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KLEBER

Jean-Baptiste Kléber naquit à Strasbourg, en 1754. Fils d'un maçon, il fut élevé par les soins d'un curé de village, son parent. Celuici, voulant en faire un architecte, l'envoya, à seize ans, étudier à Paris dans Tatelier de Chalgrin ; mais il n'y resta que deux ans et retourna à Strasbourg. Se trouvant un jour

20i NOS GLOIRES NATIONALES

dans un café de celte ville, il prit la défense de deux étrangers qu'il ne connaissait pas : ces étrangers, qui étaient des nobles allemands s'intéressèrent à lui et le firent admettre à l'école militaire de Munich.

Entré, par suite, en 1776, dan§ un régiment autrichien, avec le grade de sous-lieutenant, le jeune Kléber se distingua dans une expédition contre les Turcs ; mais, plus que de nos jours encore, les grades étant exclusivement réservés à la noblesse dans les armées autrichiennes, il n'eut aucun avancement pour cette campagne. Aussi, mécontent, quitta-t-il brusquement son poste, en 1783, pour retourner de nouveau à Strasbourg. Alors, résolu à reprendre la carrière d'architecte, il sollicita et obtint la place d'inspecteur des bâtiments de la ville de Belfort.

Il était dans cette ville, quand un incident, analogue à celui qui Tavait envoyé à l'école de Munich, vint le rendre pour toujours à la vie militaire. On n'échappe pas à sa destinée. Une émeute, suscitée par l'insolence des soldats ayant eu lieu à Belfort, Kléber, emporté par sa nature généreuse, prit parti pour les officiers municipaux de la ville et contribua à repousser le régiment. C'en était fait : Kléber se jeta définitivement dans la voie de nouveau ouverte

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dovant lui. Il sVnp^apn.i birnlAt (1792) dans lo 2* halaillon du llaiiL-Hliin, fut cliri^^/* sur Hrisach, où on le liLadjudaiil-inajorcLalla prciidn' parla la déftMisiî dcî MaycMicc. Il y corKiuit 1(5 grade d'adjiidaiit f^énéral [kh ([uehiiirs sorties houreiisos (jii'il conduisit. Ai)il*H la rL'ddiliou de la place, ([uo Cusline avait ahaiidouiK', dans des conditions (jui rendaient la défense impossible, Kléhcr vint à IViris. Apjxdé devant le tribunal révolutionnaire dans l'accusation de Cusline, il eut le courage de prendre la défense de son ancien général en clief. Il paraît, d'ailleurs, qu'on ne lui en voulut pas : au contraire, on le lit général de brigade.

Envoyé avec ce grade contre la Vendée qui s'était soulevée, il se lit surtout remarquer à ralîaire de Torfou (19 septembre 1793), où il n'avait que 4,000 soldats à opposer à 20,000 Vendéens. Ce fut pour un jeune officier, le capitaine Schwardin, Toccasion d'une mort héroïque. Kléber l'envoya, avec sa compagnie, à un défilé pour y arrêter un instant l'ennemi. « Tu te feras tuer, lui dit-il, mais tu sauveras l'armée. — Oui, mon général. » Et le capitaine périt à son poste, avec sa compagnie, et l'armée fut sauvée.

Cependant, quelques revers, bien que non imputables à Kléber, amenèrent sa disgrâce,

cl il fut remplacé par Marceau; mais celui-ci lui laissa le commandement ctrectif et servit, en réalité, sous ses ordres. C'est dans ces conditions que Kléber battit les Vendéens au Mans, et, poussant leurs débris vers la Loire, les écrasa le lendemain à Savenay. A son pass<ige à Nantes, à quelques jours de là, les habitants lui firent hommage d'une couronne de laurier, qu'il offrit à l'armée et qui fut suspendue à un drapeau.

Kléber était comme exilé depuis quelques mois à Châteaubriant pour des actes de clémence jugés intempestifs^ quand il fut envoyé à Tarmée du Nord avec le grade de général de division. Il se couvrit de gloire à Fleurus, où il commandait l'aile droite, prit Mons et Louvain et fit capituler Maëstricht en quarantehuit heures de bombardement. Passant ensuite au commandement de l'aile gauche de l'armée de Jourdan, il dirigea avec talent le passage du Rhin à Uusseldorf, et la retraite qu'on fut forcé de faire après devant le nombre.

