TURENNE
Henri de la Tour d'Auvergiie, vicomte de Turennc naquit à Sedan, en IGll, de Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, et d'Elisabeth de Nassau.
Il lit ses premières armes dans la guerre de Hollande (^1625-1630), sous ses oncles Maurice et Henri de Nassau ; puis il se distingua en
:,s NOS GLOIUES NATIONALES
Lorraine el au sii'ye do Mayeiice, à Saverne, à Landrccies, à Maubeugc. Passé en Piémont, il dirigea cette retraite rennarquable où, avec 2,000 hommes, il tint létc à près de 10,000 Espagnols, s'empara des lignes de Casai et contribua à la reddition de Turin.
Il avait été nommé lieutenant général et commandait Tarmée en Tabsence du duc d'IIarcourt^ quand il fut envoyé, dans le Roussillon, guerroyer sous les yeux de Louis XIII (1642).
L'année suivante, après lamort de Richelieu et celle de Louis XIII, Turenne fut nommé maréchal de France 1643), par la reine-mère et Mazarin, qui voulaient l'attacher à la cour royale. Envoyé bientôt à l'armée du Rhin, pour réparer les suites du désastre de Tuttlingen, où Rantzau avait été fait prisonnier, il réorganisa l'armée et combattit avec avantage à Fribourg, sous les ordres de Condé ; malheureusement, il fut vaincu à Mariendal, par Mercy (1645). Il est vrai que les troupes que lui avait laissées son général étaient fatiguées et dénuées de tout. Cela ne l'empêcha pas, cependant, de se maintenir en Franconie et de gagner avec Condé la bataille de Nordlingen. Il continua à prendre sa revanche en faisant, avec le Suédois Wrangel, la conquête de la
rraiicniiic, «Ir l.i Soiiahr ri iIjî la l»«i\ii'ro, ri (Ml liAhint ainsi la conclusioii du Irailr {\r W'csiplialie (l(i'IS), si glorieux |M>nr la
Ici, il \ a iiiic omhiT siii' la ^^loiri* ilr l'iirciiiu». Malgré h' litrr (|u'il devait à la cour et qui ('lait un (Mi,i;*ai;(Mnrul |HMir lui, il se laissa (Milraîncr dans le paili dr la l'roiidr. Alors, sigiiaul un Irailé dalliaucc avec le l'oi d'I'^spaglie, il [iril le (laleh'l, la (!a|H'll«î el llrlhrl, s'avaii(;a vers la Marne et se dirigea sur Paris dans le hut de délivrer les princes révoltés, qui avaient été enfermés à Vincenncs. Il échoua toutefois : son armée , composée de soldats de toules les nations, se débandant, il fut contraint à la retraite ; et, au lieu de faire lever le siège de Uctliel, comme il l'espérait, il fut battu par le duc de Praslin (1650).
Revenu enlin, à la suite de cette défaite, à ses sentiments patriotiques, Turenne se réconcilia avec la cour, et, devenu son défenseur, battit, piésdeGien (1G52), legrand Condé, son ancien allié ; puis, dans le combat du faubourg Saint-Antoine (où se trouvait ^P® de Montpensier, lille de Gaston et cousine germaine du jeune Louis XIV), il le contraignit à s'exiler, et ce fut, grâce à lui, le coup de grâce pour la Fronde.
J)ciix ans plus tard, envoya de nouveau contre les Espagnols, avec qui Condé combatlait, il gagna les victoires d'Arras, des Dunes et de Valenciennes, qui amenèrent la paix des Pyrénées (1059).
