‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 29 sur 58 · FLOURENS · texte numérisé non relu

FLOURENS

20^ Arrondissement. — 13,498 voix.

Gustave Flourens, né à Paris le 4 août 1838, était fils de Pierre Flourens, le savant professeur du collège de France, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.

Sa figure, pleine d'intelligence, de calme et de

bonté, ne s'anunait que dans la discussion et prenait alors un air inspiré et même halluciné qui étonnait ses auditeurs.

Ses yeux d'ordinaire si clairs et si doux brillaient alors comme du feu et transfiguraient entièrement sa physionomie. Sa haute stature, sa démarche noble et fière , inspiraient le respect comme toute sa personne, et malgré tous ses actes qu'on a pu quelquefois taxer de folie, on ne l'entendit jamais traiter comme un homme de mauvaise foi.

On le blâmait, on l'attaquait, mais on le respectait et on l'admirait.

Flourens fit de brillantes études au collège Louisle-Grand, et se fit recevoir licencié es lettres et licencié es sciences de très bonne heure. Il obtint, à vingt-cinq ans, de suppléer son père dans sa chaire d'histoire naturelle au collège de France, et fit un cours de cinquante leçons sur les races humaines, dans lequel il affirma des opinions matérialistes et révolutionnaires qui contrastaient étrangement avec les opinions spiritualistes qu'avaient toujours professées son père. Son livre sur la Science de l'homme, dont le premier volume seul a paru, est comme le résumé, la synthèse des doctrines qu'il exposa dans ce cours. M. Duruy, qui avait déjà cédé h la pression des feuilles religieuses en révoquant M. Renan, sacrifia également le jeune Flourens aux rancunes des cléricaux.

G. Flourens ne pouvant remplacer son père l'année suivante dans sa chaire du collège de France, se mit à voyager en Angleterre, en Belgique et en Orient, où il fit de nombreuses conférences politiques et scientifiques. Mais déjà le jeune savant était imbu des idées révolutionnaires pour lesquelles il donna sa vie. Il avait voulu courir au secours de la Pologne, mais le caractère aristocratique de la révolution polonaise l'avait empêché d'y prendre part.

A cette époque, en 1866, la Crète venait de se soulever contre la domination ottomane, et cette malheureuse petite île avait jeté en vain un cri de détresse auquel l'Europe était restée insensible.

Flourens, qui se trouvait alors à Athènes, s'embarqua immédiatement pour aller prendre une part active au soulèvement des Candiotes.

Pendant i)lusieurs mois, il vécut avec eux de la vie d'insurj^é dans la montagne, et sa tôte fut mise à prix par les Turcs. Revenu à Paris pour assister aux derniers moments de son père, il retourna ensuite en Crète, où il fut nommé membre de rassemblée nationale, et envoyé connue député auprès du gouvernement hellénique.

A peine débarqué à Athènes, Flourens fut arrêté par ordre du ministre grec Bulgaris et transporté de vive force, malgré ses protestations, sur un bateau fran(,\ais en partance pour Marseille. Mais à peine débarqué, Flourens repart en Crète, où il assista aux derniers efforts de la résistance insurrectionnelle.

Il revhit alors en France h la lin de 1868, après avoir passé ])ar l'Italie, où il fut emprisonné pour un article dirigé contre le gouvernement italien. C'est h cette époque qu'il se mêla activement à la lutte déjà si vive, hiaugurée dans les réunions publiques contre l'empire. Il fut, au mois de mars 1869, condamné à trois mois de prison pour offenses envers l'empereur, à l'occasion d'un discours prononcé dans une réunion publique de Belleville.

Au sortir de prison, il provoqua Paul de Cassagnac, qui l'avait insulté dans le Pays pendant sa détention.

L'histoire de ce duel, qui eut lieu au Vésinet le 5 août 1869, a édifié les ennemis mômes de Flourens sur son courage; il reçut une blessure en pleine poitrine, ce qui ne l'empêcha pas, après sa guérison, de reprendre avec une nouvelle vigueur

2s luttes contre l'empire, dans les réunions publiues dont il devint Tun des orateurs habituels, et ans plusieurs journaux démocrates, le Rappel, la farseiiiaise et la lié forme.