L'année suivante (1796), il recommença la campagne en battant le prince de Wurtemberg à Altenkirchen, puis le prince Charles, qui avait des troupes triples des siennes. Il venait d'être chargé par intérim du commandement en chef, et il allait entrer dans Francfort, lors-

Lhr? iluMMhs Ufc «jlifcUliK 20»

(|ii'il lut subiUîiin'iiL ia|>|)rL'. I»lrs.s(î par co ra[)i)*'l vl aussi par la iKniiiiialion di; lloclio au coinniaii(l(Min'iil de l'armée de Sainhrc-cl- Meuse, il se retira dans uue maison de campagne, près de I*aris.

C'est là (pie vint le chercher Honapaitr, qui, chargé de rexpédiliou d'h]f;v[)te, dont il avait donné l'idée [>ar ambition, voulait l'avoir à ses côtés. A peine déhar(jué, Kléher marcha sur Alexaiulrie et reçut une blessure à la této en escaladant les remparts. Peu après, formant Tavant-garde de rexi)édition de Syrie, il s'empara do (laza et de JalVa, remporta la victoire brillante du Mont-Tliabor et prit une part glorieuse à la bataille d'Aboukir.

Bonaparte, en quittant l'Kgyptc, remit le commandement en chef à Kléber. C'était dans do tristes conditions. iXotre armée, réduite par les maladies, découragée, manquant de tout, allait se voir attaquée par environ 80,000 hommes ; de plus, TEgypte commençait à se soulever contre les Français. Kléber, croyant la lutte impossible, conclut à El-Arich, par rintermédiaire du commodore anglais Sidney- Smith, une convention par laquelle nos soldats devaient être transportés en France avec armes et bagages. On avait déjà livré plusieurs points importants aux Turcs, et l'on se dispo-

sait h évacuer le Caire, quand arriva la lettre de Tamiral Keith, qui annonçait que le gouvernement anglais exigeait que les Français se rendissent comme prisonniers de guerre. Pour toute réponse, Kléber fit publier cette lettre dans Tarmée, en ajoutant ces seuls mots: (( Soldats ! on ne répond à tant d'insolence que par des victoires ; préparez-vous à combattre ! » On combattit^ en effet (dans les plaines dlléliopolis), et, avec 8,000 hommes contre 80,000, on eut la victoire.

Malheureusement, une révolte avait éclaté au Caire. Kléber y retourna au plus tôt, étouffa la sédition et recommença, pour ainsi dire, la conquête du pays. Il continuait son œuvre^ qu'il eût achevée sans doute, quand il tomba sous le poignard d'un fanatique nommé Soleyman (10 juin 1800).

L'armée, remplie de deuil et de stupeur, rendit à Kléber les plus grands honneurs et envoya ses restes en France. Ils furent inhumés au château dlf, pour être transportés, en 1818, dans un caveau de la place d'Armes de Strasbourg, où on lui éleva, en 1840, une statue en bronze.

cii\)iimo.\.m:t

CIIAMPIONNET

Jeaii-Antoinc-ELienne Championnet naquit à Valence, le 24 mai 1762, d'un maître de poste. Après avoir fait ses études au collège de Chabeuil, il s'engagea dans les gardes wallonnes, puis passa^ sur sa demande, au régiment de Bretagne qui faisait alors le siège de Gibraltar.

Revenu dans ses foyers à la paix, Championnet, qui n'avait reçu aucun avancement, forma, quand la patrie fut en danger (1792), un bataillon de volontaires, les exerça au maniement des armes, se mit à leur tète et rejoignit l'armée du Nord. De là, il fut bientôt envoyé dans le Jura avec mission d'agir sévèrement contre les girondins de la contrée

et de les ramener à l'ordre à tout prix. Il sut remplir sa mission sans verser une goutte de sang.

Récompensé par le grade de chef de brigade, il alla en cette qualité à l'armée du Rhin. Il se distingua d'abord aux combats de Brumps, de Bischrveiller, de Ilaguenau ; puis il débloqua Loudun, y pénétra le premier, prit Spire, Worms et Haukental; ce qui lui valut d'être, à cette dernière affaire, nommé général de division^ sur le champ de bataille même, par Hoche.

Peu de temps après, Tarmée de la Moselle et celle de Sambre-et-Meuse ayant été réunies sous les ordres de Jourdan, Championnet eut à commander une division. A la bataille de Fleurus^ placé au centre, il soutint pendant quatre heures tout Teffort de Tennemi. Alors, reprenant TofTensive, il enleva, à la tête de sa division, la terrible redoute d'Herpignies. On traversa ensuite la Boër, et Championnet, prenant les devants, investit et emporta Juliers, puis surprit Cologne, dont la conquête assura à Tarmée la rive gauche du Rhin, pour établir ses quartiers d'hiver. Quand vint le printemps, Championnet franchit le Rhin à la tête de 600 hommes seulement, et enleva Dusseldorff, montrant le même élan jusqu'à la fm de la

ij:s iio.mmks di: cujiHiiE :iii

campafj;!!!', (jni si; Icnnin.i p;ii' la .s.'iVtiiitc; re- Imite de Jourdaii.

