LONGUET
16* arroudisseinent. — 1,058 voix.
Charles Longuet, né à Caen , est âgé d'environ trente-deux ans ; c'est un étudiant bien connu des habitués du quartier latin, où il résidait depuis plus de dix ans et où il avait fondé plusieurs journaux qui firent, il y a plusieurs années, quelque bruit dans le monde politique et littéraire.
Longuet mérite bien son nom ; il est grand-, maigre et long à faire croire qu'il va toucher le ciel.
Ses cheveux abondants et plats, ses yeux noir» et perçants, son rire bruyant, sa voix stridente, ses jambes interminables, ses bras toujours en rota-
tion, ses allures turbulentes et échevelécs en font le type le plus accompli de bohème que Ton puisse rencontrer.
Longuet vint faire son droit à Paris ; doué d'une grande facilité de plume et de parole, il délaissa bientôt Tétude du Gode pour écrire dans plusieurs journaux du quartier latin. Les Ecoles de Fronce, la Rive Gauche, qu'il fonda en 1864, furent supprimées tour à tour, cette dernière feuille, après la publication des Propos de Labiénus de Rogeard, qui valurent à son auteur et au gérant du journal, M. Longuet, d'assez dures condamnations.
Ce fut Longuet qui ouvrit la séance de ce Congrès tenu à Liéçe, où l'on attaqua si vivement l'Empire et dont les violences déterminèrent le gouvernement impérial à poursuivre les orateurs pour délits de paroles, quoique ces actes eussent été commis sur le territoire étranger.
L'histoire des poursuites ou plutôt des chasses que la police donna à Longuet, et auxquelles il iut se dérober longtemps par d'incroyables subterfuges, tiendrait à elle seule toute la place que doit occuper ici la biographie de Longuet. Il fut cependant enfermé à Sainte -Pélagie, où il fit un assez long séjour et où il se complaisait à faire la cuisine, fonction dont il s'acquittait à merveille au dire de ses co-détenus.
Longuet s'était beaucoup occupé de la question sociale et il était peut-être l'homme qui connaissai le mieux Proudhon, dont il avait fait une étude toute spéciale. Il défendit, dans les congrès ouvriers et dans les réunions publiques, à la Redoute et ailleurs, le socialisme individualiste et soutint de fort brillantes discussions avec les économistes qui fréquentaient ces réunions. Longuet possède en effet un véritable talent oratoire» il est pétillant de verve et d'originalité et il a, de plus,
cette rare faculté de pouvoir parler des heures entières sans aller à la recherche d'un mot et sans avoir besoin de se reposer.
Cet intarissable proudhonien avait jusqu'alors végété dans le journalisme, où sa paresse et son excentricité Tempôchaicnt d'occuper le rang que ses connaissances lui assignaient. Il s'était contenté de pérorer dans les ])rasseries et dans les clubs, sans chercher une tribune plus sérieuse où il pût exposer ses idées.
Longuet écrivit avec Vallès dans le Peupfe^ mais avant son élection à la Commune, dans les derniers temps de l'Empire, il avait paru se retirer de la lutte ou attendre une occasion pour paraître avec éclat sur la scène politique.
Il crut ravoir trouvée après la révolution du 18 mars, au triomphe de laquelle il a beaucoup contribué, sans que son nom ait figuré dans les actes publics du Comité. C'est, en effet, Longuet qui rédigea les proclamations du Comité centrai ; mais la maxime de ce Comité étant qu'il fallait a se méfier des capacités, » on se servit de Longuet sans vouloir le mettre en nom, et l'on se contenta de le placer à la direction du Journal Officiel, après la retraite de M. Vésinier.
Longuet s'acquitta assez mal de cette tâche difficile; son indolence l'empêchait de surveiller les rédacteurs auxquels il confiait le soin de rédiger entièrement le journal.
Longuet avait été (\\\ pendant le siège commandant du 248° bataillon de la garde nationale, dont il n'avait jamais pu obtenir l'armement. C'est avec ce bataillon qu'il construisit des barricades dans la rue Soufflot et place du Panthéon, dans la journée du 18 mars, et qu'il s'empara du palais du Luxembourg.
Elu membre de la Commune aux élections eom-
plémentaires dans le seizième arrondissement, Longuet vota en ces termes contre le Comité de salut public : « Ne croyant pas plus aux mots sauveurs qu'aux talismans et aux amulettes, je vote contre. »
Longuet s'est associé à toutes les protestations contre les actes criminels de la Commune et a signé la déclaration de la minorité, à la suite de laquelle il a été remplacé comme rédacteur du Journal of^' ficiel par Vésinier.
Il fallait vraiment que la violence des énergumènes qui composaient la majorité fut bien grande, pour que Longuet put être rangé parmi les modérés de la Commune. Cependant, si sa nature était d'ordinaire vive et emportée, il faut reconnaître qu'il y avait chez lui un fond de bon sens et une intelligence qu'on ne rencontrait pas chez la plupart des membres de la Commune.
Longuet a recommencé sa lutte avec la police, et il a réussi à dépister toutes les recherches.