‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 43 sur 58 · PINDY · texte numérisé non relu

PINDY

3® arrondissement. — 7,816 voix.

Louis-Jean Pindy, ouvrier menuisier, né à Brest, en 1840, a figuré dans le dernier procès de l'Internationale. 11 dut à son titre de membre de la Chambre fédérale des ouvriers son élection à la Commune et sa nomination au poste de commandant à l'Hôtel-de-Ville après l'arrestation d'Assi.

Pindy était un beau garçon, d'une figure et d'un maintien distingués, qui poitait avec grâce un luxueux costume de colonel sur lequel il étalait son écharpe rouge et sa rosette de membre de la Commune. Son intelligence n'était malheureusement pas à la hauteur de son élégance, et si l'on doit reconnaître qu'il était doué d'un dévouement sans borne à la cause qu'il avait embrassée, il faut avouer aussi qu'il se fit volontiers, et par un aveugle esprit d'obéissance, l'exécuteur de toutes les illégalités et de toutes les infamies ordonnées par la Commune.

Né à Brest, Pindy avait fondé dans sa ville natale

une section de l'Internationale. Il fat délégué par la Société aux Congrès de Bruxelles et de Bâle» et commença, même sous l'Empire, à organiser l'armement d'un certain nombre d'adhérents de l'Internationale avec lesquels il espérait, au jour donné, tenter quelque coup hardi et décisif.

Les perquisitions opérées lors de son arrestation à propos du troisième procès de l'Internationale, amenèrent chez Pindy la découverte de poudres et de formules d'engins destructifs sur lesquelles étaient placées des étiquettes ainsi conçues : «A jeter par les fenêtres », « A jeter dans les égoûts. » Il est probable que ces formules ont trouvé leur emploi dans ces derniers temps, quand la Commune menaçait de faire sauter Paris et commençait son œuvre de destruction par ces incendies qu'on arrêta assez à temps pour empêcher de les laisser s'étendre à toute la ville.

Pindy, qui ne put trop expliquer la présence à son domicile de pareils objets , qu'il disait ne posséder que par curiosité, Pindy fut condamné à un an d'emprisonnement, comme faisant partie «d'une société secrète.

L'Internationale, qui tenait ses réunions place de la Corderie du Temple, lui avait confié, quelques jours avant le A septembre, le soin de sa défense militiire et le commandement de ses forces, qui ne se montaientencore qu'à quelques hommes. Pindy avait été délégué, le 8 août i870, par l'Internationale, vers les députés de la R;auche, pour les sommer d'avoir à prendre vis-à-vis du gouvernement un rôle plus accentué et plus aggressif. Il fut arrêté à cette occa* sion par les dragons qui gardaient les abords du Corps-Législatif, et qui le maintinrent prisonnier parce qu ils l'avaient trouvé porteur d'armes cachées.

Pindy fut un des plus violents adversaires des

hommes du 4 septembre dans les clubs et dans les réunions de Tlnternationale. Il était au 18 mars un des commandants de la butte Montmartre, où avaient été amenés , par ses soins et ceux de ses amis, les pièces de canons enlevés aux parcs d'artillerie et aux secteurs.

Elu membre de la Commune et membre de la Commission militaire, Pindy fut revêtu après Assi des fonctions de gouverneur de THôtel-de- Ville, et ses collègues savaient qu'ils pouvaient délibérer en toute sécurité, grâce à ce vigilant gardien. Pindy se plaisait à répéter que h- jour de la défaite > il ferait sauter l'Hôtel-de-Ville, et que les membres de la Commune sauteraient avec lui, ce qui n'était pas sans inspirer de réelles terreurs au citoyen Pyat.

cindy, sorte de fou , qui avait fait depuis longtemps le sacrifice de sa vie, a tenu parole. Laissé par Eudes au commandement de l'Hôtel-de- Ville, que le Comité de salut public et la Commune venaient d'abandonner pour se transporter à la mairie du 11° arrondissement^ il incendia, dit-on, ce monument, qui n'est plus maintenant qu'un immense monceau de ruines.

Pindy a formulé en ces termes son vote contre le Comité de salut public : « Vu que nous ne pouvons nommer personne à une institution considérée par nous comme aussi inutile que fatale, nous nous abstenons. »

Ce fut cependant en exécution des ordres de ce même Comité de salut public, contre lequel il avait voté et dont il s'était abstenu de nommer les membres, que Pindy livra aux flammes l'Hôtel-de-Ville. C'était une de ces natures ignorantes, que le dévouement et l'obéissance passive aux ordres les plus ineptes rendent capables des actes les plus horribles, même quand ils ne les approuvent

pas, pourvu qu'on les leur présente comme utiles à la cause qu'ils ont embrassée.

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