Hoche élaiil venu l'année suivantfî remplacer Joiirdaii il rarinéo de Sambrc-cl-Meuse, il conlia la gauche de son année à Chanipionncl. On sait comment hi campaj^ne, ouverte brillamment, fut bientôt arrêtée par les préliminaires de Léoben, an moment oii l'armée autrichienne, coupée, allait être obligée de se rendre. Passant alors au commandement d'une aimée destinée à agir en Hollande, et réunie à Anvers, à Dunkerque et à Ostende, il y resta jusqu'à l'époque oii il fut appelé à Tarmée d'Italie par Joubert, qui lui donna le commandement de l'armée de Rome menacée par 50,000 Napolitains. Avec ses 16,000 hommes, Championnet sortit de Rome et se concentra sur le Tibre. Là, secondé par Macdonald, il défit complètement Mack et rentra à Rome en vainqueur ; puis, reprenant l'ofTensive, avec un renfort de cavalerie qui venait de lui arriver, il s'élança à la poursuite de l'armée napolitaine, en pleine retraite, enleva Capoue (10 janvier 1790), et y signa un armistice avec Mack. Se dirigeant ensuite sur INaples, que le roi et la reine abandonnèrent lâchement aux lazzaroni (pécheurs et ouvriers du port), il investit la ville et l'emporta après

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une résistance désespérée, qui dura soixantesept heures et lui coûta 600 hommes.

Après avoir été un grand général, Championnet se montra grand administrateur. Il organisa à Naples la république parthénopéenne et confia le gouvernement à vingtcinq citoyens recommandables. Les abus disparurent, les impots furent diminués, la liberté régna partout. Enfin, une ère de bonheur s'ouvrit pour ce malheureux pays, qui avait toujours gémi sur le despotisme. Championnet mit même les prêtres à la raison, ce qui n'est pas facile. On n'ignore pas que saint Janvier est en grande vénération à Naples et que Ton garde à Tégiise principale de la ville une fiole que Ton dit remplie du sang du saint recueilli par des mains pieuses ; on sait aussi qu'à sa fête, ce sang entre en ébullition. Or, à la prochaine de ces fêtes, le miracle n'eut pas lieu ; ce que les prêtres expliquèrent aux assistants par l'horreur du saint pour la domination française. Championnet, qui était sur la place avec ses troupes pour empêcher toute émeute, envoya dire à l'officiant : « Si, dans dix minutes, le miracle n'a pas lieu, je fais bombarder Téglise ! » Et le miracle se fit dans le délai donné.

Cependant, un commissaire français envoyé

LKS IIOMMKS l)K (îl'KKUK 2i.1

par h' Direcloirn (Haut arrivé à N.iplos avec des poiivoii's (liscnHioniiairiîs déclara propriétés françaises tout co (pi'avait respecté (Ihampioiiiiet. (le fut I(î siij(»t (l'une lutte (Mitre le commissaire et le général, et celui-ci, par ordro du Directoire, se vit arrftté et conduit dans les prisons diî Turin, puis <i flrenoble, pour y ("^tre traduit devant un conseil de guerre. Ac- (]uillé, (lliampionnel fut replacé à la léte de Tarmée d'Italie, et il se vengea du mal qu'on lui avait voulu faire en relevant le moral des troupes, (jui étaient dans le plus grand dénûmcnt. 11 se porta ensuite en avant, enleva Suze, et il allait rallier Joubert, quand celui-ci perdit la bataille de Novi avec la vie. ChampionnetralliararméedeJoubertet, de nouveau, il marcha en avant; malheureusement, mal secondé, il dut battre en retraite et se replier sur Gènes et sur Nice. Enfui, bientôt atteint par l'épidémie qui ravageait ses troupes, il mourut à Antibes le 8 janvier 1800, âgé de trente-huit ans.

Il fut enterré dans les fossés de la citadelle d'Antibes, oii Ton voit encore une simple pierre avec ces mots : « Ci-git Championnet,

GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE. » SoU CŒUr fut

transporté à Valence, sa ville natale et déposé dans la vieille église de Saint-Ruf. Depuis,

21/. NOS GLOIRES NATIOxNALES

une statue colossale en bronze lui a été élevée par la même ville de Limoges, au centre de l'ancienne esplanade, qui a été appelée la. place Championnet.

