‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 28 sur 58 · EUDES · texte numérisé non relu

EUDES

H« arrondissement. — 17,392 voix.

Eudes (Emile-François) est une des figures les plus curieuses de la révolution du 18 mars. Ce général de vingt-six ans est né il Roncey (Manche), en i844, est grand, il a le visage brun et pâle. Sous son nez droit se dessine une fine moustache noire.

Eudes a été autrefois pharmacien, puis correcteur d'imprimerie et sténographe. 11 a été également gérant de la Libre Pensée,

Nous nous souvenons encore de Timpression douloureuse que nous causa raffairc de la Villette; au mois d'août 1870, au moment où la France était écrasée sous lé poids des défaites, à l'instant où se préparait le sinistre drame de Sedan, au milieu du jour, en plein soleil, à Paris, une bande d'inconnus assaillait dans la Grande- Rue de la Villette une caserne de pompiers. 11 y avait des victimes, des sentinelles avaient élé poignardées. Il n'y eut qu'un cri de haine et de vengeance : Pas de pitié, ce sont des Prussiens ! s*écria-t-on.

Le procès commença au milieu du dégoût public. Les tribunaux militaires fonctionnaient à cette époque, l'opinion réclamait à grands cris qu'on pa^t ces misérables par les armes.

La première audience du Conseil de guerre condamna à mort quelques coupables et fit grâce à plusieurs autres.

Le lendemain, 29 août, Eudes, qui avait été arrêté, fut interrogé à son tour. 11 regarda en face le Conseil, et se défendit en ces termes :

« Je proteste contre la pensée d'avoir voulu favoriser la Prusse; j'ai voulu au contraire, pour repousser l'invasion, renverser l'Empire, j'ai cru le moyen bon, mais quant à commettre un meurtre et un assassinat, jamais! Les traîtres à la patrie ne sont pas parmi les républicains

» J'ai à protester contre Tinfàme calomnie qui consiste à dire que j'étais de connivence avec les Prussiens. Je mets quiconque au défi de prouver rien de semblable. Si c'est ma tôte que l'on veut, prenez-la! mais ne me déshonorez pas! »

Eudes fut condamné à mort par le Conseil de guerre, ainsi que son co-inculpé Brideau.

Pendant l'instruction du procès, le juge Dernier avait fait venir la femme d'Eudes dans son cabinet*. M. Bernier savait par sa police, qu'Eudes

— Bouchait Blanqui, Tâine du complot. Le juge avait Qsisté auprès de cette femme pour qu'elle dénonçât A retraite du vieux conspirateur.

La femme d'Eudes répondit au juge qu'elle ne mvait ce qu'il voulait dire ; et rien ne put lui arraîher le secret qu'on lui avait confié.

La Révolution du 4 septembre ouvrit à Eudes les portes de la prison.

Pendant le siège de Paris, il fut nommé chef de bataillon au faubourg Saint-Antoine et collabora à la Patrie en danger, de Blanqui, avec Brideau et Caria.

Le commandant Eudes fut cassé de son grade et emprisonné à la suite du 31 octobre.

Bientôt relâché, puis ensuite acquitté, Eudes partit pour Bruxelles, mais le 19 mars il était à Paris, se mettant à la disposition du Comité central, qui voulut utiliser son activité révolutionnaire, plus réelle que ses capacités militaires, en le nommant général. Il fit partie de la sortie de la garde nationale dirigée par Flourens, Duval et Bergeret, et eut dans cette affaire un commandement important.

Nommé ensuite commandant des forts du Sud, il fut un instant écarté de ce poste par Gluseret, qui le relégua au rang d'inspecteur.

Eudes fit tout d'abord partie de la Commission executive, mais il ne prit qu'une part insigniflante aux discussions de cette Commission.

Placé à la tête d'un corps de réserve, il fut ensuite nommé , dans les derniers temps de la Commune, membre du second Comité do salut public.

Eudes fut un derniers chefs de l'insurrection dans Paris, il avait quitté son élégant costume de général de division et dirigea en bourgeois la défense de Belleville jusqu'au dimanche 27 mai. 11 disparut

ce jour-là et on annonce son arrivée à Londres où il a rejoint plusieurs de ses anciens collègues de la Commune et du Comité de salut public.

