‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 35 sur 58 · JOURDE · texte numérisé non relu

JOURDE

5* arrondissement.— 3,949 voix.

Jourde (François), né à Monlauban, âgé de vingthuit ans, étudiant en médecine, a été élève à Técole Turgot et en est sorti pour entrer dans une maison de banque, où il était habitué au maniement de grandes sommes d'argent, ce qui le prépara à ses nouvelles fonctions. C'est une des rares capacités que la Révolution du 18 mars ait mis en lumière. Membre du Comité central, il fut délégué aux finances avec Varlin, et fut maintenu seul à ce poste après son élection à la Commune.

A la Commune, Jourde fit preuve de fermeté contre les mesures arbitraires proposées par ses collègues, qui ne lui laissèrent gérer les finances que parce qu'ils voyaient l'impossibilité de le remplacer.

Jourde fut l'auteur du projet de loi sur les échéances adopté par la Commune; c'est lui aussi c[ui dirigea la discussion et le décret sur la liquidation du Mont-de-Piété.

Jourde, qui vota pour la validation des élections faites à la majorité des votants, se montra cependant l'un des plus ardents adversaires de la proposition Miot, tendant à instituer un Comité de salut public. Il protesta d'abord seul, puis avec plusieurs de ses collègues, contre la création de ce

Comité, auquel il ne cessa de faire une guerre acharnée pendant toute la durée de ses pouvoirs.

Jourde attaqua aussi vivement l'immixtion du Comité central dans les affaires politiques qu'il voulait que la Commune seule dirigeât en toute liberté.

Jourde, qui avait été nommé membre de la Commission des finances, puis délégué unique à ce service, ne tarda pas à être en butte aux attaques de la majorité, représentée par MM. Pyat et consorts. Il proposa plusieurs fois sa démission, que la Commune refusa d'accepter.

Quand la scission devint complète entre les membres de la Commune, ce fut Jourde qui réunit chez lui ses collègues de la minorité, et qui fut chargé par eux de rédiger cette déclaration fameuse qui restera comme la véritable démission de la partie la moins violente de la Commune.

Jourde est un jeune homme d'une taille élevée, d'une figure pleine d'intelligence, encadrée par une longue barbe blonde. Son intelligence éclate dans son regard et dans sa physionomie. Il possède un véritable talent oratoire, qui lui permet de rendre les discussions financières claires et accessibles à tous les esprits. Son visage, long et osseux, est défiguré par une tache dartreuse qui forme une large cicatrice sur une de ses joues.

C'est le mardi 30 mai, à une heure et demie du matin, que Jourde fut arrêté, avec un de ses amis, rue du Bac, par des gardes nationaux du parti de Tordre qui trouvèrent suspecte l'allure de ces deux promeneurs h une heure si matinale. Jourde essaya d'abord de cacher son identité en déclarant se nommer Roux. Mais il fut reconnu par les témoins devant lesquels il avait demandé à être conduit.

Emmené à la mairie du 7' arrondissement, puis de là à la prévôté, il fut conduit à Versailles où u va être jugé.

LAN6EVIN.

15* arrondissement. — 2,417 voix.

Camille-Pierre Langevin, tourneur sur métaux, était un jeune homme âgé de vingt-huit ans, de petite taille, à la barbe longue et épaisse. Il régnait dans son maintien un certain embarras, provenant probablement de sa subite élévation aux fonctions dont il fut revêtu, et auxquelles il ne pouvait prétendre. Sa tenue différait sensiblement de celle de la plupart de ses collègues, qui n'avaient vu dans leur avènement au pouvoir qu'une occasion de parader et d*élalcr sur leurs habits de nombreux galons ou de voyantes écharpes.

C'était un des membres les plus connus de l'Association internationale deâ travailleurs. Secrétaire corn spondant du deuxième bureau de Paris, connu sous le nom de Cercle des études sociales, il avait pris une pari très-active, comme acteur ou comme signataire, aux principales manifestations de la section parisienne. Impliqué dans le troisième procès de l'Internationale, il continua, même après les poursuites dont il était l'objet, son travail de propagande, reçut des adhérents et signa leurs livrets. Il fut condamné comme ayant fait partie de l'Internationale, association non autorisée de plus de vingt personnes, à deux mois de prison.

Délivré, ainsi que les autres condamnés de Unternationale, après la Révolution du 4 septembre, il fut un de ceux qni pendant le siège préparèrent le mouvement insurrectionnel qui, après avoir échoué au 31 octobre et au 22 janvier, réussit le 18 mars.

KIu membre de la Commune par le 15*' arrondissenienty Langevin fit partie de la Commission de la

justice, où il protesta contre toutes les violences de ses collègues. 11 vota contre la validation des élecions complémentaires, et formula en ces termes son vote contre le Comité de salut public : « Considérant que le Comité de salut public est une institution dictatoriale incompatible avec • le principe essentiellement démocratique de la Commune, je déclare ne pas prendre part à la nomination des membres de ce Comité. »

On retrouve le nom de Langevin parmi ceux des membres de la minorité de la Commune oui signèrent la déclaration, à la suite de laquelle us se retirèrent de l'Assemblée pour ne plus s'occuper que de l'administration de leur arrondissement.

LEDROIT.

5* arrondissement. — 3^226 voix.

Charles Ledroit, capitaine de la garde nationale, était avant les élections communales un inconnu dont le nom sera du reste bien vite oublié. C'était un homme déjà âgé, qui ne se fit remarquer dims les discussions de la Commune que par ses propositions violentes et par sa complète incapacité.

Ledroit, élu membre de la Commune par le 5^ arrondissement, fut placé dans la Commission de la justice, où son nom, à défaut d'autres raisons, lui indiquait une place, et où certainement il n'était pas plus déplacé que ses collègues. Il fat ensuite nommé membre de la Commission de la guerre, pour laquelle il avait probablement autant d'aptitudes que pour la Commission de la justice.

