‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 32 sur 58 · E. GÉRARDIN · texte numérisé non relu

E. GÉRARDIN

4* arrondissement. — 8,154 voix.

Eugène Gérardin, qui a publiquement décliné toute solidarité avec son homonyme, était un homme âgé n'ayant aucun des défauts de son collègue.

L'un était remarquable par ses violences intempestives, l'autre par sa modération.

Eugène Gérardin était un ouvrier qui paraissait avoir vieilli dans le travail et dans la lutte contre la misère. Il est rarement intervenu dans les discussions de la Commune, et ne Ta fait que pour rappeler ses collègues aux sentiments de modération dont ils se sont si souvent écartés.

Quand il s'est agi de secourir les familles des vie-

times de Texplosion de la cartoucherie Rapp, Gérardin demanda qu'on fit bénéficier de ce décret toutes les ramilles qui avaient eu à déplorer la perte de leurs soutiens, et non pas seulement celles dont les membres combattaient pour la Commune. « Toutes les victimes de l'explosion méritent des secours de la Commune. » Telle fut la conclusion de son discours vivement attaqué par Ledroit et surtout par Amouroux, ses collègues.

Eugène Gérardin vota contre le Comité de salut public. C'était un honnête ouvrier fourvoyé parmi des intrigants et des incapables. Il a eu le courage de ne jamais se laisser entraîner par la majorité dans des mesures contraires à sa conscience.

H. GERESME.

12* arrondissement. — 2,194 voix.

Hubert, dit Geresme, qui se faisait appeler Hubert tout court sous l'empire, est né à Damery, en Champagne. C'était un ouvrier dont les antécédents sont peu connus, mais qui s'était toujours fait remarquer par ses opinions ultra-révolutionnaires.

D'une intelligence plus que médiocre, il fut un de ces fanatiques de la Révolution qui sont les plus dangereux ennemis de la liberté , qu'ils ne réclament que pour eux, et qu'ils confisquent à leur profit dès qu'ils sont arrivés au pouvoir.

Membre du Comité central, puis élu membre de la Commune par le i"!" arrondissement, Geresme se fit remarquer par son silence dans cette assemblée. On aurait dit qu'il redoutait de parler, qu'il craignait de se faire entendre.

Geresme n'avait aucune suite dans les idées, parce qu'il ne dirigeait sa conduite politique suivant aucun principe raisonné ; c'était une sorte de fou révolutionnaire dont les actes étaient aussi incohérents que les idées et les paroles.

C'est ainsi qu'il vota contre la validation des élections à la majorité absolue, et formula dans ces termes ridicules son vote en faveur du Comité de salut public :

a Je vote pour, parce que le terme «Salut public» a été et sera toujours de circonstance. »

Geresme était digne de figurer dans cette majorité inepte qui a triomphé à la Commune, et il était assez fou pour mériter d'être choisi par elle comme membre de la Commission de la guerre.

Suspect à certains de ses collègues eux-mêmes, ses extravagances politiques étonnaient d'autant plus q«ie son passé était presque absolument inconnu. Aurait-on fait quelque jour une découverte peu agréable pour M. Geresme, dit Hubert, comme on en a fait pour plusieurs de ses collègues? C'est ce que nous ne saurions dire, puisque la victoire du gouvernement n'a pas laissé le temps à la Commune de continuer ce travail d'épuration et d'élimination qui menaçait de réduire considérablement, si on l'avait poussé jusqu'au bout , le nombre des membres de cette assemblée.

H. Geresme, dont le rôle a été cependant asseà actif dans les derniers temps de la Commune, a réussi à se dérober jusqu'ici aux recherches dont il a, comme tous les membres de la Commune, été l'objet de la part du gouvernement;

Page 1