DESAIX
Louis-Charles-Aiitoine Desaix de Veygoux (ou des Aix, suivant son acte de naissance) naquit au château de Saint-IIilaire d'Ayat, près de Rioni, en 1768. D'une bonne famille d'Auvergne, il entra à Técole militaire d'Effiat, à titre de boursier, la fortune paternelle étant assez médiocre. Il y passa sept ans et en sortit
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avec le i^raclc de sous-liiMiLciuiiiL dans le régiment de l>rctaf^nc. Il Uni snccessivement garnison à ]{rianron et à llnninguc, se faisant remarqncr par la gravité de son caractère et le goût pour Tétude des sciences relatives à Fart militaire.
Quand vint la Révolution, Dcsaix on embrassa les principes avec ardeur, pendant que toute sa famille émigrait, et, en 1791, il sollicita une place de commissaire des guerres et fut envoyé en cette qualité dans sa province natale d'Auvergne. Comme il eut naturellement à subir les reproches et les exigences de sa famille, il demanda bientôt à rentrer dans l'armée active, et il passa au 4C'' de ligne, avec le grade de lieutenant.
Cependant, la guerre éclatant de toutes parts contre la France (1792), Desaix fit partie de l'armée du Rhin, en qualité d'aide de camp du prince Victor de Broglie ; mais, à la nouvelle de la journée du 10 août, le prince ayant protesté contre la suspension du roi, et Desaix s'étant associé à cette protestation, il se vit suspendu, avec son chef, par Carnot, commissaire de l'Assemblée. 11 ne tarda même pas à être arrêté et dut passer deux mois en prison. Il n'en sortit que sur les réclamations des généraux Brion et Custine. Alors Carnot, qui,
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loiil en sn MMMiti'.iiil srvi'rc av<N' l«; jrmh' oflici(M', aviiil su .ip|urrior ses ï|iialih'*s, l'envoya il l'arinrc <lii llliiii, roiiiinr adjoint à r<Hat-inajor. hrsaixrlail aii\ ('(unl»als dr VissrmhDiirg, cl il \' (l<'|il(>\a iiiM' iiih'||i«;iMir«' ri un courage (|(ii lui vaiui'cnl Ir ^liidr dr L'i'Ui'ral de division (17l)().
(Ju(d (|u'il (Ml S()i(, sa (|ualil«'' dr noMr, j(*s regrrls doni il ne ciai^iiil pas (riionnici' la mémoire dr iaislinc, (jui venait de; porUu* sa tùto sur rrcliaFaud, les plaintes (]u'il lit entendre à l'occasion d(^ la caplivih' de sa S(eur, (|ne les jaeohins d'Auvergne V(Miaient de jeler en prison, m^ tardi'rent pas à le rendre suspect à la (iOnviMilion, IMchcgru enl beau lepi'ésenter comme \v plus habile général de son armée, en vain Saint-Jnst lui-même se montra de cet avis; on envoya des agents pour l'arrêter. Heureusement il fut sauvé par ses soldais, qui se révoltèrent et chassèrent les agents, et l'affaire en resta là.
L'année suivante (1795), Desaix eut, sous les ordres de Jourdan, le commandement de l'aile droite de l'armée de Sambre-et-Meuse. Il repassa ensuite dans l'armée du Rhin, commandée par Moreau, dont les opérations devaient concourir avec celles de Bonaparte en Italie, aliu de neutraliser en Allemagne une
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partie des forces de IWulriche. En juin 179G, il fut chargé de préparer le passage du Hhin, et l'opération, si diflicile qu'elle fut, réussit parfaitement, grâce à lui.
lîientot, cependant, les revers de l'armée de Sambre-et-Meuse arrêtèrent les progrès de Moreau, qui avait pénétré jusqu'au co'ur de la Bavière et qui vit se concentrer sur lui tous les elforts de Tarmée autrichienne. Moreau opéra alors cette savante retraite qui lui fit plus d'honneur que toutes ses victoires. Desaix y prit la part la plus brillante, arrêtant, à Kelh, 011 il était enfermé, l'archiduc Charles assez longtemps pour que les alfaires de l'Italie se décidassent sans Tintervention de ce général, un des meilleurs qu'ait eus l'Autriche.
Desaix, qui s'était lié avec Bonaparte dans une mission qu'il eut auprès de lui en Italie et qui avait su apprécier ses talents militaires, comme Bonaparte avait su apprécier les siens, fut naturellement le premier de tous les généraux dont le vainqueur de l'Italie voulut d'abord s'assurer le concours, lorsqu'il entreprit la campagne d'Egypte. Ce fut Desaix qui commanda Tavant-garde, et, quand Alexandrie eut été emportée d'assaut, il se dirigea vers le Caire. Dans cette marche, il eut à supporter pour la première fois le choc impétueux des
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inimf'liiks (cavaliers), (jui siiirml sr briser conlrtî scîs carrés (riiifaiih'ri(î. il |»rit (Misuitc; la part la plus hrillaiili^ à la halaillr (l(;s Pyramides el fui char^n'î de pouisiiivre Monrad-Hey, (jïii avait remoulé le Nil, ainsi (jiic de faire la COïKiiièle de la haute l']^Tpte.
