un travail de dix-huit à vingt heures par jour, il organisa, mit on action et relia entre elles, par une direction commune^ les quatorze armées de la République, leur communiquant le sentiment irrésistible de leur force, les lançant sur le chemin du triomphe, traçant les plans de campagne, inspirant toutes les manœuvres, enfin organisant la victoi?'e, suivant une expression du temps qui est restée et qui restera.

Ce n'est pas tout. En octobre 1793, Carnot court à l'armée du Nord pour débloquer Maubeuge, dont la chute eût laissé la France ouverte jusqu'à Paris, désignant Wattignies comme le point stratégique sur lequel doit se concentrer Tattaque, et, destituant un général qui hésitait, il s'élance, un fusil à la main, à la tête d'une colonne, emporte la position et force les Autrichiens, coupés de leur camp retranché, à lever le siège de la place.

Après la victoire, Carnot revint prendre, au sein du comité militaire, la direction de ses immenses travaux, et, le surlendemain, il

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écrivit ofliciclh'iiHMil a rariTK^o pour la UAiclU^v (1(3 son Iriomplic, sans fairn la nioiiidn; allusion à la jiarL (ju'il y avait prisr.

L(^ résultat des opérations dirif^érs par h; grand comité, on le connaît : 27 victoires, dont 8 en batailles ran^é(»s; 120 combats; 80,000 ennemis tués, 91,000 prisonniers; 110 places fortes ou villes importantes occupées ; 230 forts ou redoutes enlevés ; 3,800 bombes à f(îu, 70,000 fusils, 1,900 milliers de kilos de poudre et 90 drapeaux tombés en notre pouvoir.

Tel fut le tableau présenté par Carnot luimême en rentrant au sein de l'Assemblée à l'expiration de ses pouvoirs, le 30 vendémiaire an 111.

Carnot conserva la direction des opérations do la guerre après le 9 thermidor (la chute de Robespierre), et cette révolution intérieure, on le sait, n'interrompit pas le cours de nos succès. Enfin, il sortit délinitivemcnt du comité militaire auquel il avait été constamment réélu, quand il vit l'œuvre achevée : l'ennemi chassé du territoire ; nos armées organisées ; la France enfin, victorieuse de toutes parts.

Quant à la Convention, il y fut ce qu'il devait être : juste, généreux, grand. Il prit courageusement la défense de Billaut^ CoUot et Barrère, ses anciens collègues du comité, attaqués par

no NOS (iLOIRES NATIONALES

les thermidoriens (ceux qui avaient abattu Robespierre), et, bien qu'il ne partageât pas toutes leurs idées, il ne voulut point séparer leur cause de la sienne. Malheureusement, le flot de la réaction montait toujours, et ses efforts demeurèrent infructueux. Lui-même fut bientôt attaqué, et sans relâche, par Fréron et les autres énergumènes. Bref, après la journée du 1" prairial, les réactionnaires, qui étaient parvenus de nouveau à faire décréter d'accusation plusieurs représentants montagnards, osèrent prononcer le nom de Carnot. Il y eut quelques instants d'un silence plein d'anxiété; puis, tout à coup, on entendit une voix de la plaine (du centre) s'écrier : « Oserez-vous porter la main sur celui qui a organisé la victoire dans les armées de la République ? » Un frémissement d'enthousiasme parcourt l'assemblée, des acclamations éclatent^ et le grand citoyen reste victorieux.

Carnot avait, en outre de la direction des opérations militaires, associé son nom à la création de TEcole polytechnique, du Conservatoire des arts et métiers, de l'Institut, de l'Ecole normale, du Bureau des longitudes, des écoles d'application, etc.^ quand, à la mise en vigueur de la Constitution de l'an III, nommé représentant par quatorze départements, il

LKS HOMMES I)K (MIFHUK

alla sir^^cr aux Aurions, pnîs, pro«?qnn nussilùt, au Dirrcloire.

('harj^ù alors de nouveau dv, diri^or la parlio mililaini, (laruol lit porter IJoua[)aiin au comluandeincnt do rariné<î d'Italie» et donna une nouv(dlo et fortn impulsion aux (n>érations.

Au 18 fructidor, lors do la proscription des royalistes aux(iuels on avait osé le mêler, l'arrestation de (larnot fut décidée par la majorité du Directoire; mais, averti, il parvint à s'échapper, et, pendant ([u'oii le condamnait à la déportation, il S'Jïi^ua la Suisse, puis rAllemaync, où il publia un Mémoire justificatif, très véhément. Rentré eu France après le coup d'Ktat du 18 brumaire, il accepta crètre nommé inspecteur aux revues, puis ministre de la guerre (1800) ; mais ce ne fut qu'avec répugnance, il donna bientôt sa démission.

Au ïribunat, dont il fit partie ensuite, Carnot continua une opposition désormais stérile, mais qui honore son caractère, et, notamment, vota seul contre rétablissement de TEmpire ; ce qui ne Tempécha pas de continuer à siéger au Tribunal, jusqu'à la suppression de ce corps politique.

A cette époque, il se retira dans la retraite, et il y resta malgré les pressantes sollicitations de Napoléon, qui lui dit un jour : « Monsieur

Carnot, tout ce que vous voudrez, quand vous voudrez, et comme vous voudrez. » Mais, quand vint l'heure des revers, il alla offrir à Napoléon « son bras sexagénaire » (1814). Il reçut le commandement d'Anvers, que peu de militaires auraient ambitionné, la position de cette place étant désespérée. On s'aperçut alors d'une chose singulière : c'est que l'homme qui avait dirigé toutes les armées de la République , nommé les généraux et Bonaparte lui-même , n'avait d'autre grade que celui de chef de bataillon, auquel il était arrivé « par rang d'ancienneté » après sa sortie du Comité de Salut public. Ajoutons que Carnot défendit héroïquement Anvers, jusqu'au dernier moment, jusqu'après l'abdication de Napoléon, et qu'il administra cette ville avec une intégrité des plus grandes.

A son retour de l'île d'Elbe, Napoléon crut devoir nommer Carnot minisire de l'Intérieur, et ce fut pour celui-ci une nouvelle occasion de rendre des services à la France et aussi de donner de sages conseils, qui ne furent pas suivis. « Carnot, lui dit l'empereur après sa seconde chute, au moment de son dernier départ, Carnot, je vous ai connu rrop tard ! »

Fait membre du gouvernement provisoire après les Cent-Jours, Carnot fut impuissant à

LES IIOMMKS l)K MIKUKK 17v

arn'^ltT le cours dos évéïioinents, vÀ proscrit à la reiitreo des llourhoiis, il erra ou Alhunagiio, habita (ph'l(|uo tiiinps Varsovie et liuahîmoiil alla se lixor à Magilehourj;, où il passa ses dornioros années et où il termina sa vie, lo 2 août 1823.

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