‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 37 sur 58 · MALON · texte numérisé non relu

MALON

n« arrondissement. — 4^199 voix.

Benoist Malon, un des chefs de l'Internationale, est né près de Saint-Ëtienne, dans le Forest, en 1841. C'est le fils de pauvres paysans qui confièrent à son frère aîné, instituteur de campagne, le soin de son instruction. Ce fut auprès de lui qu'il apprit à lire et qu'il puisa les quelques connaissances qui lui ont permis ae jouer un rôle important dans l'Association des Travailleurs.

Mais il lui fallut de bonne heure prendre un état pour gagner sa vie, et Malon fut tour à tour garçon

de peine, portefaix, puis ouvrier teinturier. C'est à ce dernier métier qu'il s'arrêta, et il continua à l'exercer à Puteaux jusqu'aux événements qui vinrent changer sa position.

Malon fit partie du deuxième bureau de l'Internationale et fut condamné en cette qualité à trois mois de prison (1868). C'est de cette époque que date la réputation de Malon qui, après cette condamnation, resta avec Varlin l'un de* plus actifs organisateurs du mouvement des sociétés ouvrières qui se groupèrent sous le nom de Fédération. Malon y fut délégué par la section de Puteaux, où il avait formé le groupe des Travailleurs unis (banlieue de Paris), dont il était secrétaire. Il ûgura également au Congrès de Bâle et signa les manifestes de ^Inte^ nationale à l'occasion des grèves et des événements de Tannée 1870. Cet infatigable agent de l'Internationale voyageait aussi dans toute la France pour propager les idées d'union et de fédération des sociétés ouvrières, et c'est dans ce but qu'il fit un assez long séjour à Tourcoing.

Mais la véritable notoriété de 6. Malon date du mois d'avril 1870, époque à laquelle il partit pour le Creuzot comme correspondant de la MarieiÙtme, De Fourchambault, où il s'était installé, Malon suivit toutes les péripéties de cette grève, dont il avait été avec Varlin un des organisateurs, et qui prit un moment, on se le rappelle, des proportion^ si considérables, surtout au point de vue politique. Les articles publiés au sujet de cette grève daas la Jfcrseiiiaise prouvèrent la collaboration active de Malon à cette grève.

Compromis dans le troisième procès de l'Internationale (juin 1870), où l'on avait saisi la correspondance qu'il adressait du Creuzot à Varlin, Malon M arrêté et enfermé à Mazas sous la prévention d'avoir fait partie d'une société secrète^ et il ne fut mis en

lAO

liberté sous caution qu'à la première audience de ce procès.

Il fut condamné à un an d'emprisonnement, auquel la Révolution du 4 septembre vint l'arracher. Malon fut élu adjoint au dix-septième arrondissement (BatiçnoUes), et se montra pendant tout le siège l'adversaire le plus acharné du gouvernement de la défense.

Le 22 janvier, il quitta la mairie avec son écharpe à la ceinture, et se dirigea, escorté d'un groupe de gardes nationaux, vers l'Hôtel-de- Ville, où l'insurrection venait d'être facilement vaincue.

Nommé député à l'Assemblée nationale, Malon donna bientôt sa démission et vint reprendre à BatignoUes ses fonctions de maire-adjoint.

Au 18 mars, Malon resta à la tête de l'administration municipale de l'arrondissement et adhéra formellement, dans une affiche, à la révolution communale. Il fut élu membre de la Commune et placé dans la Commission du travail et de l'échange.

Malon est un des membres qui prirent le moins part aux discussions de la Commune; il s'occupa surtout de l'administration de son arrondissement.

Il vota pour la validation des élections complémentaires, mais s'associa à la protestation de plusieurs membres contre l'institution d'un Comité de salut public, et adhéra à la déclaration par laquelle la minorité annonça qu'elle ne paraîtrait plus aux séances de la Commune.

Malon avait un physique peu gracieux , son nez tordu et sa mine un peu renfrognée lui donnaient un air sournois qui indisposait contre lui. Il laissait pencher sa tête sur son épaule, ce qui l'avait fait surnommer le a roseau pensant, » et paraissait toujours absorbé dans de profondes réflexions.

On n'a pas eu de ses nouvelles depuis son départ de la mairie des Batignolles effectué le

mardi à l'arriTée des troupes. Malon aurait, dit-on, reçu du gouvernement un laissez-passer pour quitter la France. Ce sauf-conduit lui aurait été donné en récompense des efforts qu'il a faits et qui ont été couronnés de succès pour préserver le quartier des BatignoUes des mesures sauvages que les fédérés voulaient prendre dans cet arrondissement comme ils ont réussi h le fiiirc dans plusieurs autres.

Page 1