Desaix s'acquitta de sa mission avec gloire. A travers des obstacles de tout g^enre et sans cesse renaissants, pres(pie sans ressources, dans des contrées barbares et arides, il sut, en soutenant le moral de ses troupes, vaincre les mameluks dans plusieurs batailles sani^lantes et lassa enfin la témérité de Mouradliey, (ju'il obligea de se retirer jusqu'en Nubie. Parvenu jusqu'aux vaincus de Thi'bes (l'ancienne Thèbes aux cent portes) et de Danderah, el s'arretant sur les confins de TElhiopie, il s'occupa de régulariser Tadministration de cette partie de TEgypte et parvint à se faire aimer et respecter des habitants, qui l'appelèrent le Sultan juste^ pendant que, dans l'armée, on le comparait à Bavard.
Quand Bonaparte abandonna TEgypte, il aurait désiré ramener Desaix avec lui en France; mais Desaix ne put arriver à temps. Bonaparte voulut du moins lui exprimer ses sentiments : il lui envoya un sabre sur la lame duquel étaient gravés ces mots: Conquête de
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1(1 luuitr Ef/ijptc^ el il accompa^^na cel envoi d'une lettre, dans laquelle il disait : « Cette conqu(**te est due à vos bonnes dispositions et à votre constance dans les fatigues. Recevez, je vous prie, cette arme comme une preuve de mon estime et de la bonne amitié que je vous ai vouée. »
Ramené en France par le traité d'EI-Arisch, Desaix dut, à la mauvaise foi des Anglais de subir, sur sa route, à Livourne, une captivité de trente jours. L'amiral Keitb eut même la basse indignité de lui offrir un franc par jour pour sa table, en ajoutant, avec une ironie imbécile, queTégalité, siprônéeenFrance, voulait qu'il ne fût pas mieux traité que les soldats. « Je ne vous demande rien^ lui dit Desaix, que de me délivrer de votre présence. J'ai traité avec les mameluks, les Turcs, les Arabes du grand désert, les Ethiopiens, les noirs du Darfour : tous respectaient la parole qu'ils avaient donnée et n'insultaient point au malheur. Je suis au milieu de mes soldats : je ne me plains de rien que de votre mauvaise foi. »
Dès son arrivée en France, Desaix fut envoyé à l'armée d'Italie, où il arriva quelques jours seulement avant la bataille de Marengo. Chargé du commandement des divisions Baudot et Monnier, il eut pour mission d'empê-
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('lier Ir. i"(U'|is aiilricllicii (|iii .iiiiail assi^»|^^é et pris (iriu's, (le s(^ joindiM^ ;ï l'ariruio iln Mêlas à AN'X.'indrir. Il avail (l«'ja l'ail |»lusicMirs liiîiies sur la loulr (Ir, (iriics, lors(|ii(^, tout ti couji, h; canou rrh'iilil à s(;s onullcs. l^'aisaut aussitôt volte-facr, il sr rahallil à marclu; rapidi; vers locliauip (l(^ halaiilc II arriva : (fêlait la graudo bataille di^ i\lai'eui;o. J/actiou s'était engagée dès 1(^ uialiu et la mêlée avait été teirihle. Surpris par lal)rus(|U(î atLupie du général Mêlas, Konaparte n'avait pris aucune disposition, et l'armée était en pleine retraite, dépendant, à la nouvelle» de l'arrivée de Desaix, Bonaparte court vers lui, avec d'autres généraux, et lui explicpie les conditions do Tairaire. « Oui, dit Desaix, la bataille est perdue; mais (tirant sa montre), il n'est que trois heures, et nous avons le temps d'en gagner une autre. » Aussitôt, des dispositions sont adoptées. L'armée reçoit l'ordre d'arrêter son mouvement de retraite, et les Autrichiens sont tout surpris de voir nos bataillons revenir sur eux. Les divisions de Desaix étaient les premières, et lui-même chargeait à la tête, lorsque, soudain, il tomba frappé d'une balle au cœur (14 juin 1800). A la vue de leur général mort, officiers et soldats, émus de colère et de douleur, se ruèrent sur les Autrichiens et décidèrent de la victoire.
Après la inelùe, on alla à la recherche du corps de Desaix, cl, bien qu'il eût été dépouillé par les fuyards, Savary, son aide de camp, le reconnut facilement à ses cicatrices et surtout à sa longue chevelure noire. Les soldats rapportèrent Desaix à la lueur des torches. On lui élevaun monument sur le champ de bataille où il était tombé (monument détruit par la lâcheté des Autrichiens), et, depuis à Clermont-Ferrand, dans une île du Rhin, près de Kelh, et sur la place Dauphine, à Paris. Enfin, on frappa une médaille en son honneur.
Quant à ses restes, il furent inhumés àThospice du Mont-Saint-Bernard, suivant Tordre de Bonaparte, qui écrivit: a A tant de vertu et d'héroïsme, je veux décerner un hommage tel qu'aucun homme n'en a reçu. Le tombeau de Desaix aura les Alpes pour piédestal, et pour gardiens les religieux du Saint-Bernard 1 »
WVI LANNES