Il avait été nommé maréchal général et il avait abjuré le protestantisme, quand, en 1672, il fut chargé de la direction du corps d'armée que Louis XIY lui-même commandait et lançait contre la Hollande. On sait comment les poètes du temps, à commencer par Boileau, ont chanté le passage du Rhin ; mais il ne faut pas tout à fait s'en rapporter à eux; en réalité, il n'y eut ni résistance ni danger. Quoi qu'il en soit, le roi ayant quitté l'armée, en laissant le commandement à ïurenne, les difficultés commencèrent, et le grand capitaine se vit obligé, avec des forces inférieures, de faire face en Westphalie aux armées combinées des Hollandais, de l'électeur de Brandebourg et des impériaux. Il s'en tira cependant à son honneur : il força à la retraite le fameux MontecucuUi, qui commandait les impériaux; puis, après avoir repoussé Télecteur et lui avoir imposé la paix, il l'écrasa à Sintzhein. Heureux si Turenne n'eut pas cru devoir achever son œuvre par une mesure terrible : la dévastation et la ruine du Palatinat.
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Si «nirlciiic rlioHo p(Mil ;il li'iiiirr c(; HOiivonir, c't'sl radiiiirahlr (';mi|iai: m- d'Alsaco f\i\H). Tiiminn avait devant lui iiiir aiiiH;*' «ill(*iiiaii(lo i\r (il), 000 iHMimirs. Il s(î caiilniiiia dans la Lorraim» dcri irr«' les V()St;rs, |nrl a inrndrr TolfiMisiv»'. Louis \ I \' lui (•(Misrill.inl la prudjîiice, il répondit: ^ .1»' ((Uinais les forces cnuruii^îs, j<î connais les nuennc^ : je [ucnds loul sur uhu. » AI(U's, au coMii* [\r riiixcr, (|u;ui(l loutrs los routes élaienl ((uiverles de neii;(\ et pendant que les Allemands étaient n'-painlus s.ins dé- (iauce dans lonlivs les villes de l'Alsace, il franchit tout à ('ou[) les nu)ntai;nes, toniha sur les ennemis épouvantés, les eulhuta dans trois combats et délivra TAIsaccv
llec^u à la cour comme un sauveur^ Turenne se déroba bientôt aux ovalions pour reprendre la campagne. Passant de nouveau le Rhin, il porta la guerre en Allemagne môme. Il faisait depuis deux mois de la tacti(jue avec MontecucuUi, eu face de (jui il se trouvait de nouveau, quand, attirant son ennemi sur un terrain favorable, il lui livra la bataille de Salzbach, où la France devait perdre le grand capitaine (27 juillet 1075]^
Nous laisser(^is ici parler M'"*" de Sévignc, et nos lecteurs nous en sauront gré.
(< 11 (Turenne) monta à cheval, le samedi à
i>i Nub ULOIKES NATIONALES
deux: lieiiros, ajuù'S avoir ni iiigé, ùcril-cllc de Paris, le 28 aoùL suivant, et, comme il avait bien des gens avec lui, il les laissa tous à trente pas de la hauteur où il voulait aller pour observer Tennemi, et dit au petit d'KIbeuf: « Mon neveu, demeurez là ; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnaître. » M. d'IIamilton, qui se trouva près de l'endroit où il allait^ lui dit: ce Monsieur, venez par ici ; on tire du coté où vous allez. — Monsieur, lui dit-il, vous avez raison ; je ne veux point du tout être tué aujourd'hui ; cela sera le mieux du monde. » Il eut à peine tourné son cheval qu'il aperçut Saint-Hilaire, le chapeau à la main^ qui lui dit : « Monsieur, jetez les yeux sur cette batterie que je viens de faire placer là. » M. de Turenne revint ; et dans l'instant, sans être arrêté, il eut le bras et le corps fracassés du même coup qui emporta le bras et la main qui tenait le chapeau de Saint-IIilaire. Ce gentilhomme, qui le regardait toujours, ne ne le voit point tomber; le cheval l'emporte où il avait laissé le petit d'Elbeuf ; il n'était point encore tombé; mais il était penché le nez sur l'arçon; dans ce moment, le cheval s'arrête : le héros tombe entre les bras de ses gens ; il ouvre deux fois deux grands yeux et la bouche, et demeure tranquille pour jamais : songez
