‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 27 sur 58 · DUVAL · texte numérisé non relu

DUVAL

13* Arrondissement. — 6,630 voix.

Emile-Victor Duval, âgé de trente ans, était un ouvrier fondeur en fer doué d'une nature ardente et plein d'un dévoûment absolu, aveugle à la cause révolutionnaire, à laquelle il consacra son existence et jusqu'à sa vie. Duval faisait depuis longtemps partie de celte troupe d'hommes résolus que Blanqui et ses agents avaient su endoctriner sous l'Empii'e pour les lancer au jour décisif et en faire les entraîneurs de la population ouvrière. Duval était peut-ôtre de tous ces blanquistes, celui qui s'était le mieux assimilé les idées les plus violentes du parti et qui les avait môme poussées au point de paraître aux yeux de ses chefs les exagérer outre mesure.

Duval faisait partie de l'Internationale depuis 1867. Avant tout, homme d'action et fidèle disciple de Blanqui, il n'avait pas manqué une occasion d'agiter et de soulever ses camarades. Ce fut lui qui organisa il y a deux ans la célèbre grève des ouvriers fondeurs. Il fut délégué par les grévistes à Londres auprès du conseil de l'Internationale dont il obtint d'importants subsides qui permirent aux ouvriers de tenir longtemps tête à leurs patrons. Duval fut envoyé par les ouvriers fondeurs à la chambre fédérale des sociétés ouvrières, et c'est à ce double titre de membre de l'Internationale et de membre de la chambre fédérale qu'il dût d'être impliqué dans le procès de 1870 dirigé contre Tlnternationale. Accusé d'avoir fait partie de société secrète , mais seulement comme simple membre, Duval répondit en ces termes à l'avocat impérial,

qui demandait sa condamnation en vertu de Tart. 291 , qui prohibe toute société non autorisée et composée de plus de vingt personnes : « Quant à moi, je n'accepte pas plus les arrôts que Ton pourra prononcer contre moi en vertu de Tarlicle 291 que la poursuite pour société secrète; car la majorité des sociétés ouvrières, financières ou cléricales, sont comme Tlnternationale, sous la tolérance, et ne sont pas plus autorisées que nous. » Il revendiqua ensuite hautement la solidarité la plus complète avec ses co-inculpés : « Je ne vois pas pourquoi Ton fait des catégories parmi nous. Nous sommes tous frères, nous avons tous le môme but, si l'un de nous est coupable, tous nous devons Tôtre. »

Dans sa défense, Duval ayant attaqué les faiseurs de coups dTEtat, le président lui retira la parole.

Duval fut condamné à deux mois de prison et vingt-cinq francs d'amende comme ayant fait partie de l'Internationale, association non autorisée composée de plus de vingt personnes.

Nous retrouvons Duval au 4 septembre, proclamant l'un des premiers la République. Mais ne trouvant pas que le gouvernement de la défense remplissait le mandat révolutionnaire dont il le prétendait investi, il fut l'un des chefs des bandes insurrectionnelles qui envahirent l'Hôtel-de-Ville le 31 octobre etqui l'attaquèrent sans succès le 22 janvier.

Duval dut à l'obscurité presque complète de son nom de ne pas être compris alors dans les poursuites dont furent l'objet plusieurs des chefs de ces deux échauflburées.

Après l'insuccès du 22 janvier, Duval n'en continua pas moins à conspirer, cette fois en secret, contre le Gouvernement. Il fut avec Eudes l'un des premiers généraux du Comité central, qui le nomma commandant du secteur de la rue Haxo, à Belleville, avant même le 18 mars.

Le 18 ou le 19 mars, Duval fut chargé par le Comité central de s'emparer de la Préfecture de police, où il s'établit comme commandant militaire à côté de Raoul Rigault.

Ces deux blanquistes remplirent la Préfecture de leurs créatures, c'est-à-dire des anciens conspirateurs groupés au nombre d'environ huit à neuf cents par Blanqui ou ses agents sous l'Empire. Ce sont ces hommes, nourris depuis des années dans les idées révolutionnaires, qui n'ont reculé devant aucun forfait et qui, tout dévoués à leur chef Rigault, ont fait trembler jusqu'aux membres delà Commune eux-mômcs.

Le 2o mars , le Comité central remit officiellement les pouvoirs militaires de Paris entre les mains de trois délégués, parmi lesquels était Duval. Ces délégués devaient avoir le titre de généraux avant l'arrivée de Garibaldi « acclamé général en chef )) de la garde nationale.

Les élections communales du 26 mars appelèrent Duval à siéger au nombre des membres de la Commune. Ses collègues le placèrent dans la Commission executive et dans la Commission militaire ; mais ces fonctions qu'il conserva jusqu'à sa mort ainsi que celle de commandant militaire de Tex- Préfecture de police, furent surtout honorifiques.

Duval donnait tous ses soins à ses fonctions militaires, et ce fut lui qui fut chargé de diriger uu des corps d'armée qui tentèrent cette inepte sortie des 2, 3 et 4 avril.

Il devait marcher sur Versailles par le Bas-Meudon, Chaville et Viroflay. On se rappelle que cette sortie dont le résultat devait être et était même déjà d'après les journaux officieux de la Commune la prise de Versailles, se termina par la déroute des fédérés.

Fait prisonnier à Chàtillon, Duval fut emmené

au Petit-Bicêtre, où le rencontra le général Vinoy. On raconte que ce dernier ayant fait cette question : Si vous m'aviez pris, m*auriez-vous fait fusiller? Duval répondit : Je Taurais fait sans hésiter. C'est à la suite de cette réponse que le général Vinoy aurait ordonné Texéculion de Duval, qui fut fusillé sur-le-champ, et qui tomba au cri de : Yive la République ! vive la Commune ! Duval laissait une veuve et deux enfants.

Duval, comme il Ta dit lui-môme, n'était pas un faiseur de politique. Il est tombé héroïquement, comme tant d'autres, croyant servir la cause de la République qui s'identifiait pour lui avec celle de la Commune. C'était un de ces hommes ardents, emportés, dont rintcUigence ne savait pas aller au delà du dévoùment et de l'abnégation à une cause qui représentait à leurs yeux l'avènement et la réalisation dejces doctrines mal définies, de ces aspiralions vagues qui grisent si facilement les cerveaux faibles, et que savent si bien exploiter à leur profit les intrigants politiques.

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