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HOCHE

Louis-Lazare Hoche naquit à Montreuil, faubourg de Versailles, le 2i juin 17G8, d'un ancien militaire, devenu garde du chenil du roi. Ayant perdu sa mère à deux ans, il fut élevé par une tante, fruitière à Versailles, devint enfant de chœur, pu^'s, à quatorze ans, attaché comme palefrenier surnuméraire aux

écuries royales. Tout en se livrant aux grossières occupations de son emploi, il étudiait avec passion, en prenant sur ses nuits. Quand il eut seize ans, il s'engagea dans les gardesfrançaises où son intelligence, sa franchise et son goût pour Tétude lui attirèrent la sympathie de ses camarades. Il était là depuis deux ans, lorsque, ayant appris qu'un caporal de la compagnie était un délateur, il le provoqua en duel et lui donna un coup de sabre dans le ventre, tout en en recevant un au visage dont il garda toujours la trace.

Malgré son instruction et ses avantages extérieurs. Hoche n'était encore que caporal quand arriva la Révolution. Il en devint un des plus fervents et des plus sincères adeptes, et il figura parmi les sous-oflîciers des gardesfrançaises qui embrassèrent la cause de l'Assemblée nationale et du peuple. Bientôt son corps fut dissous ; mais il passa alors, avec le grade de sergent, dans la garde nationale soldée, puis, comme adjudant-sous-officier, au 104*^ régiment d'infanterie, et, après cinq mois, lieutenant au 58*. Devenu capitaine au même régiment, il attira, par sa brillante conduite au siège de Thionville , Tattention du général Leveneur, qui le prit pour aide de camp, et, peu après, il se distingua à la ba-

LES HOMMES UL i.LEUUlC tsn

taille (l(i Norwiiulo, pur son courage et su capacité.

Envoyé Ji I*aris aprts la trahison dr Dinnonrioz, pour rcnilro compte diî ce (pii s'était passé, Hocluî adr(;ssa an comité de; Saint j)nl)lic, par l'entremise de (louthon, nn plan do campagne si rtMnanjnable, que l'illustre Carnot, (pii en prit connaissance, dit: « Voilà un oflicier subalterne d'un bien grand mérite, et il le lit nommer adjudant général. Il se trouvait à Douai, quand, sur une dénonciation calomnieuse, il fut arrêté ; mais le comité révolutionnaire s'empressa de l'acquitter et lui donna le commandement de la ville de Dunkerque, menacée par le duc d'Vork. Il défendit cette ville avec une grande habileté ; ce qui lui valut d'être nommé, à treize mois de distance, général de brigade (20 septembre 1793) et général de division (23 octobre 1794J. Ainsi, en deux campagnes, il venait de passer par tous les grades, en payant chacun d'eux d'une action d'éclat.

Après s'être emparé de Furnes, Hoche, à peine âgé de vingt-cinq ans, fut nommé commandant en chef de l'armée de la Moselle, composée d'environ 20,000 hommes, aussi mal disciplinés que mal armés. En peu de temps, il eut réorganisé cette armée, et il commença

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la campaii^ne. 11 s'agissait de chasser des frontières de TAlsace 100,000 Allemands (Prussiens et Autrichiens réunis), commandés par lîninswick. 11 altaqua celui-ci ; mais, après une lutte de trois jours, il se vit contraint de se replier jusqu'à la Sarn». Co no fut, toutefois, que pour reprendre presque aussitôt Toirensive. Opérant sa jonction avec Tarmée du Rhin, sous les ordres de Pichegru, il traversa les Vosges, à marches forcées, par un temps aiïreux, tomba sur Tarmée autrichienne, commandée par Wurmser, l'isola des Prussiens et la mit en déroute ; puis, trois jours plus tard, après avoir reçu le commandement en chef des deux armées françaises, il battit de nouveau Wurmser près de Wissembourg, débloqua Landau, prit Gernesheim, Spire ctWorms, et chassa complètement de l'Alsace Tarmée autrichienne, en se couvrant d'une gloire immortelle.