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(• ihi Clic, on |»lriirc ; M. d ll.'iiiiilhui fait cesser le hriiil cl ù\rv Ir prlil d l'Jlx'uf, (|ui sVHait jch' sur le corps, (jiii ne vonlaiL pas 1(î (juillrr, ri se pàinail de crier. ( hi C'mvi*(» le corj>s d'un iiiaiilcîau, ou le porte dans une haie ; ou le i^arde à petit hruil ; uu carrosse vient, ou remporte dans sa tente : ce lut là on M. de Lorges, M. de lloye et beaucoup d'autres peusèreut mourir de douleur ; uiais il fallut S(^ fiiii'e violence et souder aux araudes allaire.s ([u'on avait sui* hvs bras. On hii a fait uu service militaire dans le camp, où les larmes et les cris faisaient le véritable deuil: tous les officiers avaieut pourtaut des écharpes de crêpe ; tous les tambours eu étaieut couverts ; ils ue battaieut qiruucoup ; les piques traînantes et les mousquets renversés ; mais ces cris de toute une armée ne se peuvent pas représenter, sans que Ion eu soit tout ému. Ses deux neveux étaient à cette pompe, dans l'état que vous pouvez penser. M. de Roye tout blessé s'y lit porter : car cette messe ne fut dite que quand ils eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauvre chevalier était bien abimé de douleur. Ouand ce corps a quitté son armée, ça a été encore une autre désolation; etpartout où il a passé,.
on iiV'iitciKlaiL (juc des clameurs : mais, à Laugres^ il se sont surpassés ; ils allèrent au-devant de lui en habits de deuil au nombre de plus (le deux cents, suivis du peuple ; tout le clergé en cérémonie; il y eut un sjjrvice solennel dans la ville, et en un moment, ils se cotisèrent tous pour celte dépense, qui monta à cinq mille francs, parce qu'ils reconduisirent le corps jusqu'à la première ville, et voulurent défrayer tout le train. Que dites-vous de ces marques naturelles d'une all'ection fondée sur un mérite extraordinaire? 11 arrive à Saint- Denis ce soir ou demain ; tous ses gens l'allaient reprendre à deux lieues d'ici ; il sera dans une chapelle en dépôt, on lui fera un service à Saint-Denis, en attendant celui de Notre- Dame, qui sera solennel. »
On le voit, la mort de ïurenne fut un deuil national, et Louis XIV sut honorer dignement le grand capitaine en le faisant enterrer à Saint-Denis, dans les tombeaux des rois.
On connaît la dévastation de ces tombeaux en 1773 : celui de Turenne fut respecté, et son corps, transporté en 1800 à rilotel des Invalides.
M COiNDË
Coiidi" à Uocrov.
CONDK
Louis II de Bourbon, prince de Condé, surnommé le Grand CofidéjnaquilhPixvis an 1G21, el descendait du cinquième fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, Louis L' de Bourbon, prince de Condé, chef de hi maison de Condé, oncle paternel de Henri lY.
Après avoir fait ses premières armes à dix-
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sept ans, il reçut, h moins de vingl-denx ans, le commandement des troupes chargées de repousser les Espagnols de nos frontières du Nord. Il se montra digne de la mission qu on lui avait confiée : il remporta la victoire de llocroy (1043), qui sauva la France de l'invasion dont elle était menacée, et il couronna cet acte glorieux par la prise de Thionvillc et de diverses autres places.
Appelé, l'année suivante, à remplacer Turenne dans le commandement de Tarmée d'Allemagne, tenue en échec par Mercy, un des grands hommes de guerre du temps, Condé se battit dans la prodigieuse bataille de Fribourg, qui dura trois jours en changeant trois fois de terrain. C'est là, dit-on^ qu'il jeta son bâton dans les retranchements ennemis ; mais ce fait paraît être une légende créée après coup ; car aucun de ses contemporains n'en fait mention.
Condé acheva la campagne par roccu])ation d'une partie du Palatinat, la prise de Mayence, de Landau et de plusieurs autres places et la victoire de Nordlingen.
Il était devenu prince de Condé, par la mort de son père (car jusque-là il portait le nom de duc d'Enghien), quand, en 1646, envoyé dans les Pays-Bas, il força, après une suite d'opéra-