COURBET
6« arrondissement. — 2,418 voix.
Gustave Courbet, né à Ornans (Doubs) le 10 juin 1819, n'avait point comme révolutioimaire politique sa place marquée à la Commune. Ses titres aux suffrages des électeurs ont été exposés par lui avec une bonhomie toute bourguignonne, dans une manière de profession de foi.
« Après trente ans de vie publique, révolutionnaire, socialiste, je n'ai donc pas su faire comprendre mes idées ?
» Cependant, je me soumets à cette exigence, le langage de la peinture n'étant pas familier à tout le monde.
)) Je me suis toujours occupé de la question sociale et des philosophes qui s'y rattachent, ma^ chant dans cette voie parallèlement à mon camarade Proudhon.
» Reniant l'idéal faux et conventionnel, en 1848 j'arborai le drapeau du réalisme qui seul met l'art au service de l'homme....;
» En 48, j'ouvris un club socialiste
» Je suis heureux de vous dire que les peintres, à mon instigation, viennent de prendre l'initiative de la fédération.
» Que tous les corps d'état de la société suivent cet exemple, et à l'avenir aucun gouvernement ne pourra prévaloir sur le nôtre.
)) Les associations s'appartenant et étant constituées selon leurs intérêts propres seront « nos cantons » à nous ; se gouvernant elles-mêmes , elles allégeront la tâche de la Commune.
)) La Commune n'aura plus à s'occuper que des
intérêts généraux et de ses relations avec le reste de la France. *
» Par ce fait, la Commune actuelle deviendra le conseil fédéral des associations. )>
Envoyé à Paris pour faire son droit, Courbet s'était adonné presque immédiatement à la peinture. Il fut admis au Salon de 1844, mais ses grands succès datent de 4848, époque à laquelle il accomplit sa grande révolution réaliste dans l'art. Courbet fut l'ami et le camarade de Proudhon.
Courbet a été révolutionnaire en peinture. 11 arbora le drapeau du réalisme, méprisant les critiques et les polémiques qu'il suscitait, et eut pour avocat de sa cause un écrivain de talent, Champfleury. Sous le régime impérial, il vécut loin des intrigues et des coteries ; il haussait les épaules devant Nieuwerkerke, exposait dans une salle à lui ses tableaux refusés. Enfin, il sut se faire offrir la croix d'honneur pour avoir le plaisir de la refuser.
Elevé au séminaire, Courbet a toujours professé une haine ardente contre les prêtres, qui n'a d'égal que son mépris pour les titres, les honneurs et les croix.
Enumérer ici le nombre considérable de tableaux justement célèbres qu'on doit au peintre d'Ornans serait impossible. Citons au hasard : Les Casseurs de pierres, le portrait de Proudhon, la Femme au perroquet, la Remise de chevreuils , V Hallali du cerf, etc., etc.
Ouelques étudiants se souviennent encore de la pension Laveur où Courbet prenait ses repas, à côté lie son atelier, dans la rue des Poitevins.
On voyait là Vallès, Pierre Denis, Gill, Puissant, Vcrmesch, etc., assis à la même table, autour de Courbet, en manches de chemise, sans cravate, montrant ses énormes bras et son cou de taureau sur lequel est campée cette fine tête animée par le
— eA —
sourire goguenard du paysan. L'œil est surtout extraordinaire ; c'est l'œil du bœuf au repos.
On ne peut oublier ces soirées étranges où Courbet entonnait parfois, après boire, de ces chansons qui sentent la verdure, le blé et les foins; où Vallès voulait qu'on brisât le nez à toutes les statues, et qu'on insultât tout ce qui est respectable.
Aujourd'hui, après tant d'événements, ces mômes hommes se trouvèrent à la tête des affaires; ils durent souvent renouveler la scène étemellemeot vraie des deux augures qui ne peuvent se regarder.... sans rire.
Courbet vota contre l'institution du Comité de salut public, ridicule et sanglante imitation de 93, mais il fut quoi qu'il s'en défende, l'inspirateur et se fit l'exécuteur du décret qui ordonnait la démolition de la colonne Vendôme.
Le 9 juin au soir, des agents pénétrèrent dans une maison de la rue Saint-Gilles, où ils trouvèrent un homme en bras de chemise et fumant sa pipe, qui, avant toute question du commissaire de police, répondit :
— Je ne suis pas Courbet; examinez-moi bien et vous reconnaîtrez votre erreur.
L'agent se mit à rire en entendant cet homme déclarer qui il n'était pas sans qu'on lui eût dit pour qui on le prenait.
Courbet, car c'était bien lui, fut conduit à Versailles, puis ramené à Paris pour ôtre confronté avec d'autres accusés. 11 va être jugé ainsi que certains de ses collègues de la Commune par le 3« Conseil de guerre de Versailles.