‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 38 sur 58 · MARTELET · texte numérisé non relu

MARTELET

1 i» arrondissement. — 5,927 voix.

Martelet, jeune homme de vingts-six ans, était peintre de décors et n'avait avant le siège de Paris figuré dans aucune manifestation du jparti socialiste dont il est aujourd'hui un des représentants à la Commune.

Après la proclamation de la République, dès le 5 septembre, M artelet fit partie du lOS*" bataillon delà garde nationale, qui se forma dans le i4® arrondissement par enrôlements sur la place publique, comme en 92. Pendant toute la durée du siège, Marteiet eut une attitude assez caractéristique, qui explique du reste sa nomination à la Commune. 11 voulait qu'avant de tenter aucune sortie et de faire marcher la garde nationale contre les Prussiens, on changeât d'abord le gouvernement de la défense, qu'il ne cessa pendant cinq mois d'accuser d'incapacité et de trahison.

Ami de ce Sapia, qui fut tué dans l'émeute du 2:2 janvier, Martelet se montra l'un des plus remuants et des plus actifs adversaires du gouvernement de la défense qu'il attaqua avec véhémence

dans les i^uniôtls de la Maiêûn-Dim à Plaisance^ et contre lequel il prit, dit-on, les armes au 22 janvier.

Martelet s'empara au \S mars de la mairie du 14* arrondissement, dont il fut élu représentant à la Commune en l'absence de candidats sérieux.

Nommé membre de la Commission des services publics, il vota pour la validation des élections complémentaires et pour le décret instituant un Comité de salut public. C'était un des membres les plus violents de l'assemblée.

Le rôle de Martelet à la Commune fut peu remarquable, son passé ne le préparait guère à la position qu'il occupa après le 18 mars; son élection fut une de ces élections négatives comme en a tant produit le vote précipité du 26 mars, auquel on dut des choix si déplorables.

Martelet représentait la Commune à l'enterrement de M. Pierre Leroux, et il prononça sur la tombe du grand philosophe un discours qui n'a pas étonné de la part d'un membre de la Commune connu par ses ridicules violences.

MELLIET.

13* Arrondissement. '^ 6,664 voix.

Léo Melliet est un petit homme trapu, âgé de trente ans à peine, plein d'activité et de Jactance, comme tous les méridionaux. Léo Melliet est né à Levignac, canton de Seyches, dans le Lot-et- Garonne. Doué d'une intelligence vive et d'une excellente mémoire, Melliet a presque toujours surpassé ses rivaux dans les luttes pacifiques de l'école primaire de sa ville natale et du collège de Miramont, où il a fait de bonnes études.

Après s'être livré quelques années à renseignement dans plusieurs pensions de province, U se dirigea vers la capitale dans le but d étudier le droit ou la médecine.

A son arrivée à Paris, il entra comme clerc dans une étude d'avoué et devint, peu de temps après, un des orateurs applaudis des clubs les plus exaltés. C'est, ainsi que Protot, un avocat qui s'était fait remarquer par son opposition contre TEmpire et qui, après le 4 sep- tembre, ne cessa d'attaquer le Gouvernement de la défense dans les nombreuses réunions publiques où il prit la parole.

Il fut un des signataires de cette afBche rouge placardée sur les murs de Paris, dans laquelle on reprochait aux hommes du Gouvernement de négliger les mesures révolutionnaires qui pouvaient seules sauver la France. Traduit pour cette affiche devant le quatrième conseil de guerre, il fut acquitté ainsi que ses co-signataires Pindy, Tridon, Oudet, Pillot, Demay et Régère.

Léo Melliet s'était fait connaître avant le 4 septembre dans les clubs de la rive gauche et du quartier Mouffetard par la violence de son langage. Nommé par les électeurs adjoint du 13** arrondissement, il crut pouvoir briguer de plus grands honneurs, et obtint 42,020 voix aux élections légi^tives. Plus tard, il soutint timidement le Comité central, et se rallia au lendemain de la victoire à la révolution du 18 mars.

Envoyé à la Commune par le 13® arrondissement, Melliet fut nommé membre de la Commission de la justice et des relations extérieures.

Ses violences toutes méridionales et le radicalisme apparent de ses opinions, en firent bientôt un des membres les plus sympathiques à la majorité de la Commune.