L'enterrement de Victor Noir, qui eut lieu le 2 janvier, à Neuilly, et à propos duquel Flourens oulait marcher immédiatement sur Paris, fit de li le véritable chef du parti révolutionnaire, ochefort, dont Flourens avait soutenu la canidature et avec lequel il rompit ouvertement dans n article de la Réforme, publié à l'occasion del'enîrrement de Noir, était accusé de désertion par les îvolutionnaircs qui lui reprochaient d'avoir mainmu le peuple d:ms une prudente réserve à Neuilly. L'arrestation de Rochefort donna lieu, le 7 férier, à une sorte d'émeute dont Flourens donna ; signal en arrêtant un commissaire de police dans i salle de la Marseillaise et en cherchant à souleiv les quartiers de Belleville, de la Villette et de énilmontant.

Il a raconté, dans un article de la Réforme, avec iiic naïveté qui était le fonds de son caractère, ii'il resta seul avec un tout jeune homme pour ^fendre les barricades de Belleville. L'émeute eut donc aucune suite, et Flourens fut obligé de : dérober par la fuite à un mandat d'amener ncé contre lui.

Il se retira en Hollande et passa de là à Londres Li il >e lia avec un nommé Beaury, qui le mêla inirectenient au complot de Blois. La haute Cour Lî Blois coudanma Flourens par contumace, aux avaux forcés à perpétuité.

La n'vohilion du 4 septembre lui permit de rcner en France, où il attaqua dès son arrivée le Gou- L'rnemenl de la Défense nationale, qui le nomma ependant, avec Rochefort, membre de la commison des barricades.

Flourens avait été élu commandant par plusieurs bataillons de Belleville, et le Gouvernement le laissa prendre le grade de major qui lui donnait tous les pouvoirs militaires de Tarrondissement.

Au 31 octobre, Flourens qui avait déjà eu plusieurs démêlés avec le Gouvernement, qui avait plusieurs fois voulu l'arrêter, s'empara , avec ses cinq cents tirailleurs, de THôtel-de- Ville, et fit prisonniers les membres du Gouvernement.

Dans la nuit du 31 octobre, il fit partie de ce Gouvernement provisoire qui vécut jusqu'au matin, et il put sortir de l'Hôtel-de- Ville sans être arrêté, après la réinstallation du Gouvernement de la Défense nationale* Quand le conseil de guerre fut appelé à juger les accusés du 31 octobre, Flourens, qui avait été arrêté depuis et emprisonné à Mazas, venait d'être délivré pour la seconde fois par les gardes nationaux.

Condamné à mort par contumace, il resta caché jusqu'au 18 mars et ne figura pas parmi les membres de ce Comité central qui prit la direction du mouvement révolutionnaire. C'est à ce moment qu'il publia un petit opuscule : Paris livré, où il dénonça avec énergie les fautes de la défense.

Le 23 mars, Flourens reprit comme adjoint, avec le maire élu Ilanvier, les fonctions municipales dont ils n'avaient pu prendre possession sous le Gouvernement de la Défense nationale et que remplissait une commission provisoire.

Nommé membre de la Commune dans le 19 et le 20® arrondissements, il opta pour le dernier et reprit le commandement des bataillons de Belleville et de Montmartre.

Placé par la Commune dans la Commission militaire, il s'occupa peu de politique et commanda, lors de la sortie du 2 avril, les bataillons fédérés qui firent une démonstration militaire sur la route de

lil. C'est là qu'il trouva la mort dans les cirstances suivantes :

ne escouade de gendarmes chargée d'opérer reconnaissance, franchit la Seine en bateaux, gré la surveillance exercée parles tirailleurs, et résenta inopinément devant la gare où Flou- », escorté de plusieurs officiers, revenait d'une ►ection. Se voyant cerné, Flourens tira son reer et blessa assez grièvement l'un des gendar- ; aussitôt il fut entouré avec ses aides de camp ; mêlée à l'arme blanche s'engagea, et le général la Commune tomba frappé mortellement de X coups de sabre sur la nuque. C'est l'officier imandant la petite escouade qui le tua.

e cadavre de Flourens fut transporté dans la son d'un cultivateur de l'avenue, puis chargé un tombereau rempli de paille et dirigé sur sailles où on le rendit à sa famille.

e 6 avril 1871, à huit heures du matin, un moe corbillard montait lentement la rue de la uette et pénétrait dans le cimetière du Pèrebaise. Quatre personnes le suivaient, une me, deux jeunes gens en grand deuil, — la e et les frères du mort, — et un prêtre, 'étaient les funérailles de Flourens.

insi mourut ce jeune homme, dans toute la e de la virilité, h l'âge de trente-trois ans. Soldévoué de cette Commune dont son honnêteté a grandeur d'âme lui auraient certainement flétrir les actes ultérieurs, il est mort en héros laissé une mémoire respectée de ses ennemis •mêmes.

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