C'était une des nullités de la Commune, qui mé-

rite à peine qu'on s'arrête un instant pour donner quelques détails sur sa personnalité.

Ledroit vota pour la validation des élections complémentaires, el pour le Comité de salut public, qu'il appelait « une mesure révolutionnaire indispensable dans l'état actuel de la situation. »

A la Commune, il demanda la gratuité de la justice et exiçea que chaque citoyen fût muni d*une carte d'identité, ce qui permettrait, disait Ledroit, de sévir contre les nombreux réfractaires qui ont su jusqu'ici se dérober au service militaire.

n fut toujours partisan des motions les plus violentes, et fut honoré pour cela de la confiance de la majorité de la Commune qui le nomma dans les derniers temps membre de la Commission militaire.

Son arrestation annoncée vers la fin du mois de juin n'a pas été confirmée.

LEFRANÇAIS.

4' arrondi>sement. — 8,619 voix.

Gustave Lefrançais est né à Angers le 28 janvier 1826; c'est un petit homme, trapu, dans toute la force de Tâge, au cou apoplectique, aux yeux vifs, au front élevé, aux cheveux et à la barbe noirs. Lefrançais dut sa célébrité aux réunions publiques dont il fut, avec son ami Briosne, un des premiers et des plus intrépides orateurs. Sa phrase, peu élégante mais claire, son esprit violent lui gagnèrent vite la sympathie de ses auditeurs, parmi lesquels tous ne partageaient cependant pas ses idées communistes.

Lefrançais était un ancien instituteur primaire

révoqué en 1850 et proscrit au 2 décembre. 11 était ces derniers temps employé à la comptabilité dans la maison Richer, et avait été lui-même directeur d'une entreprise semblable.

Lefrançais était Tun des orateurs les plus assidus du Vaux-Hall^ du Pré-aux- Clercs et de la Bedoute. Il y développa et chercha à y vulgariser ses idi^es sur la propriété collective et sur la suppression de rhérédilé qui en est une des conséquences. Il attaqua surtout au Pré-anœ-Clercs Tinstitution du mariage et préconisa l'union libre, une des réformes que la Commune oublia d'ajouter aux mesures excentriques et ridicules quand elles ne sont pas cruelles, qu'elle a déjà proclamées ouproposées.

Lefrançais, froid et énergique révolutionnaire, sut gagner au communisme bien des esprits peu éclairés que Thabileté de son argumentation avait séduits. Au \ septembre il continua d'être, comme aux élections de 1869, l'adversaire acharné des députés de la gauche, auxquels il avait maintes fois reproché, dans les réunions tenues chez Budaille ou boulevard Clichy, d'ignorer complètement les questions sociales et de les étouffer dans de .vagues et banales revendications politiques.

Lefrançais était un homme d'action qui cachait sous des dehors froids et calmes un vrai tempérament de révolutionnaire. Il fut un des premiers à envahir l'Hôtel-de-Ville au 31 octobre. Porté sur plusieurs listes gouvernementales, Lefrançais fut arrêté le surlendemain et passa quatre mois de captivité préventive à Mazas, à Vinccnnes et à la Santé, avec les inculpés du 31 octobre.

Acquitté par le 4° conseil de guerre, Lefrançais, qui avait été nommé, pendant son emprisonnement, adjoint au 20° arrondissement, ne put prendre possession des fonctions que lui avaient conférées ses concitoyens.

— iiy —

Après le 18 mars, il fut élu à la Commune, dont il fut le premier président, et où il siégea d'abord dans la Commission executive. Il quitta ce poste pour la Commission des finances, où ses aptitudes de comptable trouvèrent un emploi.

Lefrançais vota avec la minorité contre la validation des élections complémentaires et contre le Comité de salut public.

On avait dit gué Lefrançais avait été fusillé à la suite des premiers combats livrés dans les rues de Paris, on avait môme indiqué l'endroit précis où avait eu lieu cette exécuiion, mais, d'autre part, on afflrme aujourd'hui qu'il a pu rejoindre à Londres les fugitifs de la Commune.

LONCLAS.

12« arrondissement. —5,810 voix.

Les antécédents de Lonclas sont peu connus; si l'on s'en rapporte aux bruits les plus accrédités, il aurait été homme de peine à la manufacture de boutons de la rue de Bercy, puis caporal infirmier un peu avant le \S mars. Il fut nommé membre de la Commune aux élections complémentaires du ii" arrondissement.

A. Lonclas était avant son élection et resta sous la Commune chef du IS"" bataillon , qu'il a conduit plusieurs fois au feu ; mais où il n'a fait preuve d'aucun courage.

Lonclas ne prit qu'une part fort insignifiante aux discussions de la Commune ; il avait constitué sous sa présidence dans son arrondissement une sorte de Comité qui siégeait à la cour d'Aligre^ et qui s'était

attribué de pleins pouvoirs dans tout le ressort du 12® arrondissement.

Lonclas vota pour le Comité de salut public, parce qu'il le croyait, disait-il, « seul capable de poursuivre, par des mesures énergiques, le triomphe de la Révolution. »

Membre de la majorité, il fut placé par ses collègues dans la Commission de la guerre en remplacement des membres de la minorité révoqués par le Comité de salut public.

C'était un des hommes les moins estimés de la Commune, et quand on entendait les gens de son arrondissement s'exprimer avec autant de mépris sur son compte, on se demandait par quelle aberration d'esprit 5,8 10 électeurs avaient pu donner leurs voix h un pareil personnage.

Lonclas a été, parait-il, un des premiers à s'enfuir et à se cacher lors de l'entrée des troupes.

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