‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 33 sur 58 · GROUSSET · texte numérisé non relu

GROUSSET

180 arroudissement. — 13,359 v^ix.

Paschal Grousset le plus élégant des membres de la Commune, danslaquelle il représentait Télément boulevardicr et léger dont M. Henri Rochefort s'est fait rincarnation, est né à Cor te (Corse), le 7 avril 1844; c'est le fils d'un ancien proviseur du lycée de Toulouse.

Républicain par ambition, M. Grousset est loÎQ d'avoir toujours été aussi radical que le feraient supposer ses déclarations révolutionnaires de la Commune, Il a passé, avant d'être journaliste républicain et membre de la Commune, par les camps les plus opposés, sans s'arrêter dans aucun, parce qu'il n'y a point trouvé la position élevée qu'il ambitionnait et qu'il a cru rencontrer dans la Commune.

Après avoir étudié la médecine, il se jeta dans le journalisme et fit ses premières armes à YEtmdard, où il écrivit des articles scientifiques assez remarqués, et à V Epoque,

Son esprit intrigant l'entraîna bientôt dans Topposition, qui cl celte époque servait de piédestal à toutes les jeunes ambitions.

Le Figaro a compté M. Grousset au nombre de ses plus assidus collaborateurs, et les articles da docteur IJlasius, les romans de M. Léopold Vireg sont des états de services que Tex délégué aux affaires étrangères renierait probablement avec plaisir, mais non sans difficulté.

Il écrivit aussi à V Evénement et au Temps, %i publia plusieurs brochures ou volumes : le Rêve atm irréconciliable j les Origines d'une dynastie^ le 18 bru-

— lin) —

maire et le Procès du général Malet qu'il copia dans plusieurs ouvrages, ce qui donna lieu à un petit scandale littéraire. Il est aussi l'auteur de la partie scientifique d'un ouvrage intitulé le Bilan de 1868.

Collaborateur de M. Rochefort au journal la Marseillaise, M. Groussetfut la causé involontaire du meurtre de M. Victor Noir. On se rappelle qu'à la suite d'un article de Pierre Bonaparte contre les rédacteurs d'un journal corse, la Revanche^ dont M. Grousset était un des coUaboVateurs, celui-ci envoya au prince ses témoins, MM. Noir et Fonvielle. Les événements qui suivirent leur visite sont trop connus pour que nous croyions utile de les raconter ici ; mais nous voulons dire que c'est de cette époque que date la popularité de M. Grousset.

Depuis le meurtre de Victor Noir, l'ancien rédacteur de YEtendard et du Figaro se lança dans l'opposition la plus violente contre l'Empire, et

[oublia dans la Marseillaise des articles qui lui vaurent un assez long séjour à Sainte-Pélagie, où il ne perdit point ses habitudes de coquetterie et d'élégance.

M. Grousset prit après le 4 septembre la direction de la Marseillaise, dont il suspendit la publication, après le désaveu public donné à sa politique par M. Henri Rochefort, à propos d'uu article de M. Gluseret.

M. Grousset, qui avait commencé dans la Marseillaise ses attaques contre le gouvernement du 4 septembre, continua contre lui la lutte dans les réunions publiques tenues pendant le siège.

Au mois de février (1871), il publia une petite brochure hebdomadaire : la Bouche de Fer, dont l'existence fut surtout connue par l'arrêté du général Vinoy qui lui fit l'honneur d'une suppression.

Au lendemain du 18 mars, il fut porté sur la liste des comités qui passa tout entière dans le 18° arron-

dissement et resta môme, après son élection, rédacteur en chef de V Affranchi, qui succéda à la Nmvelle République.

Elu à la Commune, Grousset fut nommé membre de la Commission des relations extérieures, puis délégué à ce même service , et c'est en cette qualité qu'il signa plusieurs adresses aux départements.

M. P. Grousset, que son passé aurait dû ranger parmi les membres modérés de la Commune, se monira au contraire l'ennemi de toutes les mesures conciliatrices proposées dans cette assemblée. Ce fut lui qui, au nom de la majorité, attaqua le plus vivement les membres dissidents de la Commune, qui n'avaient commis d'autre crime que de vouloir s'opposer aux mesures arbitraires du Comité de salut public.

M. Grousset vota pour la validation des élections à la majorité absolue des volants et pour la formation d'un Comité de salut public. Nous attribuons à son exaltation méridionale et à son ambition (îclle lièvre révolutionnaire dont il Sembla possédé pendant son court passage au gouTeruement.

M. P. Grousset, un des parvenus de la démocratie radicale , crut probablement racheter ion passé en se montrant l'un des membres les plus intolérants de la Commune. 11 l'a suivie et soutenue dans ses plus détestables errements, contre lesquels protestaient des révolutionnaires plus connus et plus convaincus que M. Grousset.

Le 17 mai, dans une séance mémorable de la Commune, M. Grousset avait prononcé ces paroles: (T Je resterai jusqu'à la victoire ou la mort au poste de combat que le peuple nous a confié. )>

M. Grousset réfléchit probablement dans la suite à l'imprudence de cette détermination, car il se

eacha dès l'entrée des troupes chez une dame de ses amies. C'est le 3 juin qu'on le trouva caché dans une maison de la rue Gondorcet sous un déguisement de femme.

Il fut conduit au Palais de Justice et conduit de li à Versailles, au milieu des huées de la population indignée de la lâcheté de ce jeune gandin révolutionnaire.

Page 1