JOUKDAN

JOUHDAN

Jean-lîaplislii Jourdan, (|iril ne f.iut pas confoiulie iwec Jourdaîi coupe-trtes, naquit à Limoges en 1762.

Après avoir combattu comme simple soldat dans la guerre de Tindépendance en Amérique, il revint en France et partit pour les frontières en 1792, à la tête du 2"^ bataillon des volontaires de la Haute-Vienne. Il se distingua à Jemmapes^ à Nerwinde, à Famors, et devint général de division en juillet 1793. Il fut renversé par un boulet à Hondschoote, où il commandait le centre ; puis, succédant à Bouchard dans le commandement des armées du Nord et des Ardennes, il battit le prince de Cobourg à Wattignies, et l'obligea ainsi à lever le siège de Maubeuge.

Mis presque aussitoL à la lelraite pour avoir refusé de continuer l'oirensivc pendant l'hiver, Jourdan se relira à Limoges, où il reprit, paraît-il, le commerce de mercerie qu il y avait tenu un instant à son retour d'Amérique, se contentant^ pour toute protestation, de suspendre son épée et son uniforme de général en chef au fond de sa boutique.

Cependant, sa disgrâce ne dura que quelques mois : on le rappela dès le mois d'avril pour le mettre à la tête de l'armée de la Moselle, qui devait bientôt devenir l'armée de Sambre-et-Meuse. Il prit Charleroi le 25 juin et le lendemain remporta l'importante victoire de Fleurus, qui eut pour résultat la reprise de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé, avec la délivrance de toutes nos frontières du Nord. Ensuite^ passant la Meuse, Jourdan battit Clerfayt, prit Cologne, Coblentz et Maëstricht. Enfin, après s'être emparé de l'importante place du Luxembourg, il franchit leRhin etprit Dusseldorf. Il s'avançait en Allemagne, quand la chute de la ville de Manheim, tombée au pouvoir de Clerfayt par la trahison de Pichegru^ vint l'obliger à la retraite.

Nous passerons ici sur la campagne de 1796, où il déploya de grands talents militaires^ mais où il fut constamment malheureux, pour dire

rM -^ f

Jourcian (bataille de Fleiirus}.

i.i:s NOM Ml. s hi: (jLliiuk m

<|u\'lii iiicinhrc- «1rs ( liiH|-( Inils l'aiiiirr siiivaiilf, il proposa ol lit iidopterla conscription inililaii'c

On relronvo Jonnian coinniandanl l'année dn Dannlxî, <|ni, comptant moins do iO,000 hommes, avait en face (rdlo les 70,000 du prince (Iharles. Cela n'rmprcha pas ce général do so rendre maître de la Souabe et de remporter la victoire de Stochach ( 25 mars 1799 ). Malheureusement, il ne put se maintenir dans ses positions et dut encore se retirer sur le Uhin, en raison des forces supérieures des Autrichiens.

Ilenlré au conseil des Cinq-Cents, il lit la motion, en présence de la situation que faisaient à kl France les ennemis do l'extérieur et ceux de rintérieur, do déclarer de nouveau la Patrie en danger; mais cette proposition fut ajournée, et quelque temps après s'accomplissait le coup d'Etat du 18 brumaire, où Bonaparte, violant les lois et chassant les représentants du pays, s'emparait du pouvoir.

Jourdan se montra en cette occasion l'adversaire très décidé de Bonaparte ; aussi fut-il exclus du Corps législatif.

L'année suivante, cependant, il consentit à accepter le gouvernement du Piémont, et, en 180i, Napoléon le comprit dans la liste des

marécliaux ; mais, lors de la distribution des titres, il refusa de lui conférer celui de duc deFleurus, en répondant à Lannes, qui en faisait la demande pour son compagnon d'armes : « Il aurait un titre plus beau que le mien ; car, moi, je n'ai point gagné de bataille qui ait sauvé la France ! »

Quoi qu'il en soit, Jourdan commanda pendant une année environ l'armée d'Italie et devint major général du roi Joseph à Naples, puis en Espagne, où il eut le regret de voir ses conseils dédaignés.

Rentré en France en 1813, Jourdan adhéra, comme sénateur, à la déchéance de Napoléon ( 1814 ), fut confirmé par Louis XVIII dans le commandement de la IS"" division mihtaire, qui lui avait été donnée à la première Restauration. Il reçut ensuite le titre de comte^ le gouvernement de la l"" division militaire (1816), puis un siège à la Chambre des pairs ( 1819 ).

Enfin, nommé ministre des affaires étrangères à la révolution de Juillet 1830, Jourdan échangea bientôt son portefeuille contre la place de gouverneur des Invalides, et ce fut là qu'il mourut en 1833. .