Cependant, Pichegru, qui devait bientôt trahir et qui était envieux du jeune Hoche, non seulement le força, par son mauvais vouloir, de rentrer dans ses cantonnements, mais encore, en lui contestant l'honneur des succès obtenus, Taccusa auprès des commissaires Saint-Just et Lebas d'aspirer à la dictature. N'osant pas le frapper au milieu de l'armée qu'il avait conduite à la victoire, on

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coinniriica par l'en anarlirr ru rnivnyaiil îi raniu'r (rilalic ((Mimn» f^^éiirral ni chrf. A |H'im' ai rivr à Mer, IIocIh' «''liidiail sur la carto si\s oprralious fuliircs, (|uaii(l ou Tarrùla. Il fui conduit à Paris cl rnfrruu'' a la prison d<3S (u'irni(*s. Toinlir dans uun solilud'; forcer, il (unplova S(^s licurcs à étudier dr nouveau, <»t c'est alors (jui% se jurant d'être réservé, pour 110 donner aucune prise à la calomnie, il clioisil pour devise : lUs nun vcrha Des faits et non des paroles).

Survini-enl les événemenis du 9 thermidor. Ils ouvririMil à lloche les portes de sa prison. Appelé alors au commandement de l'armée de rOuesl, (jui avait à faire renlr(»r dans le devoir des Fran(:ais éi^arés et révoltés, il s'attacha à éviter relfusion du sanu' et à ne frapper qifaprès avoir tout tenté. Dans ces idées^ il commença par établir dans sou armée la discipline la plus sévère, défendant à ses soldats, sous les peines les plus graves, de molester les habitants: ce qui lui permit bientôt d'écrire au comité de Salut public : « Déjà l'habitant regarde sans elïroi celui qu'il appelle bleu (de la couleur de Tuniformei et qu'il regardait comme son ennemi. » D'un autre côté, il changea la tactique adoptée jusque-là, établissant des camps retranchés de distance en distance

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et des colonnes mobiles pour battre le pays sans relâche ; ce qui mit l'armée à Tabri des surprises. Enfin, il travailla à isoler les divers corps royalistes, pour en venir plus facilement à bout. C'est ainsi qu'il arriva à battre les chouans et à leur faire demander la paix : ce qui leur fut accordé par le traité de la Jaunaie (château près de Verton, à 6 kilomètres de Nantes^ le lo février 1795).

Ce n'est pas que Iloche fût absolument satisfait de ce traité ; car^ connaissant les menées des émigrés, il comprit que cette pacification partielle serait de peu de durée. Aussi, continua-t-il h prendre des mesures de précaution pour éviter toute surprise. Cette conduite, dictée par la prudence, lui fut pourtant imputée à crime. Accusé, à la fois, par les uns de vouloir entretenir la guerre civile en Vendée, et, par les autres^ de trahir la République, en usant d'une modération coupable à Tégard des Vendéens, il était sur le point de perdre son commandement, lorsque Puisaye etd'Hervilly débarquèrent avec un corps d'émigrés (15 juillet 1795) ; ce qui prouve qu'il avait vu juste. Rassemblant aussi son armée, environ 9,000 hommes, il fondit sur les royalistes, leur enleva le fort Penthièvre, les accula à la mer, les bloqua dans la presqu'île de Quiberon, les

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écrasa on pnrtîn ot, tandis qu'un cciiain nombre crcnlri^ ru\ parv(Miainiit a s*('nil)an|urr sur les vaisseaux aiii^Hais (où rlail roshî le coinlo d'Ailois, plus tard (lliarins X, quo (Iharellc» traiU^ (lo lArlio dans une hîltrcî au futur Louis XVIII, (jui en prenait iWyd lo nom), il lit les aulnes prisonniers. Il poursuivit ensuite les Tinteniac du coté de Saiiit-Malo ; puis, prenant les mesures les plus énergiques pour réduire» (ilian^te, un d(îs chefs vendéens les plus renommés, et toute la Vendée, il procéda par la force à un désarmement successif du pays, autant du moins que cela fut possible, les chouans cachant leurs armes.

A ravènement du Directoire, IIoclic reçut lo commandement de trois armées de l'Ouest, réunies sous le nom d'armée de l'Océan et comptant 100,000 hommes. Investi des pouvoirs les plus étendus, il porta alors le dernier coup à rinsurrection^ battant successivement Stoftlet et Charette (ce dernier fut pris et, après jugement, fusillé à Nantes), et faisant procéder au désarmement du Morbihan et de la Bretagne, comme précédemment en Vendée.