!8c arroiidis^-einent. — 13,78i voix.

Ferré (Théophile -Charles -Gilles) est un de ceux dont le portrait physique est le plus difficile h prendre, car la mobilité et la vivacité de sa nature empochent l'observateur de saisir un ensemble qui se dérobe toujours à ses yeux. Figurez-vous un homme d'une taille plus que minuscule, ayant la figure presque couverte d'une barbe et de favoris noirs d'où émergent deux verres de binocles abritant deux prunelles du noir le plus foncé, etvous aurez une idée de la personne de Ferré. Mais 011 il est encore plus drôle, c'est quand il parle; il se lève alors sur la pointe des pieds comme un coq en colère, et pousse des sons aigus, qui constituent ce qu'on peut appeler improprement sa voix. Ferré, né à Paris, a vingt-cinq ans ; c'est un ancien comptable.

On nous a raconté le fait suivant qui s'est passé il y a trois ans, lors de la manifestation Baudin. Au milieu du recueillement et de la douleur muette des assistants, on entendit pousser des cris de (f Yive la République! la Convention aux Tuileries! la liaison à Notre-Dame ! » et l'on vit que c'était Ferré qui s'était juché sur un monument voisin de la tombe pour pousser ces intempestives exclamations.

On retrouva depuis Ferré dans les réunions pu-

bliques où 51 récolta plus de jours de condamnations que d'applaudissements. Ses discours étaient toujours des appels à la violence pour la restauration des institutions de 93. On se contentait généralement de sourire en écoutant ce sectaire, ce fanatique jacobin dont la minuscule personne amusait beaucoup les assemblées.

Ferré fit plus d'un séjour à Sainte-Pélagie pour délits commis dans les réunions publiques. Lors du procèsde Blois, il fut arrrôtéet accusé avec Dupont de complot contre la sûreté de l'Etat et la vie de l'empereur.

La défense de Ferré fut moins calme que celle de Dupont ; il se fît remarquer par ses^réponses violentes au président et cependant les preuves manquant contre lui on l'acquitta.

Après le 4 septembre, Ferré fit partie des compagnies de marche du 152'' bataillon, de Montmartre. Rien n'était plus drôle que de voir ce petit homme enveloppé dans une capote qui lui tombait sur les talons et sur laquelle il marchait presque. Ferré garda cette tenue militaire mOme après son élection, et ce n'est que dans les derniers temps de la Commune qu'il remplaça la capote par un paletot élégant et par une toilette neuve qu'il avait l'air heureux mais un peu embarrassé de porter.

Membre de la Commission de sûreté générale, Ferré dirigea la préfecture de police avec son ami Raoul Rigault, et ce n'est pas lui qui est le moins responsable de toutes ces arrestations illégales qui ont signalé leur passage à la Préfecture.

La Commune avait remplacé Rigault par Cournet, mais un revirement s'étant opéré dans l'assemblée, et les esprits exaltés ayant eu de nouveau le dessus on remplaça Cournet par Ferré , encore plus insensé et plus incapable si c'est possible que Rigault.

Membre de la Commune, Ferré vota pour le Comité de salut public, et se fit remarquer dans les discussions de cette assemblée par la violence continuelle de son langage. — C'est un homme ignorant et incapable, un sceptique imbu des idées de 93 et qui voudrait nous ramener à ces jours de si triste mémoire dont la Commune a encore su dépasser toutes les horreurs.

Ferré qui après l'incendie de la Préfecture s'était retiré à la mairie du 11*^ arrondissement avait été arrêté une première fois. 11 avait réussi à s'échapper de la Roquette sous un déguisement de fenune, et la police désespérait de l'arrêter de nouveau quand une dénonciation anonyme annonça qu'il était caché dans une maison de la rue Montorgœil.

Le 10 juin, à trois heures du matin, la maison fut cernée sans bruit et Ferré fut arrêté dans une chambre du dernier étage. Conduit à Versailles, il refusa de répondre à tout interrogatoire et de choisir un défenseur. Il comparaît devant le 3® conseil de guerre qui va juger les membres de la Commune arrêtés, et n'a pas perdu devant la justice ce cynisme dont il a fait preuve sous la Commune.

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