La ville de Limoges lui a élevé une statue en 1860.

WIII

iMAKCEAU

MARCIÎAU

François-Séverin Marceau des Graviers, le héros légendaire mort à 27 ans , naquit à Chartres, le 1" mars 1769, d'un procureur (avoué) au bailliage. Son père le destinait au barreau ; mais, à seize ans^ le jeune homme s'engagea dans un régiment. Il était devenu sergent, quand, le li juillet 1789, se trouvant

en congé à Paris, il se joiiinil aux colonnes qui marchaient sur la JJasLille et se fiL remarquer par son courage. On le récompensa en lui donnant un congé définitif et en le faisant instructeur de la garde nationale de Chartres. Il remplit cette fonction jusqu'à Tépoque du grand enrôlement (1792). Un des premiers inscrits, il fut envoyé à l'armée des Ardennes, comme sous-lieutenant, et, franchissant rapidement plusieurs grades, il ne tarda pas à se voir donner le commandement du 2^ bataillon des volontaires d'Eure-et-Loir, ses compatriotes. Quand La Fayette eut abandonné son poste de général à cette armée, Marceau contribua puissamment à faire rentrer les troupes dans Tobéissance, et, comme un certain nombre d*officiers paraissaient disposés à aller rejoindre La Fayette^ il réussit à les décidera rester en leur disant: « La patrie avant nos généraux ! notre place est à la frontière : ne tournez pas le dos à Tennemi! »

Plus tard, envoyé^ avec son bataillon, en garnison à Verdun, Marceau fut un des officiers qui s'opposèrent énergiqucment à la capitulation, sans pouvoir l'empêcher, et, après la mort du brave Beaurepaire, il fut chargé, comme étant le plus jeune en grade, de la pénible mission d'aller porter la ratification du

LKS Nom m I.s dk (irKKIlK f|7

Iraih' an camp priissirn. (Ir fui au roi <lr Pi'iissc lui-inriiir (|iril la rnnil. (jhïhih» il m* pul rclrnir des laiancs dr doiilnir ri (I<î colère, celui-ci, louché, clici'cha à h; consoler en rendanl lioninia'^e au courage des défenseurs do la ])lace. Mais il paraîl (]ue la seule consolalion que voninl aeceplcM* Marceau, c'élail inic n^vancho; car, le leiidcniain, pendant !(; défilé de la garnison, il évacuait N rrdnn, on entendit dans l(\s i-anus nrn' vcdx, celle diî Marceau, qui criait aux Prussiens: a Au revoir dans les l)laines do la rdianipagno 1 » Ce n'est pas tout: commit il avait, pendant le siège, perdu une partie de ses elVets et une somme de 400 fr., ses économies, et qu'un représentant en mission lui demandait ce qu'il désirait qu'où lui rendît: « Uu sabre nouveau pour venger notre défaite! » répliqua-t-il. Ajoutons, pour ce qui est de la reddition de Verdun, que, quelques mois après, la Con^'ention décrétait la mise en accusation des officiers qui avaient consenti à cette reddition, que Marceau fut seul excepté, et qu'on lui fit des éloges publics.

Marceau demeura encore assez longtemps à l'armée du Nord, où il lit partie de Tavantgarde, sous les ordres du général Dillon, et où il eut à subir de continuelles escarmouches.

sans compter les privations. « Il y a trois jours que le pain nous manque, écrivait-il à un ami le 24 septembre 1792, les convois ayant été obligés (le prendre le grand tour pour éviter l'ennemi. »

Cependant, nommé adjudant-major le 1" décembre et devenu successivement lieutenantcolonel en second, puis lieutenant-colonel aux cuirassiers-légers de la légion germanique, Marceau fut envoyé en Vendée. A peine arrivé, il fut accusé d'être un contre-révolutionnaire, par les représentants Bourbotte et Julien^ et traduit en jugement. Il refusa de se disculper de Taccusation et se borna à raconter brièvement sa vie , ce qui fit dire à Goupilleau, un représentant et l'un des juges : « Si Marceau, que je vois pour la première fois et que j'apprécie par sa manière de se défendre, n'est pas aussi vrai républicain qu'il est brave soldat, je ne compterai plus sur personne ! » Marceau fut acquitté.

A quelque temps de là, en juin 1793, Marceau se trouvait à Saumur, quand, le 9 au soir, les royalistes se présentèrent devant cette ville, avec de l'artillerie, après avoir coupé toute communication avec un corps de 5,000 républicains établis à Thouars. Il résista quand même; mais, à la suite d'un premier échec.