Enfin, grâce à Iloche, le Directoire put, le 15 juillet 1796, annoncer que la lutte était terminée et la Vendée pacifiée, pendant qu'un décret proclamait que l'armée de TOcéan avait

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bien mérité de la ])alric. C'est depuis que le grand général reçut son plus beau titre de gloire, le surnom de Pacificateur de la Vendée. Cependant, en voyant les Anglais s'attacber à fomenter incessamment la guerre civile chez nous, Iloche avait conçu le projet de les frapper à leur tour en employai) t les mêmes moyens. Justement l'Irlande n'attendait qu'un signal pour se soulever. Hoche demanda au Directoire de profiter de l'occasion et de faire opérer une descente en Irlande. Le Directoire accepta, et Hoche, après avoir échappé, à la sortie du théâtre de Rennes, à la balle d'un Vendéen fanatique nommé Guillaumot, se rendit à Brest, pour organiser l'expédition, dont il avait naturellement le commandement. Il eut nombre de difficultés à vaincre, sans compter le mauvais vouloir du Directoire, maintenant hésitant. Enfin, le corps expéditionnaire de l'Irlande, composé de 18,000 hommes, quitta le port de Brest (16 décembre 1796). L'escadre qui le portait et que commandait Morard, était parvenue à tromper la diligence de la flotte anglaise, quand, à la hauteur d'Ouessant, une tempête effroyable vint disperser les navires. Tous pourtant arrivent tour à tour à la baie de Boutry, lieu du rendez-vous ; tous? non; il en manque un, et

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c'csl la frrL'alr ht i'rnfcrnitr, sur la(|iirlhî Oftl luonlr IIocIh'. V\\\ l'ahsciKM» dr son rlH'f, (Iroucliy, coininandanl ru sim'oîkI Hr rrx|M''(lili()ii, n'osa |)!'«Mi(li*r sur lui dr faire (lrt)ar<|iH;r, cl la lloltt^ rr|U'il la \\\cv pniir rciilrrr au ]»orl d«î Hrcst, où (dl(^ arriva le 1" jaiivicîr 17î)7, apn^s avoir laissé prcMidre (hnix do ses vaisseaux par les Aui^lais. Ilorlie, eiilraîué au loin, aborda (Milin, à son lonr, vri's la hai»' d<' Houlrv ; mais ce fut pour s'y Inuiviu' seul (U pour ap|)rrndrr des Irlandais (ju(* son armée relournait vers la France. Désespéré, il dut fairt^ comme (die, el, après avoir échappé, comme par miracle, aux croiseurs ani^lais, il arriva à l'île dWix, le 13 janvier. Telle fulTissue d'une expédition préparée dans un tel secret que 1(» gouvernement anglais n'en avait eu aucune connaissance, et qui devait nécessairement réussir, sans la faute des éléments.

Le Directoire, d'ailleurs, ne rendit pas Hoche responsable de Tinsuccés, et comme il voulait reprendre la guerre sur le Rhin, il lui donna le commandement de Tarmée de Sambre-et- Meuse, forte de 18,000 hommes. Hoche commença par donner à ses troupes une forte organisation et par pourvoir à tous ses besoins ; puis, il entra en campagne, bien décidé à pénétrer jusqu'au cœur de TAllemagne et u à

créer sur les bords du Rhin, dit Thiers, une république indépendante, alliée et amie de la nôtre sous le nom de Cis-Rhénane ». Il franchit rapidement le Rhin, arriva en deux jours àNeuwied, y culbuta les Prussiens, les battit successivement à Ukerath, à Altenkirsken^ à Diedoriï et prit Wetzlar. Il allait écraser définitivement l'ennemi d'un seul coup, lorsque la nouvelle de l'armistice conclu à Léoben entre Bonaparte et Tarchiduc Charles Tarrèta à Giessen, dans une marche où, en quatre jours, il avait fait trente-cinq lieues, dans un pays occupé par les Autrichiens, remporté la victoire dans trois batailles et cinq combats, fait 8,000 prisonniers et pris trente canons.