Ce fut lui qui proposa la démolition de l'église

Bréa, qu'il considérait comme une insulte permanente aux vaincus de juin et aux hommes qui sont tombés pour la cause du peuple. C'est en suivant la Commune dans cette voie de destruction des monuments qui rappelaient la défaite des insurçés et des vaincus de toutes les révolutions que Mellict gagna la confiance des hommes de la Commune.

Melliet vota pour la validation des élections et pour la création d'un Comité de salut public dont il fut élu membre. Il avait été auparavant nommé questeur de la Commune.

Le Comité le délégua comme gouverneur du fort de Bicêtre, où il signala son passage par des jugements et des exécutions sommaires accomplies par ses ordres et sous ses yeux.

Lors de la nouvelle composition du Comité de salut public, il n'en fut pas réélu membre et rentra comme simple représentant à la Commune.

Léo Melliet était un petit avocat vaniteux, sans talent et sans convictions, qui s'est jeté dans le parti révolutionnaire par pure ambition. Léo Meillet était autrefois un poète sentimental, qui écrivit de nombreuses poésies dont la politique n'était point le sujet, et qui concourut avec succès aux jeux floraux fondés par Clémence Isaure.

On ne se serait pas alors attendu à le voir figurer plus tard dans une pareille assemblée , dont il s'est montré l'un des membres les plus violents.

Son tempérament méririional, sa jactance, ses bravades ont pu faire croire qu'il avait du courage, mais ses actes n'ont pas répondu jusqu'ici à ses paroles, et il a montré une fois de plus que le peuple doit se défier des beaux parleurs qui sont pleins d'enthousiasme et de bravoure dans les réunions et qui sont les derniers à se montrer au feu, où ils envoient avec tant de facilité les malheureux

4oat ils ont capté la confiance el obtenu les sufffrages.

Léo Melliet a pu se soustraire aux recherches de la police et parvenir à quitter la France, grâice l Tentremise de M. Edmond Turquet, auquel il avait sauvé la vie ainsi qu'au général Ghanzy, lors de leur arrestation opérée le 18 mars et qui lui a procuré un passeport.

BHOT.

194 arrondissement — 5^520 Toix.

Jules Miot ancien représentant, est né en 1810, il a siégé à l'Assemblée législative, où il fut envoyé par le département de la Nièvre, Il était à celte époque pharmacien dans la ville de Moulins-Engilbert,

Miot vota avec la Montagne et se fit remarquer à la Chambre par son antagonisme constant avec un de ses compatriotes et collègues le président Dupin. Enveloppé dans les proscriptions du 3 décembre 1851, Miot fut transporté en Algérie eiw revint en France qu'après l'amnistie du 15 août

Il s'établit comme pharmacien à Paris, rue de Rivoli. En 18G2 il fut impliqué avec Greppo daQ9 une affaire de société socrèle, qui fit beaucoup de bruit à cette époque, tant par le nombre des inculpés que par la rigueur de la condamnation.

Miot, comme Gambon, était désigné par son passé révolutionnaire au vote des électeurs, mais moins heureux que Gambon et Greppo, il obtint aux élections législatives un assejE grand noittbre de voix sans pouvoir être nommé« Elu vosm-

— lai —

bre de la Commune par le 19^ arrondissement, Miot fut, lors de la réélection des Commissions par l'assemblée, nommé membre de la Commission de l'enseignement.

Miot, qui vota contre la validation des élections complémentaires à la majorité absolue des votants, fut le promoteur de cette funeste proposition d'instituer un Comité de salut public, qui nous a valu de si déplorables mesures.

Esprit étroit et imbu des idées de 93 qu'il mettait à honneur d'imiter en toute occasion, Midt n'a pas compris qu'à des temps nouveaux il fallait une organisation nouvelle, et qu'une institution surannée et discréditée comme l'est le Comité de salut public ne pouvait qu'affaiblir la Commune sans lui apporter aucun appui ni aucun élément raisonnable.

A voir sa Ùgure si patriarchale, on aurait pu croire que M. Miot était l'un des sages de la Commune. Mais cette tète, ornée d'une si belle barbe blanche, était dépourvue de tout jugement, elle ne raisonnait pas et il n'en sortait qu'un vieux radotage révolutionnaire. C'était en effet une sei vile imitation de 93 que les ineptes dictateurs du Comité de salut public s'efforçaient d'adapter à la situation actuelle, c'étaient les mômes procédés qu'ils appliquaient, les mêmes fautes et les mômes crimes qu'ils commettaient.

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