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riiifanlciic, priso ilc ijaiiiqinî, st; dùbaiiila à travnrs Saiiiimr on criant: (( Tralusoii! >» et il s\mi suivit nialliL'iirriiseiTKînt iiih3 «Irhîlde. C*cst alors (jue Marccîau, se trouvant pri'S de Bourholte, un Je ses accusateurs, dont Ir cheval venait d'être tué, lui céda le sien, dans une noble veuf^eance, en lui disant: a J'aime mieux être pris ou tué ([ue de voir un représentant tomber entre les mains de ces brigands ! »

JNommé bientôt général de division, à vingtquatre ans, Marceau était au combat de Dole, et, sauvant le corps de Westermanii, il poursuivit l'ennemi jusqu'à Autrain, où l'on se battit vingt-deux heures ! Chargé ensuite, par intérim, du commandement du corps de Rossignol, il eut à agir avec Kléber, qui, ayant eu l'occasion d'apprécier son jeune collègue de l'armée du Nord, voulut lui abandonner le plan de campagne. Marceau refusa en disant : (( Menez cette armée à la victoire 1 Qu'est mon courage auprès de votre génie? Je courrai sous vos ordres à Tavant-garde ! » Finalement, ils s'entendirent pour choisir comme point de concentration le village de Foulletourte, en avant de Pontlieue et près de Mons. Ce fut à la suite d'un combat livré à La Rochejaquelein devant Pontlieue qu'eut lieu l'épisode touchant, tant

230 NOS GLOIRES NATION A f.KS

do fois raconlé. Il se trouvait dans les troupes veiidéonncs une toute jeune lille, Angélique de Mellicrs, qui avait pris partau combat. Poursuivie par des soldats, elle rencontra Marceau, qui la prit sous sa protection. Il l'interrogea et lui trouva la raison un peu égarée. Pris de pitié, il lui conseilla de suivre la colonne, qui partait pour Laval et la confia à Tadjudantgénéral, Savary, le chargeant de la conduire au quai'tier général. Remise ensuite à un curé de campagne, elle ne tarda pas à être découverte, et, peu de temps après, Marceau apprit qu'elle avait porté sa tête sur Téchafaud, lui léguant une montre en souvenir de son humanité. Depuis, il exprima souvent le regret de n'avoir pu lui sauver la vie. Disons que cette belle action fut l'objet d'une dénonciation contre Marceau, mais qu'elle n'eut aucun ed'et, ayant été anéantie par BourboLte, indigné.

Nous avons dit qu'après la bataille du Mans, Marceau s'était porté sur Laon. En chemin, il rencontra à Savenay le gros des royalistes, comme il rejoignait justement Kléber. 11 s'entendit avec lui pour improviser une cavalerie composée d'officiers de tous corps, et les deux généraux chargèrent à la tête de cet escadron, pendant queTinfanterie exécutait, de son coté,

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une cliar;^!' Inrihl»'. ( )ii Ir s.iil, Ivm V^endéeiis furoiit ('îcrasrs.

( j'|M'ihl.iMl, .Marcrau allail h'h'iilùl rire ol)li}.;é (le ^(^si^•^^^ S(m (•(nniiiaii(lriiiriil provisoire, ciiln' les iiiaiiis (hî Tiircau, iiomiiiô en rcriiplucrnicnl de Uossi^nol cl <|ni arrivait des Pyreiioos pour picndir son [)0.sU' deconunissaire. On va voir conuncnl, m passant à An^^ors, Inri^an avait c-onlrcdit les ordres (pii étaient donnés à Marcean [K)ur la défense du passa*^e lie laLoii'e; puis il a\aiL écrit, an roniité de Saint publie. [K>ur se [daindie. De phis^ la veille de la bataille de Savcnay, Marceau avait re(;u de lui une lettre dans hujnelle il se plaignait de n'avoir pas été informé des mouvements de l'armée, et Marceau, blessé, lui avait répondu : « Je suis devant Savenay ; demain, de grand matin, j'attendrai l'ennemi, qui sera détruit. Si tu veux être témoin de la fin de la guerre, accours promptement. » On sait comment Marceau tint parole ; mais ce ne fut, malheureusement, qu'un grief de plus pour Tureau, qui linit'par arriver à conliner Marceau à Chateaubriant, dans l'inaction. C'est de là que, fatigué de la guerre civile, inoccupé, souffrant, Marceau demanda un congé.