C'est à la suite de cette glorieuse campagne que le Directoire offrit le ministère de la guerre à Hoche, qui ne put l'accepter, n'ayant pas encore l'âge voulu par la loi. Il avait repris le projet de faire une descente en Irlande, et il s'apprêtait à agir de concert avec la Hotte hollandaise, lorsque le Directoire, en lutte avec les conseils dont la majorité royaliste était dirigée par Pichegru, eut recours à lui pour abattre un parti qui menaçait l'existence même de la République et les conquêtes de la Révolution. Hoche n'hésita pas et fit marcher des troupes vers Paris ; mais, le Corps légis-

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lalif prol(»slaiit, hî DiiM'ctoin; faihiil, vi le général re(;iit l'ordro dr fairo rélro^^rader ses soldats, co (\u\ |M'rinil hientût a Aiigeroau d'exériiler lo coup de main royaliste projet/».

Hiioi (ju'il en soit, ce coup de main réi)rim6, le Directoire réunil aussitôt sous son commandement Tarmée de Sambre-et-Meuse et celle d(» Rhin-Moselle, enlevée à Moreau, devenu suspect. Il élait retiré depuis peu de jours, dans son camp, à Welzlor, quand il fut atteint d'une maladie étrange et subite, (jui lui donna des convulsions nerveuses avec do la toux et des crachements de sang, puis des douleurs d'entrailles si violentes, qu'il disait à ses amis : « Suis-jc donc enveloppé de la tunique empoisonnée de Nessus? » Il n'en conserva pas moins son calme et sa sérénité ; il expira bientôt (19 septembre 1797).

L'opinion générale attribua au poison la mort de ce héros, enlevé ainsi subitement, à 29 ans, et Tautopsie du cadavre fit découvrir dans les intestins des taches noirâtres qui fortifièrent les soupçons. On porta en grande pompe les restes de Hoche auprès de ceux de Marceau, dans la redoute de Pétersberg, et le Directoire fit célébrer, en son honneur, au Champ-de-Mars , une imposante cérémonie funèbre, pour laquelle Marie-Joseph Chénier

roi iNOS (iLoiin':s nationales

écrivit un hymne dont la musique fut composée par Cherul)ini. Peu après, on éleva un monument à la gloire de Hoche à Wissenthurn, près de Nervied. Après la révolution de juillet 1830, sa statue en marhre fut érigée à Versailles, sur la place qui porte son nom, statue, qui, en 183C, était remplacée par une statue en bronze. Quant aux restes de Hoche, que sa veuve^ Adélaïde Dechaux, avait fait déposer dans un caveau du cimetière du Père- Lachaise, ils furent, après la mort de celle-ci (1860), oiïerts, par la comtesse des Roys^ leur fille à tous deux, h la ville de Versailles, qui les fit déposer dans Téglise Notre-Dame. Enfin, si l'Empire interdit, en 18G8, le centenaire de Hoche, la République donna, le 24 juin 1872, en l'honneur de sa naissance, un banquet où Gambetta prononça un remarquable discours, dans lequel il appela Hoche « une grande conscience et un héros ».

Maintenant, quelques anecdotes sur Hoche.

Au début de Taffaire de Freschwiller, en entendant gronder les canons ennemis, il eut ridée de les mettre aux enchères. <( A six cents livres, pièce, les canons, camarades ! s'écriat-il. — Adjugé ! » répondirent les soldats. Et, après la victoire^ les commissaires de la Convention tinrent la promesse du général , en

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payaiil aux sol» la U Ir juix cniix nui |H)iir cliaqin* raiioii.

I.c jour (Ml il riil (Iriix chrvaiix hins sous lui, lloclir (Icniaihla le clirsal iriin drai^oii <|in racj*()in[)a;4nail, ri, moiilaiil eu srih; : « (^cft messieurs les ennemis, dil-il rn riaiiL, vou- (Irairiil \\\r Faire srr\ir dans la ligue! »

Dans sou rapport sur la haLaillc de Ncrvied, il oublia de dire i\\\r les se[)l canons enlevés à ['(^umMui avaient élé pris par Lef(d)vre, et se contenta d'érrire : « L'armée a jiris sept diapeaiix. » Lefebvre réclama en lui faisant parvenir ce mot : « J'en ai pris sept aussi ; cela fait donc (juatorze. » Alors, IIoclic s'cmprc.'ssa de répondre : « Non, non, il n'y a que sept drapeaux, comme il n'y a (jn'un Lefebvre. »

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