‹ Les hommes de la Commune: biographie complète de tous ses membresChapitre 44 sur 58 · POTTIER · texte numérisé non relu

POTTIER

2* arroudissemeot. — 3^332 voix.

Pottier (Eugène), membre de la Commune, élu aux élections complémentaires du 2® arrondissement, était un homme de cinquante-cinq ans environ, grisonnant, de petite taille et d'une activité toute juvénile. 11 était propriétaire d'un des plus importants établissements de bains du 2® arrondissement et dirigeait en outre, avec un véritable talent d'artiste, une maison de dessins industriels du quartier du Sentier. Pottier n'a acquis cette position commerciale qu'à un âge assez avancé.

En effet, fils d'un modeste emballeur du quartier Louvois, Pottier eut une jeunesse des plus difficiles; l'état d'emballeur ne lui plaisait guère; il faisait des vers, des chansons, se liait avec Murger, Delvau et autres bohèmes de talent et faisait triste figure au milieu des scies, des rabots et des planches de la boutique paternelle.

Quittant le tablier d'emballeur, il allait se lancer dans l'existence agitée des artistes et des poêles, quand un mariage le rappela aux idées plus calmes el plus pDsitives de la vie. Il trouva un de ses îimis, jeune aussi, mais infiniment plus pratique que lui qui créait un atelier de dessin et le prit comme caissier.

Cette existence, toute contraire à ses goûts, ne lui plut pas longtemps. Entraîné par son imagination ardente et ambitieuse, le caissier ne tarda

pas à se transformer en dessinateur ou plutôt en inspirateur de toutes les idées artistiques de la maison L***, et ce ne fut qu'au bout de plus de vingt ans que des divergences politiques et sociales très graves séparèrent les deux amis.

Agé de près de cinquante ans, Pottier entreprit alors cette tâche si difficile de créer, presque sans ressources, et de diriger deux importantes industries. Il ne lui fallut que quelques années pour arriver à un résultat satisfaisant.

En même temps Pottier étudiait les questions sociales, se faisait Tâme du mouvement important des chambres syndicales, se mêlait aux groupes socialistes les plus révolutionnaires et se trouvait, lors du siège de Paris, au nombre des membres influents de l'Internationale.

Les effets de cette influence ne se firent pas attendre, car le mouvement communal du 18 mars, dont Pottier fut Tun des plus actifs promoteurs, le mit à la tète du parti socialiste du 2° arrondissement. De là son élection de membre de la Commune pour le â'' arrondissement, après que les membres de la municipalité eurent refusé le mandat qui leur avait été confié par les électeurs.

Pottier, élu le premier sur la liste, exerça, àproprement parler, les fonctions de maire du 2* arrondissement.

Gomme membre de la Commune, et au point de vue purement politique, Pottier était un révolutionnaire. Il n'a pas adhéré à la déclaration de la minorité de la Commune.

Pottier fut choisi pour faire partie de la commission des services publics. Il vota en ces te^ mes pour le Comité de salut public : « La situation exigeant énergie et unité d'action, malgré son titre, je vote pour. »

— \A6 — PROTOT.

ll« arrondissement. — 18,062 voix.

Eugène Protot est un jeune homme âgé de trentedeux ans, grand, mince, à peu près imberbe et timide d'allures. 11 est né à Tonnerre en 1839, et est le fils d'un paysan de la Côte-d'Or; venu à Paris sans argent il a su .à force de travail se faire au barreau une certaine réputation. Sa participation à toutes les conspirations ou sociétés secrètes formées au quartier latin parmi la jeunesse républicaine des écoles, lui valut de nombreuses condamnations.

Protot écrivit en outre dans les journaux la Rive gauche et le Candide, qui furent poursuivis, condamnés et supprimés pour avoir traité de matières politiques sans cautionnement. 11 est l'auteur du premier article , de l'article programme du journal matérialiste le Candide,

Quelque temps après la suppression du Candide, qui ne publia que quelques numéros, Protot fut compris dans les poursuites intentées contre vingtquatre personnes comme faisant partie de la société secrète dite du Café de la Renaissance.

Protot fut condamné par défaut à quinze mois de prison, mais la police ne put mettre la main sur lui ; il resta six mois caché, nourri, hébergé, logé chez des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. Ses coaccusés, entre autres Tridon, l'accusèrent vivement à cette époque de s'être dérobé lâchement aux poursuites et de ne point venir partager le sort de ses amis condamnes. Protot ne se livra pas pour cela. Arrêté quelque temps après en face le Palais de Justice, il fut enfermé à Samte-Pélagie au mois de février i868 pour y subir la détention

de quinze mois à laquelle il avait été condamné par défaut.

A cette époque Protot avait momentanément abandonné l'étude du droit pour celle de la médecine; et ce ne fut qu'après sa sortie de Sainte-Pélagie qu'il passa sa licence et fit son stage.

La renommée de Protot a commencé avec le procès de Mcgy, dont il fut le défenseur, et à propos duquel il eut à subir une arrestation arbitraire, opérée dans des circonstances tout à fait singulières.

Protot avait été chargé par Mégy, arrêté pour le meurtre d'un agent, du soin de préparer sa défense. Le complot de Blois venait d'être découvert ou inventé par le ministère Ollivier, et Protot, que la confiance de Mégy avait signalé à la police, fut impliqué dans cette affaire.

Le 1" mai, un commissaire de police, accompagné de deux agents se présenta au domicile de M. Protot, qui vint lui-même lui ouvrir, et à qui il exhiba le mandat d'amener, en vertu duquel il venait Tarrêter, et opérer une perquisition à son domicile.

Un des premiers objets qui frappèrent la vue de l'officier de police, ce fut une serviette d'avocat littéralement bourrée de papiers.

En voyant le commissaire s'en emparer, Protot se jeta sur lui, reprit ses papiers et aurait pu échapper aux agents si le commissaire n'avait tiré un coup de pistolet qui avertit le concierge et rendit impossible la fuite du jeune avocat.

Le barreau de Paris protesta contre son arrestation, et Protot relâché prononça devant la Haute-Cour de Blois la défense de Mégy.

Au lendemain du 4 septembre, Protot fut élu chef de bataillon et se distingua comme un des plus ardents adversaires du gouvernement de la

défense nationale. Il défendit un des prévenus du 31 octobre, Vésinier, qui fut acquitté par le 4^^ Conseil de guerre.

La Révolution du ^8 mars compta parmi ses chefs Protot, que les électeurs du Id^ arrondisment envoyèrent à la Commune, où il fit naturellement partie de la Commission de la justice.

Nommé ensuite presque à l'unanimité délégué à la justice, Protot présenta à la Commune plusieurs projets de décrets, entre autres la cruelle loi des otages et le jury d'accusation. Il vota constamment les mesures révolutionnaires proposées à la Commune, dont il était un des membres les plus radicaux.

Protot, révolutionnaire de la veille, a passé sa jeunesse à conspirer et à défendre les conspirateurs. D'un tempérament froid, d'une nature concentrée, il a étudie la Révolution dans laquelle il s'est jeté par raison plus que par sentiment.

Son intelligence un peu lourde, son esprit nuageux lui rendent le travail lon^ et difficile ; il est du reste un des rares hommes instruits qai ait fait partie de cette Commune composée de si nombreux mcapables, de tant d'ignorants éner^umènes.

Protot a, dit-on, récemment quitté la France, grâce à un sauf-conduit que lui a fait délivrer un personnage influent dans la magistrature*

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