Il avait vécu retiré, à Rennes et à Paris, quand, le 2 mars 1794, il fut mis à la tète d'une

^32 NOS rJLOIRES NATIONALES

division des Ardennes. Il commaiidiiit Taile droite à Fleiirus et combattit avec la plus rare intrépidité : il eut deux chevaux tués sous lui et contribua pour une i^rando part à la victoire. A Deuren, il partagea la gloiie de la journée avec Championnet,et Jourdan écrivit à Kléber : (( Marceau s'est battu comme un enragé. » C'était la confirmation du rapport du comité de Salut public sur la bataille deFleurus, rapport oïl Marceau avait été surnommé le lion de l'armée française. »

Peu de temps après la bataille de Deuren, Marceau reçut l'ordre de marcher avec sa division sur Coblentz, le centre des complots de rémigration, et de s'en emparer. Bien que l'entreprise fut audacieuse, Marceau ne lit aucune objection, et^ agissant avec promptitude, il tomba, le 13 octobre, sur Coblentz, où il entra Tépée haute et drapeaux au vent, pendant que Tétat-major des alliés fuyait par la porte opposée. Ce fut le châtiment de Timpudent défi de Brunswich. La France entière fut en joie, et la presse républicaine célébra le vainqueur, qu'elle appelait « le moderne Paul-Emile ».

Marceau prit, l'année suivante, une part active au siège d^Ehreinbreisten, puis, à quelques mois de là, il attaqua les gorges de Stromberg et en chassa les Autrichiens. C'est alors qu'eut

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li<Mi rrvrnrinriil suivant, i lomiinî .M.irr<%ni, qui roininaiidail rarrit»re-ganl(3 de rarniée sur la rivr :;an('hr du Hluu, avait élu chargé do hrùltu' (Ml (le ('oultu' bas, apri'S \r, passage» do IJrruadotlr, le [lonl de haleaux élahlil sur le Dieg, il Irausmil Tordre au capitaine du génie, souliail ([u'il accomplit trop précipitamment et faillit compromctli'e une grande partie de rarrière-garde. Marceau, se considérant comme responsable de cette faute, voulut se hruler la cervelle ; heureusement un de ses aides de camp, (pii était en même temps im de ses amis d'enfance, Constantin Maugars, parvint à Ten empêcher. Kléber, étant arrivé sur ces entrefaites^ Marceau, indécis, n'osait lui parler, quand Kléber, se jetant dans ses bras et Tembrassant : « Eb ! quoi ! lui dit-il, est-ce que tu ne reconnais plus ton frère d'armes? Est-ce que tu as oublié Kléber ? Montons à cheval et tout sera réparé. » Et, en elfet, étant passés ensemble de l'autre côté du Rhin, ils inspirèrent une telle crainte à l'ennemi, qu'il fut deux jours sans se montrer sur le bord du lleuve. Battant ensuite les Autrichiens à Salzbach, Marceau fut mis (1796) à la tète de la première division de Tarmée de Sambre-et-Meuse, et, chargé de couvrir la retraite de Pichegru, qui venait d'évacuer les lignes de Mayence et

S.Vi NOS GLOIRES NATIONALES

de se maintenir dans nnc position difficile, afin de perinotlre à .lourdan d'exécuter d'autres opérations combinées. Marceau, montrant sa bravoure et sa capacité babituelles, parvint à remplir sa mission en conservant sa situation, de laquelle dépendait le salut de deux armées, et repoussa ensuite les alliés à Creuznach, à Meissenheim et à Salzbourg. En somme, Marceau força les Autrichiens à se replier et permit à Jourdan de venir en aide à Kléber, pendant que sa division et celle de Poncet étaient chargées de tenir les Autrichiens en respect en avant de jMayence. Bientôt môme, Jourdan appela à lui la division Poncet, pourprendre Tolfensive , ce qui laissa Marceau avec moins de 15,000 hommes.

C'est avec cette petite armée que Marceau eut à soutenir, le 9 juillet, une première escarmouche. Il avait employé sa journée du lendemain à se fortifier, quand, le 1 1 , à deux heures du matin^ l'ennemi, sortant de Mayence, réussit à forcer les postes avancés; heureusement, ce ne fut que pour battre aussitôt en retraite. Quinze jours après, Marceau s'empara du fort de Kœnig'stein, où il trouva vingt canons; puis, il compléta l'investissement de Mayence.

A la suite de cet investissement, l'armée de Sambre-et-Meuse s'étant repliée surlaLahn,

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MaicjMU se trouva ilr nouveau a la IrLjî diMlrux divisions, il <Iul ru conlit'i' uiin, la siriiiio pro- [)H\ au i;riirral dr hri'^adr Hardy, C(M|u'il lit (;ii lui écris a ni : « Nous alhMidrons irnurnii, non» le vaincrons; fais dr nirnn*. .Ir connais la division (|uc lu coniinamlcs : avec d<î tcds hoinnuis, iu es sur de Naincrc. Ilappelle leur (pTils sont de ma division : elle m; doil jamais rtro maliuMireuse.

IN)ur son r(^m|)lr^ Marceau oJ)Lint la reddition de la forler(\ss(; da \\'urlzl)Ourj^. Ayant envoyé ensuite des troupes dans la forêt pour y débarquer des partisans et y ramasser des déserteurs autrichiens, ces troupes rencontrèrent Tavant-yarde de rarchiduc Charles, (jui regagnait FrancforU et un engagement assez vif s'en suivit. Marceau concentra ses hommes sur le plateau de Dessenheim, lit sauler hîs ponts et se retrancha. C'est ainsi qu'il s'empara de Manheim et de Limbourg, puis livra deux combats importants le même jour (19 septembre 1796).

Nous arrivons, hélas! au dernier jour de Marceau. 11 occupait le défilé d'Altenkirchen, attendant rintervention de Jourdan : voulant reconnaître le terrain, il partit accompagné du capitaine Souhait et suivi de deux ordonnances. 11 portait le dolman et le pantalon du

4* chasseurs, sans écharpe, et sur son chapeau ilottait le reste du panache qu'une balle avait coupé deux jours avant, à Limbourg. Il était à peine entré avec Souhait dans un petit bois, qu'un chasseur tyrolien caché derrière un arbre lit feu sur lui. La balle, après avoir eftleuré Souhait, traversa le bras gauche de Marceau et alla se loger entre les côtes. La blessure était mortelle.

Transporté jusqu'à Altenkirchen, il fut confié à l'humanité et à la loyauté du commandant prussien, qui venait de s'emparer d'une partie de la ville et resta sous la garde des officiers qui l'accompagnaient. Le lendemain, le général autrichien Sladdick, à qui Jourdan avait recommandé le blessé, s'empressa d'envoyer une sauvegarde à celui-ci en entrant dans la place, et Kray, l'un des plus anciens officiers autrichiens, et qui avait combattu contre Marceau dans deux campagnes, fut le premier à le visiter. Il se sentit si ému en pressant la main du héros, qui répondit à la sienne, qu'il se mit à pleurer.

Au matin, Marceau rendit le dernier soupir. L'archiduc, qui arrivait à ce moment avec plusieurs de ses généraux, resta longtemps pensif et recueilli dans la contemplation de cette noble figure, glacée par la mort. Il voulait

LKS ll()MMi;s hK (ilKllUK «37

inAmo f^ardor In corps pour liiî ronrlro los dcTiii(îrs (Icîvoirs, et, quiiiid il le; livra aux ()flici(3rs fraii(;ais (pii V(MiaitMiL ici rrrdarnnr, il I(î (il arcompaf^iHîr par uii (lélarJinnorit de mih hussards. L'iiiliuinaliou rullic'U h; soir du 23 seplonil)n\ dans le cA\n\\ r(;lraiiché do Cohlenlz, et les saivrs de rarniée aulriehiniiKî répondirent à cellivs (l(» Tannée Iraneaise rendant les derniers honneurs.

Uu monument, sur les dessins de Kléhcr, fut élevé à Marceau, par l'armée de Samhreet-Meuse : c'était une simple pyramide sur laquelle on lisait que là reposait un soldat, qui, « à TAgo do vingt-sept ans, avait rendu des services signalés à sa pairie, avait mérité Testimo do ses ennemis, Tamitié do ses camarades et l'attachement do ses concitoyens ». Un an après, on exhuma le corps de Marceau, et, à la manière des Romains, on le fit hrùler, avec pompe, sur un bûcher, au Presberg, en présence de Tarméo. Les cendres furent recueillies dans un vase d'airain portant cette inscription : Hic cincrcs, xihique nomen ( là les cendres, le nom partout). On déposa ce vase dans un tombeau, et le général Hardy prononça un discours eu Thonneur du héros, pendant que des salves d'artillerie le saluaient une dernière fois.

Plus lard, les rrussicns ayant à fortifier le Prcsberg, on transporta le tombeau de Marceau à une petite distance de là, sur un terlre artificiel, dans la gorge du fort François, au bas d'une colline boisée, qui devint le lieu de promenade le plus fréquenté de Coblentz et une sorte de pèlerinage pour les Français.

Terminons en disant que Chartres, la ville natale de Marceau, après lui avoir érigé, en 1801, un monument, qui est aussi une pyramide, lui a élevé, en 1851, sur la place principale, une statue en bronze, œuvre remarquable d'Auguste Fréault^, et que chaque année, à l'anniversaire de la mort du héros, on célèbre une fête en son honneur.

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